L’Ile-Verte : Plage du phare – Jardin – Forêt

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30 juin 2016
Séjour guidé par Dimitri Marguerat – Participants : Cathy, Jean-Louis, Pascal, Nicole, Laurence

A peine sortis du musée du Squelette, Dimitri pile sur la route étroite : une gélinotte huppée y prend ses aises. De la taille d’une poule naine, elle a de part et d’autre du cou de larges plumes molles et plutôt longues qui forment une collerette sombre. Au printemps, vers avril-mai, le mâle fait la cour à la femelle de façon très particulière. Il relève sa colerette en parapluie autour et au-dessus de sa tête qu’il agite tout en déployant sa queue et en se pavanant. Mieux encore, il se juche sur un tronc d’arbre renversé ou tout autre support et effectue des mouvements avant-arrière de ses ailes qui produisent des coups sourds d’abord espacés puis qui se rapprochent jusqu’à rappeler un vrombissement de moteur. C’est ce qu’on appelle le tambourinage. Le 1er octobre 2016, Pierre-Henry Fontaine raconte sur sa page Facebook qu’une gélinotte un peu fofolle lui a tourné autour des jambes pendant 5 minutes, picorant ses bottes et gloussant, pas effrayée par le flash de l’appareil… Il a fallu qu’il la caresse pour qu’elle décide de partir! – Photos : Gélinotte huppée –

Non loin de la rive, les “rochers des couillons” sont à découvert. Ils doivent leur nom aux personnes qui s’y sont noyées lors de naufrages, leur bateau les ayant percutés alors qu’ils étaient invisibles, à fleur d’eau, à peine recouverts par la marée qui se fait sentir bien au-delà de l’Ile-Verte et de la zone estuarienne, jusqu’à Trois-Rivières, entre la ville de Québec et Montréal. Les phoques aiment s’y reposer à marée basse et l’on entend la nuit leurs hurlements se propager loin sur les ondes. Pour nous rendre sur l’Ile-Verte comme pour en repartir, il a d’ailleurs fallu tenir compte des horaires de la marée, car le bac ne peut traverser le petit détroit que par marée haute. Un article relate qu’une fois par an, l’été, près de 500 personnes profitent d’une marée extrêmement basse pour rejoindre l’île Verte à pied (un trajet de 4 km, qui sera bien vite recouvert par 4 m d’eau). La 29e édition du Sentier de la Bouette aura lieu le dimanche le 23 juillet 2017. L’idée, c’est d’imiter les insulaires qui, avant l’arrivée du traversier, n’avaient pas d’autre option pour faire traverser leurs animaux, voitures et marchandises. Première consigne, solidement lacer ses souliers, sinon, la vase va les aspirer. L’eau atteint d’abord les chevilles, puis les genoux des marcheurs. Ils doivent piétiner les herbes salées, escalader les roches de l’île ronde, braver l’eau froide du chenal, les algues et le fond vaseux du fleuve. Sur le quai de l’île, des poubelles remplies d’eau les attendent, parce qu’il faut bien se «débouetter». Bonheur alternatif pour ceux qui craignent moins le froid que la saleté, en février, on traverse le pont de glace en groupe, à la lueur des flambeaux. Le tout se solde par un concours de desserts. L’hiver, on rejoint l’île Verte en motoneige. Lorsque la glace n’est pas assez solide, on s’y rend en hélicoptère. Le reste de l’année, on vogue le long d’une rangée d’arbres plantés dans l’eau pour permettre de repérer le chenal. – Photos : Le Sentier de la Bouette – Ci-dessous : Traversée à pieds (presque) secs – Une géologie complexe –

La géologie de l’île Verte est très particulière. Située non loin de l’embouchure de la rivière Saguenay qui s’écoule du lac Saint-Jean, elle présente sur ses “crans” du côté nord une grande variété de pierres, passant du granit aux pierres volcaniques et aux pierres sédimentaires qui ont été déposées lors de la fonte des glaciers, il y a 6000 ans. Mais pourquoi des strates sédimentaires sont-elles à la verticale plutôt qu’à l’horizontale? C’est que l’Île Verte est le sommet d’un mont de la chaîne des Appalaches (en vert sur le schéma), ces monts anciens et érodés qui s’étendent d’est en ouest dans les parties sud du Québec et nord-est des États-Unis. Ils sont composés en partie de roches sédimentaires et volcaniques. Face à l’île, sous le fleuve Saint-Laurent, se trouve la faille Logan (ligne rouge sur le schéma): elle marque le front de la chaîne des Appalaches. De l’autre côté de la faille débute le Bouclier canadien, formé de roches très dures. L’Île Verte est donc un des derniers remparts de la chaîne des Appalaches, du côté nord. – Photo : Sur la plage, des moraines déposées par les glaciers – Schéma : La faille Logan le long de la chaîne des Appalaches (le fleuve Saint-Laurent et son estuaire sont figurés en blanc) –

