Maroc – 7 Noun-Assaka

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26 avril au lundi 5 mai 2014
Organisateur et accompagnateur : Yves Zabardi de Rando Oiseaux – Groupe avec Dimitri Marguerat : Line, Denis et Claire (Provence), Jacques, Pascal, Anita, Jean-Vincent, Jean-Louis et Cathy (Pays basque)

Dans l’eau claire poussent des potamots, qui ont la capacité de développer plusieurs types de feuilles selon la profondeur de l’eau, son degré d’agitation et l’ensoleillement. Ils figurent parmi les meilleures plantes oxygénantes et filtrantes. Dimitri reconnaît aussi des Myriophylles – le Myriophyllum spicatum a été identifié à l’embouchure de l’oued Noun dans une vasque limoneuse immergée. Ces deux types de plantes aquatiques sont également répertoriés dans le bassin hydraulique de la Moulouya qui se jette dans la Méditerranée dans la région du Rif. Alors que nous longeons au plus près le cours d’eau en nous frayant un chemin dans les buissons, une perdrix s’envole brusquement juste devant nous. Dimitri nous dit qu’elle devait être en train de couver et que nous devons accélérer le pas pour vite nous éloigner et ne pas la déranger davantage afin qu’elle n’abandonne pas son oeuf. Il identifie un dromoïque du désert ou vif-argent, un petit passereau qui semble, selon les dernières études génétiques réalisées en 2012, constituer une famille à lui tout seul, les Scotocercidae, avec huit sous-espèces répertoriées. Un écureuil de Barbarie surveille son territoire depuis le sommet d’un rocher, ne semblant pas se préoccuper beaucoup de notre présence. Nous voyons trois tourterelles à flanc de falaise sur un escarpement. C’est une des espèces chassées au Maroc, autant par les 40 000 chasseurs nationaux répertoriés que les 3 000 touristes cynégètes étrangers. Le droit de chasse appartient à l’Etat qui peut en déléguer l’exercice sous certaines conditions, sous la surveillance du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification dont les attributions sont décidément bien larges. Sur le site du gouvernement, je lis qu’il s’agit “d’une activité qui contribue dans une large mesure au développement socio-économique du pays” et que l’on constate “l’évolution encourageante de la chasse organisée au détriment de celle banale à caractère de cueillette”, la tourterelle des bois et la caille des blés étant citées dans les axes du plan directeur de chasse à la rubrique “étude sur le suivi du gibier”. – Photos : Plumes de perdrix dévorée par un prédateur – Ecureuil de Barbarie – Grenouille verte –

La vallée s’élargit et montre des signes de civilisation, un vestige de village sur la rive droite, un marabout plus loin sur la gauche. Ce terme, issu de l’arabe [marbūṭ] ou [murābiṭ], “celui qui est attaché”, désigne un ascète qui se réclame de l’islam ou de syncrétisme musulman. Considéré comme un saint homme et un sage, il fait l’objet d’un culte populaire en Afrique du Nord et sous d’autres formes dans toute l’Afrique. Ce saint patron donne parfois son nom à un lieu-dit, un village, une ville à laquelle il offre protection et bénédiction. Par extension, ce terme désigne aussi le tombeau à coupole de la personne vénérée. Souvent, la population locale arabo-berbère d’origine paysanne ou montagnarde lui attribue toutes sortes de miracles qui ont donné lieu à de nombreuses croyances populaires. Le saint est généralement enterré dans un sanctuaire appelé Qûbè en raison de son dôme. Un pouillot véloce, que Dimitri surnomme le “compteur d’écus” à cause de son pépiement répétitif et rythmé “tui-tui-tui”, volète sans relâche d’un rameau à l’autre, gobant au passage insectes, larves et araignées, et à l’occasion quelques baies. Sur un versant rocailleux, deux roselins adultes accompagnés d’un petit sortent du bain et sèchent leurs plumes en se secouant vivement et en se contorsionnant en tous sens pour réordonner leur plumage de la pointe de leur bec. Nous voyons un bruant, qui est le nom vernaculaire, dérivé de “bruit”, de petits passereaux que l’on appelait souvent des pinsons. Ils se diversifient en plus d’une centaine d’espèces appartenant à une vingtaine de genres. Un jeune tarier pâtre sautille. Cette espèce peut habiter des milieux divers obéissant à trois conditions : l’oiseau doit disposer de végétation basse pour nicher, de perchoirs pour chasser et de postes plus élevés pour surveiller son domaine et se lancer dans les vols nuptiaux. C’est un pur insectivore très largement répandu dans le monde (absent d’Amérique du Sud et d’Australie). Trois ou quatre écureuils vaquent à leurs affaires à mi-hauteur. Un faucon crécerelle surveille son domaine, pratiquant de temps à autre un vol stationnaire à battements d’ailes rapides surnommé le “vol du Saint-Esprit” pour mieux repérer ses proies abondantes ici grâce à la présence de l’eau, insectes, rongeurs, serpents, grenouilles, lézards, oiseaux. – Photos : Marabout – Coquilles de mollusques le long de l’oued Noun-Assaka – Plante originale – Ci-dessous : Chatons de genévrier ? –

