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ūü¶ó Troisi√®me partie : La biodiversit√©

  1. ūüĆ≤ Premi√®re partie : La for√™t
  2. ūüíß Deuxi√®me partie : L’eau
  3. ūü¶ó Troisi√®me partie : La biodiversit√©
31 min - temps de lecture moyen
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8 au 24 ao√Ľt 2017
Conf√©rence √†¬†Aci Gasconha, centre culturel Tivoli d’Anglet, suite au voyage aux USA effectu√© par Marie-Jeanne, Jean-Bertrand, Jo√ęlle, Jean-Louis et Cathy de la¬†Soci√©t√© d’Astronomie Populaire de la C√īte Basque¬†et des amis californiens de Marie-Jeanne, Candi et Robert.

Voyage au Far West

L’Europe sous le prisme de l’Am√©rique

fremont
Peinture rupestre (ocre) “Barrier Canyon-style” (BCS), Canyon lands, sud Utah,p√©riode¬†de l’an 1 √† 1100 apr√®s J.-C. (reproduction au mus√©e de Price)

fremontLa biodiversité

La culture Fremont

Apr√®s avoir √©tudi√© l’impact de la colonisation europ√©enne sur la for√™t et l‚Äôeau en Am√©rique du Nord, qu‚Äôen est-il de la biodiversit√©¬†? Alors que nous poursuivons notre p√©riple en quittant la ville de Moab et son parc naturel Canyon lands au sud de l‚ÄôUtah pour nous rendre dans le nord, au parc naturel de Yellowstone, nous faisons halte √† mi-chemin au mus√©e pr√©historique de Price. A c√īt√© des dinosaures et des mammouths, un espace est d√©di√© aux Am√©rindiens de la culture Fremont, ainsi nomm√©e en raison du site arch√©ologique d√©couvert entre 1928 et 1929 par Noel Morss : les vestiges se trouvaient le long de la rivi√®re Fremont et dans la zone du Nine Mile Canyon. La culture Fremont “classique” s’est d√©velopp√©e dans l’est de l’Utah et l’ouest du Colorado, √† l’est des Wasatch Mountains, durant une p√©riode comprise entre 450 et 1250 apr√®s J.-C. Apr√®s cette date, on suppose que ces Indiens ont quitt√© la r√©gion et qu’ils se sont fondus dans les populations voisines du Grand Bassin et du Plateau du Colorado. Leur disparition remonte bien avant la colonisation europ√©enne. Que leur est-il advenu¬†?¬†– Photos : Livre de Noel Morss –

Aujourd‚Äôhui, les Am√©ricains essaient de se forger une histoire ancr√©e dans le Nouveau Monde. Ils fouillent le sous-sol et reconstituent peu √† peu la chronologie de la colonisation du continent par les humains. Lors d’investigations dans la r√©gion de Canyon lands (Moab), des vestiges arch√©ologiques ont r√©v√©l√© l‚Äôexistence de cette population indienne disparue relativement r√©cemment. Pourtant, tout montrait sa grande capacit√© d’adaptation √† un environnement parfois dur et extr√™mement variable. Son territoire s’√©tendait sur des montagnes, des canyons, des marais et un d√©sert semi-aride, chaque zone √©cologique √©tant caract√©ris√©e par une flore et une faune particuli√®re. Avant l’arriv√©e des Europ√©ens, le mouflon d’Am√©rique √©tait l’animal le plus commun√©ment chass√© dans la r√©gion. Il √©tait une source alimentaire, vestimentaire et d’outillage pour ces Indiens Fremont qui le repr√©sentaient souvent sur leurs p√©troglyphes.¬†– Photo : P√©troglyphes, culture Fremont(reproduction au mus√©e de Price), Utah –¬†Peinture rupestre (ocre) “Barrier Canyon-style” (BCS), Canyon lands, sud Utah,p√©riode¬†de l’an 1 √† 1100 apr√®s J.-C. (reproduction au mus√©e de Price).

fremont

Ils √©taient principalement des agriculteurs et cultivaient du ma√Įs, des haricots et de la courge, mais ils compl√©taient leur r√©gime alimentaire par la cueillette de plantes sauvages et la chasse. La proportion entre ces sources alimentaires variait suivant les r√©gions. Ces gens √©taient tr√®s efficaces pour exploiter leur environnement local et ajuster leur r√©gime en fonction des fluctuations des conditions environnementales.¬†– Photo : Haricots, courges, ma√Įs (Culture Fremont, mus√©e de Price, Utah) –

fremont

En d√©pit de sa flexibilit√©, la culture Fremont a disparu. On pense qu’une longue p√©riode de s√©cheresse a oblig√© les gens √† migrer sous des cieux plus cl√©ments. Si pareille calamit√© se reproduisait dans ces √Čtats de l’Ouest am√©ricain, les habitants actuels auraient beaucoup moins de cordes √† leur arc pour s’adapter en fonction de sources alimentaires locales. L’√©levage est d√©j√† sous perfusion et ne se maintient que gr√Ęce √† l’irrigation de prairies artificielles de luzerne, et l’agriculture n’est possible que sur une tr√®s faible portion de ce territoire, √©galement gr√Ęce √† une irrigation intensive. Que feront-ils si l’eau vient √† manquer ?¬†– Photo : Mormon-tea (Ephedra nevadensis) : utilis√© comme aliment et rem√®de par les Indiens – Liste : Ressources sauvages v√©g√©tales et animales de la culture Fremont –

mormon-tea
Plantes sauvages
Gibier
le tournesol Cerf hémione
l’amarante mouflon
le chénopode blanc (lambsquarter) bison
le chénopode berlandieri (goosefoot) Cerf du Canada
le cactus antilocapra
le genévrier lapin
l’arachide (pickleweed) porc-√©pic
les pignons écureuil
les noix castor
les prêles (horsetails) grenouille
le jonc gaufre
le typha oiseaux des marais
poissons

