Inde et Chine – 1

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Inde : Richard, Michelle, Elisabeth, Jacques, Annie, Cathy, Jean-Louis et Sylvain – Chine : Cathy, Jean-Louis, Sylvain avec Françoise et Pierre M. sur le continent et Olivier et Xin à Hong Kong
 

Vol Biarritz-Paris-Delhi le 18 octobre – Vol Delhi-Shanghai le 1er novembre et Nankin-Hong Kong le 11 novembre – Retour en France le 14 novembre

 

Ce que j’ai préféré dans ce grand voyage, ce n’est pas l’un ou l’autre pays, mais c’est d’avoir eu la chance de pouvoir les comparer immédiatement l’un à l’autre. Je dois avouer toutefois que, contrairement à toute attente, la Chine nous a reposés de l’Inde. Pourtant, je m’inquiétais sans le dire durant les semaines qui précédaient le grand départ, car on m’avait décrit les foules dans les rues, si denses que les gens se bousculent sans vergogne pour se frayer un passage et ne pas être emportés par le flot. Mais ce n’est pas en Chine que nous nous sommes retrouvés bloqués dans les rues, c’est à Vârânasî (appelée aussi Kâshî ou Bénarès), en Inde ! Notre minibus a été immobilisé au milieu d’une masse compacte de piétons, cyclistes, motards, automobilistes, conducteurs de tuk-tuk, charrettes et autres véhicules hétéroclites. Nous avons dû poursuivre à pied, nous tenant par la main pour ne pas nous séparer, selon la technique employée aux fêtes de Bayonne, et nous n’avancions qu’à condition de profiter de chaque interstice dans le flot humain pour gagner progressivement du terrain et parvenir à notre hôtel ! Les gens étaient calmes, heureusement, c’était un embouteillage totalement pacifique, mais en Inde – tout comme en Chine – les piétons ne sont pas prioritaires (il y en a trop), et dans un cas semblable, il vaut mieux qu’ils se signalent par une grande tape sur la carrosserie s’ils sont frôlés de trop près par un véhicule au risque d’être écrasés. J’avais également plein d’idées reçues à propos de Vârânasî avant de m’y rendre. Je m’attendais à une cour des miracles, à des spectacles choquants, mais ce qui m’a le plus dérangée, ce sont les déplacements rendus presque impossibles en raison de la densité du trafic, sur des voies défoncées, dans une mégapole tentaculaire et sans caractère, quasiment dépourvue de panneaux de signalisation. Notre chauffeur, originaire de l’Himalaya et parlant seulement sa langue et celle qui a cours à Delhi (l’Hindi), se sentait aussi perdu que nous, balloté de part et d’autre par des passants qui ne comprenaient pas ses questions et dont il ne comprenait pas les réponses (peut-être en Urdu). Ceux-ci se gardaient bien de l’avouer et nous envoyaient n’importe où. Le jour de notre arrivée dans la ville, on pouvait encore à peu près circuler, mais nous avons erré longtemps et tourné en rond, et il a fallu que Richard et Jacques prennent les choses en main : à l’aide d’un plan peu détaillé d’un guide touristique, ils ont magnifiquement dirigé notre chauffeur jusqu’à la rive du Gange, à quelques mètres de notre hôtel. – Photos : A gauche, une petite Indienne – A droite, un petit Chinois –

D’ordinaire, les touristes occidentaux qui se rendent dans ces grands pays décident de “faire” l’Inde – ou la Chine – en effectuant des vols intérieurs d’un site à l’autre, se fiant aux choix des professionnels des agences de voyage. Nous avons décidé de procéder un peu différemment, pour une question de budget, mais surtout de goût. De même que l’an passé pour le Rajasthan, Richard a organisé la première partie de notre périple avec une agence indienne de Delhi. Celle-ci a mis à notre disposition un minibus avec chauffeur et, dans un cadre déterminé à l’avance de durée du séjour, des étapes et des hôtels, nous étions libres de nous arrêter où nous voulions et d’effectuer de petits crochets pour visiter des lieux qui nous semblaient intéressants. Ayant tiré les leçons du voyage précédent, Richard a opté pour un trajet plus court (sur le papier du moins), en aller simple réparti sur une douzaine de jours, de Delhi à Varanasi, avec retour en avion à la capitale, de façon à mieux profiter de nos étapes et de nous imprégner de l’ambiance. Ensuite, au lieu d’un séjour programmé par une agence, c’est la Chine de Françoise et de Pierre M. que j’ai préféré découvrir, puisqu’ils avaient la gentillesse de nous inviter. Pierre, géologue, y passe ses trois dernières années professionnelles tandis que Françoise, qui parle le chinois et s’améliore par des cours et une pratique quotidienne, met à profit cette opportunité de résider en Chine pour connaître plus en profondeur cette civilisation pluri-millénaire. – Photos : Une faune nombreuse dans le “Red Fort” de Delhi (rapaces, perruches, mangoustes, écureuils,…) –

