Recherche
Generic filters
Filter by Custom Post Type
Localisations
Série d'articles
Années

ūüíß Deuxi√®me partie : L’eau

  1. ūüĆ≤ Premi√®re partie : La for√™t
  2. ūüíß Deuxi√®me partie : L’eau
  3. ūü¶ó Troisi√®me partie : La biodiversit√©
19 min - temps de lecture moyen
Print Friendly, PDF & Email
8 au 24 ao√Ľt 2017
Conf√©rence √†¬†Aci Gasconha, centre culturel Tivoli d’Anglet, suite au voyage aux USA effectu√© par Marie-Jeanne, Jean-Bertrand, Jo√ęlle, Jean-Louis et Cathy de la¬†Soci√©t√© d’Astronomie Populaire de la C√īte Basque¬†et des amis californiens de Marie-Jeanne, Candi et Robert.

Voyage au Far West

L’Europe sous le prisme de l’Am√©rique

L’eau

Colorado River : une ressource en eau inépuisable ?

Apr√®s avoir vu l’incidence de notre mode de vie sur la for√™t des Etats-Unis d’Am√©rique, voici la seconde partie de cette pr√©sentation, qui va se rapporter √† l‚Äôeau. Nous avons quitt√© Bryce Canyon et Arches park, et nous randonnons maintenant dans le parc national Canyonlands, pr√®s de la ville de Moab, toujours dans le sud de l‚ÄôUtah.¬†– Photo : Vue sur une boucle du Colorado, Canyonlands, sud Utah –

colorado

Les forces implacables de l’eau et de la gravit√© ont lentement sculpt√© ce vaste paysage de canyons. L’eau de pluie s’infiltre √† travers le gr√®s par des fissures tr√®s fines. Durant les froidures hivernales, l’eau g√®le et fait √©clater la roche, √©largissant les fentes. De grandes dalles finissent par se d√©tacher et s’√©croulent dans les canyons. Des orages violents √©clatent et des torrents d’eau de pluie entra√ģnent les cailloux et la poussi√®re qui d√©valent en cascades brunes depuis le bord des falaises. Les pentes plus douces d’argile et de pierres s’√©croulent sous l’effet de la force de l’eau.¬†– Photo : Hoodoos (chemin√©es de f√©e), Canyonlands –

hoodoos

Il en r√©sulte un relief √©tag√© en marches d‚Äôescalier selon que l’eau rencontre des couches dures ou tendres. Lors de son passage, une grande partie de l’eau s’√©vapore ou bien est absorb√©e par la roche. Seule une faible portion atteint la Green River et la Colorado River, en entra√ģnant des centaines de m√®tres d’√©paisseur de roche, grain apr√®s grain.¬†– Sch√©ma : Relief √©tag√© de Canyonlands –

staircase

En observant le miracle de ce fleuve qui parcourt puissamment plus de 1500 miles (2500 km), depuis sa source dans les Montagnes Rocheuses jusqu’√† son embouchure dans le Golfe de Californie, en traversant des zones d√©sertiques comme celle o√Ļ nous nous promenons, il est difficile d’imaginer que les humains aient pu avoir une quelconque¬†influence¬†sur son flux. Et pourtant… En 1922, le grand delta √† l’embouchure du fleuve couvrait pr√®s de 8000 km¬≤, il regorgeait de poissons et d’oiseaux aquatiques. Aujourd’hui, il couvre √† peine 700 km¬≤ et encore, il s’agit de l’eau rejet√©e apr√®s avoir irrigu√© les champs de luzerne, de laitue et de melon et les vergers de noyers de P√©can. Parfois, le Colorado n’arrive m√™me plus √† atteindre la mer. Que s’est-il pass√© en un si√®cle ?¬†– Photo : Vue sur une boucle du Colorado, Canyonlands, sud Utah –

