Trois-Pistoles – L’Isle Verte

Cet article fait partie d'une série de publications appelée Québec
Vois plus d'articles
28 min - temps de lecture moyen
29 juin 2016
Séjour guidé par Dimitri Marguerat – Participants : Cathy, Jean-Louis, Pascal, Nicole, Laurence

Nous reprenons le “traversier”, cette fois pour un trajet bien plus long, puisqu’il s’agit de nous rendre sur l’autre rive du Saint-Laurent depuis les Escoumins jusqu’à Trois Pistoles, en passant non loin de l’Ile aux Basques. Dénommée “La bonne traverse”, c’est un bateau de la Compagnie de navigation des Basques (CNB) dont la saison de navigation a seulement débuté le 1er juin. Elle a fêté le centième anniversaire de cette liaison nord-sud en mai 2013. Nous croisons un porte-containers et un vraquier qui empruntent la voie fluviale en direction de Montréal. C’est cette navigation qui nous offrira la meilleure observation du béluga. En raison de la législation qui protège ce mammifère marin, notre grand bac doit ralentir considérablement sa vitesse dès que le pilote aperçoit une petite troupe à proximité pour ne pas risquer de percuter l’un d’eux (et non pas, comme je le crois tout d’abord, pour nous permettre de les regarder tout à notre aise). Nous les voyons se déplacer en petits effectifs d’une dizaine ou douzaine d’individus, tranquillement, très en surface, si bien que nous distinguons très nettement par transparence leurs nageoires latérales. Quel spectacle ! Un marsouin pêche dans les mêmes eaux et remonte à la surface respirer tout près du bateau. Nous restons ainsi de longues minutes à les contempler dans d’excellentes conditions, bien en surplomb au-dessus d’eux, moteur en sourdine, avec les autres passagers amassés comme nous contre la rambarde extérieure ou à l’abri derrière les vitres, car il pleut. C’est un moment magique. Ensuite, nous rentrons nous réchauffer en prenant un bon chocolat chaud dans la cabine spacieuse. – Photos : Réclame touristique – Ci-dessous : Affiches à l’entrée du restaurant Kwick-Kwick –

Nous débarquons dans la région des Basques qui se trouve dans le corridor Rivière-du-Loup / Rimouski et occupe une situation géographique enviable entre trois parcs nationaux : le parc national du Bic, celui du Témiscouata et celui du Saguenay/Saint-Laurent. De plus, sa position stratégique rend facile l’accès à la Gaspésie et au Nouveau-Brunswick ainsi qu’à la Côte-Nord. Cela nous fait drôle de voir le mot “basque” affiché un peu partout et mis à toutes les sauces. Sur le bateau, j’ai pris en photo une publicité “La route des WOW! Bienvenue chez les Basques” sans comprendre de prime abord de quoi il s’agissait. Après enquête, je découvre qu’il s’agit d’un circuit touristique qui propose 19 destinations de promenade et de visite sur Trois-Pistoles et les villages environnants. Comme si cela ne suffisait pas, une énième structure touristique s’est superposée aux précédentes : le parc côtier Kiskotuk qui regroupe les différents sites naturels des municipalités de Cacouna et de l’Isle-Verte. Un des moteurs de sa création a été le projet de construction de l’autoroute 20, les élus craignant que l’économie locale en pâtît. Prenant les devants, les deux villages invitent les touristes à la quitter pour emprunter la route 132 qui traverse Kiskotuk. – Photo : L’emblème du restaurant Kwick-Kwick –