 

biodiversiteLes Shoshone-Bannock

Nous avons d√©couvert l‚Äôexistence des tribus indiennes¬†Shoshone-Bannock¬†sur le chemin du retour vers Salt Lake City. Au sud de l‚ÄôIdaho se trouve la r√©serve Fort Hall et son mus√©e en bordure de la route principale, non loin de la ville de Pocatello. Il est bien triste de voir les panneaux d’interpr√©tation marqu√©s au sceau de PacifiCorp, une grosse compagnie d‚Äô√©lectricit√© de l‚Äôouest des √Čtats-Unis. Ce financement a d√Ľ √™tre une compensation bien modeste des d√©sagr√©ments occasionn√©s par la construction de barrages et l‚Äôennoiement cons√©cutif de vall√©es de leur territoire aux ressources en eau tr√®s convoit√©es. Avant l’arriv√©e des Europ√©ens, les Shoshone-Bannock vivaient de chasse, de p√™che et de cueillette le long des berges des rivi√®res. Sachant cela, l‚Äôironie du panneau ci-dessous est grin√ßante, et m√™me choquante¬†: bien en √©vidence, on peut lire au centre ¬ę¬†L‚Äôeau, centrale pour la vie des Natifs¬†¬Ľ – c‚Äôest-√†-dire des Am√©rindiens ‚Äď et dans l‚Äôangle inf√©rieur droit, le logo et le nom de la soci√©t√© (un peu de publicit√©, cela ne peut pas nuire…).¬†– Photo : Panneau sur les ressources vivri√®res des Shoshone-Bannock financ√© par PacifiCorp (Mus√©e Shoshone-Bannock, Fort Hall, Idaho) –

shoshone-bannock

Parmi tous les sentiers trac√©s par les Indiens durant leurs p√©r√©grinations saisonni√®res, une portion de la Grande Route de la M√©decine sera emprunt√©e par les colons en provenance de l‚Äôest qui se rendent en Oregon. De part et d‚Äôautre se trouvent beaucoup de piscines chaudes et de sources thermales entour√©es de roches rouges ou blanches et de plantes particuli√®res qui sont utilis√©es √† des fins m√©dicinales et c√©r√©monielles. Leur collecte et leur administration sont d√©volues aux femmes indiennes.¬†– Carte : Old Oregon Trail (mus√©e Fort Hall, Idaho) –

oregon trail

Deux trait√©s sont sign√©s, l‚Äôun en 1863, l‚Äôautre en 1868, pour pr√©server un espace o√Ļ les Shoshone-Bannock pourront perp√©tuer leur mode de vie traditionnel. Mais la pression des colons est immense, et les Indiens sont oblig√©s de r√©troc√©der en l‚Äôespace d‚Äôune trentaine d‚Äôann√©es, en 1880 et en 1898, les deux tiers de la superficie qui leur a √©t√© d√©volue. C‚Äôest pourtant bien peu de chose, au regard de l‚Äôaire occup√©e autrefois qui s‚Äô√©tendait du nord-ouest du Mexique au sud-ouest du Canada.¬†– Photos : Carte sur l’√©volution des limites de la r√©serve Shoshone-Bannock – Vannerie Shoshone-Bannock –

reserve Shoshone

Carte sur l’√©volution des limites de la r√©serve – Vannerie Shoshone-Bannock

vannerie
vannerie

Le trait√© de Fort Bridger de 1868 ratifi√© par le gouvernement U.S. et les tribus Shoshone-Bannock est essentiel pour celles-ci. En sus d’affirmer l’√©tablissement de la r√©serve de Fort Hall, il √©nonce les droits inh√©rents de ces tribus √† l’auto-gouvernance et l’auto-pr√©servation. Cela implique que leurs membres ont le droit d’utiliser toutes terres publiques f√©d√©rales inoccup√©es dans le pays pour y pratiquer la chasse, la p√™che et la cueillette. Cet article du trait√© est toujours en vigueur. Le mus√©e rec√®le une foule d‚Äôinformations sur leur mode de vie, mais je n‚Äôen ai extrait que deux exemples qui illustrent l‚Äôincidence de la colonisation sur leurs ressources vitales.¬†– Photos : Icones de Pocatello, chef Shoshone, devant la fa√ßade de la High School (Pocatello, Idaho) –

pocatello
pocatello

Pocatello, chef Shoshone (1815‚Äď1884) et ville du sud de l’Idaho

(réserve Shoshone-Bannock)

Lors de l‚Äô√©tablissement du trait√© de 1868, les Bannock avaient s√©lectionn√© les prairies √† Camas pour qu’elles soient incluses dans la r√©serve, mais en raison d’une erreur typographique (sic), Camas fut transcrit par Kansas, et cette demande fut effac√©e du Trait√©. Camas, ou Quamash, est une plante qui pousse dans les marais, les prairies humides et sur les rives des cours d’eau. Les Shoshone et Bannock en r√©coltent les bulbes comestibles, nourrissants, au go√Ľt de patate douce, en plus sucr√©. C‚Äôest l’une des sources alimentaires majeures. Lorsque, apr√®s la signature du trait√©, les Shoshone et les Bannock s’en vont les collecter, ils s’aper√ßoivent que ceux-ci ont √©t√© d√©racin√©s par les cochons des fermiers. Ce sera l’une des causes de la Guerre Bannock.¬†– Illustration : Camas, ou Quamash – Carte : Zone d’implantation de la Camas –

camassia
Camas, ou Quamash, plante des marais, prairies humides, endémique de l’ouest américain
camas