Elle nous a concocté la visite d’une sélection de lieux près de Nanjing (Nankin) où ils habitent, plutôt que nous ayons à courir du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest de ce pays immense, d’une superficie de quatorze fois la France et à la population vingt fois plus nombreuse. Elle nous a rejoints à Shanghai où nous arrivions de Delhi, et nous a montré quelques quartiers de cette mégapole pendant deux jours, puis Bonnie est venue nous chercher dans sa voiture de fonction dont nous avons pu bénéficier à chaque fois que Pierre n’avait pas besoin de ses services dans le cadre de son travail : le grand luxe ! Chinoise parlant l’anglais, elle avait le GPS pour l’aider à s’orienter et avait manifestement bénéficié de beaucoup plus d’éducation scolaire que notre chauffeur des montagnes himalayennes obligé d’apprendre l’anglais à l’oreille, comme il pouvait, au contact de ses clients. La difficulté de communication avec ce dernier a été un gros handicap, malgré la semi-organisation du voyage, car d’une part, nous avons perdu ainsi une occasion précieuse d’échanger correctement avec lui, et d’autre part, sa culture très différente l’empêchait de comprendre nos centres d’intérêt. Par exemple, étant donné l’état lamentable des routes sur lesquelles nous avons circulé, les trajets ont été beaucoup plus longs que prévu et nous avions une folle envie de nous dérouiller les jambes et de marcher. Pour lui, c’était inconcevable ! Il se faisait un devoir de nous accompagner en voiture jusqu’au fin fond des ruelles les plus étroites pour nous rapprocher des temples ou châteaux à visiter, alors que nous voulions simplement déambuler à l’aventure en le retrouvant dans un endroit convenu. Au contraire, Bonnie s’arrêtait sur demande et, plusieurs fois, elle nous a accompagnés dans nos visites, nous apportant ainsi une précieuse aide pour communiquer avec des commerçants des villages ou pour comprendre le contexte d’objets exposés dans des musées. – Photos : Une faune nombreuse dans le “Red Fort” de Delhi (rapaces, perruches, mangoustes, écureuils,…) – Carte : Situation de Nanjing en Chine – Ci-dessous : Carte des bassins du Gange et du Brahmapoutre –

Plus encore que dans le Rajasthan, la présence d’une faune nombreuse et peu farouche est frappante dans Delhi et les villes de l’Uttar Pradesh et du Madhya Pradesh que nous traversons. Dans le ciel tournoient des vols compacts de rapaces, les perruches vert vif au bec rouge (Psittacula krameri) criaillent à chacun de leurs déplacements des cimes des grands arbres jusqu’aux anfractuosités des murailles, des mangoustes pointent le museau au-dessus des graminées des espaces verts dans l’enceinte du Red Fort (le fort rouge) de Delhi et les écureuils s’affairent sans prêter aucunement attention au flux de touristes (pour la plupart indiens). L’Uttar Pradesh est l’Etat le plus peuplé de l’Inde (il compte environ 200 millions d’habitants), car il englobe une bonne partie de la fertile vallée du Gange, d’Agra à Varanasi. Contrairement au désert du Thar, au Rajasthan, où le sol est souvent exposé sans protection végétale à l’ardeur solaire, nous traversons des régions où l’eau abonde et dans lesquelles des forêts apparemment sauvages ponctuent les paysages agrestes. Si, sur les marchés indiens en bord de route, des poulets à moitié déplumés attendent leur triste sort dans des cages superposées, en Chine, nous remarquons dès notre arrivée dans le centre de Shanghai les poissons vivants exposés pour attirer le chaland sur le trottoir dans des bacs devant les restaurants ou les poissonniers. Ce qui nous a étonnés aussi au premier abord, c’est la quantité de parcs arborés et de verdure à Shanghai et Nanjing. Tôt le matin, les sportifs s’y rendent pour pratiquer la discipline de leur choix, seuls ou en groupes. Sur la Place du Peuple à Shanghai et dans une avenue piétonne attenante, j’ai vu s’entraîner des adeptes du diabolo, de l’épée, de l’éventail, de la gymnastique (Qi Gong ou Tai Chi), du théâtre. Mais le comble de l’étrangeté a été atteint à Nanjing lorsque Françoise nous a montré des arbres “sous perfusion”. – Schéma : Notre circuit en Uttar Pradesh et Madhya Pradesh en Inde – Photo : Des poissons vivants devant les restaurants et poissonniers –