Il pleut à verse. C’est l’heure du déjeuner, mais impossible de pique-niquer par un temps pareil. Nous faisons donc halte dans un lieu au nom évocateur : la fromagerie des Basques et son restaurant Kwick-Kwick. Ah! Nous nous en souviendrons ! Ce fut une sacrée expérience ! Sous une pluie battante, nous plongeons dans l’entrée du restaurant. Une série d’affiches accueille le client. La première “Nous sommes finalistes 2016” donne l’impression que nous entrés dans un lieu d’exception, où nous allons nous régaler au moins de fromage. Sur la seconde, très années 30 côté soviétique, on peut lire “1961: Germain Pettigrow et Madeleine Rioux prennent la relève de la ferme familiale pour se consacrer à l’élevage de vaches Ayrshire pur sang”. Sur la troisième, dans le même style, figure “1992: Yves Pettigrow fait ses premiers essais de fabrication de fromage dans la cuisine familiale en compagnie de Mona – 1994: La famille Pettigrow fonde la Fromagerie des Basques avec l’objectif d’offrir un fromage fait de lait pur à 100%”. Avec quoi étaient donc fabriqués les fromages canadiens jusque là ? Dernière affiche, toujours dans la même veine, où le message annonce “2004: La fromagerie fait peau neuve avec l’ajout d’un bar laitier. La mascotte Kwick Kwick vient se joindre à l’équipe.” Nous nous asseyons et l’on nous offre comme hors d’oeuvre à picorer des coupelles de fromage découpé en cubes. En voyant le mot “basque” écrit partout, nous avions imaginé que ce serait un équivalent de nos fromages de brebis pyrénéens si délicieux et si variés. Point du tout ! D’aspect humide, brillant et caoutchouteux, ce produit crisse sous la dent comme un élastique que l’on mâchouillerait (ou comme un embout de tuba) et en plus, il est parfaitement insipide. Si ce fromage est finaliste d’un concours, cela laisse mal augurer des autres ! Nicole, téméraire, osera commander en plus de la “poutine”, un plat local composé de frites copieusement agrémentées de petits cubes de ce fromage (cheddar frais, aussi appelé fromage couic-couic) et recouvert d’une sauce brune… En sortant, je repère un camion dans le parking du restaurant à la sortie des cuisines “Récupération des Basques – Centre de tri” et illico je me fais un film genre “Soleil vert“. Enfin, nous n’en sommes pas morts. – Photos : Dernière affiche du restaurant Kwick-Kwick – Camion de tri des déchets – Produit de la Fromagerie des Basques –

Dimitri, jamais en manque de “plan B”, met à profit cette météo maussade pour nous faire visiter la maison Girard, propriété du Service canadien de la faune d’Environnement Canada. C’est un poste d’accueil situé à l’extrémité est du parc côtier Kiskotuk. Il fait partie du réseau des haltes marines sur la route des Navigateurs. Situé à l’entrée d’une réserve naturelle, son histoire est expliquée sur un des panneaux d’exposition. A partir de 1972, le Service canadien de la faune entreprend de faire de la baie de L’Isle-Verte une Réserve nationale de faune, un statut obtenu en 1980. En 1986, elle acquiert aussi le statut de Refuge d’oiseaux migrateurs. C’est en effet le dernier vestige des grands marais salants du sud de l’estuaire du Saint-Laurent, le seul à avoir survécu aux pressions des activités humaines telles que l’agriculture, l’urbanisation, la villégiature et l’industrialisation. C’est désormais un marais salé, ou “batture”, de plus de 200 hectares, soumis au rythme des marées, qui héberge une flore et une faune particulière. On y trouve le canard noir, des hérons et des bihoreaux, mais aussi la zostère marine, une plante cueillie dans les années 30 pour emballer les objets fragiles et rembourrer matelas et fauteuils. Aapparue dans la région de L’Isle-Verte vers 1883, elle s’est propagée pour ensuite disparaître vers 1933, presque décimée par une épidémie. Les Bernaches cravants (petites oies à peine plus grandes que des canards colverts) qui s’en nourrissent ont également contracté la maladie et son décédées en grand nombre. Après coup, la zostère a recommencé à s’établir avec une progression très lente… – Photos : Sur la pelouse entourant la maison Girard, un pic flamboyant (?) – Zostère marine –