La faille Logan n’est pas une faille à l’image de la faille San Andreas en Californie, qui est très active et s’enfonce dans toute l’épaisseur de la croûte continentale. La faille Logan est plutôt très ancienne et très stable et elle ne concerne que la partie superficielle de la croûte continentale. Ainsi, les strates sédimentaires basculées à la verticale ne résultent pas d’une pression exercée actuellement par le Bouclier canadien sur les Appalaches, mais plutôt des pressions exercées lors de la naissance de cette chaîne de montagnes. – Schéma : La faille Logan le long de la chaîne des Appalaches (le fleuve Saint-Laurent et son estuaire sont figurés en blanc) – Photo : Pancarte sur l’ancienne maison de l’assistant gardien de phare –

Nous nous rendons au phare entouré d’épais massifs de rosiers roses ou blancs qui, manifestement, résistent fort bien aux rudes conditions hivernales et à cet emplacement côtier exposé à tous les vents. C’est un des premiers phares du Canada et le tout premier à avoir été érigé sur le fleuve St-Laurent. Construit entre 1806 et 1809, il hébergea jusqu’en 1972 plusieurs gardiens dont nous voyons les deux maisons aux couleurs pimpantes, blanches aux fenêtres sans volets dont le liseré de l’encadrement rappelle le rouge vif du toit. Depuis 1976, ce phare est devenu un monument national. A propos de phares, Pierre-Henry Fontaine signale sur Internet le 19 octobre 2016 : “le lancement du très bon livre de Jean Cloutier, mon gendre, et de Jean-Pierre Charest sur les bateaux-Phares du Saint Laurent… Beaucoup de monde, un franc succès… Ce livre se lit comme un roman et nous introduit de façon vivante et claire dans un monde tellement peu connu… Bravo aux auteurs qui ont su pérenniser une partie de l’histoire du Québec prête à tomber dans l’oubli !” – Photos : D’épais massifs d’églantiers roses ou blancs autour des maisons des gardiens du phare –

Sur la plage parsemée de blocs erratiques, la laisse de mer a abandonné algues et coquillages. De gros troncs d’arbres desséchés gisent à la limite de la marée haute de vives-eaux. Après cette matinée studieuse, l’heure est au pique-nique, suivi d’une bonne sieste, du moins pour les hommes. Laurence demeure assise, le regard perdu vers l’horizon, dans l’espoir d’y apercevoir le souffle d’un cétacé. Nicole arpente la plage avec son gros appareil photo prolongé d’un appendice qui fait penser à un bazooka, recouvert d’une toile en tissu “chasseur” vert-brun. Quant à moi, je note la remarquable propreté de la plage, dépourvue de détritus d’origine humaine alors que nous nous trouvons dans l’estuaire du Saint-Laurent, à la fin d’un très long parcours depuis les grands lacs frontière entre les Etats-Unis et le Canada. La pollution existe, mais elle est invisible, insidieuse, et se concentre dans les tissus de la faune aquatique. Inconscients de ces périls, les goélands à bec cerclé profitent des bassins peu profonds laissés par la marée dans les rochers érodés pour se baigner avec enthousiasme, ils plongent la tête dans l’eau à plusieurs reprises et se secouent vigoureusement jusqu’à la pointe des plumes caudales en aspergeant copieusement leur entourage. Ils passent ensuite un long moment à se gratouiller du bec dans les positions les plus invraisemblables : j’envie leur souplesse étonnante qui pallie l’absence de bras et de mains. Mais pourquoi se baignent-ils alors qu’ils passent leur vie dans l’eau à pêcher ? Bizarre, bizarre. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) propose l’explication suivante. – Photos : Phare de l’Ile-Verte – Ancienne maison de l’assistant gardien – – Pascal à la sieste – Ci-dessous : Eiders à duvet (femelles et petits) –