C’est la société d’agrochimie Guo Guang qui produit l’engrais Shu-Guang Guo (shu signifie arbre) qui leur est injecté. Les arbres sont l’objet d’une attention soutenue à Nanjing, mais pour des raisons bien différentes selon les protagonistes. Deux événements ont récemment défrayé la chronique. Tout d’abord, la ville, dans le sillage de sa dynamique voisine Shanghai, est sujette à une croissance immobilière très forte assortie d’embouteillages dus à la hausse de population et l’abandon du vélo pour la voiture. Les infrastructures suivent avec un temps de retard, voies rapides, autoroutes, ponts. En 2011, à l’amorce des travaux de la troisième ligne de métro, une opposition discrète mais sensible s’est exprimée sur la Toile, avec une vague de 10 000 messages sur l’équivalent chinois de Twitter, protestant contre la suppression des arbres. Déjà, un premier lot de 49 arbres étaient réduits à des troncs surmontés de moignons de branches. Un maître d’école encouragea ses élèves à entourer d’un ruban vert les troncs encore debout. Quelques personnalités soutinrent le mouvement. Zhu Fulin, un reporter du Nanjing Morning Post, journal possédé par le gouvernement, enquêta sur le sort des 190 arbres qui avaient été déplacés cinq ans auparavant pour construire la Ligne Deux. En dépit de l’engagement du gouvernement de les protéger et les replanter, il découvrit que 80 de ces “wutongs” (platanes) étaient en train de dépérir dans une décharge municipale emplie d’ordures. Un expert en arbres évalua que 20, au maximum, avaient survécu. Quelques semaines plus tard, même ceux-ci furent détruits pour faire place à une voie rapide. Des fermiers emportèrent de pleins camions de bois, disant qu’ils en feraient de bonnes tables. – Photos : Des gants pour manier le diabolo – Injection d’engrais dans un arbre fraîchement transplanté –

Il faut ajouter un détail d’importance. Il ne s’agissait pas de n’importe quels arbres, c’était des platanes (Platanus x acerifolia) plus que centenaires dont les premiers furent introduits en Chine par les Français à la fin du XIXe et au début du XXe siècle pour orner leur quartier à Shanghai. En 1928 et 1929, plus de 20 000 exemplaires furent plantés le long de Zhongshan Avenue, la route menant au mausolée du dirigeant anti-impérialiste Sun Yat-Sen, révéré et considéré comme le père de la Chine moderne. Beaucoup d’autres furent plantés après la prise de pouvoir des Communistes en 1949. Les arbres poussèrent rapidement et procurèrent de l’ombre durant les étés torrides de Nanjing, devenant un symbole de sa beauté, mais aussi de son statut d’ancienne capitale, havre culturel intégré dans un environnement naturel de montagnes, de rivières et de végétation. Mais cela ne les protégea pas de l’attaque du développement : en 1993, plus de 3000 furent pratiquement abattus du jour au lendemain pour construire l’autoroute Shanghai-Nanjing. Près de 200 de plus furent déplacés pour construire la Ligne Deux du métro en 2006. Pour la Ligne Trois, plus de 1000 arbres – principalement des platanes – devaient être décapités, déracinés et flanqués ailleurs pour faire place aux six stations souterraines dans le centre ville. Les deux lignes existantes transportent chacune un million de banlieusards par jour et sont insuffisantes. Plus de dix lignes sont d’ores et déjà planifiées. Des centaines de gens manifestèrent devant la bibliothèque municipale, mais la foule fut dispersée par la police en une heure de temps. Les travaux furent suspendus, un “comité d’évaluation vert” fut formé de huit citoyens, neuf experts (pour la plupart issus de bureaux gouvernementaux ou des sociétés de construction) et huit délégués d’organes législatifs chinois triés sur le volet. – Photos : Une poche d’engrais Shu-Guang Guo – Panneaux sur le thème de la forêt, entourant le chantier du métro à Nanjing –

