Beartzun

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L’automne en vallée du Baztan
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Grand vent, température vivifiante et nuages
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Élevage de manex à tête noire

Très belle balade automnale ce jeudi 8 novembre avec pour guide Jakes R. d’Anglet Accueille. Nous nous sommes rendus en covoiturage de cinq voitures de cinq personnes depuis la côte jusqu’en Navarre, en passant par Dantxaria et Elizondo où nous avons obliqué sur la gauche pour monter dans les Pyrénées navarraises. Arrivés dans la commune de Beartzun, nous nous sommes garés près des installations du parc aventure du Baztan. Enjambant la gorge, deux câbles menaient à une plate-forme prévue pour le saut à l’élastique. Sur le parcours, nous apercevrons ici et là les installations des tyroliennes dont les câbles sont tendus au-dessus de la canopée. Annoncée comme une marche facile (d’où les nombreux participants), nous avons tout de même effectué près de 800 mètres de dénivelé cumulé (dénivelé positif 500 m, cf. la description technique de Richard) et plus de treize kilomètres par monts et par vaux…

Une longue occupation humaine

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Sésame, ouvre-toi…
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Dolmen

Le parcours est varié, à travers pâturages et forêts, dans un secteur occupé depuis longtemps par les humains qui ont jalonné la montagne de cromlechs, dolmens, bornage de pierres dressées ou couchées… Bien sûr, nous ne verrons pas l’intégralité de ces vestiges car ils sont nombreux. Je reprends ici les explications fournies sur un panneau de la commune de Baztan (qui regroupe l’ensemble des hameaux répartis dans la vallée éponyme). Il y a plus de quarante dolmens, un menhir couché, un cromlech et deux tumuli. Les dolmens commencèrent à être érigés vers la fin du Néolithique, mais leur grand déploiement se produisit postérieurement, durant l’âge du Cuivre et du Bronze. C’était de grands sépulcres d’inhumation collective, orientés vers l’Est. Ils avaient été érigés par les premiers producteurs (éleveurs, agriculteurs, mineurs…) de la vallée du Baztan depuis 1300 ans avant J.-C. Ce sont les dolmens de Muñauz et Lamizilo qui sont les mieux conservés.

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Dolmen

Les excavations réalisées au XXe siècle ont permis de récupérer un abondant matériel lithique. Les défunts étaient accompagnés d’un trousseau funéraire varié: armes, ustensiles, ornements de pierre ou de métal, récipients en céramique, qui témoignaient d’une croyance en l’existence d’une vie après la mort. Durant la première moitié du dernier millénaire avant Jésus-Christ (âge du Fer), à l’époque des grandes invasions indo-européennes, se répandit le rite de l’incinération. Ainsi les cromlechs (Mairu Hilarriak) contiennent à l’intérieur de leur cercle de pierres un cénotaphe qui abrite les cendres du défunt et son trousseau. C’est de cette même époque que semblent dater les petits tumuli qui parfois les accompagnent. Plus impressionnants sont les menhirs qui accompagnent généralement les mégalithes d’autres époques, symboles du pouvoir économique et militaire, représentations anthropomorphes de grands personnages, signes de domination territoriale.

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Borne

La page du site Internet de la vallée du Baztan consacrée à ces monuments mégalithiques contient un paragraphe où, très certainement, l’auteur s’est laissé entraîné par sa plume et son enthousiasme.

Aquellos nuestros antepasados, que poseían una cultura lítica, hablaban nuestro idioma el euskara 2000 años antes de que el castellano comenzara a pronunciar sus primeros balbuceos lingüísticos: no en vano es considerada la lengua preindoeuropea más antigua del continente. Y esta constatación histórica, verdaderamente maravillosa, es un raro ejemplo de interés científico y bien puede serlo de atractivo turístico.” Nos prédécesseurs, qui possédaient une culture lithique, parlaient notre langue, l’euskara (le basque), 2000 ans avant que l’espagnol commence à prononcer ses premiers balbutiements linguistiques: ce n’est pas en vain qu’on la considère comme la langue pré-indo-européenne la plus ancienne du continent. Et cette constatation historique, vraiment merveilleuse, est un rare exemple digne d’intérêt scientifique qui puisse être également un attrait touristique (sic).