Aujourd‚Äôhui, c‚Äôest sur le plan l√©gal que se poursuit le combat pour restaurer dans leurs conditions naturelles le bassin de la Snake River et les terres inoccup√©es attenantes. La construction de barrages hydro√©lectriques a engendr√© la baisse des populations de saumon et de truite en aval de la Snake et de la Columbia River. Les d√©rivations de l’eau, les mines, l’exploitation foresti√®re, le p√Ęturage du b√©tail, l’agriculture, l’urbanisation, la s√©dimentation et les p√™ches commerciales ont aussi jou√© un r√īle significatif dans cette r√©duction au point que ces poissons sont d√©sormais prot√©g√©s par la loi des esp√®ces menac√©es.¬†– Photo : Fontaine (Pocatello, Idaho) –

fontaine

Pour inverser la tendance et accro√ģtre l’abondance, la distribution, la diversit√© g√©n√©tique et la productivit√© des populations de saumons et de truites qui remontent jusqu’en Idaho, les Tribus pr√©conisent d’am√©liorer leur habitat, de cr√©er des √©closeries suppl√©mentaires, de pr√©server un flux suffisant, et de g√©rer leur p√™che. Dans ce but, les Tribus incitent toutes les parties prenantes √† la concertation et la coop√©ration et elles n√©gocient avec les r√©dacteurs du programme de compensation en aval de la Snake River, le minist√®re de la p√™che et de la chasse de l’Idaho, les p√™ches NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), l’administration de l‚Äô√©lectricit√© de Bonneville et les autres agences.¬†– Photo : Shaman (mus√©e de Price, Utah) –

shaman Fremont

biodiversiteLe loup et le castor

La culture des Indiens Fremont a donc disparu pour des raisons climatiques, et celle des Shoshone-Bannock se maintient tr√®s difficilement en marge du monde moderne, dans un environnement gravement perturb√© par la colonisation de l’ouest am√©ricain. Mais au sein de la grande administration des parcs am√©ricains, une r√©flexion chemine lentement. Au bout d‚Äôun si√®cle de gestion du parc national Yellowstone, il a √©t√© d√©cid√© de restaurer un √©quilibre perdu en r√©introduisant en 1995 un animal longtemps d√©cri√© et pourchass√© par les colons, le loup. Quinze ans plus tard, en 2011, le parc publie un article sur le site officiel. Il relate les √©tonnants changements en cascades qui en ont d√©coul√©. Par exemple, les colonies de castors sont pass√©es de une √† neuf, et les bosquets de peuplier tremble am√©ricain, de saule et de peuplier qui s‚Äô√©tiolaient le long des cours d’eau se sont remis √† prosp√©rer. Quel rapport avec la r√©introduction du loup¬†?¬†– Photo : Mammoth Springs (Yellowstone) –

mammoth springs

Pour le comprendre, il faut revenir aux ann√©es 1930, lorsque le dernier loup du parc fut tu√©. M√™me si le grand cerf de Yellowstone (wapiti) √©tait encore chass√© par les ours noirs et grizzly, les cougars, et dans une moindre mesure les coyotes, l’absence de loup √īta une √©norme pression de pr√©dation sur le cerf. Par cons√©quent, sa population se porta tr√®s bien – peut-√™tre m√™me trop bien. Il en r√©sulta deux effets: le cerf √©puisa les ressources de Yellowstone en y demeurant sur place m√™me en hiver et en broutant tous les arbres le long des cours d‚Äôeau. Cela fit du tort au castor qui a besoin de ces arbres pour survivre en hiver.¬†– Photo : Wapiti, Cervus canadensis (Elk), Yellowstone –

wapiti

En 2011, on compte trois fois plus de cerfs qu‚Äôen 1968, mais, √©tonnamment, les saules ont bonne allure. Pourquoi? Parce que la pression de pr√©dation de la part des loups oblige les cerfs √† bouger, ils n’ont plus le temps de brouter trop √† ras les saules. Apr√®s la coupe de jeunes arbres par des castors, le bosquet reconstitue 84% de sa biomasse en deux ans, alors que les arbres brout√©s n’arrivent √† r√©cup√©rer dans le m√™me temps que 6% de leur biomasse perdue. Continuons la liste des effets en cascade. Lorsque les castors se r√©pandirent et construisirent de nouveaux barrages formant des √©tangs, l’hydrologie du courant fut modifi√©e, les diff√©rences saisonni√®res de flux furent nivel√©es, l’eau stock√©e permit de recharger la nappe phr√©atique. Les poissons dispos√®rent d‚Äôune eau fra√ģche et ombrag√©e, tandis que le saule de nouveau robuste offrait un habitat pour les oiseaux chanteurs.¬†– Photos : Castor (Yellowstone) –

castor
Castor ! Beaver !
castor

Quant aux cerfs, ils ont prouv√© leurs capacit√©s d’adaptation. Quand les loups sont dans les parages, ils deviennent plus vigilants et broutent moins. Le troupeau se divise en petites unit√©s qui vont se cacher dans l’√©paisseur des fourr√©s. Ils retournent dans les prairies ouvertes sit√īt le danger √©cart√©. Autrefois, la premi√®re cause de mortalit√© des cerfs √©tait la neige et les rigueurs hivernales. Aujourd’hui, les hivers sont plus doux, et c’est le loup qui devient la principale cause de leur mortalit√©. Cette combinaison de moins de neige et plus de loups a aussi b√©n√©fici√© aux charognards petits et grands, du corbeau √† l’ours grizzly. Au lieu d’un cycle d’exc√®s et de manque de disponibilit√© de charognes – comme c’√©tait le cas avant la r√©introduction du loup et lorsque les hivers √©taient plus rudes – il y a maintenant une distribution plus r√©guli√®re de charognes durant tout l’hiver et le d√©but du printemps.¬†– Photo : Corbeau (Yellowstone) –

