Maroc – 1 Toubkal

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26 avril au lundi 5 mai 2014
Organisateur et accompagnateur : Yves Zabardi de Rando Oiseaux – Groupe avec Dimitri Marguerat : Line, Denis et Claire (Provence), Jacques, Pascal, Anita, Jean-Vincent, Jean-Louis et Cathy (Pays basque)

Nous avons quitté notre verte contrée où l’eau coule en abondance pour nous rendre dans un pays ocre, tanné par le soleil. A l’approche de Marrakech, nous survolons des champs irrigués aux formes géométriques qui avoisinent des terres nues autrefois cultivées, cernées de lambeaux de murets. C’est une aridité semblable qui dut inspirer les premiers versets de la Bible, si âpres et vindicatifs. ” Le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. Il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l’herbe des champs. À la sueur de ton visage, tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol, car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. ” (Genèse 3:19). Le lendemain matin de bonne heure, nous attendons le minibus qui va nous emmener pour une semaine de circuit au Maroc. Au-dessus des murailles rouges tournoient les martinets pâles aux cris discordants. Ils se distinguent du martinet noir, commun sur le pourtour méditerranéen, par un plumage tirant davantage vers le marron clair (pour un oeil averti et affûté). Opportunistes, ils profitent des anfractuosités dans les constructions humaines pour nicher, gobant à la volée les insectes aussi bien à haute altitude qu’au ras de l’eau. Un martinet peut apporter jusqu’à 10 000 insectes par jour à ses petits ! En raison de la morphologie particulière de ses ailes qui l’empêche de décoller, il a la caractéristique de ne jamais se poser (pas même pour dormir), à part dans son nid en hauteur d’où il se laisse tomber pour reprendre son vol. Sur les 2000 couples qui viennent nicher en France d’avril à octobre, il en existe une petite colonie à Toulouse et une autre à Biarritz, la majeure partie de la population française vivant dans le sud-est. Tout comme les hirondelles (qui ne sont pas de la même famille), ce sont des insectivores stricts, affectés comme bien d’autres espèces par nos pratiques agricoles et les produits insecticides (du moins en Europe – au Maroc, seuls les produits exportés vers nos pays sont contrôlés sur leur teneur en produits phytosanitaires, comme la menthe ou les agrumes). Dimitri nous signale la présence d’une chouette chevêche d’Athéna perchée au-dessus de la vieille ville, à découvert, sur un boîtier fixé à une antenne, imperturbable malgré la bruyante agitation humaine. Active aussi le jour, elle chasse plutôt la nuit, à l’aube et au crépuscule. Ses proies les plus fréquentes sont les insectes et les araignées, les souris et les campagnols. Elle mange aussi des vers de terre et des amphibiens, de petits mammifères et des oiseaux. Grâce à ses serres puissantes, elle peut emporter des proies atteignant sa propre taille. Les populations de chevêches d’Athéna ont décliné dans les années 1960 à cause de l’usage des pesticides. Grâce à une réglementation agricole plus restrictive, elles se sont stabilisées, mais les changements dans leur habitat, la perte des vieilles haies d’arbres et les hivers sévères ont également pris part au déclin de l’espèce dans le nord de l’Europe. – Photos : Martinets pâles – Chouette chevêche d’Athêna – Faucon crécerelle mâle –

