Inde et Chine – 4

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Inde : Richard, Michelle, Elisabeth, Jacques, Annie, Cathy, Jean-Louis et Sylvain – Chine : Cathy, Jean-Louis, Sylvain avec Françoise et Pierre M. sur le continent et Olivier et Xin à Hong Kong
 

Vol Biarritz-Paris-Delhi le 18 octobre – Vol Delhi-Shanghai le 1er novembre et Nankin-Hong Kong le 11 novembre – Retour en France le 14 novembre

Je me rappelle notre arrivée en Inde, après une nuit d’avion de Paris à Delhi. Nous avions peu et mal dormi pour la plupart d’entre nous, mais ce vol nocturne nous permettait de disposer de toute la journée pour visiter la capitale que nous avions quittée très rapidement l’an dernier pour effectuer notre circuit autour du Rajasthan. Le chauffeur nous déposa un peu loin de l’entrée du Fort Rouge que nous atteignîmes en traversant un parc arboré paisible, épargné par l’agitation citadine et qui servait de refuge à une faune variée. Le groupe se scinda en deux, les plus toniques préférant visiter le marché où se pressait une foule dense qui occupait toute la route, les autres, dont j’étais, optant pour la visite du monument. Quoique bien moins ouvragé que le Fort rouge d’Agra, nous apprécions le calme qui y règne et la marche tranquille dans le parc parmi les sympathiques touristes indiens heureux de découvrir leur patrimoine. Nommé d’abord Lal Qila ou Qila-i-Mubarak, il fut construit en neuf ans sous l’égide de l’empereur moghol Shah Jahan (1628-58) qui prit pour capitale Delhi à la place d’Agra. Construit en pierres de grès rouge sur un plan octogonal, ses remparts étaient originellement entourés d’un fossé alimenté par la rivière Yamuna. Lors du pillage de Delhi en 1739 par l’envahisseur perse Nadir Shah, bien des trésors furent dérobés, dont le Takht-i-Taus (le trône au paon) avec le Kohinoor (le plus gros diamant du monde). Nous traversons le Chhatta Chowk (bazar couvert), appelé initialement “Bazaar-i-Musaqqaf” (saqaf signifie le toit), que le Shah Jahan fit construire après avoir admiré en 1646 celui de Peshawar (actuellement au Pakistan). C’était, au XVIIe siècle, un équipement extrêmement inhabituel en Inde et c’est aussi l’unique exemplaire d’architecture moghole. On pénètre dans ce bâtiment à deux étages par la Lahori Gate. De part et d’autre se trouvent 32 échoppes, de même qu’à l’étage. Il s’y pratiquait un commerce de luxe pour la maison impériale, proposant des articles tels que soie, brocarts, velours, objets en or et argent, bijoux et pierres précieuses. – Photos : Dans le parc menant au Fort rouge de Delhi : Macaque rhésus, oiseau ?, rat –

En effet, depuis des siècles s’est instauré un commerce actif entre l’Est et l’Ouest sur un faisceau de pistes appelé la route de la soie qui relie la ville de Chang’an (actuelle Xi’an) en Chine à la ville d’Antioche, en Syrie médiévale (aujourd’hui en Turquie). Les plus anciennes traces de son existence remontent à “2000 avant notre ère au moins”. Elle se développe surtout sous la dynastie Han (221 – 220), en particulier Han Wudi, puis sous la dynastie Tang (618-907). À partir du XVe siècle, elle est progressivement abandonnée, l’instabilité régnant à cause des guerres turco-byzantines, puis la chute de Constantinople poussent en effet les Européens à chercher une nouvelle route maritime vers les Indes. L’abandon de la route de la soie correspond ainsi au début de la période des “Grandes découvertes” durant laquelle les techniques de transport maritime deviennent de plus en plus performantes. Du côté chinois, les empereurs Ming Yongle, puis Ming Xuanzong chargent, à la même époque, l’amiral Zheng He d’expéditions maritimes similaires. – Photo : Dans le parc menant au Fort rouge de Delhi : Fourmi aux longues pattes transportant une graine –