colorado

Une √©tude r√©cente sur les pal√©oclimats de l’ouest de l’Am√©rique du Nord a √©t√© r√©alis√©e en examinant les cernes des arbres. Des s√©cheresses tr√®s s√©v√®res y ont √©t√© enregistr√©es durant la p√©riode m√©di√©vale chaude avec des pics en l‚Äôan 936, 1034, 1150, 1253. Elles d√©passaient en ampleur celle du d√©but du XXIe si√®cle. Il y a eu aussi des records de pr√©cipitations enregistr√©s en 1321, 1613, 1829 et 1915. Au cours du XXe et au d√©but du XXIe s., il n’y a donc pas eu d’√©v√©nement climatique majeur qui aurait pu engendrer une telle diminution du flux du Colorado et de ses affluents.¬†– Sch√©ma :¬†Paleoclimates: Understanding Climate Change Past and Present” (Thomas M. Cronin) – Photo : Coupe d’un tronc montrant les cernes concentriques –

aridite_usa
arbre_cernes

La carte des pr√©cipitations ci-dessous montre que la majeure partie du Far-West am√©ricain est tr√®s peu arros√©e. Les Montagnes Rocheuses orient√©es nord-sud s’√©chelonnent sur plusieurs centaines de kilom√®tres de large √† l’ouest du continent et bloquent l’influence maritime du Pacifique qui se limite √† l’√©troite bande c√īti√®re. Au contraire, le territoire est tr√®s ouvert aux masses d’air de caract√®res radicalement oppos√©s qui viennent du nord et du sud (Canada et Golfe du Mexique).¬†–¬†Carte¬†ci-dessous : Pr√©cipitations annuelles moyennes, carte bas√©e sur les normales de 1961-1990 des sites NOAA et NRCS SNOTEL avec le mod√®le climatique PRISM –

precipitations_usa

La temp√©rature locale est fonction de la latitude, de l’altitude et du versant montagneux. G√©n√©ralement, les pr√©cipitations augmentent avec l’altitude, alors que les temp√©ratures diminuent. Ces conditions climatiques expliquent, outre l’√©loignement des c√ītes et le relief montagneux, la colonisation tardive de l’Utah qui s’est faite avec les Mormons seulement √† partir de 1845.¬†– Photo : R√©servoir Lower Bowns depuis Larb Hollow Overlook (Boulder Mountain, Sud Utah) –

boulder_mountain

Voici l‚Äôexemple de Sandy Ranch, irrigu√© gr√Ęce au r√©servoir Lower Bowns aliment√© par une d√©rivation du torrent Pleasant Creek.

sandy_ranch

La photo satellite donne une meilleure id√©e de l’importance de la Boulder Mountain sur le plan climatique. L’aride paysage de roche rouge en aval ne re√ßoit qu’une moyenne de 10 pouces (254 mm) de pluie chaque ann√©e. La Boulder Mountain, en moyenne, en re√ßoit pr√®s du double.

boulder_mountain

 

eauUne gestion collective ? John Wesley Powell et les Mormons

A l’est du 100e m√©ridien (qui coupe en deux le Kansas), le pays est vert: la pluviosit√©, la topographie, les sols, l’acc√®s ais√© √† l’eau de surface permettent une agriculture conventionnelle sur des √©tendues de dimensions √©tonnamment grandes. Ces conditions assoient la d√©mocratie du troisi√®me pr√©sident Jefferson (1800-1808) fond√©e sur l’image d’une nation id√©ale de fermiers libres et ind√©pendants.¬†– Photos : Entr√©e d’un ranch, Wyoming – Pr√©sident Thomas Jefferson en 1791, par Charles Willson Peale –

ranch

jefferson

Le président Jefferson (1800-1808)

Portail d’un ranch (Wyoming)

En 1862, pendant la Guerre Civile ‚Äď que nous nommons en France la Guerre de S√©cession (1861-1865) -, le pr√©sident Abraham Lincoln signe le¬†Homestead Act. Cette loi accorde √† tout individu de 21 ans ou plus ou aux v√©t√©rans la possibilit√© de r√©clamer la propri√©t√© de toute terre sur laquelle il s’installe et travaille pendant cinq ans. Dynamis√©s par l’opportunit√© de terres disponibles, les gens affluent vers l’Ouest. Les journaux, les compagnies de chemin de fer, les sp√©culateurs et m√™me les scientifiques font croire aux “homesteaders” que la pluie viendra apr√®s les labours.¬†– Photo : Prospection des gisements d‚Äôuranium par avion (Charlie Steen) autour de Moab –