Mohammed, le chauffeur, nous conduit dans la plaine du Haouz, puis nous remontons la très belle vallée de l’Ourika où nos yeux se réjouissent du paysage qui verdit, fréquenté par l’hirondelle rousseline que nous apercevons à travers les vitres. Nous atteignons le haut plateau qui s’étend à 2600 m d’altitude au pied du Jbel (mont) Oukaïmeden (du berbère “ouka imiden”, “donne aux gens”). Nous y découvrons une station de ski bien entendu sans neige à cette époque-ci de l’année, dont les pistes occupent environ 300 hectares sur le flanc nord de ce massif qui culmine à 3200 mètres d’altitude. Cet hiver, les chutes de neige ont été tardives et la station n’a pas connu une grande affluence. Un barrage retient les eaux de ruissellement pour la fourniture d’eau potable en un petit lac au bord duquel se dressent trois petites tentes blanches. Des chocards à bec jaune picorent dans la prairie rase hérissée de touffes de joncs récemment libérée de sa couverture neigeuse. Il y a une station météorologique, un relais TV, quelques immeubles à l’architecture relativement discrète et enfin les vestiges d’un douar. C’est un regroupement d’habitations berbères temporaires ou permanentes sans étage, aux beaux murs de pierres locales et aux toits en terrasses recouverts de terre. Un moineau soulcie volète entre les bâtiments bas. Il atteint ici sa limite méridionale. Un traquet de Seebohm vient poser pour nous sur une murette : il ressemble un peu à une pie en miniature dans son costume blanc et noir. Des craves à bec rouge volent en émettant leur cri roulé en impulsion suivie d’une série rapide de notes descendantes. Un pic de Levaillant caché dans le lointain appelle de son rire moqueur un peu semblable à celui du pic vert. – Photos : Observatoire astronomique de l’université Cadi Ayyad avec un douar au premier plan – Logo UCAM – Gagée jaune –

Nous observons encore un rouge-queue noir avant de lever les yeux vers la crête où tranche la blancheur des coupoles d’un observatoire astronomique. Sa construction, son équipement et sa mise en oeuvre ont été soutenus par “l’Uranoscope de France” dans le cadre d’un programme de partenariat dont bénéficie l’association qui dépend de l’université Cadi Ayyad (UCAM), répartie sur quatre villes : Marrakech, El Kelaâ des Sraghna, Essaouira et Safi, ainsi que deux régions du royaume, Marrakech-Tensift-Al Haouz et Doukkala-Abda. L’hébergement des visiteurs est possible au refuge du Club Alpin Français situé dans le village. En commençant l’ascension vers un col, les plantes poussent de façon plus espacée. Une gagée (ou ornithogale) jaune fleurit timidement. C’est une espèce protégée en France. De petites coccinelles jaunes à points noirs se chauffent au soleil matinal, assoupies sur les brins d’herbe. Un ténébrion crapahute déjà sur la terre nue. Cet insecte appartient à une famille qui comporte quelque 20 000 espèces dont la moitié vit dans les régions steppiques et désertiques, constituant le “fond” de la faune des déserts. Elles sont souvent aptères (ailes postérieures très réduites) avec des élytres soudés fuselés. Les longues pattes des espèces errantes désertiques leur permettent de récolter l’humidité de la rosée du matin qui se condense sur leur carapace. Celui que nous voyons est peut-être un Morica favieriLes ténébrions sont phytophages au sens large, ils se nourrissent de plantes, débris de plantes, champignons, racines mortes, bois décomposé, farine, grains… Une alouette hausse-col est sédentaire dans l’Atlas, alors qu’elle est seulement estivale et nidicole dans le nord de l’Europe. Nous nous trouvons dans le parc national du Toubkal qui s’étend entre les vallées du N’Fiss à l’ouest et celle de l’Ourika à l’est autour du point culminant du Maroc qui atteint 4 167 mètres dans le Haut Atlas. Cette chaîne de montagnes forme une frontière de plus de 700 kilomètres entre le climat océanique et subtropical, chaud et plutôt humide, et le climat semi-désertique et continental qui sévit sur les versants sud, à l’est des hauteurs du Toubkal et d’Imilchil. Sur l’Oukaïmeden, la roche est semblable à celle de la Rhune au Pays basque, c’est du grès rouge, qui se couvre d’une patine gris sombre avec l’érosion et l’oxydation de ses composants. – Photos : De la neige sur les plus hauts sommets – Oukaïmeden, Gravure rupestre –