– Je rappelle que les premiers écrits remontent à l’époque de la colonisation romaine et qu’on peut tirer beaucoup d’enseignements des vestiges archéologiques, mais, que je sache, rien sur l’apparence ni sur la langue de ceux qui les ont laissés… –

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Le chemin de Napoléon
Libre parcours dans la mythologie basque
Livre de Claude Labat

J’ai particulièrement aimé la fin du parcours dans la hêtraie. Nous sommes descendus par l’ancienne chaussée appelée “Chemin de Napoléon” qui est constituée d’épaisses dalles de pierres. Elle surplombe les ruisseaux (regatas) de Susteaga et de Telleria. C’était tout simplement magique. Les nuages chassés par le vent avaient laissé place à un soleil suffisamment chaud pour dissiper la brume légère qui voilait le paysage depuis le matin. Les couleurs du feuillage encore dense se sont mises à chatoyer, avivées par les rayons lumineux, tandis que le vent toujours fort bousculait les ramures, arrachant des feuilles qui s’envolaient, telles des oiseaux affolés.

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Une borde (bergerie d’altitude) devenue une ferme

Nous faisons halte en vue d’une ferme d’altitude. Jakes rappelle que la maison basque (etxe), qui comprenait toutes les dépendances et l’intégralité des terres, était transmise à un seul héritier, l’aîné. Ce droit coutumier désavantageait les cadets de la famille. Certains d’entre eux se révoltèrent et occupèrent, comme à Saint Étienne de Baïgorry par exemple, des terres communes possédées par les maîtres. D’autres s’installèrent dans des bordas – ou bordes – (maisons rustiques destinées aux troupeaux et à leurs bergers) où ils créèrent ainsi de nouveaux peuplements. Ces nouveaux feux (foyers) sont à l’origine, entre autres, des villages de Banca, des Aldudes et d’Urepel. Les noms de famille terminés par “borde” rappellent leur origine issue de branches cadettes des familles possédantes qui prirent leur indépendance. Je recommande la lecture passionnante du livre “Libre parcours dans la mythologie basque avant qu’elle ne soit enfermée dans un parc d’attraction” de Claude Labat qui offre un nouveau regard très documenté sur la culture basque.

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Bergerie bien entretenue

Les champignons

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Amadouvier ?
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Lichens et champignons sur un tronc abattu

En cette saison, les champignons se reproduisent et l’on voit ici et là leurs carpophores (les “chapeaux”) qui trahissent l’existence d’un réseau dense de mycélium caché à l’intérieur des plantes ou du sol. Il y a ceux qui mangent le bois mort, les branches et troncs écroulés sur le sol, d’autres qui contribuent à dégrader l’épais tapis de feuilles brunes, ceux qui contribuent à accélérer la mort des arbres, comme les amadouviers qui forment des marches d’escaliers jusqu’à la cime de l’arbre photographié chemin faisant. Mais il y a aussi des champignons qui vivent en symbiose avec la forêt, fournissant aux arbres par l’intermédiaire de leurs racines un complément d’eau et de sels minéraux captés par leur immense réseau de hyphes fins comme des cheveux. Ils prélèvent en échange de la sève dont ils font circuler le surplus d’un arbre à l’autre, contredisant l’assertion d’une lutte permanente entre les plantes, qu’elles soient de la même espèce ou d’espèces différentes. Un livre grand public, L’intelligence des arbres, de Peter Wohlleben, dont il a été tiré un film, illustre bien ce phénomène. La preuve qu’il avance de cet échange souterrain de bons procédés, c’est le maintien en vie de très vieilles souches d’arbres sciés depuis longtemps, où la sève continue de circuler sous l’écorce.

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La Coulemelle (Lépiote élevée) est saprophyte: elle se nourrit de matières organiques en décomposition, qu’elle transforme en matière minérale
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Coulemelle
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Coulemelle

Sans arbres, pas de bolets mais sans champignons, pas d’arbres non plus. Ces symbioses sont vitales pour la forêt, qu’elles soient de simples symbioses ou des mycorhizes très élaborées. Ainsi, dans la nature, les racines de 95 % des plantes sont associées à des champignons pour former un organe symbiotique mixte, la mycorhize. Les arbres forestiers de nos régions tempérées abritent des ectomycorhizes : le champignon colonise l’extérieur de la racine sous la forme d’un manchon blanc filamenteux (amanites, bolets et girolles sont des ectomycorhiziens). Si l’on supprime les champignons, les plantes souffrent de carences nutritives, comme l’ont constaté les pépiniéristes qui livrent désormais les jeunes plants avec des racines mycorhizées (*). À la suite du refroidissement du climat terrestre depuis 50 millions d’années apparaît la végétation forestière actuelle, fréquemment ectomycorhizée. Une étude publiée par Tom Bruns, à Berkeley, suggère que l’apparition des milieux tempérés a aussi favorisé la diversification des champignons ectomycorhiziens.