Le marais de L’Isle-Verte est appelé marais à Spartine, en raison de la Spartine alterniflore*, l’espèce végétale la plus abondante de l’écosystème. Un ancien nom français sur un des panneaux m’intrigue : marelle, que nous n’utilisons plus que dans l’expression “jouer à la marelle”**. Dans ce biotope, les “marelles” sont l’héritage laissé par les glaces de l’automne et l’hiver. Pendant la saison froide, les glaces se forment et s’accrochent au substrat en place. Au printemps, lors de la fonte, l’action combinée des marées, des vagues et des vents sépare les blocs de glace. En bougeant, ceux-ci arrachent de la végétation, de l’argile, du gravier, formant des trouées qui ponctuent le marais. Le sens initial du mot marelle a donc été complètement transformé par les Québécois. Par ailleurs, je cherche la raison pour laquelle il fait si froid au Québec, alors que Montréal est à la latitude de Bordeaux (45,5°) et L’Isle-Verte, où se trouve la Maison Girard, à 48°, comme Paris ! C’est l’effet de la force de Coriolis engendrée par la rotation de la Terre sur elle-même. L’Atlantique nord est le siège de deux principaux courants marins, le courant du Labrador, venant de l’Arctique, et le Gulf Stream, venant de la mer des Caraïbes. Le premier est dévié vers l’ouest, donc vers l’Amérique en longeant la côte du Québec, et le second vers l’est, donc vers l’Europe, où il contribue à la douceur de son climat, comparativement à la côte est de l’Amérique du Nord.

* La Spartine à feuilles alternes est originaire d’Amérique du Nord où elle se développe dans des zones côtières vaseuses. Elle aurait été introduite en 1836 dans le port de Southampton en Angleterre. De là elle aurait été transportée vers la Bretagne, en rade de Brest, où elle forme de vastes herbiers très denses qui colonisent la slikke mais aussi des zones plus élevées. Les espèces typiques de ces milieux se retrouvent donc menacées de disparition, et tout spécialement la Petite statice (Limonium humile) qui n’est présente en France qu’en rade de Brest.

** Marelle : Initialement, à la fin du XIe siècle, “merele” signifiait “jeton, fragment de bois”. C’est devenu au XIIIe-XIVe siècle un “jeu qui se joue avec des pions sur une figure formée de lignes partant des angles ou du milieu de chaque côté d’un carré et se réunissant au centre”, puis en 1677 “mérelle”, un “jeu d’enfant qui consiste à pousser, à cloche pied, un palet dans des cases tracées sur le sol” ou en 1680, marelle. – Photo ci-dessous : Plan de situation des réserves –

Une pièce entière du musée est consacrée à la tourbe. On trouve au Canada plus du tiers des tourbières de la planète. Leur superficie correspond à environ 14% du territoire canadien. Sous la couche végétale supérieure, de 30 à 50 cm d’épaisseur, surtout composée de mousses et d’autres types de plantes vivantes, se trouve la tourbe. Elle est formée de la matière morte et en décomposition provenant des nombreuses plantes qui vivaient auparavant à la surface, notamment des sphaignes. Elle a habituellement plusieurs mètres d’épaisseur (à certains endroits, son épaisseur peut atteindre plus de dix mètres!). Etant très absorbante, elle a des propriétés semblables à celles d’une éponge compacte saturée d’eau, ce qui fait obstacle à la circulation de l’eau. Sa décomposition produit de l’acide humique qui rend l’eau acide (son pH est faible) presque autant que le vinaigre. En outre, l’eau des tourbières est anoxique (elle contient peu d’oxygène) et sa teneur en nutriments, par exemple en azote, est faible. Dans ces conditions, auxquelles s’ajoutent les basses températures caractérisant les sols des latitudes nordiques, la décomposition ne s’effectue que lentement et difficilement sous la surface. Une bonne partie de ce qui est nécessaire à la survie des microorganismes décomposeurs de nombreuses espèces ne se trouve pas dans les couches de tourbe. Ainsi, au lieu de se décomposer rapidement, les mousses mortes s’accumulent sous les mousses vivantes. Certaines tourbières des climats tempérés, boréaux, subarctiques et arctiques ont commencé à se former il y a plus de 10 000 ans, soit à la fin de la dernière période glaciaire. La formation d’un centimètre de tourbe prend environ dix ans, mais la croissance des mousses est plus rapide dans les régions où il pleut beaucoup, et la tourbe s’y accumule plus rapidement. Il y a ainsi accumulation, plutôt que décomposition : une grande quantité de matière végétale morte subsiste sous forme de tourbe, composée à 40% de carbone qui n’est donc pas transféré à l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone CO2. Pour cette raison, elles constituent les plus importants lieux de stockage terrestre de carbone (elles renferment environ 30% du carbone contenu dans l’ensemble des sols de la planète) et elles jouent un rôle important dans la régulation des changements climatiques. – Photos prises le 11 juillet à Pointe-à-la-Croix (située à l’opposé de l’Isle-Verte, sur la rive sud de la Gaspésie, où nous ferons halte le dernier jour de notre circuit), tourbière – Sarracénie pourpre (plante carnivore) – Ci-dessous : Très peu d’arbres peuvent survivre sur une tourbière –

