Montréal

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24-25-26 juin 2016
Séjour guidé par Dimitri Marguerat – Participants : Cathy, Jean-Louis, Pascal, Nicole, Laurence

L’aéroport Pierre-Elliot Trudeau de Montréal est quasiment vide à notre arrivée ce vendredi à 10 heures du matin. Levés depuis 5 heures du matin, nous avons décollé de Bordeaux à 8h20 et, après 8 heures de vol, nous bénéficions de toute la journée pour nous promener, grâce au décalage horaire. En nous couchant, épuisés, à 21 heures, heure locale, cela nous aura fait une journée bien longue de 22 heures… La température extérieure est déjà estivale, 26°C, et la végétation luxuriante. Partout, des arbres non taillés se déploient librement dans toutes les directions. Je suis particulièrement sensible au charme des jardins sans haie ni clôture. C’est comme si nous nous promenions dans un immense parc semé de maisons et d’immeubles de tous styles. Chaque jardin conserve toutefois sa personnalité, il n’y a pas vraiment d’uniformité, le style “nature sauvage” est même toléré. Nous arrivons un jour trop tard : hier, c’était la fête du Québec, il y avait des concerts partout, un peu comme chez nous pour la fête de la musique le 21 juin. Sitôt posés nos bagages, nous partons nous promener dans le centre. Sur la place Jacques Cartier, un choeur de musique de chambre offre un concert devant l’église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier convertie depuis 2011 en une Coopérative de solidarité. Le chef, en costume d’époque, introduit chaque morceau espagnol ou anglais en expliquant, en français, le contexte dans lequel il a été composé. Il y a sept micros, des amplis, des baffles, cet ensemble d’excellente tenue s’est donné les moyens d’une bonne sonorisation pour cette prestation à l’extérieur. Une foule tranquille circule à pied dans le centre. C’est la fête au quartier chinois, toute la communauté s’est rassemblée, assise face à une estrade couverte où évoluent de jeunes enfants. Nous assistons à une danse traditionnelle en costumes dont sont parées de mignonnes fillettes. Leur prestation est présentée au public en français et en chinois. Près du fleuve, je photographie mon premier carouge à épaulettes, le seul qui sera vraiment net sur mon appareil photo, tellement il est près, tranquille et accoutumé à la présence humaine : je crois d’abord que l’oiseau a été blessé par une voiture, tant le vermillon des plumes de ses ailes est intense. J’immortalise également mon premier goéland à bec cerclé, aussi commun en ville que les pigeons auxquels il dispute les miettes et graines que leur jettent les habitants. Nous terminons par un dîner asiatique sur une terrasse, face au musée d’art contemporain. En marge de la place, des techniciens s’affairent sur une estrade en vue du prochain festival de jazz. Il succèdera aux FrancoFolies de Montréal qui se sont déroulées récemment, du 9 au 18 juin. – Photos : Jardins non clôturés à Montréal – Curieuse devise sur les plaques d’immatriculation des voitures – Sur la place d’armes, des sculptures et bas-reliefs évoquent les combats avec les “Indiens” d’Amérique – Carouge à épaulettes – Ci-dessous : Rappel (involontaire) de l’inégalité des armements entre Européen et Indiens et celui d’un territoire déjà densément occupé par des populations –