Nous l’ignorons sur le moment, car notre voyage itinérant est axé sur l’observation des oiseaux, mais la surface plane de beaucoup de ces dalles est incisée de gravures rupestres parfois très anciennes. Jean Malhomme, instituteur, devenu professeur et Président de la Société des Sciences naturelles de Marrakech, en a établi le premier relevé et il a publié en 1959, puis en 1961, un Corpus des gravures rupestres du Grand-Atlas et de nombreux articles jusqu’à sa mort en 1963. Développé en deux grandes phases (art des chasseurs et celui des éleveurs-chasseurs), l’art rupestre marocain reflète au moins quatre aspects culturels. D’abord, le style prénéolithique, probablement le plus ancien, rare et mal documenté, représenté par les gravures de quelques bovinés sauvages Bos mauritanicus, surtout dans la Saguiet El Hamra et ses affluents dans le Sahara marocain, puis le style dit Tazina des chasseurs néolithiques dont les sites sont répartis sur tout le territoire au Sud du Haut Atlas, ensuite le style dit bovidien des éleveurs néolithiques et du début de l’âge du bronze, réparti sur le territoire du Haut Atlas et tout le Sud marocain, et enfin le style dit libyco-amazigh des éleveurs transhumants de l’âge du bronze et des périodes postérieures, réparti pratiquement sur tout le territoire marocain. Suivant les sites, on trouve : éléphants, rhinocéros, girafes, félins, buffles, bovidés, équidés, antilopes, caprins, représentations humaines, boucliers, cercles, haches, javelots, lances et signes abstraits. Sur les flancs du Jbel Oukaïmeden ont été répertoriés près de 600 sujets. Dans le Haut-Atlas, les figurations d’armes défensives et surtout offensives sont les plus nombreuses. Chaque site rupestre possède son panel d’armes : à l’Oukaïmeden, ce sont les poignards et les armes courbes, dans l’aire du Rat, ce sont les scènes belliqueuses… Les figurations animales d’espèces sauvages et domestiques, souvent de profil, constituent un autre motif récurrent de l’art rupestre du Haut Atlas. Les deux genres les plus représentés, toutes aires atlasiques confondues, sont les félidés (guépard, jaguar, léopard, lynx) et les bovinés (yack, bison, zébu, aurochs), souvent associés aux armes (offensives et défensives) et aux éléphants. Enfin, d’autres espèces telles que les girafes, les antilopes, les équidés (onagre, zèbre) et les hyaenidés sont relativement bien représentées dans le Haut Atlas. – Photos : Une tempête de sable issue du Sahara transporte avec elle de la poussière vers les îles Canaries. Sous certaines conditions, les poussières emportées peuvent atteindre les États-Unis. © Nasa – Les préhistoriens de Marrakech (dont Jean Malhomme) ont photographié ce poignard gravé dans les rochers de l’Ouka il y a 5000 ans –

Cet art témoigne ainsi des grandes variations climatiques subies par le Maroc au cours des millénaires. Quand l’aridité gagnait du terrain au centre du Sahara, les sites archéologiques se densifiaient sur les ceintures marginales. A l’inverse, lorsque l’humidité revenait, la répartition s’équilibrait, avec une activité anthropique intense sur les rives des cours d’eau et des grands lacs, une alternance particulièrement sensible sur les derniers dix mille ans de l’Holocène. Malheureusement, la dégradation et le pillage de ce patrimoine culturel et de ce témoignage d’une biodiversité révolue se sont particulièrement aggravés au cours des dernières décennies. Selon une étude en cours analysant des carottes de sédiments prélevés sur la pente océanique située au nord-ouest de l’Afrique entre le 31e et le 19e degré de latitude Nord, la dernière période humide africaine de l’Holocène s’est étendue entre 11 800 et 4 900 ans avant le présent. C’est un  changement climatique brutal qui l’a initiée et un autre tout aussi bref qui y a mis un terme. Les flux de poussières étaient cinq fois plus faibles entre 8 000 et 6 000 ans avant le présent que le flux moyen de ces 2 000 dernières années. Il n’est donc pas étonnant que les espèces animales (et végétales) aient dû développer des caractéristiques particulières pour résister à des variations et des conditions de vie aussi rudes. – Photos : Traquet de Seebohm (Oenanthe seebohmi) (ce petit passereau pousse un cri qui ressemble au cliquètement du traquet, morceau de bois traversant la trémie d’un moulin, cliquet dont le mouvement fait tomber le grain sous la meule) : c’est un oiseau migrateur qui hiverne en Afrique et effectue le plus grand trajet par-delà les océans, glaciers et déserts pour aller de l’Afrique sub-saharienne jusqu’à l’Arctique où il se reproduit (30 000 km !) – Grive draine –