Compte tenu de la très grande superficie du Canada et du fait qu’une bonne partie du territoire est inaccessible, il est difficile d’obtenir des statistiques précises sur la destruction et la perturbation des tourbières. Environ 90% des tourbières du Canada se trouvent dans le nord, où très peu de gens vivent, elles y sont plus ou moins intactes. Certaines, cependant, ont été inondées par l’aménagement hydroélectrique ou endommagées par les coupes à blanc de l’exploitation forestière et minière. Dans les régions plus peuplées du sud du pays, on a considéré les tourbières comme des obstacles et des endroits qui ne servent à rien. Il arrive encore qu’on les considère ainsi. Dans certaines régions, on les a presque entièrement drainées et détruites pour les remplacer par des exploitations agricoles. Encore aujourd’hui, certaines tourbières risquent de disparaître du fait de l’expansion urbaine. La culture des canneberges, dans le cadre de laquelle on inonde ou assèche des tourbières, et l’extraction de la tourbe constituent d’autres périls auxquels sont actuellement exposées plusieurs tourbières. À divers endroits dans le monde, on a longtemps utilisé la tourbe comme combustible pour le chauffage des maisons. De nos jours, des jardiniers l’utilisent comme substrat de croissance. Un des moyens de contribuer à la préserver, c’est d’éviter l’emploi de produits de jardinage à base de tourbe et lui préférer par exemple le compost fabriqué à partir des ordures ménagères. Mieux encore, on pourra choisir des plantes appartenant à des espèces indigènes qui poussent bien dans le type de sol dont on dispose localement. – Photos : Pointe-à-la-Croix, Sarracénie pourpre poussant dans la mousse parmi les Ericacées – Dans la feuille en forme d’urne de la Sarracénie pourpre où s’accumule l’eau de pluie, les insectes se noient –

Le musée a été visiblement financé par la principale industrie canadienne d’exploitation des tourbières qui tient un tout autre langage que celui de la fédération canadienne Faune et Flore du pays rapporté ci-dessus. Elle ne se prive pas de faire sa propre publicité en présentant l’ensemble des utilisations actuelles de la tourbe tout en se parant d’une façade “verte” écologique et soucieuse de l’environnement. Tout d’abord, depuis le début des années 1990, ce sont environ 7 000 hectares qui ont été utilisés par l’industrie de la tourbe horticole. Cette superficie représente 0,08 % des tourbières du Québec. La tourbe fait l’objet de recherches concernant l’écologie des tourbières, leur aménagement, leur restauration, mais aussi l’utilisation de la tourbe à des fins horticoles, environnementales, industrielles, thérapeutiques, thermiques… Un panneau présente un projet pilote qui a pour concept l’aménagement faunique et la restauration de la TOURBIERE PREMIER INC de l’Isle-Verte. Les tourbières sont habituellement peu utilisées par la faune en raison de leur faible productivité biologique due à l’acidité élevée de l’eau (PH entre 3,8 et 4,2). L’objectif du projet pilote est de modifier le PH pour le porter entre 6 et 8 grâce à la construction d’un filtre alcalin qui consiste en la mise en place de gabions chargés de roches calcaires dans un canal d’amenée d’eau. Ainsi, la reproduction de la sauvagine, un oiseau qui nidifie dans les tourbières, devrait être favorisée, de même que la régénération de la mousse de sphaigne pour la restauration de la tourbière au terme d’une durée d’extraction de la tourbe par l’exploitant. – Photos : Pointe-à-la-Croix, kalmia à feuilles étroites (laurier des moutons) – Sphaignes à côté d’une feuille fanée de sarracénie –