Le plus vieux fragment de soie découvert en Chine remonte à 2570 avant notre ère (lambeaux de fils et de fragments tissés à Qianshanyang dans la province du Zhejiang) et l’on pensait jusqu’à une date récente que ce pays avait eu l’exclusivité de sa fabrication et de son commerce pendant trois millénaires jusqu’à ce que le secret de cet art finisse par se propager vers l’occident. La soie fut d’abord utilisée pour l’habillement et la décoration, puis étendue à la fabrication d’instruments de musique, de lignes de pêche, de cordes pour les arcs et de liens en tous genres. Sous la dynastie des Han, des coupons de soie servaient de moyen de paiement. 230 des 5000 caractères chinois les plus courants contiennent le mot soie dans leur “clef” (équivalent de la racine des mots). Toutefois, selon une information publiée dans La Recherche, des découvertes archéologiques de 2009 dans la vallée de l’Indus (à Harappa et à Chanhu Daro), entre l’Inde et le Pakistan actuels, laissent à penser que la civilisation qui y régnait de 2800 à 1900 avant notre ère connaissait et maîtrisait déjà l’usage de la soie. Ce n’est pas la première découverte de soie ancienne dans ce pays. Un site du centre de l’Inde en avait livré parmi des vestiges datés de 1500 av. J.-C. Mais on considérait que cette découverte isolée, à une époque où le tissage chinois de la soie était déjà bien établi, résultait d’une importation venue de Chine. Les choses sont différentes avec ces trois fils, qui étaient à l’origine chacun enfilé sur un bijou : un bracelet, un collier en alliage cuivreux et des microperles de stéatite. En outre, selon Irene Good et ses collègues de l’université Harvard aux États-Unis, les fibres retrouvées ne sont pas issues du ver à soie Bombyx mori (B. du mûrier), utilisé en Chine, mais de deux autres espèces exploitées aujourd’hui en Inde, du genre Antheraea (A. mylitta et A. assamensis pour Harappa, et Philosamia pour Chanhu Daro, dont la soie semble avoir été enroulée). Les différences morphologiques de ces deux types de vers se reflètent dans la forme de la section des fibres, identifiable au microscope électronique à balayage. Il s’agirait donc bien d’une production locale. Christophe Moulherat, chargé de la conservation préventive au musée du quai Branly, trouve toutefois difficile d’attribuer ces fragments à une espèce animale en particulier, même si les photographies évoquent de la soie sauvage, de section plus trapézoïdale. Il reste aussi à trouver des tissus, dont la fabrication requiert des techniques plus complexes que celle de simples fils. – Photos : Dans le parc menant au Fort rouge de Delhi : Vieil arbre majestueux – Caractères chinois contenant dans leur clé le mot soie, dans l’ordre : soie, ruban de soie, tissu de soie – Ci-dessous : Varanasi, rites féminins pour la fête de Chhat Puja –

Sur une thèse de géographie remontant à une dizaine d’années, je découvre que les paysans du Madhya Pradesh, Etat indien que nous longeons par le nord après la visite de Delhi et d’Agra, pratiquent l’élevage des vers à soie dont le produit brut (la soie grège) est expédié pour le tissage et la commercialisation à Varanasi. L’auteur retrace l’histoire mouvementée de cette fibre précieuse dont l’exploitation se serait propagée de Chine en Corée, puis au Japon, et de Chine en Khotan (aujourd’hui Hotan), royaume à la bordure du désert de Takla-Makan au Tibet, puis au Bengale et à l’Inde, après la traversée de l’Himalaya par les vallées du Brahmapoutre et du Gange. La sériciculture s’est aussi diffusée en Perse (Iran), Afghanistan, puis dans le bassin méditerranéen et en Europe. Beaucoup d’animaux produisent de la soie. Des bandelettes de momies égyptiennes étaient tissées à base de byssus, filaments produits par les mollusques bivalves pour se fixer au substrat rocheux. En Méditerranée, c’est la “soie marine” ou “laine de poisson” du Pinna nobilis qui était récoltée depuis des temps très anciens. La soie est produite par d’innombrables arthropodes, dont au premier chef les araignées qui l’utilisent pour la fabrication de cocon où elles enferment les oeufs, pour le tapissage du terrier, la confection d’armes de chasse (bolas, filets), d’abri subaquatique, de fil de sécurité, de déplacement, de dispersion, pour emmailloter les proies, tisser des toiles de mue ou spermatiques ou encore pour le piégeage des proies… Mais la soie qui est utilisée en Chine ou en Inde est celle produite par des papillons. Durant leur cycle de vie, l’oeuf éclot, donne naissance à une chenille dont la croissance s’effectue par mues successives, jusqu’à l’obtention de sa taille optimale. Elle jeûne quelques jours et se métamorphose en chrysalide lors d’une dernière mue : tous les tissus de son corps se décomposent pour se réagencer sous la forme de papillon, stade sexué où l’insecte peut se reproduire. Certains papillons émettent, pour se protéger durant cette période critique, un fil de soie que la chenille enroule autour d’elle en cocon. Celui du Bombyx du mûrier peut mesurer plusieurs mètres de longueur. C’est un papillon qui n’existe plus à l’état sauvage et dont les ailes sont atrophiées. La chrysalide est tuée juste avant sa sortie du cocon sous forme de papillon, de façon à ne pas endommager le précieux fil de soie. – Photos : Varanasi, transport de l’eau sacrée du Gange dans des récipients de cuivre –