Il y a trois jours, avant notre venue, il a plu très fort durant deux heures à Marrakech, mais cela ne veut pas dire que la station d’Oukaïmeden, située à 74 kilomètres de là, ait également été arrosée. Toutefois, il paraît que le moyen et haut Atlas ont bénéficié de précipitations ces deux dernières années. Bien que le sol soit sec, le plateau où l’on nous dépose est recouvert d’une prairie relativement fournie et quelques lambeaux de neige blanchissent encore les plus hautes cimes qui barrent l’horizon. Mais dès que nous passons le col (Tizi-n-Oukaimden ?), le paysage change drastiquement. Une végétation xérophyte* épineuse en coussinets (Alyssum spinosum, Cytisus balansae) associée à quelques bouquets de graminées et Cypéracées, Astragalus ibrahimianus et Genêt floribond parsèment chichement un sol caillouteux, encombré de gros blocs rocheux. De loin en loin s’élèvent de vénérables genévriers thurifères** aux troncs imposants, épais et rablés, couverts d’un houppier dense offrant une ombre généreuse. Pourtant, lorsque je m’en approche, je ne vois que des feuilles minuscules en forme d’écailles ovales blotties contre les rameaux aux extrêmités vertes poussant en touffes serrées qui font illusion. Leur bois, très aromatique, est pratiquement imputrescible. Traditionnellement, il était utilisé pour produire de l’encens, comme bois de chauffage, ou pour faire des piquets de vigne.

(*) Adaptée aux milieux secs. (**) Qui donne une résine similaire à l’encens.

Originaire d’Afrique du Nord où il est appelé en langue berbère Androman dans la vallée des Aït Bouguemez et Andkrhoman dans la vallée du Tizi n’Tichka (Haut Atlas Central), le genévrier thurifère est endémique dans le sud-ouest de l’Europe (France, Espagne, Portugal, Corse, Sardaigne), et pousse aussi en Inde et au Ladakh. C’est un arbre qui présente des capacités remarquables de résistance aux environnements hostiles. Il ne craint ni la sécheresse, ni le froid, et se contente d’un sol médiocre, voire totalement absent. On voit des individus en pleine santé pousser dans des fissures de rochers ou sur des versants totalement secs. Par ailleurs, il se régénère très facilement s’il est coupé, brisé par le vent, les troupeaux ou les chutes de pierre, ou encore foudroyé. Sa forte teneur en essences aromatiques semble le protéger efficacement des attaques des insectes, champignons et autres parasites, à l’exception du Megastigmus thuriferana. Son seul point faible est sa croissance extrêmement lente. Sa faible distribution en France semble essentiellement liée à la concurrence d’espèces à croissance plus rapide comme le Chêne pubescent ou le Pin. Dans les stations où il est protégé de la concurrence par des coupes sélectives, les populations sont en bonne santé et plutôt en expansion. Bien sûr, comme pour toutes les espèces méditerranéennes, le feu reste une menace permanente. En outre, son exploitation intensive, dont dépend la survie des montagnards au Maroc, met son avenir en grand danger. J’ignore si le versant nord de l’Oukaïmeden a été totalement déboisé par les populations du douar montant le bétail sur les estives, ou bien du fait de l’aménagement de la station de sports d’hiver. – Photos : Fleurs de genévrier (les fruits sont des galbules, petits cônes globuleux de 8 à 12 mm de diamètre, de couleur pourpre à bleuâtre foncé à maturité, recouverts de pruine, élément naturel produit par la plante et composé de fines structures de cire qui protège le végétal de la chaleur et des agressions extérieures en retenant les bactéries) – Genévriers thurifères –