Sur une console, un rapport de responsabilité sociale de l’association des producteurs de tourbe horticole du Québec (calendrier 2015) est en consultation libre, de même qu’une brochure intitulée “La restauration des tourbières, guide des opérations”, par Créneau Tourbe & Agroenvironnement et ACCORD. Cette restauration sera une oeuvre de longue haleine, comme on peut le concevoir à la lecture d’un panneau adjacent : “Comme le taux d’accumulation de matière organique dépasse celui de décomposition, l’évolution naturelle des tourbières est un processus très lent. Elles s’épaississent de seulement quelques centimètres par 100 ans. Cet écosystème humide et acide favorise la croissance des mousses du genre Sphagum (Sphaignes), principales composantes de la tourbe. Dans une optique de conservation de la biodiversité, il importe de mettre en valeur ces écosystèmes fragiles. Il existe plusieurs types de tourbières, chacun ayant une flore et une faune différentes qui les caractérisent. Formées lors du retrait de la mer de Goldthwait*, celles de l’Isle-Verte ont environ 10 000 ans. La circulation hydrique étant nulle ou presque, le milieu ne bénéficie que des précipitations comme apport en eau, créant ainsi des bassins d’eau stagnante qui se combleront de végétation avec le temps. Parmi la végétation typique d’une tourbière, en plus des différentes mousses, on retrouve plusieurs espèces de plantes de la famille des Ericacées : Rhododendron du Canada, Airelle fausse-myrtille, Ronce petit-mûrier, Lédon du Groenland. D’autres comme la Sarracénie pourpre et la Droséra à feuilles rondes comblent leurs besoins nutritifs en s’alimentant de petits insectes. – Photos : Extraction manuelle de la tourbe par découpe de blocs à la pelle bêche

*Mer de Goldthwait : “Elle débute avec le retrait initial de l’inlandsis (glaciers) dans le golfe du Saint-Laurent, il y a environ 14 000 ans. A cette époque, le niveau marin mondial est à environ 55 m plus bas que le niveau actuel. La submersion des zones côtières du Saint-Laurent est rendue possible principalement en raison de l’affaissement isostatique résultant de la surcharge de l’inlandsis. D’une part, le niveau marin va s’élever progressivement par suite de la restitution à la mer de l’eau stockée dans l’inlandsis ; d’autre part, le continent va s’élever en réponse à la disparition de la masse de glace qui le recouvrait… La côte sud du Saint-Laurent doit être divisée en deux secteurs de part et d’autre des Trois-Pistoles. L’inlandsis commence à retraiter dans le secteur sud du golfe du Saint-Laurent vers 14 000-14 500 ans. Au Québec, il y a rapidement séparation de deux masses de glace: 1) l’inlandsis laurentien qui occupe le Saint-Laurent et se retire progressivement d’abord vers le N et le NO et puis ensuite vers l’O et le SO suivant l’axe de la dépression; 2) la calotte appalachienne qui se retire vers l’intérieur des terres à partir des côtes. Une étroite bande côtière est déglacée et submergée entre Trois-Pistoles et l’extrémité NE de la péninsule gaspésienne, entre 13 500 et 12 500 ans environ. La mer de Goldthwait est alors bloquée à l’ouest des Trois-Pistoles par l’inlandsis qui vient s’appuyer sur la rive sud comme l’indique la moraine du Saint-Antonin… Comme les côtes du Saint-Laurent n’ont pas encore repris la position qu’elles occupaient avant la glaciation du Wisconsinien, on peut normalement assumer que la régresseion goldthwaitienne n’est pas terminée…” – Schémas : Limites marines postglaciaire et actuelle – Mer de Champlain au niveau de Montréal – – Ci-dessous : Sarracénie pourpre, feuille à la pilosité dirigée vers la cavité et à la texture vernissée, 2 caractéristiques qui contribuent sûrement à précipiter les insectes dans le piège – Sarracénie pourpre, fleurs –