uranium_steen

colorado_powellPour canaliser le mouvement, le gouvernement entreprend une Grande Enqu√™te pour rep√©rer l’emplacement des futures voies de transport qui devront relier l’ensemble du pays. C’est dans ce cadre que¬†John Wesley Powell¬†entreprend, de 1867 √† 1871, ses explorations depuis les Montagnes Rocheuses jusqu‚Äô√† l‚Äô√©pique descente du fleuve Colorado dans le Grand Canyon qui le rendra c√©l√®bre. Il en retire une connaissance sans pr√©c√©dent de la g√©ologie de l’ouest am√©ricain et il r√©alise que ces territoires diff√®rent consid√©rablement de ceux de la moiti√© orientale. A l‚Äôouest du 100e m√©ridien, sans irrigation rien n‚Äôest possible. Powell pense que l’exploitation des¬†mines¬†serait une voie alternative pour subsister, mais cette industrie induit plut√īt un comportement de pillage, les mineurs abandonnant les lieux sit√īt le filon √©puis√©.¬†– Photos : Timbre sur John Wesley Powell sur le Colorado au Grand Canyon – Ci-dessous : Sud Wyoming – Carte : Bassin du Colorado –

wyoming

colorado_basin

L’eau est la cl√© de la productivit√©. Voici ce qu’il pr√©conise. Il faut d√©river les cours d’eau pour irriguer les cultures dans les vall√©es et consacrer le haut des montagnes √† l’exploitation foresti√®re, l’√©levage √©tant pratiqu√© √† mi-pente quand la v√©g√©tation le permet. Plut√īt que de compter sur l’initiative individuelle, il vaudrait mieux, selon Powell, encourager les efforts communautaires. Dans son rapport de 1878 (Report on the Lands of the Arid Region) et pendant la douzaine d’ann√©es qui suit, Powell remet en cause le mod√®le de colonisation par attribution de terres (Homestead) qui fonctionne bien dans la moiti√© orientale, mais ne convient pas du tout √† la moiti√© occidentale.¬†– Photo : Irrigation (sud Wyoming) –

irrigation

Ses¬†id√©es¬†sont inspir√©es par son observation des Mormons en Utah dont il a pu appr√©cier l’organisation communautaire durant ses deux campagnes d’exploration. Il pense qu’ainsi les usagers seront oblig√©s de prendre soin de cette ressource rare, car son gaspillage ou la pollution serait dommageable √† l’ensemble des colons du bassin versant. Il croit √©galement que les communaut√©s seront mieux aptes √† lutter contre des tentatives d’usurpation de leur eau. Son utopie est fond√©e sur l’id√©e d’autonomie. Les fermiers d√©pensent leur propre argent, non les fonds publics, pour construire les barrages et les canaux dont ils ont besoin et leur usage est strictement en relation avec les besoins de leur terre. Il ne leur sera pas permis de vendre l’eau s√©par√©ment √† des villes ou des syndicats.¬†– Photo : Flaming Gorge dam, barrage sur la Green River, affluent du Colorado (Nord Utah) –

flaming_gorge_dam

Mais ce n’est pas la “Voie am√©ricaine” (The American Way). Ces mesures pr√©conis√©es vont √† l’encontre d’un d√©veloppement rapide. Elles interf√®rent avec la libre entreprise. D√®s 1902, le Congr√®s en prend le contre-pied et amorce un si√®cle de construction massive de barrages et de canaux, tous subventionn√©s par le gouvernement f√©d√©ral. Ces travaux permettent une irrigation √† grande √©chelle pour favoriser la colonisation des “homesteaders” et la cr√©ation d’entreprises agricoles g√©antes. Les villes s’emparent des droits sur l’eau et la font venir depuis des centaines de kilom√®tres. C‚Äôest le d√©but de la guerre de l’eau.¬†– Photo : Parc national des Arches (Moab, sud Utah) –

arches

 