Le lissage permet d’éliminer les corps étrangers (parasites notamment) et de réajuster les barbules entre elles. S’il leur arrive de lisser quelques plumes dans la journée, le lissage complet du plumage n’a lieu qu’au cours d’une toilette minutieuse qui commence par un bain chez presque toutes les espèces. Peut-être ce bain et cette toilette étaient-ils déjà inscrits dans les gènes de leur ancêtre dinosaure, au même titre que la station bipède, le gésier et la ponte des oeufs ? Il sert à laver les plumes des traces de boue, de fruits collés…, mais surtout à les humecter. Cela facilite la répartition uniforme de la sécrétion* huileuse qui protège le plumage et l’imperméabilise chez presque toutes les espèces. – Photo (Internet): Oeil en forme de boutonnière d’un cormoran huppé assoupi (il a deux paupières, complétées par une membrane nictitante intérieure qui lubrifie, protège l’oeil et permet une meilleure vision sous l’eau) –

La glande uropygienneest située de part et d’autre du croupion, sous la peau du dos. Elle est présente chez tous les oiseaux à l’état embryonnaire. Elle correspond à un caractère ancestral chez les oiseaux et son absence représente une régression. Il existe à l’heure actuelle tous les stades de développement, depuis les glandes uropygiennes très développées des sternes et des grèbes jusqu’aux structures vestigiales de certains hérons et pigeons. Les différences de taille ne sont pas en relation avec la phylogénie ou avec l’habitat. Par exemple, il n’y a pas de différence significative dans la taille de la glande uropygienne entre les oiseaux aquatiques et les espèces terrestres. Guilhem Lesaffre, dans son “Nouveau précis d’ornithologie”, écrit que, contrairement à une idée largement répandue, les cormorans n’ont pas d’atrophie de la glande uropygienne, mais la sécrétion qu’ils en sortent n’est pas imperméabilisante : elle est antifongique et antimicrobienne. – Photos : Oeil d’un grand cormoran (Internet) – Ci-dessous : Plumes duveteuses – Cormorans en train de se sécher et de se réchauffer, près des goélands à bec cerclé – Baignage et toilettage en groupe chez les goélands à bec cerclé –

Un à un, nos hommes se réveillent et nous marchons un peu sur la plage avec eux avant de pénétrer vers le centre de l’île. Un promontoire richement coloré de rouge a été surnommé “tête de l’Indien”. Alors que nous observons les files d’eiders, femelles et poussins, qui barbotent à faible distance de la rive en pêchant de temps à autre, Dimitri nous signale qu’une île incluse dans le parc national du Bic, l’île Bicquette, en aval de l’Ile-Verte, entre Trois-Pistoles et Rimouski, accueille 10 000 couples au moment de la reproduction : c’est la colonie la plus importante de tout l’estuaire (30% de la population totale de l’estuaire). Ces canards se nourrissent surtout de mollusques (moules, coques, littorines mesurant de 7 à 40 mm) et de crustacés (crabes). Cependant, ils ne dédaignent pas les gastéropodes (escargots, limaces de mer…), les insectes aquatiques, les poissons et les échinodermes (étoiles de mer) qui sont des ingrédients courants à leur menu. Leur alimentation est complétée par divers végétaux qu’ils glanent sur le littoral. – Photos : Nicole vise les oiseaux – Livre de Guilhem Lesaffre : Nouveau précis d’ornithologie –

Un article de Radio-Canada signale en juin 2016 que cette colonie a diminué de moitié, 5200 couples en 2016, sans que l’on puisse en trouver la cause précisément. Peut-être les goélands se convertissent-ils en prédateurs plus voraces de jeunes canetons lorsque le capelan* se fait rare. Le stress peut aussi gêner la reproduction : l’île est interdite aux humains, à l’exception des ornithologues lorsqu’ils procèdent au baguage des oiseaux et du gardien qui récolte le duvet d’eiders dans les nids pour financer la gestion de la réserve faunique. Mais le développement du tourisme en kayac de mer peut devenir une nouvelle cause de stress. En attendant de comprendre pourquoi cette populationdiminue, les quotas et la saison de chasse à l’eider ont récemment été resserrés aux États-Unis et dans les Maritimes pour permettre à l’espèce de se stabiliser. Corinne Lepage, biologiste au service canadien de la faune, conclut dans son langage imagé du Québec : “On a encore besoin d’aires protégées, je crois. […] C’est l’ensemble des gestionnaires du territoire qui peuvent mettre l’épaule à la roue pour protéger des petits coins de pays assez exceptionnels comme ici.” – Photos : Livre : Les bateaux-phares – Ascophylle noueuse, algue brune formant de longues lanières lisses et plates, garnies de gros flotteurs à intervalles réguliers. Au printemps, des vessies spéciales (réceptacles) se forment sur les parois des pousses. Ce sont des organes reproducteurs qui contiennent soit des œufs, soit du sperme. Le produit de la reproduction est libéré à la fin du printemps ou au début de l’été, après quoi les réceptacles tombent. –