(*) La production de truffes au début des années 1900 se situait aux alentours des 1000 tonnes/an. Depuis, la production a fortement chuté du fait de la disparition des truffières dites “naturelles” pour arriver à environ 25-30 Tonnes il y a dix ans. Aujourd’hui, si la production de truffes a réussi à se stabiliser, et même à augmenter, c’est grâce à l’apparition du plant truffier mycorhizé (90% des truffes récoltées proviennent de plantations de chênes truffiers certifiés).

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Mycorhize

La migration du hêtre

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Ectomycorhize : manchons de mycélium de l’Amanite
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Déplacement de la flore lors des changements climatiques

Les variations climatiques relativement rapides de l’ère Quaternaire, avec les alternances de glaciation-déglaciation, ont provoqué des changements de la végétation, lorsque les glaciers s’étendaient, les espèces adaptées au froid étaient repoussées vers le sud et à l’inverse, durant les interglaciaires, celles adaptées à la chaleur remontaient vers le nord (cf. schéma ci-contre). Certaines plantes de climat froid se retrouvaient isolées dans les montagnes, cherchant la fraîcheur vers l’amont. Un article de l’université de Bourgogne explique la relative pauvreté des flores européenne et asiatique par rapport à celle du continent américain par la présence de barrières naturelles montagneuses orientées est-ouest (Pyrénées, Alpes, Himalaya) et celle de la Méditerranée, alors qu’en Amérique les chaînes de montagnes sont orientées nord-sud.

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Hêtres têtards
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Amanite ?

Pour illustrer cette étude, les chercheurs donnent l’exemple du hêtre dont l’origine très ancienne remonte à la flore du Gondwana, un super-continent qui existait au Jurassique (il y a 160 millions d’années, à l’époque des dinosaures). Comment le sait-on ? On raisonne en remontant dans le temps. La répartition actuelle de cette espèce est circumterrestre, mais elle est limitée aux zones bénéficiant d’un climat tempéré, et elle est discontinue. Des fossiles du hêtre (Fagus) du Secondaire (Crétacé moyen) ont été trouvés aux États-Unis et en Australie et des fossiles du Tertiaire en Europe et au Japon. Le hêtre (Fagus), cousin du Nothofagus,  a migré comme lui par le pôle sud vers la Terre de feu avant la séparation Australie-Antarctique (-45 Ma), avant la séparation Amérique/Antarctique du Crétacé supérieur, et avant que l’Antarctique gèle (-35 Ma), donc au plus tard au début du Crétacé. Le hêtre (Fagus) est passé en Amérique du nord avant la séparation complète Amérique du Nord-Amérique du Sud (fin Jurassique), puis il s’est répandu sur l’ensemble de la Laurasie. Il n’est pas passé du Nord au Sud vers l’Afrique, car la mer de Téthys faisait obstacle. En conclusion, les hêtres seraient apparus avant la séparation Nord-Sud des continents, soit au plus tard à la fin du Jurassique (201 – 145 Millions d’années). Respect !

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Cupule ligneuse de faînes hérissée d’épines molles

Les feuilles d’automne, la photosynthèse

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Le vert chlorophyllien se dégrade
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Faîne de hêtre

Qu’est-ce qui provoque en automne le changement de coloration des feuilles et leur chute ? Les premiers frimas, la baisse de luminosité, une horloge biologique interne ? Toutes les espèces n’ont pas la même sensibilité au froid et à la lumière. En outre, je constate dans mon jardin qu’un même arbre (un figuier en l’occurrence) n’a perdu qu’une moitié de son feuillage, l’autre moitié, plus abritée sous l’avant-toit, semble être encore en été. Un scientifique de l’INRA explique que le manque de lumière ralentit la photosynthèse tandis que le froid provoque la dégradation de la chlorophylle. La disparition progressive du vert chlorophyllien démasque une palette de pigments qui étaient présents dans les feuilles mais non visibles. Carotènes (orange), anthocyanines (pourpre) et xanthophylles (jaune) s’expriment alors et donnent aux feuilles leurs belles couleurs chaudes…. Puis une zone d’abscission se forme à la base des feuilles qui tombent sous l’effet de leur poids et du vent. Tous ces processus sont régis par des hormones et des enzymes.