corbeau

Cela b√©n√©ficie aux corbeaux, aux aigles, aux pies, aux coyotes et aux ours (noirs et grizzly), tout particuli√®rement lorsque ces derniers s’√©veillent affam√©s de leur hibernation. Le r√©seau de vie li√© aux proies tu√©es par les loups est m√™me plus vaste encore : les col√©opt√®res, le carcajou, le lynx et d’autres encore en d√©pendent. Les l√©gendes indiennes sur les corbeaux qui suivent les loups sont exactes: ils le font parce que la pr√©sence de loups signifie celle de nourriture.¬†– Photo : Geyser Old Faithful (Yellowstone) –

old faithful geyser

biodiversiteBisons et Indiens

Du loup, passons au bison. Il √©tait et demeure encore important pour beaucoup de tribus indiennes. Sa chasse procure de la viande fra√ģche pour beaucoup de jours, mais la majorit√© est d√©coup√©e et s√©ch√©e, puis √©cras√©e et m√©lang√©e avec des baies pour confectionner du pemmican. Les peaux pour les tipis √©taient rendues √©tanches par fumage. Les cornes servaient de supports arqu√©s, de mat√©riau pour fabriquer des louches, des cuill√®res et des coupes, tandis que les sabots donnaient des hochets et de la glu. Les calculs biliaires fournissaient un pigment jaune pour la peinture et le fumier s√©ch√© √©tait utilis√© comme combustible.¬†– Photo : Couple de bisons (Yellowstone) –

bisons

La quasi-disparition du bison dans les Grandes Plaines a eu des r√©percutions √©cologiques. A l’inverse du b√©tail bovin, les bisons sont naturellement adapt√©s pour prosp√©rer dans cet environnement, leur t√™te g√©ante leur permet d’avancer dans la neige et ils sont mieux √† m√™me de survivre lors de s√©v√®res conditions hivernales. En outre, le p√Ęturage des bisons aide √† cultiver la prairie, la pr√©parant pour h√©berger toute une gamme de plantes. Le b√©tail bovin, en revanche, s√©lectionne l’herbe parmi la v√©g√©tation et son √©levage n√©cessite une telle quantit√© d’eau que les nappes aquif√®res sont en train de s’√©puiser. Le surp√Ęturage des herbes engendre l’√©rosion de la terre v√©g√©tale et ce fut sans doute un important facteur dans l’apparition des “bols de poussi√®re et des blizzards noirs” des ann√©es 1930, de concert avec la m√©canisation de l’agriculture qui d√©butait dans ces r√©gions et l’av√®nement d’une d√©cennie de grande s√©cheresse.¬†– Photo : 1935¬†: ¬ę¬†Bol de poussi√®re¬†¬Ľ (dust bowl) –

dust bowl 1935

Il y a dix ans, pendant l’hiver 2007-2008, 1631 bisons furent tu√©s par des fonctionnaires du Montana : ces animaux en qu√™te de p√Ęturage avaient quitt√© l’aire prot√©g√©e du parc Yellowstone qui est √† cheval sur le Wyoming, le Montana et l’Idaho. Le fondateur d’une association indienne commentait ainsi ce r√©cent¬†massacre¬†: “…Je pense que le fond du probl√®me avec la soci√©t√© des Blancs est sa peur de tout ce qui est sauvage. Elle est terrifi√©e par tout ce qu’elle ne peut pas contr√īler, alors que les “Premi√®res Nations” (les Indiens) sont fi√®res de faire partie de cette nature et elles la prot√®gent car elles sont conscientes de son importance.”¬†– Photo : Bison au-dessus du lac (Trout Lake, Yellowstone) –

bidon

biodiversiteBraconnage du bison au Yellowstone

Dans les ann√©es 1800, la chasse commerciale, la chasse sportive et l’arm√©e am√©ricaine r√©duisirent drastiquement la population de bisons. Pourquoi l’arm√©e ? Car, d’une part, il fallait approvisionner les troupes et, d’autre part, elle avait trouv√© ce moyen de lutte en coupant les vivres aux Indiens des plaines devenus tr√®s mobiles gr√Ęce √† leur adoption du cheval. Enfin, m√™me si les¬†bisons¬†de Yellowstone √©taient devenus th√©oriquement prot√©g√©s depuis la cr√©ation du parc, vers 1902 les braconniers avaient r√©duit le troupeau √† quelque 25 animaux.¬†– Photos : Menu au Roosevelt Lodge (Yellowstone) –

menu
Du bison au menu de Roosevelt Lodge (Yellowstone)
menu

L’arm√©e am√©ricaine, qui alors administrait Yellowstone, eut cette fois pour charge, ironiquement, d‚Äôassurer leur protection en luttant activement contre le braconnage. Des bisons de troupeaux priv√©s furent envoy√©es en renfort, dont 18 femelles de Michael Pablo et Charles Allard des tribus conf√©d√©r√©es Salish et Kootenai dans le nord-ouest du Montana. Durant des d√©cennies, on contr√īla les mouvements des bisons car on pensait alors que ces animaux sur-p√Ęturaient le parc, de concert avec le cerf et l’antilocapra americana. A partir de 1968, toute gestion intrusive cessa (y compris les r√©ductions d’effectifs) et aujourd’hui, environ 3000 bisons sauvages errent librement dans le parc national Yellowstone.¬†– Photo : Balade en cal√®che (Yellowstone) –