Un pouillot siffleur, le plus grand de tous les pouillots, fait une halte dans l’oued situé sur son trajet de migration depuis l’Afrique équatoriale vers l’Europe du Nord et l’Europe centrale où il niche dans les forêts de feuillus, se nourrissant d’insectes et d’araignées. Un petit gravelot arpente la rive et s’échappe en marchant si vite qu’il semble glisser sur la lame d’eau peu profonde. Il mange différents insectes, des araignées, des petits crustacés et des vers. Il chasse parfois en tapant des pieds sur le sable ou sur la vase pour déranger les proies qui s’y dissimulent. Il hiverne surtout en Afrique centrale et occidentale, et un peu sur le bassin méditerranéen. Trois pigeons biset sauvages volent de concert. Leur espèce est l’ancêtre du pigeon domestique qui fréquente nos villes et villages. Ils préfèrent un habitat rocailleux, falaises côtières ou affleurements montagneux jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Ils se nourrissent à terre surtout de graines sauvages ou cultivées, parfois de mollusques avec ou sans coquille. Dans des anfractuosités sur les hauteurs se trouvent deux aires d’aigle de Bonelli, vides cette année. Ce rapace a été photographié en juillet 2006 près du Fort Bou-Jerif (site du GERES, Groupement d’étude et de recherches des écologistes sahariens) et Yves avait constaté l’occupation d’une aire lors d’un précédent séjour. Egalement migrateur transsaharien puisqu’il est insectivore, un hypolaïs offre un vol un peu papillonnant. D’autres roselins fréquentent les parages. A cette époque, les genévriers (?) montrent de curieux chatons floconneux, les petites fleurs blanches apparaissant parmi des formes tubulaires roses ont leur pistil qui éclate ensuite pour libérer des graines entourées d’une houppe duveteuse à la manière des pissenlits. A côté, les lauriers roses arborent à la fois leurs fleurs et des gousses sèches béantes également emplies de graines équipées de légers toupets, prêtes à s’envoler au premier souffle de vent. Un agrion vole en zigzag au ras de l’onde. Il appartient au sous-ordre des demoiselles qui se distinguent des libellules par leur corps plus grêle et leurs ailes généralement repliées au repos. Du lichen orange vif recouvre un rocher, indice qu’il s’agit d’un perchoir affectionné des oiseaux, puisque ce lichen est nitrophile (il aime les nitrates). Dimitri ramasse une pelote de réjection – ou de régurgitation – emplie de fragments d’élytres et débris divers qui n’ont pu être digérés par l’oiseau (rapace, limicole ou autre). Sa dissection permettrait de connaître le régime alimentaire et son analyse fine suffirait à identifier l’espèce : par exemple, les oiseaux de proies nocturnes, dont les sucs digestifs sont moins puissants, ont des pelotes dans lesquelles les squelettes sont complets, alors que les diurnes rejettent essentiellement par le bec des pelotes en poils agglomérés. De nouveau, un faucon crécerelle passe à mi-hauteur (c’est peut-être lui qui a produit cette petite pelote) et divers passereaux, toujours les mêmes, volètent près du sol, puis nous voyons un gobe-mouche gris, une bergeronnette printanière. – Photos : Traces de pas d’oiseau – Roselin githagine – Coquille d’escargot vide – Pelote de réjection – Ci-dessous : Ane cruellement entravé sur trois pattes –