Il y a plus de 500 espèces de “vers” à soie sauvages dans le monde, mais seulement quelques uns d’entre eux sont utilisés pour produire des tissus. Leur soie est généralement plus dure et rugueuse que celle des vers à soie domestiques, et elle est récoltée après la sortie du papillon qui coupe les fils pour s’extirper du cocon. Elle est aussi plus difficile à blanchir et à teindre, mais les riches éclats dorés de la soie produite par le ver à soie Muga de l’Assam sont très appréciés. En Inde, les soies sauvages sont appelées Vanya. Le ver à soie Eri, domestiqué, se nourrit des feuilles du ricin. Son cocon ne peut pas être facilement dévidé, la soie est donc filée à l’instar du coton ou de la laine. La meilleure qualité de soie sauvage est produite par des vers à soie du Henan, en Chine. C’est la seule qui peut être facilement teinte. Voici une liste de certains papillons fournissant la soie sauvage :

  • Antheraea assamensis. De l’Assam. Sa soie a une belle teinte dorée brillante qui s’améliore avec l’âge et le lavage. N’est jamais blanchie ou teinte et est résistante aux taches. A été réservée à l’usage exclusif des familles royales en Assam depuis 600 ans.
  • Antheraea mylitta. Le ver à soie “tasar”.
  • Antheraea pernyi. Le Tussah Moth chinois. La couleur et la qualité de la soie dépend du climat et du sol.
  • Polyphème d’Amérique. A le plus grand potentiel de toute l’Amérique du Nord.
  • Antheraea yamamai. Le “Tensan”. A été cultivé au Japon depuis plus de 1000 ans. Il produit une soie naturelle blanche, mais ne se teint pas bien, il est très solide et élastique. Il est maintenant très rare et cher.
  • Anisota senatoria. Papillon nord-américain dont la chenille consomme les feuilles de chêne (rouge), mais aussi de châtaignier, bouleau, noisetier, érable…
  • Automeris io. Papillon nord-américain.
  • Bombyx mandarina. Possible forme sauvage de B. mori (du mûrier).
  • Bombyx sinensis de la Chine. Prolifique en cocons mais petits.
  • Callosamia promethea. Amérique du Nord
  • Gonometa postica Walker. De la région du Kalahari.
  • Gonometa rufobrunnae Aurivillius. Se nourrit de l’arbre de Mopane en Afrique australe
  • Cecropia Hyalophora. En Amérique du Nord. La qualité de la soie dépend de la source de nourriture.
  • Samia cynthia. Le Ailanthus Silkmoth : vers à soie un peu domestiqué en Chine. Introduit en Amérique du Nord. Le ver à soie eri de l’Assam est une sous-espèce de ce papillon de nuit. Il produit une soie blanche à l’aspect de laine mélangée à du coton, mais à la texture soyeuse.

Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XVIe siècle que le Bengale remplaça la Chine comme fournisseur principal de soie grège pour les métiers à tisser indiens. Bien que cette activité fut diffusée dans toute l’Inde, elle ne fut largement adoptée en tant qu’industrie rurale que par les tisserands du Cachemire. Dans le sud de l’Inde, en particulier dans la région de Mysore et Bangalore, l’implantation de la sériciculture fut le résultat de la volonté politique des sultans, en particulier Tipu Sultan (1749-1799) qui envoya des émissaires au Bengale afin d’en acquérir les techniques, rapporter les précieux plants de mûrier et les oeufs des vers à soie. La soie et les perles étaient échangés en Europe, et particulièrement en France, contre des armes et des munitions utilisées dans la lutte contre les Anglais. La sériciculture prit réellement de l’ampleur quand la compagnie des Indes Orientales commença à en assurer le commerce aux XVIIIe et XIXe siècle. En 1801, Joseph Jacquard présenta à l’Exposition Universelle un nouveau métier à tisser la soie façonnée, fonctionnant avec des cartes perforées qui comportaient les dessins à réaliser sur l’étoffe, provoquant le mécontentement des canuts. La fabrication de soiries se développa en Inde non seulement grâce à l’importation de technologies et de machines en provenance du Japon, mais aussi avec l’aide de spécialistes occidentaux et en particulier italiens dès 1860. Frappés par l’épidémie de pébrine, la fabrication de soie chinoise périclita au XIXe siècle, de même que celle de presque tous les pays producteurs à l’exception du Japon qui abandonna l’autarcie en 1853, suite à la mission américaine Perry, et devint le premier producteur mondial de soie. C’est Louis Pasteur qui, en 1870, trouva la solution pour lutter contre l’épidémie, montrant qu’un simple examen au microscope des papillons reproducteurs permettait de sélectionner les individus sains. L’apparition de fibres synthétiques après la seconde guerre mondiale sonna le glas de cette économie. L’industrialisation progressive du Japon et la hausse corrélative des salaires rendirent la soie japonaise de plus en plus chère, et sa production fut dépassée par celle de la Chine en 1972 et celle de l’Inde en 1986. – Photos : Varanasi, cérémonie religieuse Aarti qui a lieu au coucher du soleil sur le Dasaswamedh Ghat, un quai sacré au bord du Gange, près du temple Kashi Vishwanath. De jeunes pandits effectuent une chorégraphie spectaculaire, jugée par certains artificielle et même extravagante. Ils se tiennent sur une estrade, le corps drapé dans des robes safran, face au plateau d’offrandes. Ils soufflent d’abord dans des conques qui émettent un son puissant, remuent des bâtons d’encens et font des cercles avec des lampes enflammées tout en chantant des hymnes et en faisant résonner des cymbales ou des clochettes. – Schémas ci-dessous : Centres de tissage des saris en Inde – Types de régions séricicoles en Inde –

Les centres indiens de tissage sont répartis dans tout le pays, mais surtout dans les zones traditionnelles de production autour des villes-temples où le tissage de la soie est lié à l’activité religieuse et aux pèlerinages, comme Varanasi (Bénarès, en Uttar Pradesh) et Kancheepuram (au Tamil Nadu). Chacun développe des techniques particulières, manière de tisser la soie, style de broderies, matériaux utilisés. Kancheepuram est célèbre pour les broderies d’or ou d’argent qui ornementent les saris ; Varanasi pour ses brocards et la richesse de l’ornementation des bords des saris et des pallu (partie du sari qui est rejetée sur l’épaule) aux riches broderies tissées aux motifs de feuilles, de fleurs, de fruits et d’oiseaux. Bangalore et surtout Mysore sont réputées pour la qualité des saris imprimés. L’Inde présente toutefois la particularité d’être le seul pays au monde à produire les quatre variétés de soie commercialisées, du fait de la culture de soies dites “sauvages” au centre et à l’est du pays. La culture de la soie Tasar, appelée sériciculture sauvage ou forestière, est pratiquée par des tribus montagnardes et sylvicoles. Elle est produite par plusieurs espèces polyphages de vers, sauvages ou domestiqués. Ils se nourrissent de feuilles d’essences diverses des zones tropicales ou sub-tropicales. Les filaments jaunes sont inégaux, plus grossiers et plus courts que ceux de la soie du Bombyx du mûrier. La Chine est le premier producteur de la soie Tasar, l’Inde vient en second. La culture s’étend le long de la ceinture forestière tropicale, du Bengale occidental au Karnataka, en passant par le Bihar, l’Orissa, le Madhya Pradesh (la région que nous visitons), l’Andhra Pradesh et le Maharashtra. Une variété particulière de la soie tasar se pratique uniquement dans les zones tempérées des contreforts himalayens où les vers se nourrissent exclusivement de feuilles de chêne. – Photos : Cérémonie religieuse Aarti à Varanasi (lampes à huile ornées de cobras à 7 têtes) – Petit temple en voie d’effondrement dans le Gange –