Le lendemain matin, les rues sont calmes dans le quartier résidentiel d’Outremont où nous logeons. Il s’étend juste au pied du Mont Royal que nous partons explorer. “Le 2 octobre 1535, Jacques Cartier, découvreur du Canada, gravit cette montagne sous la conduite des Indiens de la bourgade d’Hochelaga et, devant la beauté du paysage qui s’offrait à ses yeux, il lui donna le nom de Mont Royal, d’où la ville de Montréal prit son nom.” Curieusement, une grande partie (18%) de la colline est occupée par le cimetière Notre-Dame-des-Neiges où, depuis 1855, date d’enregistrement de la première sépulture, près d’un million de défunts ont été inhumés. Depuis 1999, il a été reconnu comme un lieu historique national, le premier du Canada par sa grandeur et le troisième d’Amérique du Nord en importance. On y recense 90 000 ouvrages funéraires, dont plusieurs sont ornés d’oeuvres en bronze d’un grand intérêt artistique et sociétal. Le parc arboricole est composé de plus de 13 000 arbres, dont 5 844 sont des arbres ornementaux parmi lesquels plus de 450 sont centenaires. Nous y observons des écureuils gris peu farouches, des mésanges à tête noire (?) qui se désaltèrent et se baignent à la fontaine, un papillon velu blanc magnifique, le merle d’Amérique plastronné d’orange vif, très commun, et que nous reverrons pendant tout le séjour. Revenus dans la partie publique du Mont Royal, nous apercevons un gros animal que je prends pour un ragondin ou un raton-laveur. Interrogeant une passante, elle nous dit qu’on l’appelle localement un “siffleux”. Dimitri nous apprendra plus tard qu’il s’agit tout simplement d’une marmotte. Sans gêne, elle creuse d’énormes terriers aux ouvertures béantes en plein milieu d’une pelouse du parc près d’un buisson. Sur Internet, je découvre à son sujet des sites qui ressemblent à s’y méprendre aux sites français de lutte contre les taupes. Alors que la marmotte des Alpes a été introduite dans les Pyrénées lors de la création du parc national pour faire plaisir aux promeneurs, il semble qu’au Québec, ou au moins à Montréal, elle soit personna non grata ! Si la loi sur la protection de la faune permet à un citoyen d’abattre un animal qui s’en prend à ses biens, il doit toutefois user de tous les moyens pour le faire fuir avant d’en arriver à cette issue fatale. Et s’il doit abattre la bête, le citoyen est tenu d’en aviser le service de protection de la faune. Selon Alain Rioux, porte parole du Service de la protection de la faune au bureau régional du ministère des Richesses naturelles et de la Faune à Saint-Jérôme, l’objectif ultime est donc d’amener la marmotte à quitter la propriété.” – Photos : Goéland à bec cerclé – Ecureuil gris – Ci-dessous : Papillon ? – Mésange à tête noire ? – Marmotte – Pierre tombale du quartier polonais (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges) –

Fatigué du voyage, Jean-Louis est affecté d’un mal de dos lancinant. Trouvant la dame qui nous a renseignés fort aimable, Pascal nous encourage à la rattraper pour lui demander si elle ne connaîtrait pas – par hasard – un kinésithérapeute ! Effectivement, nous avons de la chance, elle passe une demi-heure à essayer de résoudre notre problème et finit par nous obtenir un rendez-vous qui s’avère être tout près de l’appartement où nous logeons. Autre coïncidence, le nom du praticien est un homonyme du président de notre association d’astronomie, il s’appelle aussi Philippe Beauchamp. Dernière coïncidence, il se trouve que le matin même, en allant prendre le bus, j’ai photographié le bac devant sa devanture à l’enseigne évocatrice “Mince alors”, car les plantes étaient accompagnées d’une pancarte des Incroyables Comestibles, dont je viens de créer une antenne sur Anglet. Impressionnant, non ? Très compétent, il ôtera toute douleur à Jean-Louis qui pourra continuer le voyage sans autre perturbation. Avant le rendez-vous, nous avons le temps de visiter l’oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, basilique classique vue de l’extérieur, mais très moderne et épurée à l’intérieur. Son orgue qui se veut cruciforme me fait plutôt penser, je ne sais pourquoi, à la silhouette d’un aigle ; je remarque aussi des statues en bois longilignes dont un personnage est doté de deux têtes. Il n’y a pourtant pas de Janus dans le christianisme ? – Photos : Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal – Orgue de la basilique – Ci-dessous : Bac des Incroyables Comestibles de Montréal –