Le genévrier thurifère est l’espèce forestière qui a le plus régressé au Maroc, avec un recul de 90% par rapport à son aire potentielle de répartition. Plusieurs facteurs ont conduit à sa dégradation massive : la faible diversité des ressources en bois dans les hautes vallées atlasiques, le taux de population toujours important dans ces régions ne disposant pas d’autres ressources énergétiques, la qualité du bois de thurifère le rendant propice à de multiples usages et la lente croissance de l’espèce. En 1975, Despois et Raynal indiquaient que les densités de population humaine étaient surprenantes dans cette région montagneuse évidemment difficile et qu’elles dépassaient quelquefois la moyenne du Maroc. La saturation humaine des vallées y était moins compensée par les phénomènes d’émigration que, par exemple, dans l’Anti-Atlas. En 1979, J. Dresch soulignait que le Haut Atlas était un cas désormais très rare en Afrique du Nord d’un massif très occupé par l’homme. Il est facile de constater encore aujourd’hui le nombre important de villages qui se succèdent dans les hautes vallées de l’Azzaden, du N’Fis, de l’Ourika ou des Aït Bou Gmez, souvent jusqu’à plus de 2000 m d’altitude. Le chercheur estimait à 30% l’augmentation de la population montagnarde dans ces régions sur une période de 20 ans, alors que l’économie locale évoluait peu et que l’élevage s’intensifiait. Ouhammou (en 1986) indiquait pour des villages de la vallée de l’Ourika une augmentation de la population de plus de 30% entre 1971 et 1982. En 2007, nous avions effectué une randonnée itinérante un peu plus au sud, autour d’Imizmiz, et nous avions surtout vu des femmes, de jeunes enfants et des vieillards, les hommes étant obligés d’aller travailler dans les villes de la plaine. Il en va différemment dans cette vallée que nous parcourons en ce début de voyage, peut-être grâce à l’activité saisonnière générée par la station hivernale où affluent les skieurs marrakchis. – Photos : Toits en terrasses recouvertes de terre des maisons du douar – Nos porteurs avec leurs montures –

Déjà en 1938 Emberger, dans un de ses nombreux écrits sur la végétation marocaine, insistait sur le rôle social joué par cet arbre en haute montagne: le bois pour le chauffage et la cuisine et le feuillage pour nourrir le troupeau. En 1958, Métro précisait que les peuplements de thurifère étaient toujours émondés par les bergers qui, en temps de neige, coupaient les rameaux pour le bétail. Ces prélèvements sont encore réalisés aujourd’hui, et l’on voit fréquemment les branches coupées et abandonnées sur le sol. Le thurifère est aussi recherché pour son bois très résistant, utilisé dans la construction des habitations (poutres au-dessus des fenêtres et des portes, rebords de toitures, etc.). Une autre utilisation traditionnelle concerne la fabrication d’un type de goudron obtenu par distillation sèche (chauffage) de grandes quantités de bois et servant, comme l’huile de cade tirée du genévrier oxycèdre, en médecine vétérinaire (cicatrisant, antiseptique). Aujourd’hui encore, dans les thuriféraies des Zaouïa Ahansal, on peut voir fonctionner des foyers de distillation. La dégradation des sols entraînée par le déboisement et le sur-pâturage ont des répercussions non seulement localement, mais aussi en aval, au sud de l’Atlas en particulier. Une étude de la FAO (Dembner, 1987) montre que les matériaux minéraux les plus lourds, responsables de l’ensablement de ces régions, proviennent non pas du Sahara comme on le pensait jusqu’alors, mais essentiellement des pentes de l’Atlas. Ces sables grossiers, véhiculés par les torrents, sont repris plus bas par les vents et se mêlent aux particules plus fines d’origine saharienne. – Photos : Un berger accompagne quelques chèvres et brebis qui broutent la maigre végétation – Les bovins demeurent à l’étable attenante à l’habitation. Les paysans fauchent l’herbe ou les plantes fourragères cultivées et les transportent à dos de mule. Nous avons vu brouter le bétail à l’extérieur seulement le soir. –