eauJohn_LockeJohn Locke : Travail et propriété

Les id√©es d√©battues au sein de la jeune nation am√©ricaine trouvent leur fondement dans plusieurs si√®cles de r√©flexion √©conomique et politique en Europe. Pour s’en convaincre, il suffit de lire par exemple John Locke. Ce philosophe anglais du 17√®me si√®cle (1632-1704) est consid√©r√© comme l‚Äôun des fondateurs du lib√©ralisme. Dans un monde europ√©en r√©gi par un pouvoir absolu, il tente d‚Äô√©laborer un syst√®me de gouvernement dans lequel les droits de l‚Äôindividu seraient pr√©serv√©s. Il pr√©conise la limitation du pouvoir √©tatique et la cr√©ation d‚Äôun droit librement consenti.¬†– Photos :¬†Portrait de John Locke, par Sir Godfrey Kneller, 1697 – Ci-dessous :¬†Pronghorn (Antilocapra americana) –

pronghorn

Faisant r√©f√©rence aux termes bibliques de la Gen√®se ¬ę¬†Tu gagneras ton pain √† la sueur de ton front¬†¬Ľ, il fonde le droit de propri√©t√© sur le travail agricole. Ainsi, l’auteur de la “Lettre sur la tol√©rance” en arrive cependant √† √©crire que, puisque les Indiens ne travaillent pas leurs terres et ne respectent pas ce commandement de Dieu, celui qui exploite ces terres en acquiert automatiquement la propri√©t√©. Et si un Indien s’y oppose par la violence, il est tout √† fait assimilable, comme tout criminel, aux “b√™tes sauvages pr√®s de qui l’√™tre humain ne conna√ģt ni soci√©t√© ni s√©curit√©”¬†; “on peut donc le d√©truire comme un lion, comme un tigre”.– Photo : Grizzly mangeant un cerf –

ours_grizzly

Pour John Locke, l’√Čtat a seulement pour r√īle de garantir ce qui est acquis, sans qu’il intervienne dans la soci√©t√© si ce n’est pour corriger les √©l√©ments qui tendraient √† lui nuire. Tandis que le recours √† la force concerne les pouvoirs ex√©cutif (pour l‚Äôadministration et la justice) et f√©d√©ratif (pour la s√©curit√© ext√©rieure par la diplomatie), le l√©gislatif appartient √† la soci√©t√© elle-m√™me. Le pouvoir l√©gislatif est pour Locke le pouvoir supr√™me¬†: il ne peut donc √™tre absolu et arbitraire. Son¬†Trait√© du gouvernement civil. De sa v√©ritable origine, de son √©tendue et de sa fin, publi√© en 1690, conna√ģtra un succ√®s √©norme au XVIIIe si√®cle, au point de devenir une sorte de “Bible politique” des Lumi√®res. Il inspira les fondateurs des USA et les r√©volutionnaires fran√ßais de la fin de ce si√®cle.¬†– Photo : Cerf h√©mione, m√Ęle (Mule-deer en am√©ricain), Grand Canyon de Yellowstone –

cerf_hemione

En √©cho √† cette pens√©e, le troisi√®me pr√©sident des √Čtats-Unis, Thomas Jefferson, r√©dige ainsi le fameux texte de la D√©claration d’ind√©pendance des √Čtats-Unis d’Am√©rique (4 juillet 1776) : ¬ę¬†Nous tenons pour √©videntes pour elles-m√™mes les v√©rit√©s suivantes¬†: tous les hommes sont cr√©√©s √©gaux ; ils sont dou√©s par le Cr√©ateur de certains droits inali√©nables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la libert√© et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont √©tablis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir √©mane du consentement des gouvern√©s…¬†¬Ľ.¬†– Photo : Fireweed (Epilobium angustifolium), Yellowstone –

epilobe

 