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Faînée

Sur un autre site, je découvre que, très logiquement, le niveau des échanges entre la forêt et l’atmosphère est proportionnel à la surface des feuilles : plus il y a de feuilles, plus la forêt consomme d’eau et fixe de carbone (*). Ce paramètre s’appelle l’indice de surface foliaire. Typiquement, pour une forêt feuillue tempérée, il y a entre 5 et 9 hectares de feuilles pour un hectare de forêt. La surface d’une feuille est de l’ordre de 15-20 cm² pour le tilleul, le charme ou le hêtre, de 30 cm² pour les chênes et peut atteindre 70 cm² pour le châtaignier. Ainsi, un petit chêne de 15 ans présente une surface foliaire de 15 à 20 m² répartie sur 3000 à 5000 feuilles ! Et pour un hectare de forêt, il faut compter entre 30 à 45 millions de feuilles… – J’en déduis qu’en terme de fixation du gaz carbonique (dioxyde de carbone), une forêt, même seulement constituée d’arbres à feuilles caduques, est incomparablement plus efficace qu’une prairie ou une pelouse bien tondue ! –

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Jeune hêtre

(*) Photosynthèse: Il faut six molécules de dioxyde de carbone (CO2) et six molécules d’eau (H2O) pour synthétiser grâce à l’énergie lumineuse une molécule de glucose (un sucre), en dégageant six molécules de dioxygène (O2) dans l’atmosphère.

6 CO2  + 6 H2O + énergie lumineuse → C6H12O6 (glucose) + 6 O2

Mais ce bilan est en fait décomposé en deux étapes successives :

  • les réactions photochimiques (phase claire) : 12 H2O + lumière → 6 O2 + énergie chimique (24 heures) ;
  • le cycle de Calvin (phase sombre) : 6 CO2 + énergie chimique (24 heures) → C6H12O6  + 6 H2O.
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Meules de foin et de fougères

Quelle est la quantité d’eau nécessaire au bien-être d’une hêtraie ? Il lui faut de 700 à 1 500 mm d’eau annuellement. Un hectare de hêtraie consomme 2 000 à 5 000 tonnes d’eau par an, mais il en restitue environ 2 000 par évaporation. En effet, l’eau sert de solvant et de pompe aspirante. Si les éléments dont se nourrissent les végétaux ne se présentaient pas en solution dans l’eau, ils ne pourraient pas être absorbés par leurs tissus. L’eau, aspirée par osmose dans les racines, alimente le flux ascendant de la sève brute jusqu’aux parties aériennes. Arrivée à cette hauteur, une partie s’évapore par les stomates des feuilles. Cette transpiration, moteur de la pompe, augmente la concentration de la sève brute, et participe aussi à la régulation de la température de l’arbre. La sève descendante, ou sève élaborée, est constituée de la sève brute enrichie de protéines élaborées par la photosynthèse. C’est cette sève qui nourrit l’arbre (et les champignons des mycorhizes, sans parler des insectes et autres prédateurs).

L’orgyie pudibonde

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Orgyie Pudibonde (ou Patte étendue, Elkneria pudibunda)
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Orgyie Pudibonde ou Patte étendue (mâle)
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Orgyie Pudibonde

Je suis toujours à la traîne, à prendre des photos et regarder toutes les curiosités de la nature. Mais j’aperçois un groupe d’amis qui m’attendent et me font de grands signes pour me faire comprendre de loin qu’ils ont découvert quelque chose qui va m’intéresser. Vu les gesticulations, ils ont au moins repéré un serpent, j’imagine, mais si c’était le cas, ils ne se pencheraient pas si près. Je fais des supputations tout en m’approchant à grands pas. Finalement, c’est une chenille ! Mais pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit d’une Orgyie Pudibonde (ou Patte étendue, Elkneria pudibunda, anciennement Calliteara pudibunda). En plus, elle est très agitée – ce qui est rare en journée -, elle se hâte en faisant le gros dos pour nous impressionner avec ses touffes de poils et ses couleurs aposématiques de poils jaunes, la petite queue rouge et les bandes noires qui apparaissent par flash soudain au rythme de sa progression. Au-dessous, la peau est vert pomme (Granny). Deux ou trois fois, elle se dresse face à l’objectif et se balance comme pour l’attaquer. Je devine, malgré sa petitesse, l’aspect patibulaire de sa drôle de face où apparaissent des endroits clairs qui font penser à des dents.