calèche

ranger

Si ce troupeau qui a fr√īl√© l’extinction il y a juste un si√®cle a ainsi pu se reconstituer, c‚Äôest parce qu‚Äôil est compos√© uniquement de b√™tes non hybrid√©es avec le b√©tail venu d‚ÄôEurope. Il a conserv√© un comportement naturel, les bisons se r√©unissent √† la saison de reproduction pendant laquelle les m√Ęles s‚Äôaffrontent pour former des harems. Le moment venu, ils partent en migration et explorent de nouveaux territoires.¬†– Photo : Bison (Yellowstone) –

bison

biodiversiteLe bison, la vache et le lapin

Voici une autre¬†histoire¬†de bison. En 1941, l‚Äô√Čtat am√©ricain d√©cide de r√©introduire le bison sur les Henry mountains dans le sud-est de l’Utah en pr√©levant 18 individus du troupeau sauvage de Yellowstone. De nos jours, le troupeau compte environ 325 individus et sa population est maintenue stable par l’attribution de permis de chasse distribu√©s au compte-goutte (70 par tirage au sort pour 1000 demandes). Bien s√Ľr, les √©leveurs se plaignent que le bison mange l’herbe dont leurs vaches d√©pendent pour survivre en hiver. Pour en avoir le cŇďur net, un chercheur de l’universit√© de l’Utah a r√©alis√© une √©tude dont il a publi√© les r√©sultats tout r√©cemment, en 2015.¬†– Photo : Tamia (Bryce Canyon, sud Utah) –

tamia

Il a isol√© 40 enclos dont la moiti√© √©tait interdite d’acc√®s aux bisons et aux bovins et l’autre moiti√© emp√™chait √©galement les li√®vres d’y p√©n√©trer. Le r√©sultat √©tonna tout le monde, chercheurs et √©leveurs : il s’av√©ra que le b√©tail consommait 52,3% de l’herbe, les lagomorphes (li√®vres, lapins et pikas) 34,1% et les bisons seulement 13,7%. Qui plus est, les li√®vres ont un cycle de vie variable et leur population au moment de l’√©tude √©tait en dessous du pic, ce qui signifie que leur impact pourrait √™tre encore sup√©rieur √† celui qui a √©t√© √©valu√©, mais aussi qu’il pourrait √™tre moindre. Les √©leveurs en tir√®rent imm√©diatement la le√ßon: ils comprirent qu’il fallait r√©duire, ou du moins r√©glementer, la chasse au coyote, pr√©dateur naturel du li√®vre. Elle est pratiqu√©e dans ces montagnes pour prot√©ger le cerf h√©mione qui fait l’objet d’une chasse au troph√©e. En conclusion, l√† encore se produit une r√©action en cha√ģne, le retrait ou l’introduction d’un animal conduisant √† des cons√©quences inattendues.¬†– Photo : Ecureuil (Grand Canyon de la Yellowstone, Wyoming) –

ecureuil

biodiversiteIncendies : Peuplier tremble américain, Pin ponderosa

Quand les colons s’install√®rent, de nouvelles pratiques de gestion – incluant le p√Ęturage du b√©tail, la r√©colte de bois et la suppression des incendies – model√®rent les for√™ts. Depuis 1996, des¬†scientifiques¬†nord-am√©ricains notent une augmentation du nombre de peupliers trembles morts ou mourants et le ph√©nom√®ne s’acc√©l√®re en 2004, que se passe-t-il¬†? Ce n’est ni un insecte, ni une maladie, ni une condition environnementale sp√©cifique. Parfois juste quelques arbres sont touch√©s, parfois des bosquets entiers. Les ongul√©s sont-ils les coupables¬†? A haute altitude, lorsque l’herbe est rare, les ongul√©s broutent les jeunes rejets de peuplier tremble et les emp√™chent d’atteindre la maturit√©. De ce fait, les bosquets de peuplier tremble poussant √† proximit√© du b√©tail ou en pr√©sence de cervid√©s (cerf h√©mione, elk-wapiti) ont tr√®s peu de jeunes arbres et peuvent se voir envahis par les conif√®res qui ne sont pas brout√©s.¬†– Photo : Peuplier tremble am√©ricain (Wilson, Wyoming) –

peuplier tremble

Le d√©p√©rissement actuel constat√© en Am√©rique de l’Ouest s’enracine peut-√™tre dans la politique stricte de suppression des incendies aux √Čtats-Unis. Lorsque les parties a√©riennes sont br√Ľl√©es, ces arbres rejettent vigoureusement √† partir des racines, car elles sont souvent prot√©g√©es des temp√©ratures l√©tales par l’√©paisseur de terre. Il semble que l’incendie soit un mal n√©cessaire pour que les peupliers trembles puissent r√©sister √† la concurrence des conif√®res (√©pic√©as et sapins) qui tendent √† les remplacer durant de longs intervalles de temps sans perturbation. Toutefois, les for√™ts de conif√®res sont d√©cim√©es √† une large √©chelle par le dendroctone du pin ponderosa, un col√©opt√®re ravageur qui peut procurer de nouvelles opportunit√©s de prolif√©ration au peuplier tremble si les conditions s’y pr√™tent. La recherche poursuit son cours.¬†– Photo : Granite Trail (Parc national du Grand Teton, Wyoming) –