J’observe un tamaris curieusement humide, ce qui me fait penser au pin canarien qui a la capacité de capter la moindre humidité ambiante. La végétation s’enracine dans les fissures du sol rocheux ou argileux pour capter l’humidité et elle adopte souvent une ramification rayonnante des tiges aériennes qui rampent sur le sol pour économiser l’énergie nécessaire à une élévation rendue inutile puisque les plantes clairsemées ne se font concurrence ni pour la lumière, ni pour les nutriments. Seul compte l’accès à l’eau. En fait, elles adoptent au contraire une stratégie de protection du soleil, avec des feuilles soit vernissées, soit couvertes d’un fin duvet, soit succulentes, c’est-à-dire aptes à retenir les sucs en limitant l’évaporation, soit encore une absence de feuilles permanente ou à la saison sèche. Des chèvres et deux ânes sans bât broutent apparemment librement. Enfin, librement, c’est une façon de parler. En y regardant de plus près, Dimitri nous fait remarquer que l’un des ânes est cruellement entravé, non seulement les deux pattes avant sont ligotées, mais aussi une patte arrière reliée aux deux autres par un lien très court. C’est à peine s’il peut marcher et chacun de ses pas semble être une souffrance. Les cordes entament les chairs et la position de ses pattes n’est absolument pas naturelle. Je me demande s’il ne serait pas possible de couper ces attaches et je m’apprête à faire appel aux compagnons qui me précèdent sur le chemin, mais consciente de l’inutilité de ce geste qui risquerait plutôt de lui valoir des volées de coups de la part de son maître cruel, nous partons piteusement en le laissant marcher comme un bagnard. Il n’a même pas la force de s’enfuir et se laisse photographier, tête basse, triste bête.

Dans un article de la revue Encyclopédie berbère, je lis que l’âne est inséparable du paysage rural nord-africain. On estime à plus de 3 500 000 les ânes du Maghreb, à comparer avec l’Ethiopie qui disposait à elle seule de 3 900 000 ânes en 1971. On distingue deux races qui descendent d’une même souche, l’Equus asinus africanus, l’âne sauvage qui peuple encore le Soudan, l’Éthiopie et la Somalie et dont l’habitat est limité aujourd’hui à l’est du Nil, de la 5e cataracte à Danakil ; il s’étendait autrefois à toute la partie nord de l’Afrique. Descendant vraisemblablement d’Asinus tabeti, l’âne sauvage est présent, peut-être sous plusieurs formes, durant tout le Pléistocène : on le connaît dans les couches archéologiques de Tihodaïne (Algérie), dans les grès de Rabat (Maroc), dans l’Épipaléolithique de Columnata (Sidi Hosni, Algérie) et dans les niveaux néolithiques des grottes de Tanger (Mugharet el-Aliya, Maroc), d’Oran (Troglodytes, Algérie) et d’Alger (Grand Rocher). Les gravures rupestres représentant des ânes ne manquent pas dans l’ensemble de l’Afrique septentrionale, de l’Atlas marocain (Jbel Doum, Oukaïmeden) au Fezzan (Oued Zigza II, Lybie) et au Nil. Les plus belles représentations se trouvent dans l’Atlas saharien (Aïn Sfissifa, Ikhf n’Ouaroun) mais aussi au Tassili n’Ajjer (Oued Djerat, In Habeter III) et en Ahaggar (Oued Ahétes, Aguennar). L’âne figure aussi dans les peintures attribuées à la période des “Têtes rondes” (Tissoukaï, Algérie du Sud, Ti-n Bedjedj, Mauritanie). De la période bovidienne, H. Lhote a fait connaître l’unique scène de chasse de Tissoukaï dans laquelle est représenté un troupeau d’ânes poursuivi par des archers ; dans le prolongement de cette scène, un âne tué est placé sur le dos pour être dépecé, ce qui laisse penser que sa chair était consommée, fait qui paraît trouver sa confirmation dans la découverte d’ossements d’asiniens dans le foyer néolithique d’Andoukrouse dans l’Adrar Ahnet (Th. Monot, Sahara algérien). Dans les fresques de la région d’Iheren* qui datent du Bovidien récent, H. Lhote a reconnu un homme monté sur un âne, ce qui serait la plus ancienne représentation de l’animal domestiqué. – Photos : Une flore originale le long de l’oued Noun – Oiseau ?? – Ci-dessous : Ane cruellement entravé sur trois pattes –