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La Pudibonde

Je trouve toutes les informations à son sujet sur mon site préféré, toujours merveilleusement raconté et illustré. Suivant les régions ce papillon est visible entre avril et juin, mais une seconde génération est possible (septembre) là où les conditions climatiques le permettent. Vu la taille de la bête, elle doit avoir fait sa quatrième mue et pourra en effet bientôt se transformer en chrysalide. C’est sous cette forme qu’elle va hiberner. Elle nymphose enroulée dans une feuille, à l’intérieur d’un cocon. Arrivés les beaux jours, lorsque les premières feuilles commenceront à pousser sur les hêtres, le papillon de nuit qui en sortira n’aura ensuite que deux jours (deux nuits) pour trouver l’âme sœur et se reproduire sans avoir mangé (il n’est pas équipé pour ça) avant de mourir. En raison des préférences alimentaires de ses chenilles ce papillon affectionne les boisements caducs, et plus généralement toutes les zones où les feuillus sont bien représentés.

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Borde abandonnée

C’est une espèce polyphage qui trouve sa nourriture sur de nombreux arbres et arbustes, dont le Chêne pédonculé (Quercus robur), le Chêne sessile (Quercus petraea), le Bouleau verruqueux (Betula pendula), le Bouleau pubescent (Betula alba), le Noisetier (Corylus avellana), le Hêtre (Fagus sylvatica), le Houblon (Humulus lupulus), l’Orme champêtre (Ulmus minor), l’Orme de montagne (Ulmus glabra), le Pommier sauvage (Malus sylvestris), le Pommier cultivé (Malus sylvestris subsp. mitis), le Tilleul à larges feuilles (Tilia platyphyllos), le Tilleul à petites feuilles (Tilia cordata), Tilia x vulgaris (le Tilleul de Hollande), l’Aupépine à un style (Crataegus monogyna), l’Aubépine à deux styles (Crataegus laevigata), le Cerisier à grappes (Prunus padus), le Prunellier (Prunus spinosa), le Prunier (Prunus domestica), l’Épine-vinette (Berberis vulgaris).

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Houx femelle

L’anastomose

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Anastomose
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Anastomose

A plusieurs reprises, je remarque des hêtres à l’allure curieuse. S’agit-il de plusieurs semis en “poquet” qui ont poussé tous ensemble et se sont mêlés les uns aux autres ? Une branche est particulièrement étonnante: elle relie deux troncs et il est difficile de savoir d’où elle émanait au départ. Je vois aussi deux troncs qui divergent d’abord, puis se rejoignent pour n’en former qu’un seul et s’éloignent un peu plus haut l’un de l’autre. C’est le phénomène naturel de l’anastomose, qui décrit la fusion physique et fonctionnelle des organes de deux arbres, en général appartenant à la même espèce, par leurs racines, leurs branches, voire leurs troncs. On l’observe fréquemment sur les racines affleurantes des résineux, il est spécialement développé pour les branches et les troncs et artificiellement exploité dans certaines haies tressées (plessis) ou sur les berges ou bords de chemins boisés. Cette faculté est mise à profit pour greffer des arbres et pour façonner les végétaux vivants, comme les bonzaïs. L’anastomose se produit également chez les champignons et les animaux. C’est d’ailleurs aussi un terme médical qui traduit la liaison entre deux vaisseaux sanguins, ou bien entre deux sections d’intestin par exemple. Chez les animaux (et par conséquent chez les humains), les jumeaux peuvent présenter des cas d’anastomose, avec à l’extrême la production d’êtres monstrueux, comme les siamois par exemple. Les greffes d’organes sont aussi des cas particuliers utilisant la faculté d’anastomoses des vaisseaux sanguins. Il est vrai qu’on peut trouver encore plus curieux, un arbre qui englobe un rocher, un autre un piquet et ses rangs de fil de fer barbelé… Le terme est même utilisé par analogie dans le domaine hydrographique pour décrire les liaisons entre cours d’eau à bras multiples. A bien y penser, l’anastomose remet en question la représentation que l’on se fait d’un individu. Si deux êtres vivants réussissent à unir leurs tissus hors de la fonction de la reproduction, comment les décrire ? Faut-il parler d’un seul être, d’un être multiple ?

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Gui
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Molène (détail)
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Nicole Degrave
2 années il y a

Passionnant et tellement riche en informations de tous ordres. Bravo et merci

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