Nous rejoignons Pascal qui nous a attendus en faisant une sieste près du lac au Castor à l’ambiance très familiale. Cette grande fréquentation pacifique met toutefois en péril les animaux sauvages. Plusieurs panneaux avertissent le promeneur de l’impact néfaste de certains comportements : “Ne pas nourrir les animaux (poissons, canards, écureuils, ratons laveurs…), ne pas abandonner les animaux de compagnie dans le lac ou dans le parc, éviter tout contact avec les animaux”. Un autre va plus loin encore dans l’information : “Les animaux trouvent tout ce dont ils ont besoin sur la montagne; les nourrir ne les aide pas. En fait, cela peut créer une dépendance et les rendre passifs dans leur quête de nourriture en milieu naturel. Les nourrir peut aussi entraîner une surpopulation et même modifier leur comportement. La meilleure façon de montrer aux animaux que vous les respectez est de les observer dans leur milieu en gardant vos distances.” Je trouve que c’est dit gentiment et intelligemment : nous pourrions nous en inspirer au lieu de mettre des piques anti-pigeons sur les fenêtres, les toits et les monuments. A l’inverse, un panneau informe la population du projet FeederWatch qui a pour objectif de recenser en hiver les oiseaux aux mangeoires en Amérique du Nord. Au Mont-Royal, des bénévoles sont recrutés pour étudier les variations des populations et mieux connaître la biodiversité de la montagne. Trois oiseaux que nous découvrirons également au cours de notre voyage illustrent cette recherche : le chardonneret jaune, le sizerin flammé et le roselin familier. Le lendemain, c’est dimanche, jour du départ pour la Gaspésie. Le matin, nous profitons encore un peu du cadre bucolique du quartier d’Outremont, tellement arboré et calme que les oiseaux, comme les humains, s’y sentent à leur aise. Un résident, nous voyant admirer son jardin, sort de chez lui et lie conversation avec nous. Autrefois, toute la colline appartenait à un riche Espagnol, nous confie-t-il, puis la propriété fut divisée et de nombreuses belles maisons s’implantèrent de part et d’autre d’allées ornées d’arbres. – Photos : Moineau domestique – Panneau du lac au Castor (Montréal) –

Les habitants de Montréal aiment leurs arbres et la municipalité les aide à les conserver en bonne santé, comme le montre le panneau ci-dessous. Le ministère canadien des Ressources naturelles explique, à la rubrique Forêts que “L’agrile du frêne a été détecté pour la première fois en Amérique du Nord en 2002, mais il serait probablement arrivé sur le continent au moins une dizaine d’années plus tôt. Ce coléoptère originaire d’Asie s’est révélé hautement destructeur. Depuis son arrivée, il a détruit des millions de frênes et poursuit sa propagation dans de nouvelles régions, causant des dommages économiques et écologiques considérables. L’instar d’hivernation de l’agrile du frêne — la prépupe* — peut résister jusqu’à des températures minimum moyennes de –30°C grâce aux composés antigel dont la larve est dotée. Les chercheurs des États-Unis étudient des parasitoïdes importés de Chine pour lutter contre l’agrile du frêne dans le cadre d’un programme de contrôle biologique. On a procédé à de nombreuses opérations de libération de trois espèces de parasitoïdes importées dans des endroits infestés par l’agrile du frêne dans tout le nord-est des États-Unis. Des populations de trois de ces parasitoïdes exotiques ont commencé à coloniser certains endroits.” Le traitement d’un arbre malade coûterait 400 $ canadiens. – Photos : Agrile du frêne (larve et insecte parfait) – Pancarte sur un frêne à Montréal – Ci-dessous : Larves de l’agrile en action un frêne dont l’écorce a été retirée pour les montrer –

* La pupe (latin “pupa”, poupée), chez les insectes diptères (à deux ailes), est le stade intermédiaire entre l’état de larve (appelée asticot) et celui d’imago, au cours de la métamorphose. Il équivaut au stade de nymphe ou de chrysalide chez les lépidoptères. La prépupe est donc le stade (ou instar) larvaire qui précède le stade de la pupe.

En prévision du 375ème anniversaire de la ville qui sera fêté l’an prochain, tout Montréal est en travaux, les rues sont défoncées, il y a des barricades partout. On nous explique que la ville a pris beaucoup de retard dans l’accomplissement de son programme et qu’elle doit maintenant moderniser à marche forcée son assainissement, au grand dam des citadins dont la circulation est très perturbée par les rues à l’accès momentanément condamné et des déviations qui imposent des détours à n’en plus finir, y compris en plein centre ville touristique. En effet, jusque dans les années 1970, la pollution engendrée par les déversements d’eaux usées non traitées ont détérioré l’écosystème, mis en péril plusieurs espèces animales et gravement compromis la pratique des activités reliées à l’eau. Les Montréalais avaient perdu la jouissance de leur environnement aquatique. C’est pour contrer cette pollution et mettre en œuvre le programme d’assainissement des eaux du Québec que la collectivité montréalaise lançait, en 1970, un plan d’action comportant trois grands axes :

  1. Construction d’un réseau d’intercepteurs pour stopper les déversements d’égouts dans les cours d’eau. Ce réseau achemine les eaux usées vers une station d’épuration pour les traiter avant leur rejet dans le cours d’eau.
  2. Réduction à la source des polluants rejetés à l’égout et dans les cours d’eau, contrôle des rejets et tarification des rejets.
  3. Programme de suivi du milieu aquatique pour mesurer l’état des cours d’eau, vérifier la sécurité des usagers, dépister les raccordements inversés et mesurer l’impact de certains rejets. Ce suivi est une fonction essentielle du programme global d’assainissement, puisqu’il permet d’évaluer le degré d’atteinte des objectifs de rejet, de déceler des problèmes potentiels ou résiduels, et d’établir des priorités d’intervention.