(*) Les peuples d’Iheren-tahilahi sont une branche détachée des Capsiens proto-Berbères qui vient s’installer dans le Tassili et le nord du Niger de 2800 à 1800 av. J.-C. (3500 à 2200 BC), alors que la sécheresse commence à s’installer dans le Sahara. Ce sont des pasteurs de boeufs aux cornes déformées, de moutons et de chèvres. Ils abandonnent les gravures rupestres et adoptent la peinture comme les négroïdes d’Abaniora qui les précédaient dans la région. Leur art est de style “Bovidien blanc d’Iheren-tahilahi et Uan-Amil”. Ensuite, vers 2000 à 1800 av. J.-C. (2500 à 2200 BC), ils doivent se replier dans l’Aïr à cause de la sécheresse, puis disparaissent finalement complètement de la région devenue trop aride. Il est probable que leurs descendants sont les Haoussas qui vivent actuellement dans le nord du Nigeria.

Le nombre d’ânes au Maroc est passé de plus d’un million entre 2000 et 2005, à 962 000 têtes en 2012, une baisse qui inquiète le ministère de l’Agriculture. Le département de tutelle impute cette régression à l’absence d’une politique d’élevage structurée de troupeaux d’ânes, mais aussi à l’interdiction d’importation en Europe d’équidés en provenance du Maroc, soupçonnés d’être porteurs de “l’épizootie de la peste équine”. Au Maroc, premier exportateur mondial d’ânes jusqu’à il y a une dizaine d’années, les principales races d’ânes présentes dans le pays sont les “Catalanes et Poitevines”. Ces races sont utilisées par les éleveurs dans le croisement pour la production mulassière. L’élevage d’âne est donc réduit à une question de nécessité. Seuls les paysans élèvent des ânes qui sont utilisés pour l’élevage agricole et le transport de proximité. L’âne sert à transporter l’eau ou des marchandises surtout dans les régions montagneuses difficiles d’accès par voie mécanique. Bien qu’ils soient indispensables et rendent beaucoup de services, leurs propriétaires ne les protègent pas. Les pauvres bêtes sont traitées comme de simples objets, sans âme, sans émotion. Par conséquent, elles souffrent de différentes maladies, de blessures, parasitoses, carence nutritionnelle… La fondatrice de l’Association Hanane pour la protection des animaux et de l’environnement (AHPAE), basée à Casablanca, précise toutefois “que la cruauté et la maltraitance animale ne sont, en aucun cas, liées à la pauvreté. La preuve, c’est que les animaux des grandes villes sont beaucoup plus maltraités que les animaux vivant dans le milieu rural. On peut facilement constater que plus on s’éloigne des villes, moins les animaux sont battus et malades”. Les chiens, les équidés (ânes, mulets et chevaux) et les chats viennent en tête de liste des animaux les moins protégés et les moins considérés par les citoyens. Plusieurs fausses idées sur les animaux sont mises sur le dos de la religion, bien que celle-ci incite les gens à les aimer et les protéger. En effet, l’Islam prohibe la maltraitance des animaux. – Photos : Graines de laurier rose – Oued Noun-Assaka –