Le capelan : Ce petit poisson est pélagique, il vit dans la colonne d’eau, et c’est une espèce fourragère, il sert de nourriture à une multitude d’espèces de poissons et d’oiseaux marins. Pour se reproduire, il vient pondre ses œufs à la lisière des plages. Entre la mi-avril et le début août et surtout la nuit, les poissons arrivent en grands bancs serrés, les mâles en premier et les femelles ensuite. On dit alors que le capelan « roule » sur la plage. Selon les dernières estimations, de 300 000 à 400 000 tonnes de capelan seraient consommées annuellement dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Ces besoins en capelan servent au bon fonctionnement de l’écosystème marin. Avant 1970, il n’y avait presque pas de pêche au capelan dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Il était traditionnellement pêché pour servir d’engrais ou d’appât. La pêche commerciale a débuté plus sérieusement au cours des années 80 et 90. Les années 90 ont aussi été caractérisées par une expansion du capelan dans le sud du golfe et sur le plateau néo-écossais. La diminution considérable de l’abondance des poissons de fond, prédateurs du capelan, et la présence de conditions océanographiques particulières pourraient être responsables de cette expansion. Aujourd’hui, il est commercialisé principalement pour ses œufs afin d’alimenter le marché japonais. Ce marché très lucratif a fait exploser la pêche au capelan : les débarquements sont passés de quelque 700 tonnes par année à plus de 10 000 tonnes. En 2009, les débarquements de capelan ont atteint 12 080 tonnes. – Photo : Ascophylle noueuse ? – Schéma ci-dessous : Pêche du capelan sur les trois zones du Québec – Photos ci-dessous : Iris sauvage près du phare – Le rocher “Tête de l’Indien” –

Un carabe un peu écrasé gît sur le sol : lorsqu’il vivait, ses élytres étaient soudées, car cet insecte ne vole pas, nous rappelle Dimitri. Dans les prairies multicolores dominent les épervières. Les sauvages sont jaune vif, mais les orangées, introduites d’Europe, se sont échappées des jardins pour se répandre dans les prairies du Québec et dans les Maritimes. Les angéliques, pourtant de grande taille, sont plus discrètes malgré leurs grandes ombelles blanches, de même que la grande berce. Il ne faut pas confondre cette dernière avec la berce du Caucase qui, depuis 1990, commence à envahir l’Amérique du Nord. Introduite, comme en Europe, pour des raisons horticoles, cette plante exotique extrêmement résistante au froid prolifère et se répand au détriment des plantes autochtones. Si la sève de cette grande invasive, incolore et inodore, se répand sur la peau, elle peut réagir fortement avec le soleil, et ses toxines risquent de provoquer d’importantes dermatites (comme des brûlures). On trouve également la petite rhinante dont la fleur, disposée à califourchon sur une tige horizontale, évoque une perruche sur son perchoir. Le silène enflé est communément appelé “pétard”, “péterolle”, “péteux” au Québec puisqu’il est amusant de le faire éclater en pinçant son orifice, pour emprisonner l’air, avant de le frapper brusquement sur le dos de l’autre main. Pour la même raison, on l’appelle usuellement “claquet” et “pétarel” dans tout le sud de la France.

Dimitri nous fait remarquer une grande marguerite, surnommée “ox-eye daisy”. C’est une Chrysanthème leucanthème, naturalisée d’Eurasie et que l’on trouve partout au Québec. Son coeur d’étamines saillantes est très caractéristique. A l’orée du bois prospèrent framboisiers et fraisiers sauvages. Nous rendons visite à Martine, l’épouse de Pierre-Henry Fontaine qui a aménagé son jardin potager et son verger au milieu d’une grande clairière à l’abri des vents iodés. Par-dessus les frondaisons, on aperçoit la mer qui n’est pas bien loin. Faute de moutons sur l’île, les agriculteurs amendaient autrefois la terre sableuse avec des algues. Il y a des pruniers, des poiriers, des cerisiers griottes. Beaucoup d’arbres ont été perdus, nous dit-elle (par exemple du fait de la galle noire des merisiers), mais elle a pu les garder quinze ans. A Québec, depuis quatre ans, l’Assemblée nationale propose des aménagements comestibles présentés en façade du Parlement et dans le jardin de sylviculture. Réalisés en association avec l’Université Laval et les Urbainculteurs, ces jardins permettent de découvrir des dizaines de variétés cultivées, en pleine terre et hors sol, de fines herbes, légumes, petits fruits, plantes comestibles et arbres fruitiers, selon les principes de l’agriculture biologique. Les récoltes sont dégustées au restaurant “Le Parlementaire”. – Photos : Krill – Epervière orangée – Epervière – Epouvantail – Ci-dessous : Un carabe mort – Le jardin potager de Martine – Les jardins du Parlement à Québec –

