Découverte de nouvelles espèces

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27 au 29 novembre 2015

Quand les poules avaient des dents

Rioja, sur les traces de pas des dinosaures

Organisateurs : Mag & Jean-Jacques ; Participants : Anita et Jean-Vincent, Cathy & Jean-Louis, Cathy L., Françoise I., Françoise R., Françoise & Lucien, Jacqueline, Jean-François et Danièle G., Madeleine, Mylène, Charly et Marie-France

La collection présentée au Centre d’Interprétation paléontologique d’Igea est datée de l’ère secondaire, Crétacé inférieur, facies Wealdien, qui remonte à 120 millions d’années. A cette époque, il y avait à l’emplacement actuel d’Igea un grand delta qui a conservé dans sa vase quelque 3000 traces de pas de dinosaures (sur La Rioja, 10 000 traces ont été répertoriées en tout), ainsi que des fossiles d’animaux d’eau douce, d’eau salée et saumâtre, et des restes de végétaux (conifères, fougères arborescentes, etc.). Dans un tel milieu, il ne poussait pas d’arbre, mais la marée rejetait parfois du bois flotté, sans feuilles ni branches, dont certains spécimens se sont fossilisés. Les lagunes et canaux fluviaux du delta près de la côte hébergeaient divers types de crocodiles et tortues. Il subsiste de ces dernières des plaques de carapace qui ont permis la découverte d’une nouvelle espèce de tortue aquatique de 15 cm de longueur : Camerochelys vilanovai, dont ont été conservés des restes fossiles appartenant à la carapace de cinq individus différents. L’une d’elles est le quatrième holotype* trouvé à Igea. Son nom est dédié à la Sierra de Cameros et à Juan Vilanova y Piera, premier enseignant-chercheur universitaire de paléontologie en Espagne. Camerochelys vilanovai était une tortue primitive du groupe Pan-Cryptodira, qui comprend toutes les tortues qui peuvent entrer leur tête dans la carapace. Sa découverte montra la grande diversité de tortues qui existaient dans l’actuelle péninsule ibérique au Crétacé inférieur. En ce qui concerne les crocodiles on trouve fréquemment des dents et des plaques dermiques (ostéodermes). Ont été identifiés dans La Rioja divers genres de crocodiles : Goniopholis, Pholidosaurus et Bernissartia. Les crocodiles du Crétacé inférieur, au contraire de leurs parents modernes, présentaient une colonne vertébrale flexible qui ne pouvait pas supporter leur poids. La solution à ce problème était une armature osseuse très rigide qui contribuait à la fonction du soutien. De ce fait, ils étaient de piètres nageurs, mais ils pouvaient cheminer plus rapidement hors de l’eau. Une bibliographie sur les crocodiles et les tortues a été établie par Aguirrezabala, Torres et Viera. – Photo : Baryonyx Walkeri, réplique d’un crâne complet (Angleterre) – Schéma ci-dessous : Hypsilophodon foxii –

(*) Holotype : spécimen unique ayant servi à l’établissement d’un nouveau taxon.

Le musée contient l’exemplaire fossilisé le plus complet d’Espagne, avec 74 pièces osseuses du Dinosaure ornithopode herbivore Hypsilophodon Foxii. Les premiers restes de La Rioja furent découverts en 1985 par Angel Gracia, l’enseignant d’Igea déjà mentionné plus haut, sur le Monte Quemado (Mont brûlé) qui domine au nord le village. Cette série de pièces osseuses donnèrent la piste du gisement où furent récupérés d’autres ossements aujourd’hui exposés dans le musée. Après les travaux de nettoyage et d’extraction des os de leur matrice rocheuse, les études bibliographiques et la comparaison avec les collections ostéologiques du British Museum Natural History de Londres, la publication de cette découverte eut finalement lieu en 1994. Il y avait des vertèbres centrales, des fragments du crâne et des dents. Cet individu d’Hypsilophodon Foxii était un petit coureur bipède véloce qui mesurait, de la tête à la queue, entre 1,80 m et 2 m de long; il est considéré comme la gazelle des dinosaures. Cette espèce fut découverte pour la première fois par Huxley en 1869 en Angleterre où sont conservés les ossements, en provenance de l’île de Wight, appartenant à seulement dix individus. En 1982, Estes et Sanchiz découvrirent des dents de ce dinosaure à Galve près de Teruel et Sanz, en 1983, trouva des restes osseux dans les strates rouges de Morella (Castellon). – Photo : Lepidotes maximus (qui pouvait atteindre 2 m de long) doté d’une dentition apte au broyage des mollusques et crustacés –

