Inde et Chine – 3

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Inde : Richard, Michelle, Elisabeth, Jacques, Annie, Cathy, Jean-Louis et Sylvain – Chine : Cathy, Jean-Louis, Sylvain avec Françoise et Pierre M. sur le continent et Olivier et Xin à Hong Kong
 

Vol Biarritz-Paris-Delhi le 18 octobre – Vol Delhi-Shanghai le 1er novembre et Nankin-Hong Kong le 11 novembre – Retour en France le 14 novembre

On parle souvent de la diversité indienne, mais beaucoup plus rarement de la diversité ethnique chinoise. Françoise nous recommande de ne pas manquer la visite du magnifique musée de Shanghai, situé sur la Place du Peuple à quelques centaines de mètres de notre hôtel. En tout, ce sont près de 120 000 objets qui sont présentés aux visiteurs dans onze galeries et trois salles d’exposition. Les galeries permanentes ont pour thèmes Bronzes, Sculptures, Céramiques, Jades, Peintures, Calligraphies, Sceaux, Numismatique, Meubles sous les dynasties Ming et Qing, Arts et Artisanat par les minorités chinoises. Le visiteur ne sait pas où donner de la tête ! Dans la dernière, on y trouve affichée la carte ci-dessous où figure la répartition des 56 ethnies sur le sol chinois ! Certes, les Han dominent, mais ils sont suivis de près par les Tibétains, les Ouïgours, les Kazakhs et les Mongols. Françoise, par la petite sélection de lieux qu’elle a choisis pour notre courte visite, nous a communiqué un peu sa hantise d’aller absolument voir les quartiers et villages anciens, observer les coutumes et techniques traditionnelles, les paysages d’antan, avant que tout ne disparaisse. En effet, si nous avons été frappés en Inde par l’état lamentable des routes qui font doubler, voire tripler ou plus la durée des trajets par rapport à nos standards européens, la voirie chinoise (du moins celle où nous avons circulé) est impeccable et le bâtiment est un secteur dont la santé ne semble pas faiblir. Comme pour la Rome impériale, la construction de routes est un accessoire indispensable au contrôle du pays et de ses extensions les plus lointaines. Si l’Inde a pu si bien conserver ses multiples traditions et religions, c’est peut-être justement parce qu’elle n’a pas une politique millénaire de centralisation du pouvoir au contraire de la Chine, ou du moins parce que les dirigeants successifs n’y sont jamais parvenus bien longtemps. – Photos : Masque tibétain au musée de Shanghai – Shanghai, quartier chinois de style ancien : Les chinois de la dynastie des Tang, au VIIIème siècle, ont commencé à construire des avant-toits recourbés vers le haut pour alléger l’architecture des bâtiments. –

Par ailleurs, l’ouverture et la modernisation très rapide de la Chine de ces dernières décennies lui a très vite fait comprendre l’intérêt du tourisme de masse pour la dynamisation du commerce. Dans un souci de simplification, plutôt que de restaurer l’habitat ancien, des quartiers entiers sont rasés et, pour quelques uns, rebâtis à l’identique (mais avec des matériaux et techniques modernes). Cela leur donne un aspect assez curieux, plutôt clinquant et propret, agréables à voir, mais fades, car la population qui faisait tout le charme de ces lieux a bien sûr été obligée de s’exiler dans des tours excentrées, et il ne reste plus là que des commerçants et restaurateurs, voire des musées dans ces lieux faussement typiques. Les artisans ne sont plus évoqués que sous la forme de statues de bronze dans les rues piétonnes. Et si nous voulons visiter un véritable site ancien, comme le village de Tongli ou celui de Xidi dans l’Anhui, eh bien, il faut payer à l’entrée, c’est tout le village avec ses habitants qui est converti en musée ! Du coup, à Xidi, on peut photographier sans complexe toutes les scènes de vie courante du passé, à côté de classes entières d’étudiants en art installés un peu partout dans les rues. Ici, pas de machine à laver, semble-t-il, car je vois deux femmes laver des vêtements dans le lac à la fraîcheur du petit matin. Les paysans rejoignent paisiblement leur champ à pied et pratiquent plutôt du jardinage, sans l’aide d’aucun outil mécanique. Une équipe de tournage d’un film s’active dans une des belles maisons de maître. Nous restons un moment à les regarder faire. Ils sont équipés d’une caméra montée sur une paire de rails pour faire des travellings, d’un écran d’ordinateur où l’on peut contrôler l’image et d’une autre caméra plus petite, portée sur l’épaule. L’acteur, isolé à quelques mètres devant le groupe, est immobile, il n’a aucun texte à prononcer. Les autres, par contre, semblent avoir beaucoup de paramètres à mettre au point avant de commencer à filmer. – Photos : Shanghai, artisans de bronze pour rappeler les anciens métiers du quartier refait à neuf – Xidi, séchage des récoltes de coton, champignons et choux – Ci-dessous : Xidi, une troupe de cinéastes à l’oeuvre – Ecran de contrôle – Jeune chinoise dans la rue –