Premier Horticulture est l’une des plus importantes entreprises de production et de distribution de produits à base de tourbe de mousse de sphaigne en Amérique du Nord. En 1969, son département recherche et développement a conçu PRO-MIX’BX’, le premier “substrat de culture à valeur ajoutée”. Pionnier des mélanges prêts à utiliser, ce produit a révolutionné le domaine nord-américain de l’horticulture. C’est aussi une pionnière canadienne dans la restauration des tourbières une fois achevée l’extraction de la tourbe sur un site. La division Biotechnologies pour l’horticulture et l’agriculture développe des produits à base d’agents biologiques qui favorisent la croissance et la santé des plantes. Ces micro-organismes augmentent la résistance des plantes face à divers stress et maladies. Le principal produit commercialisé à ce jour est Mycorise. La division Technologies et système pour l’environnement développe et commercialise des produits liés au traitement des eaux usées, notamment un système de biofiltration composé d’un lit filtrant à base de tourbe spécialement traitée. Ce système, l’Ecoflo, remplace le champ d’épuration conventionnel. – Photo ci-dessous : Droséra à feuilles rondes (Pointe-à-la-Croix) –

Pour assurer une gestion responsable de l’extraction de la ressource, l’Association canadienne de la tourbe de sphaigne (ACTS) et ses partenaires ont développé une politique de “Préservation et régénération”, appuyée par l’Association des producteurs de tourbe du Québec (APTQ). Les points saillants sont : 1) avant l’exploitation, réduire l’impact sur l’environnement, inventorier la flore et la faune, coopérer avec les groupes environnementaux, choisir des tourbières pour les réserves ; 2) pendant l’exploitation, restreindre la surface exploitée, laisser des zones tampon, laisser une épaisseur de tourbe, concevoir le drainage de manière à permettre la restauration du niveau d’eau ; 3) après l’exploitation, but premier : restaurer les tourbières en milieux humides, but secondaire : régénérer les tourbières pour des utilisations appropriées. Outre l’intérêt écologique d’une telle remise en état du site après exploitation, la présence d’une tourbière permet la réduction des inondations en aval par emmagazinement de l’eau et inversement le ralentissement des pertes d’eau durant les périodes de sécheresse. En outre, comme d’autres types de milieux humides, les tourbières comportent des matières végétales qui peuvent absorber les métaux lourds et autres contaminants, des nutriments et des sédiments. Elles peuvent donc purifier l’eau.  – Photos : Linaigrette (lin de marais, eriophorum) – Méthode d’extraction des mottes fibreuses de tourbe à la pelle –

La production de tourbe horticole au Québec a commencé en 1933 lorsque la compagnie Insulation Limited débuta ses opérations sur un dépôt de tourbe à la Seigneurie de l’Isle-Verte. En 1935, une usine fut érigée pour la production de tourbe déchiquetée. Durant la même année, F.X. Lambert de Sainte-Anne de la Pocatière construisit une installation près de la tourbière de Rivière-Ouelle. En 1940, Premier Peat Moss fournissait la majeure partie du volume de tourbe commerciale. La même année un dépôt de tourbe situé à Saint-Bonaventure, Yamaska, fut ouvert par La Tourbière Yamaska. De 1940 à 1960, un très petit nombre de producteurs se joignirent aux pionniers. Cependant, la plupart des tourbières encore en opération aujourd’hui ont commencé à être exploitées dans les années 60. Avant la Deuxième Guerre mondiale, la production de tourbe au Québec était très faible et destinée principalement à la combustion, alors que la tourbe horticole utilisée en Amérique du Nord était importée d’Europe. Durant la Guerre, la production de tourbe horticole de la région de Rivière-du-Loup commença à remplacer l’Europe comme source d’approvisionnement et elle continue de nos jours. Autrefois, la tourbe était récoltée à la pelle, par la méthode de la coupe par blocs. On creusait de longues tranchées parallèles d’où l’on extrayait des blocs de tourbe qui étaient mis à sécher sur les terre-pleins qui séparaient les tranchées. Durant les années 60, de nombreux essais furent faits pour mécaniser la production avec un instrument de conception allemande, mais la nature différente des tourbières ne permit pas l’utilisation efficace de cet équipement. À partir des années 1970, on commença à récolter la tourbe à l’aide de gros aspirateurs. Pour ce faire, il faut d’abord enlever la végétation de surface pour mettre à découvert la tourbe. On creuse ensuite des canaux de drainage pour évacuer l’eau qui gorge la tourbière et on attend que le sol sèche par l’action du vent et du soleil. L’aspirateur récolte alors une très mince couche de tourbe. Une tourbière peut être exploitée pendant plusieurs décennies, car il faut passer des centaines de fois au même endroit avant d’atteindre la profondeur où la tourbe n’est plus d’assez bonne qualité pour la récolter. Les premiers modèles d’aspirateurs, entraînés et déplacés par des tracteurs, étaient munis d’une seule tête de succion. – Photos : L’exploitation industrielle de la tourbe blonde au Canada (1970 et aujourd’hui) – Ci-dessous : 2 insectes posés en bord de feuille de Sarracénie pourpre et 1 insecte noyé dans l’eau contenue dans l’urne formée par la feuille –