Un écureuil vient nous distraire du triste spectacle de cet âne torturé. Une pie-grièche à tête rousse aime ce versant ensoleillé, exposé plein sud, à la végétation clairsemée agrémentée de buissons sur les berges. Elle se perche pour chasser à l’affût des insectes (coléoptères), lézards, jeunes oiseaux, micromammifères. Nicheuse au Maghreb, celles d’Europe hivernent en Afrique tropicale et au sud de l’Arabie, et elles ne font que transiter par ici en avril-mai. En l’occurence, il est difficile de savoir s’il s’agit d’une autochtone, puisque les deux populations se rencontrent à cette époque de l’année. Une pelote de crapaud gît sur le sol, reconnaissable à son contenu qui comporte des abdomens entiers et vides de coléoptères. Le traquet oreillard stapazin (à gorge noire) affectionne aussi ces paysages arides ouverts avec une légère couverture boisée. Essentiellement insectivore, il migre pour passer l’hiver dans les savanes semi-désertiques recouvertes d’acacias du sud du Sahara, au nord du Sénégal, au sud-ouest de la Mauritanie et au Mali. Nous atteignons un pont aux dalles de béton disloquées par les crues : les oeuvres humaines sont peu de choses, face à la force des éléments. Déjà, des arbres et arbustes mettent à profit ces décombres qui ont basculé dans l’oued pour s’enraciner dans le lit. De l’autre côté, nous pouvons lire un panneau dans un amusant français approximatif. Deux émydes lépreuses et une tortue cistude nagent avec placidité dans l’eau encombrée d’herbes aquatiques. Une grenouille verte nous contemple de ses yeux d’or, à demi-immergée près de la rive. Nous assistons à l’accouplement fugitif de demoiselles bleues, des agrions. Mohammed nous récupère à cet endroit pour nous amener en voiture sur la plage Foum Assaka, faite de sable entrecoupé de bandes de gros galets. Personne n’a envie de se baigner, des nuages se bousculent dans le ciel, un vent frais et humide souffle vivement, des paquets d’écume jaunâtre flottent sur une mer agitée à l’eau turbide. Dimitri trouve sur le sol un objet et fait jouer notre perspicacité pour nous faire deviner de quoi il s’agit. – Photos : Pont sur l’oued démoli – Panneau tombé dans le lit de l’oued – Ci-dessous : Bec de Fou de Bassan –

C’est un bec d’oiseau de mer, affûté comme un poignard. Il nous explique que les ornithologues doivent prendre des précautions au moment du baguage ou la récupération d’un animal blessé pour le soigner. Ils ne doivent toutefois pas fermer le bec avec un élastique, sous peine de le faire mourir d’étouffement. En effet, le fou de Bassan, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a ses narines à l’intérieur du bec sous la voûte du palais ; particulièrement ouvertes, elles assurent seules l’arrivée de l’air dans les fosses nasales. Bec fermé, l’air pénètre jusqu’à celles-ci par les commissures, légèrement disjointes, appelées “narines externes secondaires”. Cette particularité anatomique, que l’on ne retrouve que chez les cormorans, empêche l’eau d’entrer de façon trop brutale dans les fosses nasales lorsque l’oiseau tombe en piqué et plonge à grande vitesse dans la mer (de l’ordre de 60 à 110 km/h). Il crée une onde de choc qui assomme alors les poissons. Le fou n’a plus qu’à les avaler, avant même de regagner la surface. Il remonte donc toujours le bec vide, ce qui lui aurait valu – c’est une hypothèse – cette appellation de “fou” par les premiers pêcheurs qui l’observèrent. Lors du plongeon, des sacs aériens situés sous la peau protègent la tête et le poitrail lors de l’impact, tandis que les yeux sont protégés par la membrane nictitante et les narines sont fermées de manière étanche, le fou peut ainsi descendre à une quinzaine de mètres de profondeur et rester immergé pour une durée allant jusqu’à 20 secondes. Ici, il se situe au sud de son aire de répartition. L’autre terme de son nom est une déformation de l’île écossaise de Bass Rock, à l’entrée du Firth of Forth, un vaste estuaire ouvert sur la mer du Nord. Elle constitue une zone de protection spéciale en raison de la présence de colonies d’oiseaux de mer comme les petits pingouins, guillemots, cormorans, macareux moines, eiders et goélands, mais surtout les fous de Bassan (30 à 40 000 couples – plus de 150 000 individus, la plus grande colonie au monde, qui niche entre février et octobre). Auparavant, elle était la propriété de la famille Dalrymple depuis 1706, et l’île était utilisée comme base de pêche, lieu de pâturage de moutons et réserve de chasse de jeunes oiseaux marins et collecte des oeufs. Les populations de fous de Bassan, aujourd’hui protégées, sont en augmentation au rythme moyen de 2 % par an après avoir, dans le passé, fortement régressé à la suite de la perte d’habitat, de la récolte des œufs et de la chasse. Une aigrette vole au-dessus de la lagune. La saladelle tente avec difficulté de stabiliser le sable volatile. – Photo ci-dessous : Intérieur du bec de Fou de Bassan –

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