Comme le commente l’auteur de l’article sur un ton acerbe, en deux jours, l’affaire fut résolue, le premier étant dédié à la visite des sites d’implantation des stations de métro et l’autre à l’approbation d’une révision prédigérée du plan originel. A l’issue de la réunion, les citoyens furent convoqués aux délibérations pour recevoir des enveloppes contenant de l’argent – en compensation, fut-il dit, de leurs frais de déplacement. Et quand il fut temps de voter, le chef de séance invita simplement les membres du comité à applaudir s’ils n’avaient pas d’objection, ce qui fut fait après deux secondes de silence. Selon le nouveau plan, 318 arbres seront enlevés, pour la plupart des platanes, mais les deux-tiers des arbres qui devaient être déplacés à l’origine seront épargnés. La ville promet que chaque arbre déraciné sera numéroté de façon à ce que sa santé soit suivie où qu’il soit replanté. Et dorénavant, tout projet de construction qui affectera les citoyens ordinaires sera préalablement revu par une commission d’évaluation verte avant même de déterrer les arbres… Mais les malheurs des platanes ne s’arrêtent pas là. – Photo : Sports matinaux dans Shanghai –

Sur un autre site, je lis que la Nanjing Dengbo Biotechnology Co Ltd vient d’élaborer, en collaboration avec des professeurs de l’université agricole de Nanjing, une substance chimique appelée “Xuanlingsan” (médicament pour platane) qui peut empêcher les arbres de donner des fruits, réduisant ainsi le nombre de graines duveteuses. Chaque année au printemps et en été, les résidents étaient importunés par les poils des fruits, véritables aiguilles microscopiques, qui se plantent dans les muqueuses du nez et au bord des yeux, provoquant des épisodes de rhinite et de conjonctivite. En réalité, les personnes présentant des manifestations allergiques ont souvent des tests cutanés négatifs vis-à-vis du platane. Ces aiguilles microscopiques aggravent simplement une réaction allergique provoquée par d’autres pollens et s’ajoutent aux effets des polluants atmosphériques. Quelques services des parcs et jardins de villes comme Paris ou Bordeaux ont intégré cette donnée depuis plusieurs années et plantent moins de platanes. – Photos : Sports matinaux dans Shanghai – La mascotte Lele des YOG (Youth Olympic Games) –

En 2014, une nouvelle affaire alerta la population : les jeux olympiques de la jeunesse s’étaient déroulés à Nanjing sous l’égide de la mascotte Lele du 16 au 28 août. Le 9 septembre, des douzaines d’arbres morts et déracinés gisaient le long de deux routes du district Jianye. Transplantés avant l’ouverture de l’événement sportif près du village olympique pour embellir la ville, leur cime s’était étiolée peu de temps après. Les jardiniers locaux diagnostiquèrent une plantation à contre-saison au milieu des chaleurs estivales. Les gens se plaignirent de ce gaspillage, car il s’agissait d’espèces luxueuses, magnolias, camphriers. Le gouvernement de Nanjing fut aussi blâmé pour le retour en force de la pollution aérienne qui avait été réduite avant et durant les jeux. – Photo : Pont suspendu sur le Yangzi Jiang et centre olympique comprenant une salle de concert, des salles de conférences et de réunions, ainsi que des hébergements –