Le chenal entre l’Ile-Verte et la terre ferme, large de quelques milles, n’est navigable que quelques heures par marée. Dans cette zone de faible profondeur, le transport des marchandises et des véhicules ne peut se faire que par des navires à fond plat. Le chaland est donc parfaitement adapté aux exigences de ce milieu naturel. Inspiré du chaland ouvert utilisé au tournant du siècle pour la cueillette de la mousse de mer, le chaland motorisé fait son apparition à l’île au début des années 1940. Il dessert les insulaires jusqu’en 1990 puis un bateau-passeur en acier est mis en service. Originaire de la ville de Québec, Louis Bertrand s’installe à L’Isle-Verte en 1811 puis devient un notable parmi les plus en vue de la région. Seigneur, député, maire, lieutenant-colonel de milice, marchand de bois, fondateur de la Société d’agriculture du comté de Rimouski, voici quelques-uns des titres portés par l’homme. Maude Flamand-Hubert dévoile dans un livre (couverture ci-contre) la manière dont ces individus ont évolué dans un environnement en mutation marqué par l’abolition du régime seigneurial, la conquête du sol, ainsi que par l’essor du capitalisme et de l’industrialisation. – Photos : Le chaland de l’Ile Verte – Louis Bertrand à L’Isle-Verte, Documentaire –

Dans le passé, parce qu’elle était le port naturel des habitants des environs et de certains insulaires, l’embouchure de la rivière des Vases fut un endroit très achalandé. A marée haute, les chaloupiers et les maîtres-pilotes prirent l’habitude de la fréquenter. La construction du quai, vers 1849, y amena également des petites goélettes qui se délestaient de leur cargaison. Entre 1890 et 1934, une trentaine de familles de “faucheurs de mousse de mer” s’y rencontraient pour transférer l’herbe mouillée des chalands aux charrettes puis l’étendaient dans les champs afin de la laisser sécher. Sans cette mousse de mer, l’Ile Verte n’aurait jamais connu une activité industrielle aussi intense. En effet, la zostera marina est une plante marine aux feuilles étroites et longues de parfois deux mètres qui jouit de la propriété de reprendre sa forme initiale aussitôt défroissée, propriété non négligeable, dans un pays et à une époque où la plupart des habitants dormaient sur une couche en tissu rempli de paille. Rapidement, la mousse rembourre tout et surtout les sièges d’automobiles. Pendant 40 ans, les emplois ne manquent pas jusqu’à ce que la mousse s’épuise. En 1934, on vend la dernière récolte, l’industrie tombe et l’économie régionale aussi… – Photos : Oiseau ?? – Ci-dessous : Cladonia (lichen) –