granite trail

Avant la colonisation, la ceinture foresti√®re de¬†pin ponderosa¬†qui pousse √† l’√©tage au-dessus des peupliers trembles (ex. Boulder Mountain, sud Utah) br√Ľlait au moins tous les 20 ans. L’√©paisse √©corce prot√©geait les arbres matures du feu qui consumait les semis et les esp√®ces concurrentes. Les herbes prosp√©raient dans ce sous-bois ouvert, et constituaient un p√Ęturage s√©duisant pour les herbivores. Les √©clairs et la foudre provoquaient bien quelques uns de ces feux p√©riodiques, mais les Indiens y contribuaient en allumant r√©guli√®rement des feux pour am√©liorer l’habitat du gibier qu’ils chassaient. Ainsi, quand les colons arriv√®rent dans la r√©gion, ils ne p√©n√©tr√®rent pas dans un pays sauvage exempt de toute action humaine. Au contraire, les humains √©taient depuis longtemps des membres de cette communaut√© naturelle dynamique, sculptant activement le paysage avec le feu. A l’heure actuelle, les forestiers cherchent √† retrouver par des feux limit√©s et contr√īl√©s cet √©quilibre perdu.¬†– Photos:¬†Baies sauvages¬†– Pin ponderosa (Grand Teton, Wyoming) –

flore grand teton
pin ponderosa

La plupart des arbres du parc national du Grand Teton sont des conif√®res. Le pin tordu (Lodgepole pine) occupe les sections qui sont p√©riodiquement br√Ľl√©es. Ses c√īnes poss√®dent des √©cailles piquantes et soud√©es solidement ensemble par de la r√©sine. Pour d√©gager les semences, il faut donc une chaleur intense provenant d’un incendie ou une longue exposition aux rayons du soleil. Voil√† pourquoi la plupart des peuplements purs se sont install√©s √† la suite d’un feu de for√™t. Les autres esp√®ces de conif√®res s’installent apr√®s que le pin tordu et le peuplier tremble am√©ricain aient pr√©par√© et stabilis√© le sol.

pommes de pin

Pommes de pin : r√©serve de l’√©cureuil sous un grand sapin

(Canyon Lodge, Yellowstone)

Orchidée : Western Spotted Coralroot (Corallorhiza maculata var. occidentalis)

orchidees

biodiversiteL’herbe et l’armoise

armoiseAu cours du 20e si√®cle, la densit√© d‚Äôarmoise¬†a augment√© (particuli√®rement les vari√©t√©s artemisia tridentata et artemisia arbuscula). Pour quelle raison ? Parce que la population d’herbivores mixtes se nourrissant de plantes herbac√©es et arbustives a diminu√© (cerf h√©mione, antilocapra, ch√®vre, mouton), tandis que celle des herbivores stricts s’accroissait (b√©tail bovin et wapiti). De ce fait, ce sont toujours les m√™mes gramin√©es et plantes herbac√©es qui sont r√©guli√®rement p√Ętur√©es chaque ann√©e, particuli√®rement au printemps, tandis que, parall√®lement, les incendies sont supprim√©s. Cette h√©g√©monie induit dans le m√™me temps une perte de biodiversit√© dans l’Am√©rique du nord-ouest. Au cours de nos randonn√©es, nous observons ce ph√©nom√®ne dans la Lamar Valley √† Yellowstone et dans le parc du Grand Teton.

Des scientifiques testent avec des √©leveurs une solution : faire p√Ęturer vaches et moutons √† l’automne, lorsque l’herbe et les gramin√©es sont dess√©ch√©es et qu’il n’y a que l’armoise √† brouter. Les troupeaux doivent ing√©rer des suppl√©ments alimentaires qui leur permettent de consommer davantage d’armoise. En effet, lorsque nous nous promenons et que nous effleurons les buissons, ceux-ci d√©gagent un parfum agr√©able qui est en r√©alit√© une d√©fense ! Ces plantes contiennent des toxines, abortives pour les brebis √† partir du 2√®me trimestre de gestation et difficiles √† dig√©rer, pour ne pas dire carr√©ment toxiques. En fait, si on habitue le b√©tail progressivement, leur corps s’adapte et supporte mieux cette nouvelle alimentation.

L’interaction est m√™me encore plus complexe. En effet, une autre¬†√©tude¬†montre que la concentration et composition de ces d√©fenses chimiques est √©minemment variable, aussi bien au sein d’une m√™me plante selon les feuilles (√©ph√©m√®res ou persistantes), que parmi les pieds d’une m√™me prairie, d’un lieu √† l’autre, d’une saison √† l’autre, ou selon les vari√©t√©s. Ces facteurs d√©pendent de la temp√©rature, de l’ensoleillement (proportion d’UV), du degr√© d’humidit√©, de l’agression par des champignons, des insectes ou des mammif√®res herbivores tels que le lapin pygm√©e (Brachylagus idahoensis)…

Le probl√®me se pose en des termes similaires avec une autre plante buissonnante tr√®s r√©pandue dans l’ouest am√©ricain : le gen√©vrier.¬†– Photos : Armoise (Yellowstone) –

armoise

biodiversiteLa forêt, capteur du CO2 des énergies fossiles

Aux √Čtats-Unis, l’utilisation de sources d’√©nergie fossile (charbon et p√©trole) pour g√©n√©rer l’√©lectricit√© est la plus grande source d’√©missions atmosph√©riques de CO2. Des chercheurs de l’universit√© de l’Utah viennent de publier une¬†√©tude¬†sur le r√īle que pourrait jouer la for√™t. Selon l’Administration nationale oc√©anique et atmosph√©rique (NOAA), 2011-2015 a √©t√© la p√©riode de cinq ans la plus chaude enregistr√©e aux USA et 2016 a √©t√© la deuxi√®me ann√©e la plus chaude, chaque √©tat ayant une temp√©rature moyenne sup√©rieure et des pr√©cipitations moyennes inf√©rieures. Les chercheurs disent qu’il y a deux mani√®res d’inverser la tendance du r√©chauffement climatique :