Ces épisodes anecdotiques ne constituent qu’un épiphénomène par rapport à la situation de la Chine dans sa globalité, comme on peut le lire dans un article de 2009. La déforestation du pays a atteint un tel stade qu’une Journée nationale de plantation d’arbres a été instaurée le 12 mars pour inciter chaque personne âgée de plus de onze ans à planter au moins trois peupliers, eucalyptus, mélèzes ou autres essences chaque année. Si l’objectif est atteint en 2050, les arbres couvriront une surface supérieure à 400 millions d’hectares, soit 42% de la Chine continentale. Mais ces statistiques époustouflantes masquent un déclin calamiteux de la qualité forestière, en termes de diminution de la biodiversité et de pression supplémentaire exercée à l’extérieur du pays pour satisfaire un appétit qui a crû énormément durant les dix dernières années. Déjà le déboisement entraîne la désertification, des tempêtes de sable et de poussières, des inondations, malgré la progressive mise en place, depuis 1978, de la Grande Muraille Verte dans le nord. Depuis 2007, la Chine dépasse les Etats-Unis en émissions de carbone, bien que, ramené à chaque habitant, le volume de gaz à effet de serre émis soit encore bien inférieur. Le gouvernement procède a un ensemencement aérien des régions reculées pour freiner l’avancée des déserts. A l’heure actuelle, il n’y a quasiment plus de bois exploitable, les arbres sont tous trop jeunes. Lorsque nous nous promenons dans les quartiers anciens et les villages, nous voyons bien que le bois était le matériau principal de construction. Des troncs énormes ont été coupés pour fabriquer des piliers ou des poutres, signe qu’il existait alors des forêts aux arbres au moins centenaires. Li, auprès de laquelle je suis des cours de chinois à Anglet, nous fait remarquer que beaucoup de mots sont composés avec la “clé” de l’arbre, comme le mot école par exemple, autrefois construite en bois. – Photos : Sports matinaux dans Shanghai – Tronc et loupe sculptée pour le pilier du temple bouddhiste Jing’an (Temple de la Paix et de la Tranquillité) à Shanghai –

La création du premier parc national chinois près de la ville de Tangwanghe devrait permettre de protéger cet écosystème à grande échelle et d’employer les forestiers au chômage en y développant sept sites touristiques, à l’image de Yellowstone aux Etats-Unis. Mais bien que la couverture forestière globale soit passée de 12 à 18%, beaucoup de plants sont situés dans des régions semi-désertiques où ils réduisent la disponibilité en eau. Même dans la froide région boisée du Heilongjiang (Rivière du dragon noir, nom chinois du fleuve Amour à la frontière entre la Mandchourie et la Sibérie), la faune décline en raison de la sur-chasse, de la cueillette de champignons et d’herbes et de la tendance des forestiers à remplacer les anciennes forêts par des bosquets d’arbres à croissance rapide élevés en monoculture et vulnérables aux tempêtes hivernales. Puisque l’exploitation domestique des forêts est soumise à restrictions depuis 1998, le volume de bois importé a été multiplié par neuf, essentiellement pour la consommation intérieure en bois de construction. Cette demande a accéléré la déforestation illégale en Amérique du Sud, en Afrique et en Indonésie. Le plus grand fournisseur est cependant la Russie qui procure 60% des troncs. Mais à la vitesse où se développent Beijing (Pékin), Shanghai, Guangzhou et Chongqing, la vaste taïga de forêt boréale de Sibérie risque d’être anéantie en 20 ans, selon une étude de l’université forestière de Beijing. Rien qu’à Shanghai, il y aurait actuellement 5 000 tours, dont 120 gratte-ciels de plus chaque année, et 20 000 chantiers permanents. Cela fait peser un danger sur le sol de la ville. Les spécialistes constatent que depuis 1921, le sol de la métropole s’affaisse à une vitesse estimée à 1,5 cm par an. Un tiers des affaissements des constructions dans le centre-ville est dû à ces grandes tours, d’après le Bureau de la planification de la ville de Shanghai. – Photos : Construction de la Tour de Shanghai, dans le district Lujiazui, qui sera le plus haut gratte-ciel de Chine – Caractère chinois (prononcé, xiào) et qui signifie école ; il est formé avec la “clé” mù, qui signifie le bois, l’arbre – Ci-dessous : Jing’ai Hall (hall du respect) à Xīdì (Relais de l’Ouest) dans l’Anhui, porte monumentale et plafond dans l’entrée – Le quartier d’affaires Lujiazui à Shanghai –

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