La soie Eriprovient du Bombyx Eri (de l’hindi “erinda”, ricin – Philosamia ricini), un papillon de nuit qui est élevé essentiellement dans les régions subtropicales du Nord-Est de l’Inde (Assam, Meghalaya). Le ver n’a pas d’alimentation exclusive, il préfère les feuilles de ricin, mais accepte également celles du manioc (originaire d’Amérique centrale et du Sud), et même du troène (l’arbre, originaire de Chine, de Corée et du Japon, tandis que l’arbuste provient d’Europe et d’Afrique du Nord). Cette culture se pratique traditionnellement dans les tribus indo-birmanes et constitue une culture de subsistance (très souvent le producteur est aussi le consommateur : les chenilles sont tuées et dégustées dès qu’elles ont filé leur cocon, la soie n’étant qu’un sous-produit de cette ressource alimentaire, excellente paraît-il). Les chenilles font un gros cocon, blanc ou roux selon les espèces, ouvert à une extrémité. Le fil n’est donc pas continu comme dans le cocon du bombyx et la soie n’est pas dévidée, mais filée après décreusage, de la même façon que les déchets de la soie du Bombyx du mûrier. Lorsqu’on laisse s’échapper le papillon à l’issue du processus de transformation de la chrysalide, la soie est surnommée “soie de la paix” ou “soie non violente”, c’est la seule soie que les moines bouddhistes acceptent de porter car elle respecte la vie. D’aspect rustique, on l’appelle aussi la “soie du pauvre” ou “laine du pauvre”, mais du fait de ses qualités calorifiques, elle est utilisée pour la fabrication de vêtements d’hiver et de couvre-lits. La soie Mug (de l’assamais “muga”, couleur ambrée) est une spécificité de l’Inde. Elle est cultivée uniquement dans la vallée du Brahmapoutre, en Assam. La brillance de sa texture chatoyante augmente avec le temps et les lavages, à la différence des autres soies, ce qui en fait l’étoffe la plus coûteuse au monde après le pashmînâ (lainage, en persan, issu de la chèvre tchang-ra, Capra hircus), d’autant plus que la production est limitée par la quantité d’oeufs (les graines de vers) rarement disponibles en quantité suffisante au bon moment (automne, printemps). Les producteurs ne peuvent donc pas mettre en place une culture commerciale, d’autant plus que les vers sont sujets à de nombreuses maladies. – Photos : Varanasi, rites durant la fête de Chhat Puja –