Dans ce chaos rocheux écrasé par une lumière éblouissante, un léger mouvement attire l’attention de nos guides : c’est un petit écureuil de Barbarie (ou Gétulie) perché sur une éminence, à bonne distance du groupe de randonneurs. Il semble plus gris que celui qui fréquente les arbres de mon jardin, avec une longue queue moins fournie qui repose sur la pierre. De son nom savant “Atlantoxerus getulus”, c’est une espèce endémique du Maroc et de l’ouest algérien. On le rencontre en montagne jusqu’à 3 000 m d’altitude. Il ne fréquente pas les arbres (et pour cause !). Son rythme d’activité est diurne. Il se nourrit de fruits et graines de pistachier et d’arganier (absents à cette altitude), mais aussi de glands, noisettes, noix, graines de tournesol, etc., de fruits charnus, (pommes, pêches, dattes, etc.) et de diverses racines ou tubercules comme des carottes, pommes de terre, etc. Il peut consommer marginalement des insectes voire des oisillons... Au Maroc, la reproduction a lieu en été dans les sites d’altitude du Haut Atlas et du Moyen Atlas, alors que dans les autres sites elle a lieu au printemps. Comme nos marmottes, il creuse avec ses fortes griffes un terrier qui abrite sa portée parmi les pierres et les éboulis. Il fait partie des espèces protégées par la loi :

« l’article 8 de l’arrêté pour la saison 2000-2001, traitant des espèces protégées, stipule que, parmi les Mammifères, « Sont interdites la chasse et la capture de la panthère, du guépard, du singe, du cerf de Berbérie, de toutes espèces de gazelles, du mouflon, du phoque moine, de la loutre, de la mangouste, du lynx caracal, de la hyène, du fennec, du chat sauvage, du ratel, du zorille, de la genette, du porc-épic, du hérisson, de l’écureuil de Gétulie… ». Selon l’article 8, la vente et l’achat d’espèces protégées sont interdits. » (cuzin 2003)

Il n’est cependant pas rare de constater que la capture et le trafic d’écureuil de Barbarie se pratiquent en toute impunité. Dimitri nous emmènera en fin de séjour sur la place d’herboristerie de l’immense souk de Marrakech où se vendent quantités de produits destinés à des pratiques de magie (du propre aveu d’un des vendeurs, qui nous reproche de regarder sans rien acheter). Parmi ceux-ci, nous découvrirons, effarés, des cadavres dépenaillés de vautours séchés suspendus aux auvents, mais aussi des éperviers en cage, de même que des tortues et des lézards vivants. Il paraît que des poudres de certains coléoptères (la Cantharide officinale, de la famille des Méloidés) sont aussi proposées comme aphrodisiaques (avec un risque élevé d’y passer, car ils sont hautement toxiques). Sur la place principale Jemaa el’fna, un pauvre singe tenu en laisse, des cobras d’Afrique du Nord (Naja haje legionis) et des vipères heurtantes sont exposés au badaud attiré par le son des instruments traditionnels sensés faire “danser” les reptiles, des couleuvres sont manipulées sans ménagement et suspendues autour du cou comme si c’était des jouets de caoutchouc souple. Ces mauvais traitements, ajoutés à l’arrachement préalable des crochets à venin, exposent ces reptiles à une mort rapide au bout de quelques mois de souffrance et de stress insoutenables. – Photos : Ecureuil de Barbarie – Ténébrion, un coléoptère aptère (sans aile) dont la larve fait en Europe des galeries dans le polystyrène servant d’isolant dans les maisons. La moitié des 20 000 espèces qui composent cette famille vit dans les régions steppiques et désertiques. Celui-ci ressemble au Pimelia angulata ou Pimélie du désert mauritanien qui laisse 2 traces parallèles derrière lui dans le sable comme un mini 4×4 et s’enfonce dans le sable quand il fait trop chaud. –