eauAdam Smith : Le dogme libéral

Au si√®cle suivant, Adam Smith (1723-1790), dans son livre “La richesse des nations” effectue une brillante synth√®se des id√©es d√©j√† √©nonc√©es par des philosophes et des √©conomistes comme Fran√ßois Quesnay, John Locke, William Petty, David Hume, Turgot ou encore Richard Cantillon. Pour lui, l’origine de la richesse, c‚Äôest le travail des hommes. Analysant l‚Äô√©conomie de son temps, il distingue trois grandes causes de l‚Äôenrichissement de la nation¬†: la division du travail, l‚Äôaccumulation du capital, et la taille du march√©. Selon Adam Smith, les ¬ę¬†lois¬†¬Ľ du march√©, associ√©es √† la recherche de l’int√©r√™t personnel des agents √©conomiques, conduiraient √† un r√©sultat inattendu¬†: l‚Äôharmonie sociale. En faisant de l‚Äôinitiative priv√©e et √©go√Įste le moteur de l‚Äô√©conomie et le ciment de la soci√©t√©, il ach√®ve d‚Äô√©noncer le dogme lib√©ral.¬†– Photo : Renard roux, Lamar vall√©e, Yellowstone –

renard_roux

Dans le livre V de la Richesse des nations, Adam Smith d√©finit les devoirs r√©galiens dans leur sens moderne¬†: la protection des libert√©s individuelles fondamentales contre les agressions du dedans et du dehors. Pour autant, Smith ne refuse pas √† l‚Äô√Čtat toute intervention √©conomique.

“Dans le syst√®me de la libert√© naturelle, le souverain n’a que trois devoirs √† remplir; trois devoirs d’une haute importance, mais clairs, simples et √† la port√©e d’une intelligence ordinaire.

– Le premier, c’est le devoir de d√©fendre la soci√©t√© de tout acte de violence ou d’invasion de la part des autres soci√©t√©s ind√©pendantes.

– Le deuxi√®me, c’est le devoir de prot√©ger autant qu’il est possible chaque membre de la soci√©t√© contre l’injustice ou l’oppression de tout autre membre, ou bien le devoir d’√©tablir une administration exacte de la justice.

– Et le troisi√®me, c’est le devoir d’√©riger et d’entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l’int√©r√™t priv√© d’un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter √† √©riger ou √† entretenir, parce que jamais le profit n’en rembourserait la d√©pense √† un particulier ou √† quelques particuliers, quoiqu’√† l’√©gard d’une grande soci√©t√© ce profit fasse beaucoup plus que rembourser les d√©penses.”¬†– Photo : Hirondelles rustiques (nich√©e), Ile Penelope, Grand Lac Sal√©, Utah –

hirondelles

eauIrrigation, croissance de la population humaine et de son cheptel

Comme nous l’avons vu en √©voquant le personnage de John Wesley Powel, jusqu’au d√©but du 20e s., c’est le gouvernement f√©d√©ral am√©ricain qui g√®re les territoires de l’Ouest. Il consid√®re qu’il s’agit d’une ressource inexploit√©e et que sa transformation en une r√©gion agricole productive parsem√©e de villes aidera la nation √† prosp√©rer. L’exploitation communautaire des bassins versants pr√īn√©e par Powell n’ayant pas √©t√© accept√©e, Th√©odore Roosevelt signe en 1902 le¬†Reclamation Act¬†qui donne le coup d’envoi de travaux gigantesques pour l’irrigation des 20 √Čtats de l’Ouest.¬†– Photo : Bisons, Yellowstone –

bisons

En 1922, un accord de¬†r√©partition¬†de l‚Äôeau est sign√© sous le nom de¬†Colorado River Compact. Selon ses termes, 9,3 km¬≥ sont allou√©s aux √Čtats du bassin sup√©rieur, le Wyoming, le Colorado, l’Utah et le Nouveau Mexique et un volume √©gal aux √Čtats du bassin inf√©rieur, l’Arizona, le Nevada et la Californie. Ce volume est d√©termin√© √† une √©poque de fortes pr√©cipitations. Par cons√©quent, en p√©riode de s√©cheresse, le bassin sup√©rieur ne peut pas respecter ses engagements √† l’√©gard du sud, alors que durant les ann√©es tr√®s pluvieuses, beaucoup d’eau est gaspill√©e, faute de moyens pour la stocker.¬†– Photo : Trout Lake (Yellowstone) –