La purification des eaux du Saint-Laurent est donc toujours en cours. Nous apprendrons quelques jours plus tard, lors de notre visite de l’Ile-Verte, que ces efforts québécois et canadiens ne peuvent avoir qu’une portée relative, car le fleuve reçoit les eaux des Grands Lacsd’Amérique du Nord, dont quatre forment la frontière entre les Etats-Unis et le Canada. Depuis les accords signés à partir de 1972 entre ces deux pays, divers programmes de réhabilitation et de suivi sont en cours pour dépolluer les lacs et décontaminer le fleuve Saint-Laurent, avec des résultats plus ou moins significatifs selon les polluants. Les émissions acides industrielles ont été fortement réduites, mais d’autres polluants continuent à poser problème. – Schéma ci-dessus : Altitude, profondeur et distances des Grands Lacs jusqu’à l’embouchure du Saint Laurent – Photos : Location de bicyclettes, gratuites le dimanche –

Le métro est laid. Alors que nous attendons sur un quai, nous voyons une fille qui s’assied contre un mur et s’administre ouvertement de la drogue. Quelques SDF mendient dans les rues. Beaucoup d’habitants sont partis en long week-end : c’est le début des vacances scolaires. A l’inverse, nous croisons beaucoup d’étrangers dans le centre. Je découvre le service Auto mobile, Libre-service sans réservation, offert par Communauto. Justement, depuis janvier 2016, le service s’est élargi dans le quartier d’Outremont. En quoi consiste-t-il ? Cette société est une pionnière de l’autopartage en Amérique du Nord. En 2012, elle lançait le service Auto-mobile et devenait la première entreprise d’autopartage sur le continent à offrir un  service d’autopartage avec et sans réservation. Elle possède un parc de 1800 véhicules qu’elle met à la disposition de ses 50 000 abonnés du Canada et de la France (Paris). L’entreprise possède la plus grande flotte de véhicules électriques en partage au Canada. Une nouvelle réglementation sur d’Outremont augmente de 40 % la superficie autorisée pour les véhicules d’autopartage qui, jusqu’à maintenant, ne pouvaient se garer que dans des secteurs non résidentiels de l’arrondissement. Les abonnés pourront facilement repérer les zones SRRR autorisées grâce au système à bord qui leur indique en temps réel si la voiture se trouve en zone permise ou pas et si elle peut y être libérée. Dans le taxi qui nous conduit à midi à l’aéroport où nous devons rejoindre Dimitri, notre guide, et les deux autres membres du petit groupe, Nicole et Laurence, nous bavardons avec le chauffeur. Il est Haïtien et vit depuis 45 ans à Montréal où il semble s’être adapté aux rudesses du climat hivernal. Une première vague d’immigrants s’est installée à Montréal entre 1967 et 1977 pour fuir le régime dictatorial instauré dans leur pays par les présidents Duvalier père et fils. En 1978, l’entente Couture-Cullen permit à un grand nombre d’Haïtiens de s’établir au Canada à partir de cette date. Faisant partie de la francophonie, 90% des personnes d’origine haïtienne habitaient au Québec en 2001. 10 000 ont immigré entre 1961 et 1976, 46000 entre 1976 et 1996, 7000 entre 1996 et 2000, 6500 entre 2000 et 2003. En tout, 75 000 personnes nées en Haïti sont arrivées au Québec entre 1961 et 2006 et 68 000 vivent à Montréal. Avec leurs descendants, cela fait au total 130 000 citoyens d’origine haïtienne dont plus de 90 000 vivent à Montréal. – Photos : Bus touristique – Auto mobile de Communauto – Ci-dessous : Education/Répression à coups (de marteau) de 100 $ canadiens !-

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