1/ r√©absorber le CO2 en surplus dans l’atmosph√®re ;

2/ r√©duire les √©missions de CO2 et des autres gaz √† effet de serre.¬†– Photo : Extraction de p√©trole ou de gaz le long de la Highway 191 (Nord Utah) –

petrole gaz

Les arbres peuvent contribuer dans les deux sens. Aux √Čtats-Unis la for√™t couvre approximativement le tiers du pays. Le Forest Carbon Accounting Framework (FCAF) a √©t√© cr√©√© en 2015 par le USDA (minist√®re de l’agriculture) pour quantifier le montant de carbone dans les for√™ts des √Čtats-Unis et pour mesurer les effets de changements d’usage du sol tels que la conversion de for√™ts pour l’agriculture, les perturbations de l’accroissement de leur d√©veloppement comme les incendies et le changement des mod√®les de croissance de la for√™t pour en faire des pi√®ges √† carbone. Au taux actuel, selon cette √©tude, la surface de for√™ts US est en d√©calage de 15% par rapport aux √©missions de CO2 g√©n√©r√©es par la combustion d’√©nergies fossiles chaque ann√©e. Les auteurs du rapport pr√©conisent une politique de pr√©servation des for√™ts existantes et la reforestation, y compris la plantation d’arbres en ville pour att√©nuer l’impact des temp√©ratures extr√™mes.¬†– Photo : Extraction entre Dinosaur national monument et Flaming Gorge national recreation area (Nord Utah) –

extraction petrole

biodiversiteLa génération spontanée, les extrêmophiles

Depuis le d√©but de cette pr√©sentation, je vous parle de Yellowstone sans vous dire en quoi ce site est vraiment exceptionnel¬†: c‚Äôest une immense caldeira de volcan. Dans certaines zones, le sol ne forme parfois qu’une mince couche au-dessus du magma qui chauffe l’eau souterraine. Celle-ci remonte √† des vitesses variables et se manifeste sous forme de boues br√Ľlantes, de coul√©es et suintements, de sources d’eau bouillante qui √©mettent des fumerolles et parfois des geysers. Certaines nappes d’eau sont suffisamment acides pour br√Ľler les pieds √† travers les chaussures.¬†– Photo : Panneau d’avertissement (Yellowstone) –

yellowstone

La protection du parc Yellowstone de toute exploitation priv√©e eut une cons√©quence inattendue. En 1964, Thomas D. Brock, professeur √† l’universit√© de l’Indiana, s’int√©ressait √† l’√©cologie des micro-organismes. Sa surprise fut de taille lorsqu’il d√©couvrit √† Yellowstone une “vie microbienne extr√™mement riche dans les √©coulements de sources chaudes, sous la forme de tapis color√©s ou de masse g√©latineuse rose p√Ęle”. Il y retourna l’√©t√© suivant afin de poursuivre ce travail de d√©couverte.¬†– Photo : Yellowstone, tapis color√©s par des micro-organismes (Les carot√©no√Įdes sont des pigments qui colorent par exemple Synechococcus du jaune au rouge, en passant par l’orange, et offrent une protection √† la cellule contre les rayonnements solaires trop √©nerg√©tiques, tels que les UV, tout en permettant d’effectuer la photosynth√®se) –

yellowstone

Il √©tudia tout d’abord les algues qui se d√©veloppent dans des √©coulements d’eau √† plus de 60 ¬įC, puis il d√©montra que des bact√©ries peuvent prolif√©rer dans des sources chaudes √† 82 ¬įC. Il d√©couvrit ainsi les premiers hyper-thermophiles. Le record actuel est de 113 ¬įC. √Ä cette √©poque, la communaut√© scientifique ne croyait pas en la possibilit√© que la vie puisse se d√©velopper √† de telles temp√©ratures. Il inaugura ainsi un nouveau champ de recherche et Yellowstone devint l’un des meilleurs endroits sur Terre pour les observer dans leur habitat naturel. En effet, ailleurs dans le monde, les sources similaires d’eaux chaudes ont souvent √©t√© d√©truites pour la production d’√©nergie g√©othermale. Les scientifiques viennent donc du monde entier pour √©tudier cette flore bact√©rienne √©tonnante.¬†– Photo :¬†Morning Glory Pool(Yellowstone) –

yellowstone

Thomas D. Brock s‚Äôinscrit ainsi dans la lign√©e d’illustres pr√©d√©cesseurs europ√©ens. L’un de ceux-ci √©tait le Hollandais Antony van Leeuwenhoek (1632-1723). A l’aide de lentilles de microscope qu’il se fabriquait lui-m√™me et dont il avait augment√© la puissance, il d√©couvrit d√®s 1674 l’existence des protozoaires, des spermatozo√Įdes ‚ÄĒ tr√®s en avance sur son temps – et des bact√©ries. Son contemporain l’Italien Francesco Redi (1626-1697) s’attaqua √† l’id√©e de g√©n√©ration spontan√©e: si des “vers” apparaissent dans des cadavres, c’est que des mouches ont pondu des Ňďufs dessus. Cette id√©e de g√©n√©ration spontan√©e remonte √† longtemps puisque Aristote s’en faisait le d√©fenseur en donnant pour exemple la moisissure qui apparaissait “spontan√©ment” au bout de quelque temps sur les aliments.