La grande majorité de la production de soie mondiale et indienne provient du Bombyx Mori (B. du mûrier). Elle se développe en Inde du Sud, particulièrement dans trois Etats, l’Andhra Pradesh (22,2%), le Tamil Nadu (5,3%), et surtout le Karnataka (Bangalore, Mysore, Mandya) qui totalise à lui seul une production annuelle de 10 000 tonnes, soit près de 60% des surfaces en mûrier, 56% du tonnage des cocons et 60% de la soie indienne. Depuis 1980, le gouvernement indien cherche à transformer la sériciculture en agro-industrie, du fait de son rôle dans la création d’emplois ruraux et la réduction de la pauvreté. Il a pour objectif d’améliorer les rendements et la qualité de la production, ainsi que d’introduire la sériciculture dans de nouvelles régions pour favoriser l’exportation. Toutefois cette activité s’est révélée au contraire source d’accroissement des disparités socio-économiques. En Inde, c’est une activité domestique pratiquée essentiellement dans les villages. Les différentes étapes de production de la soie et de sa transformation sont encore peu mécanisées, ce qui contribue à créer de nombreux emplois ruraux : près de six millions de personnes en dépendraient au moins un peu. L’emploi occupé dépend de la caste, celle des artisans occupe les fonctions d’ouvriers qualifiés et contremaîtres, ce qui limite leur possibilité d’accès à l’éducation. Les castes marchandes dominent le monde de l’entreprenariat industriel et les castes brahmanes sont surtout représentées dans les catégories socio-professionnelles les plus hautes. Plus de 96% des cultivateurs de mûriers sont de petits fermiers vivant dans des villages et qui possèdent en moyenne moins de 4 hectares, dont 0,25 à 0,5 hectares sont réservés au mûrier. Illettrés ou tout juste alphabétisés, ils sont la proie facile des intermédiaires auxquels ils bradent la matière première. L’Etat essaie de mettre en place des marchés réglementés avec des prix garantis, mais ils sont encore peu utilisés, d’après les informations collectées par l’auteur de la thèse. De même, à l’étape du tissage, ce ne sont pas les ouvriers des ateliers qui perçoivent la plus-value apportée par leur travail. – Photos : Varanasi, crémation des défunts sur un ghât en bordure du Gange –

Je fais un aparté sur une des pratiques religieuses qui m’a le plus étonnée, celle du malaxage de la boue des rives du Gange pour en faire des sortes de galettes ornées de fleurs, pétales de fleurs, poudres minérales colorées et lumignons, dont le pendant dans les villages campagnards est une galette et des ornementations de formes diverses effectuées sur le seuil des maisons et dont la matière de base est la bouse de vache. J’ai trouvé un article sur Internet qui aide à comprendre de quoi il retourne. ” L’image des femmes occupées à malaxer la bouse de vache est une des images emblématiques de l’Inde rurale, de l’Inde éternelle. Déjà le Rig Veda, le document le plus antique de l’humanité, mentionne le ramassage et le stockage des bouses et dans l’Atharvaveda (le quatrième et dernier recueil des Védas) est décrite l’utilisation de la bouse de vache comme engrais. Ainsi, depuis la nuit des temps, les femmes de l’Inde (les activités concernant la bouse sont exclusivement féminines) pétrissent à deux mains le mélange de bouse et de paille pour la confection des galettes aplaties ou bousats qui seront plaquées sur un mur de brique exposé au soleil pour sécher. Aujourd’hui, seulement la moitié des 800 millions de tonnes de bouses produites en Inde chaque année est utilisée comme engrais. Avant les semailles, les semences sont enduites de bouse qui est un fongicide particulièrement actif et cette enveloppe protège son contenu de la convoitise des oiseaux et autres prédateurs. En raison du déficit en bois de feu, la moitié de la “production” sert de combustible. La bouse est l’un des cinq ingrédients sacrés (lait, ghee, yogourt, bouse et urine) offerts par la vache, seuls les bousats (et non le bois) sont brûlés durant les yagnas ou cérémonies du feu sacrificiel et le tikka, marque rituelle sur le front, est alors fait avec de la bouse de vache. La bouse est utilisée pour la fabrication des idoles lors de nombreuses fêtes religieuses. Par exemple, pour Nag Panchami, des idoles de serpent (cobra) sont façonnées dans la bouse de vache séchée pour être placées aux portes d’entrée des maisons. Durant Makar Sankranti, les jeunes filles préparent des boulettes de bouse de vache et les décorent avec des fleurs colorées. Ces boules, appellées Gobbemmalu dans le sud de l’Inde, sont placées sur le seuil des maisons et sont adorées ainsi que les Navadhanyas (neufs types de graines) pour accueillir la déesse Lakshmi, symbole de l’abondance et de la fertilité, associée à la fécondité des sols enrichis de bouse de vache. Pour Diwali (la fête des lumières), les cours, les entrées… sont décorées de rangolis. Pour être auspicieux, ces dessins faits au sol, doivent être exécutés sur une couche de bouse de vache étalée sur la terre et aspergée d’une eau parfumée au bois de santal. – Photos : Dati, rituel en bouse de vache sur le seuil d’une maison à l’occasion de la fête de Diwali – Vache décorée de taches colorées –

 

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