Bien sûr, tout disparaît avec le froid et la neige, mais les plantes vivaces reprennent à partir de leurs racines. Martine a des petits pois, de l’ail semé à l’automne, une salade qui s’est ressemée toute seule, des haricots, des bettes (blettes), des pommes de terre. Les épinards ont un peu plus de difficulté à pousser. Elle a même du surplus qu’elle distribue autour d’elle. Son potager s’étend en bordure d’un ruisseau où elle observe les truites qui remontent le courant pour frayer près de la source. Les chevreuils broutent en lisière du bois. Des écureuils se hasardent à descendre des arbres pour récolter des pignes. Dans le ciel, nous voyons passer des macreuses à lunettes (pour nous, de simples silhouettes noires en vol) et un fou de Bassan reconnaissable à sa grande envergure et à ses ailes pointues. Nous quittons le grand pré pour nous enfoncer de nouveau dans la forêt. Dimitri repère une feuille de tremble qui a été roulée par un insecte pour y pondre son oeuf à l’abri. A quoi reconnaît-on le peuplier tremble ? Ses feuilles sont arrondies à bords ondulés. Le pétiole est long, de section aplatie et légèrement tordu. Au moindre coup de vent, la feuille change d’orientation laissant voir sa face inférieure puis reprend sa position. Le tremble émet la plupart du temps un bruissement généralisé de toutes ses feuilles. – Photos : Dimitri déroule la feuille de tremble roulée par un insecte –

Une fiche québécoise expose le comportement des “enrouleuses, plieuses, lieuses”. Les principaux insectes regroupés sous cette appellation appartiennent à l’ordre des lépidoptères (papillons) et, plus précisément, aux familles des tortricidés, des pyralidés et des géléchiidés. Leur présence est signalée par des structures anormales dans le feuillage. Les larves ou les chenilles sont munies de glandes séricigènes et secrètent une soie avec laquelle elles attachent les feuilles de diverses façons : elles les plient, les enroulent, les lient ou les chiffonnent pour se former un abri qui les protège contre les parasites, les prédateurs ou les intempéries. Lorsqu’on les dérange, les larves reculent rapidement hors de ces abris dont elles broutent les parois intérieures (photo 6) et dans lesquels elles se métamorphosent en pupes ou chrysalides, une fois leur développement larvaire terminé. – Photos : Bruant chanteur – Des troncs bizarrement tordus –

Une autre fiche de Vincent Albouy, du Muséum national d’histoire naturelle, a pour titre “A chacun son cigare”. En effet, plusieurs espèces d’insectes ont coutume de rouler les feuilles, mais chacune a son style. Pour savoir laquelle a opéré, il n’est pas suffisant de reconnaître le végétal, car les chenilles ou larves ont parfois un régime éclectique, il faut en outre observer la technique. Chez les cigariers, la fabrication du rouleau est le fait de la femelle. Une série d’actions complexes vise à affaiblir la feuille pour rendre ses tissus plus malléables, puis à la replier en un rouleau serré qui servira à la fois de garde-manger et d’abri protecteur à la larve. La tordeuse des bourgeons de l’épinette sévit un peu sur l’île. C’est une espèce de papillons de la famille des Tortricidae originaire d’Amérique du Nord où il fait des ravages sévères dans les forêts de conifères (Sapin baumier, Épinette blanche, Épinette rouge, Épinette noire). Comme notre chenille processionnaire dans les pinèdes, elle s’attaque aux extrémités qui jaunissent et se dessèchent. Nous apercevons furtivement un bruant des prés, un jaseur d’Amérique, un chardonneret d’Amérique au plumage d’un jaune éclatant, le frédéric, un bruant chanteur. Une maison a conservé l’architecture des anciens fumoirs à double toit. – Photos : La tordeuse de l’épinette dévore les extrémités en bourgeon – Ci-dessous : Vesce cracca butinée par un bourdon – Le jardin potager dans la prairie –

Beaucoup de chablis dans le bosquet
Ci-dessous : Bruant chanteur
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