Depuis que nous avons mis le pied hors du minibus, nous nous tenons aux aguets pour repérer les oiseaux et tenter de reconnaître ceux qui sont caractéristiques du lieu. Outre mon appareil photo, aux performances souvent trop limitées pour saisir ces animaux inquiets, mobiles, méfiants, et qui se gardent bien de se laisser approcher de trop près, je partage avec Jean-Louis une paire de jumelles prêtée par Dimitri et le groupe dispose des deux longues-vues de nos guides qui sont pointées sitôt que l’animal fait mine de se stabiliser. Yves nous a d’ailleurs donné des recommandations : d’abord permettre à tout le groupe de passer derrière les instruments pour une observation rapide, puis, si c’est possible, faire un deuxième tour de rôle avec un temps d’observation plus long. Outre les espèces déjà nommées plus haut, nous observons l’alouette hausse-col, passereau parmi les plus grands des petits oiseaux, reconnaissable au motif jaune et noir de sa face surmontée de deux plumes qui simulent des petites cornes. Elle fréquente en général les régions montagneuses, les landes et les pierriers d’altitude au-dessus de la limite des arbres. Elle est présente toute l’année en Afrique du Nord, dans les Balkans, le nord de la Turquie, le Caucase, le Kazakhstan, et des zones limitrophes du nord de la Mer Caspienne. Son régime est omnivore. – Photos : Rouge-queue de Moussier mâle – Plante (?) tapissante recouverte d’un duvet blanc protecteur –

Elle prospecte sa nourriture en marchant ou en courant dans les espaces ouverts : elle consomme des insectes et d’autres arthropodes tels que les araignées, les fourmis, les sauterelles et les guêpes. Elle mange aussi des escargots, ainsi que des fruits, des baies et les graines de certaines plantes. Une des caractéristiques de l’ordre des passériformes, autrefois appelés passereaux, est d’avoir des pattes avec trois doigts en avant et un doigt en opposition à l’arrière. Chez les alaudidés ce doigt arrière est démesurément long, c’est la signature de la famille. Leurs nids au sol sont particulièrement vulnérables. La gamme des prédateurs sur toute leur aire de répartition va du héron au sanglier, en passant par les rats et les vipères. En vol, les alouettes sont les victimes de rapaces comme le faucon hobereau ou le faucon pèlerin. En Europe, toutes les alouettes sont en diminution sensible, sans doute à cause des pratiques agricoles et de la disparition de leur habitat, en particulier des prairies naturelles. Quant au rouge-queue de Moussier, il vit exclusivement en Afrique du Nord. Son aire très compacte s’étend sur la totalité du Maroc, le nord de l’Algérie et de la Tunisie ainsi que la partie la plus occidentale de la Libye. Son régime est principalement insectivore. Il chasse à la manière des gobe-mouches, effectuant des raids aériens au passage des insectes et les capturant au vol. Nous voyons un mâle au ventre roux très coloré et une femelle beaucoup plus terne, en tenue de camouflage pour ne pas être repérée si elle doit nicher à terre, faute de trou, d’anfractuosité ou de buisson dans son cadre de vie. – Photos : Grive draine – Ci-dessous : Gecko à paupières épineuses, Quedenfeldtia trachyblepharus, Endémique du Maroc (En descendant de l’Oukaimeden, premier jour) (Identification par Dimitri) : La plupart des geckos peuvent devenir plus ou moins foncés en fonction de leurs besoins en chaleur (mécanisme permettant d’absorber plus ou moins de chaleur). –

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