Leeuwenhoek

Antony van Leeuwenhoek (1632-1723) d√©couvre les protozoaires, les spermatozo√Įdes

 

Francesco Redi
(1626-1697) étudie les insectes

avl microscope
redi

Bien que le Fran√ßais Louis Pasteur sembl√Ęt lui avoir donn√© le coup de gr√Ęce √† la fin du XIXe si√®cle, cette th√©orie revient aujourd’hui sur le devant de la sc√®ne pour expliquer l’apparition de la vie sur Terre. Certains biologistes font l’hypoth√®se que les¬†micro-organismes¬†thermophiles et barophiles (ceux qui vivent dans les fumeurs noirs, √† grande profondeur sur les dorsales oc√©aniques) ressembleraient plus que tout autre √™tre vivant actuel √† l’anc√™tre commun de toutes les cellules modernes, “the Last universal common ancestor” (LUCA). La structure du code g√©n√©tique aurait √©t√© form√©e chez ces organismes, en milieu hyperthermique et √† haute pression hydrostatique. La vie serait la cons√©quence de la dynamique de l’Univers. A partir du moment o√Ļ les conditions ad√©quates seraient r√©unies (eau liquide, temp√©rature ad√©quate, mol√©cules organiques en abondance), la mati√®re manifesterait sa capacit√© √† engendrer la vie…¬†– Photo :¬†Sapphire Pool,¬†Yellowstone

yellowstone

Conclusion

gentiane_denteleeFinalement, au cours de cette √©tude, qu’avons-nous appris sur nous-m√™mes, les Europ√©ens ? Que nous r√©v√®le cette transformation acc√©l√©r√©e de la nature aux Etats-Unis d’Am√©rique ?

C’est d’abord notre h√©ritage n√©olithique qui p√®se tr√®s lourd dans nos mentalit√©s. Comme nos anc√™tres quittant le berceau du Proche-Orient pour se r√©pandre alentour, nous avons franchi les mers, emportant dans nos bagages nos plantes et nos animaux domestiques. Nous avons d√©frich√© le continent, √©limin√© les pr√©dateurs ou concurrents potentiels, qu’ils soient hommes, b√™tes ou plantes, les submergeant sous la vague de notre d√©mographie galopante. R√©duisant l’aire du monde “sauvage” (√©tymologiquement, “de la for√™t”), nous tentons de domestiquer et d’exploiter la nature enti√®re au seul profit de l’humanit√©.

orchiideeC’est ensuite un h√©ritage culturel un peu plus r√©cent, mais aussi tr√®s ancr√© en nous-m√™mes, qui se manifeste dans notre relation √† la nature. Depuis les philosophes de la Gr√®ce antique, le rationalisme nous place en observateurs (objectifs ?), √† l’ext√©rieur d’un monde (“l’environnement”) que nous pensons – potentiellement – totalement intelligible.

Depuis la Renaissance, l’individualisme s’est d√©velopp√© en m√™me temps qu’un esprit tr√®s critique √† l’√©gard des institutions √©tatiques. C’est le r√©sultat de la confrontation tumultueuse d’id√©es, √† la faveur de la red√©couverte des textes des penseurs de l’Antiquit√© au sein d’une Europe devenue chr√©tienne. Les cons√©quences se manifestent non seulement sur le plan politique, avec l’av√®nement de la d√©mocratie, mais √©galement √©conomique, avec le lib√©ralisme, et social, avec le capitalisme et la r√©gression des communaux.¬†– Photos : Gentiane dentel√©e – Orchid√©e¬†: Western Spotted Coralroot (Corallorhiza maculata var. occidentalis) –

Enfin, comme une boucle qui se ferme, les sciences d√©velopp√©es dans notre Ancien Monde mettent en √©vidence la complexit√© de la biodiversit√© √† laquelle nous portons atteinte par notre mode de vie. Elles montrent son √©volution en fonction de facteurs multiples, astronomiques, g√©ologiques, climatiques…, mais aussi en fonction de l’interaction, au sein m√™me de cette biodiversit√©, entre les √™tres vivants. Nous en faisons partie, mais les humains, depuis 10 000 ans et de fa√ßon croissante, engendrent des perturbations √† un rythme et une ampleur tels qu’ils influent sur le climat terrestre. La transformation acc√©l√©r√©e du Nouveau Monde nord-am√©ricain du fait de la colonisation europ√©enne en est un exemple particuli√®rement flagrant.

Devons-nous continuer de croire que le vivant fonctionne comme une machine qui aurait √©merg√©, on ne sait (encore ?) trop comment, du monde inerte ? Cette id√©e, av√©r√©e ou pas, justifie-t-elle le traitement inflig√© au monde sauvage ou domestiqu√©, la suppression des for√™ts, le tarissement des fleuves, la destruction des biotopes, et enfin la manipulation d’√™tres vivants comme s’il ne s’agissait que d’objets inertes, d√©pourvus d’autonomie, de sensibilit√©, d’intelligence ? Quand bien m√™me nous d√©couvririons la vie ailleurs, sur d’autres plan√®tes √©voluant autour d’autres √©toiles, il faut bien prendre conscience que nous ne pourrons pas nous y rendre. La Terre – la plan√®te bleue – est un havre de vie exceptionnel et rare, √† pr√©server pr√©cieusement.

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Eclipse du 21 ao√Ľt 2017 (Wilson, Wyoming, USA)

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