Cela me rappelle que nous avons traversé les monts Huang (Huangshan, monts Jaunes) dans l’Anhui méridional, à l’entrée desquels un grand panneau publicitaire rappelle qu’ils ont été l’un des lieux de tournage du célèbre film d’arts martiaux “Tigre et Dragon” (Wò Hǔ Cáng LóngTigre accroupi, dragon caché) réalisé par Ang Lee et sorti en 2000. Il s’est déroulé entièrement en Chine, à Pékin, dans le sud-ouest du désert du Taklamakan, dans les monts Huang et dans la forêt de bambous d’Anji où se déroule la scène mémorable du combat aérien sur la cime des bambous. C’était la seule chose dont je me rappelais. En le revoyant, j’ai reconnu les maisons anciennes magnifiques que Françoise nous a fait visiter, avec ce grand hall d’entrée qui a la particularité d’être une cour étroite exposée à la pluie, de façon à remplir un bassin ou une citerne en sous-sol. Outre des bambouseraies, il y avait aussi dans les vallées de spectaculaires champs de chrysantèmes aux fleurs jaunes ou blanches, prolongés sur les pentes abruptes par des plantations de thé. Tout comme les boutons de roses, les fleurs de chrysanthème (Jú Huā) sont souvent utilisées en infusion comme boisson quotidienne et font partie de la pharmacopéechinoise. Elles ont un effet sur le système cardiovasculaire, dilatant l’artère coronaire en relaxant directement les muscles lisses (action contre l’hypertension, artériosclérose, maladie des artères coronaires), un effet anti-inflammatoire, un effet antibiotique (des expériences in-vitro ont montré que Jú Huā possède des effets thérapeutiques sur des infections causées par le staphylocoque doré, streptocoque bêta-hémolytique, Escherichia coli et Shigella spp.), un effet antipyrétique, et elles contiennent de la vitamine B1. – Photos : Huangshan, champs de chrysanthèmes – Ci-dessous : Panneau publicitaire rappelant le tournage du film Tigre et Dragon – Huangshan, champs de chrysanthèmes –

Le soir, c’est le moment de nettoyer les récoltes de pommes de terre, patates douces ou choux dans les ruisseaux qui longent les rues. De grands paniers d’osier ronds, peu profonds, contiennent une poudre blanche, je crois me souvenir qu’il s’agit de la chair des patates douces qui a été écrasée et pulvérisée, et qui est mise à sécher sous le soleil automnal. Des champignons assez grands et de couleur blanchâtre sont également rincés à l’eau courante du ruisseau avant d’être découpés en petits cubes qui sont répandus sur une vannerie à petit rebord. Un homme nettoie de grosses racines de gingembre réunies dans un panier d’osier à anse faisant office de passoire et qui est directement plongé dans le faible courant. De petits piments rouges ou verts sèchent dans un panier sur un muret, ailleurs c’est du coton, ou encore des lentilles. Du chou chinois est suspendu à sécher sur des tringles. A Tongli, un vieux plonge un balai et des torchons dans le canal. Des villageois en habits de la campagne, assis sur le pas de la porte, cassent des coquilles avec un instrument spécial pour en retirer la graine, qui s’avère être le fruit d’un nénuphar. Le tourisme dévoie parfois certaines pratiques traditionnelles : un homme dans sa barque expose ses cormorans dressés à pêcher pour lui, un lien enserrant étroitement leur cou pour les empêcher d’avaler leur proie. Il en libère un qui, sitôt plongé, remonte la gorge pleine. Le pêcheur le récupère brutalement à l’aide d’un crochet au bout d’un manche et réclame son dû aux passants pour le spectacle. Rien à voir avec le reportage idyllique que j’avais vu sur Thalassa, se rapportant à la relation unique qui unit le pêcheur à son cormoran traité avec douceur. – Photos : Xidi, étudiants en dessin – Ci-dessous : Xidi, statues de lions-gardiens qui, traditionnellement, étaient placées à l’entrée des palais impériaux chinois, des tombes imperiales, des bureaux gouvernementaux, des temples et des maisons des membres du gouvernement et des riches, à partir de la Dynastie Han (206 BC-AD 220), et qui étaient sensés procurer une puissante protection mythique. Les lions allaient par paire, un mâle posant sa patte droite sur une balle de tissu brodé (xiù qiú) (dans le contexte imperial, il représentait la suprémacie sur le monde) et une femelle maintenant de sa patte gauche un lionceau espiègle étendu sur le dos (représentant la nourriture, le cycle de la vie). En chinois, ils sont appelés simplement shī (lion) — le mot shi dériverait du mot perse šer. Des lions furent d’abord présentés à la cour des Han par des émissaires d’Asie centrale et de Perse, et vers le VIe siècle avant notre ère, ils étaient déjà populairement dépeints comme des symboles de gardiens. La paire de lions était une manifestation du yin (la femelle) et du yang (le mâle). Symboliquement, la lionne protègeait les personnes qui vivaient à l’intérieur, tandis que le lion gardait les lieux, les bâtiments. – Huangshan, cueillette de chrysanthèmes – Au-dessous : Musée de Shanghai, carte de répartition des ethnies chinoises –

 

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