Lorsque nous sortons de la maison Girard, la pluie s’est interrompue, nous pouvons reprendre nos cheminements extérieurs. Dimitri nous amène sur le sentier des Roitelets, dont le nom évoque ce minuscule oiseau chanteur qui affectionne les vieilles forêts de conifères. Au Québec, deux espèces sont présentes, le Roitelet à couronne dorée et le Roitelet à couronne rubis. En 1987, Canards Illimités Canada mit en place des aménagements dans le but de redonner au marais de la baie de l’Isle-Verte des habitats de choix pour la sauvagine et autres oiseaux migrateurs. Cet organisme, voué à la conservation des milieux humides, aménagea un bassin avec des rigoles fauniques qui favorisent le repos et la reproduction de cette faune ailée. Le temps couvert, la brume légère qui nimbe le paysage d’un flou romantique, une flore miniature aux formes et coloris extraordinaires, l’air calme, le son de nos pas tamisé par l’épais tapis végétal, tout concourt à nous plonger dans une atmosphère magique. Un porc-épic a laissé des traces bien visibles de son passage : des arbres présentent des blessures causées par ses morsures et ses griffures qui ont arraché l’écorce et laissé le tronc à vif, pleurant des perles brillantes de sève. Il y a plus de 400 espèces de lichens qui rêvent de devenir des arbres. Pour les répertorier, on les a regroupés dans le genre Cladonia, du grec “klados” se traduisant par “rameau”. Dominés par leur pulsion, ils se dressent et se ramifient jusqu’à donner parfois des masses impressionnantes… pour un lichen, s’entend. Seul l’instinct de conservation les ramène de temps en temps à la réalité et peut les stopper dans leur croissance. Le podetium – c’est ainsi qu’on appelle l’organe végétatif verdâtre en forme de cupule du lichen (qui n’est ni une tige, ni une feuille, ni une racine) – donne alors une apothécie colorée (rouge, jaune ou brune selon les espèces) qui produira les spores. Nous observons aussi du Listère faux-muguet (Listera convallarioides). – Photos : Cladonia (lichen) – Oiseau ?? –

Au détour du chemin, nous découvrons le pigamon, aux fleurs blanches étoilées dotées de nombreux pétales fins, le mélampyre linéaire, délicate plante des milieux acides à fleurs tubulaires blanches bordées de jaune. Soudain, un cri : une orchidée magnifique, à la silhouette semblable à notre orchidéeSabot de Vénus, mais de couleur rose et non pas jaune, se dresse sur un parterre de mousses. Nous en avons déjà vu quelques unes, mais elles étaient fanées… C’est le sabot de la Vierge (Cypripedium acaule) que nous photographions sous toutes les coutures en nous mettant dans toutes les positions, accroupis, presque couchés, en surplomb… Elle est d’autant plus belle que sa couleur vive et sa silhouette originale sont mises en valeur par un rocher sombre en arrière-plan. La racine des cypripèdes (sabots de la Vierge) a des propriétés sédatives et antispasmodiques et on l’utilisait autrefois contre la nervosité, les maux de dents et les spasmes musculaires. Ces plantes sont cependant très difficiles à cultiver, et il est fortement déconseillé de les récolter en nature, puisque cette pratique compromet la survie de l’espèce. Le kalmia à feuilles étroites (laurier des moutons) est une éricacée abondante au Québec, dans les lieux ouverts au sol acide comme les tourbières. Cet arbuste a développé un mécanisme particulier pour disséminer son pollen. En regardant attentivement la fleur épanouie, on constate que certaines étamines sont pliées dans leur milieu. En y regardant d’encore plus près, on remarque que leur anthère – l’extrémité renflée qui produit le pollen – est coincée dans des loges de la corolle. Elles resteront ainsi jusqu’à ce que le pollen soit mûr. Elles se libéreront alors des loges en s’ouvrant, se déplieront et projetteront le pollen dans les airs à la manière d’une catapulte. – Photos : Ecorce arrachée par un porc-épic – Kalmia à feuilles étroites – Ci-dessous : Détail d’une fleur de kalmia – Lichen à Caribou – Mélampyre linéaire – Sabot de la Vierge (Cypripedium acaule) (photo prise par Dimitri avec mon appareil) –

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de