trout_lake

C’est la raison pour laquelle la cr√©ation de nouveaux r√©servoirs est propos√©e le long des affluents comme les Green, San Juan et Gunnison Rivers. Si ces demandes de r√©partition plus r√©guli√®re de l’eau sur le territoire des √Čtats-Unis sont initialement faites au d√©but du XXe si√®cle par les √©leveurs et les agriculteurs, ce sont d√©sormais principalement les villes et les activit√©s industrielles qui prennent le relais des tractations.¬†– Photo : Parc national des Arches, sud Utah –

arches

Aujourd’hui, trente millions de gens r√©partis sur sept √Čtats de l’Ouest des √Čtats-Unis – et deux provinces du Mexique – d√©pendent de l’eau du bassin du Colorado dont 82% est ponctionn√© par le secteur agraire. La Californie est la premi√®re impact√©e par la r√©duction du volume d’eau disponible, puisque c’est le plus m√©ridional des sept √Čtats nord-am√©ricains. Elle utilise 86% de l’eau du fleuve qui lui est allou√©e pour l’irrigation de ses cultures. La croissance de sa population conjugu√©e au r√©chauffement climatique vont l’amener tr√®s rapidement √† devoir restreindre sa consommation d’eau. Mais l’Utah n’a pas une¬†situation¬†plus enviable, avec 82¬†% d‚Äôeau allou√©e au secteur agraire. Les trois quarts de ses revenus agricoles proviennent de l‚Äô√©levage et de ses d√©riv√©s, principalement les bovins, et la culture principale est celle du foin, pour nourrir le b√©tail.¬†Le spectre de p√©nurie d’eau dans le second Etat le plus aride est pr√©occupant. Et, si les projections sont justes, il y aura deux fois plus d’habitants en Utah dans seulement 45 ans. Cela signifie davantage de stress √† propos d’une ressource qui est d√©j√† tendue. Il faudra l’utiliser plus judicieusement et donner des priorit√©s.

colorado_eau

 

eauElinor Ostrom : La gouvernance des biens communs

Si le pr√©sident et le congr√®s am√©ricain s’appuient effectivement sur les penseurs du lib√©ralisme tels que John Locke et Adam Smith, d’o√Ļ viennent les id√©es d√©fendues par John Powell et le mode d‚Äôexploitation communautaire adopt√© par les Mormons ?¬†– Photos : Livres d’Elinor Ostrom, la gouvernance des biens communs – L’avenir des biens communs –

elinor ostrom
elinor ostrom

enclosureAutrefois, les petits paysans et les pauvres, dans les coutumes et les premiers textes l√©gislatifs europ√©ens, avaient des droits √©l√©mentaires sur les communaux dont ils tiraient leur subsistance¬†: la vaine p√Ęture, la r√©colte du miel, le bois de chauffe, les produits de la cueillette. Entre le XIIIe et le XVIIe si√®cle se produisit en Angleterre le mouvement des “enclosures” qui opposa tr√®s violemment les pauvres des campagnes aux propri√©taires terriens sur le th√®me des communaux. Les propri√©taires voyaient dans la privatisation et la cl√īture des espaces la garantie d‚Äôune meilleure productivit√©, notamment pour l‚Äô√©levage des moutons. Le commerce de la laine √©tait alors en pleine expansion, de concert avec le d√©veloppement des filatures. Cette expropriation conduisit les pauvres √† rejoindre les villes et √† accepter les travaux les plus ingrats, notamment l‚Äôengagement sur les bateaux de la marine anglaise. Ce mouvement des¬†enclosures¬†se propagea ensuite largement en Europe, marquant, selon certains auteurs, l’av√®nement du capitalisme.¬†– Photos : Enclosures –¬†Jacquerie¬†(r√©volte paysanne), 1358 –

jacquerie

Elinor Ostrom est californienne, elle est au courant des s√©rieux probl√®mes d‚Äôapprovisionnement en eau de l’√Čtat o√Ļ elle r√©side. Dans le cadre de sa¬†th√®se¬†de doctorat, elle √©tudie les modes collectifs d’exploitation de la nappe phr√©atique du Bassin Ouest de Los Angeles. Suite √† l’obtention de son dipl√īme en 1965, elle acc√®de √† un poste dans la recherche et m√®ne ensuite des enqu√™tes de terrain dans des communaut√©s dont la survie d√©pend de la gestion efficace des ressources partag√©es, parmi lesquelles certaines ont des si√®cles d‚Äôexp√©rience d‚Äôauto-gouvernance. En 2009, le prix Nobel d’√©conomie lui sera attribu√© pour son travail sur ¬ę¬†La Gouvernance des biens communs¬†¬Ľ.

Elle visite des syst√®mes d‚Äôirrigation √† petite √©chelle au N√©pal afin de mieux comprendre pourquoi les syst√®mes g√©r√©s par les agriculteurs sont plus performants que ceux g√©r√©s par l‚Äô√Čtat. Mais le premier cas pr√©sent√© dans son livre “Gouvernance des biens communs” porte sur une tenure communale dans les prairies et for√™ts de haute montagne √† T√∂rbel, en Suisse. La m√™me probl√©matique est r√©solue de fa√ßon comparable dans les villages de Hirano, Nagaike et Yamanaka au Japon. L’√©tude suivante porte sur les institutions toujours en vigueur des syst√®mes d’irrigation de¬†huertas¬†√† Valence, Murcie, Orihuela et Alicante en Espagne. Ce mode de gestion communautaire subsiste donc en Europe. Nous en avons des exemples jusque chez nous avec les accords de lies et passeries tout le long de la cha√ģne pyr√©n√©enne : ils assurent la paix entre communaut√©s et organisent la jouissance indivise des p√Ęturages d‚Äôaltitude.¬†– Photo : Ours grizzly traversant une rivi√®re (Yellowstone) –

ours_grizzly

Il s‚Äôav√®re que ce th√®me est redevenu d’une¬†actualit√© br√Ľlante. En effet, la prise de conscience √©cologique qui se produit au cours des ann√©es 1970 et 1980 va renforcer ses analyses. La question des communs va s‚Äô√©largir de ressources principalement locales aux ressources globales. Les oc√©ans, le climat, la diversit√© biologique, l‚ÄôAntarctique, les for√™ts sont menac√©s de d√©gradation et d‚Äôappropriation… Lors de la conf√©rence¬†Rio+20¬†qui a lieu en 2012, le th√®me des communaux figure m√™me dans le titre: “Sommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale en d√©fense des biens communs” et les activit√©s autog√©r√©es constituent l’essentiel du programme de r√©flexions. Comment la th√©orie des communs nous permet d‚Äôaffronter les d√©fis qui se posent √† l‚Äô√©chelle globale¬†? Quelles sont les communaut√©s concern√©es par leur protection, et les r√®gles et agencements qui leur permettent d‚Äôexister et d‚Äôagir¬†? Elinor Ostrom montre que dans un grand nombre de situations, et notamment pour la gestion de ressources communes, laisser les individus organiser par eux-m√™mes leurs relations entre eux peut donner de meilleurs r√©sultats que le recours √† l‚Äôintervention publique, aussi bien qu‚Äôau march√©.¬†– Photo : Beaver pond (√©tang au castor), Yellowstone –

mare_canards

Découvrir un autre récit

Europe

Astro-Fleurs

Print Friendly, PDF & Email

55 min – temps de lecture moyenUne question de temps Comment les plantes savent-elles qu’il est temps de fleurir ? Comment se fait-il que les

Europe

Le paradis perdu

Print Friendly, PDF & Email

29 min – temps de lecture moyenLes premiers insectes sont sans doute apparus au Silurien, il y a 425 millions d’ann√©es, mais les premi√®res plantes

Pologne

Escapade à Cracovie Р4

Print Friendly, PDF & Email

This is post 4 of 4 in the series “Cracovie” Escapade √† Cracovie – 1 Escapade √† Cracovie – 2 Escapade √† Cracovie – 3

Vos commentaires

S’abonner
Notifier de
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
0
Que pensez-vous de ce récit ? Donnez votre avisx