Les deux paléontologues d’Aranzadi, Ángel Torres et Luis Ignacio Viera, pensent que cet individu trouvé à Igea fut, après sa mort, emporté par un courant d’eau, puis échoué et à demi-enterré dans le sédiment. Allongé sur le flanc gauche et laissant à découvert le droit, ce dernier fut rapidement détruit par des agents mécaniques et biologiques qui contribuèrent à la désagrégation rapide, dispersion et disparition des os. C’est ainsi qu’ils expliquent le fait qu’une grande partie des os récupérés correspondent au flanc gauche de l’individu. Les tronçons intermédiaires du squelette axial sont manquants et une dislocation de certaines des pièces a été observée après que l’on ait éliminé la dure gangue de grès. Le gisement de Valdebrajes (Cervera del Rio Alhama) pourrait n’être qu’un affleurement parmi les nombreux sites comportant des traces de dinosaure dans La Rioja. Mais il présente des empreintes de trois types différents et surtout, le plus petit comporte 8 empreintes, quasi-parallèles, dans la même direction et dans le sens de la progression. La petite taille des traces (12 cm de long) et la présence à proximité de vestiges de squelettes de Hypsilophodon permettent d’émettre l’hypothèse du passage d’un troupeau ou d’un groupe grégaire formé d’au moins 8 individus. La paléontologie des formations continentales du Crétacé inférieur de Cameros est, en ce qui concerne les dinosaures, extraordinairement riche en traces de pas, mais pauvre en vestiges osseux qui sont très réduits, dispersés et fragmentaires pour le moment. En outre, malgré le grand nombre d’affleurements paléoichnologiques présents dans La Rioja, il n’a été décrit que très peu de traces tridactyles de locomotion bipède et de petite taille (inférieure à 15 cm) qui pourraient être attribuées à des Hypsilophodontidae. La raison pourrait en être le faible nombre de ce groupe de dinosaures de petite taille, leur légèreté ne permettant que rarement une bonne impression des traces. On peut y ajouter la rareté de leur passage à découvert, sans abri végétal, cette zone plane inondable d’un système deltaïque étant écologiquement défavorable pour eux. Par ailleurs, les vestiges de cette espèce sont limités chronologiquement à la période barrémien-aptien (-129 à -113 Ma). A la fin de leur article, Torres et Viera adressent leurs remerciements à Angel Gracia, soulignant son enthousiasme manifeste pour les richesses paléontologiques de sa région, son souci de les préserver et de les faire connaître. Ils remercient aussi le Dr C.A. Walker, du département de paléontologie du British Museum d’Histoire Naturelle pour sa collaboration qui leur a permis d’effectuer une étude comparative entre les restes ostéologiques de La Rioja et ceux déposés dans les collections du musée. – Photos : Tête et crâne d’Allosaurus – Ci-dessous : Traces de Baryonyx, d’Iguanodon et contre-moulage d’une empreinte d’iguanodon –

Au cours d’une randonnée en montagne, des ossements furent découverts en 1983 par Pachi Sáenz Benito, conseiller à la culture d’Igea et coordinateur du Centre Paléontologique de La Rioja, dans de grands nodules calcaires d’Igea (sur la Peña Carcena). Il n’en émergeait que quelques petits fragments. Il communiqua sa trouvaille aux paléontologues de la société des sciences Aranzadi, José Ángel Torres et Luis Ignacio Viera, qui vinrent photographier les lieux. Peu après commencèrent les travaux d’excavation pour récupérer les os et rechercher s’il s’en trouvait davantage dans le gisement. Parallèlement, ces paléontologues de Luberri et du département de géologie de la Société Aranzadi, s’adjoignant la contribution de Klara Isabel Gutierrez, se chargèrent de dégager patiemment les ossements contenus dans les roches. Après trois mois de travail mené dans le laboratoire de Luberri (Oiartzun), ils dégagèrent une grande partie d’une extrémité. On n’en identifiait qu’une rangée d’alvéoles dentaires qui mettait en évidence son appartenance à un reste de maxillaire gauche d’un dinosaure Théropode (carnivore) de grande taille ne ressemblant à aucun des maxillaires décrits dans la bibliographie spécialisée. En 1995, des photos et descriptions furent envoyées au British Museum Natural History de Londres. La paléontologue A. C. Milner les compara aux collections ostéologiques et confirma l’appartenance de ce fossile au genre Baryonyx, dinosaure anglais dont il n’existe qu’un seul exemplaire fossile découvert au Surrey en 1986, mais qui ne fut pas alors décrit formellement, étant donné qu’il lui manquait les pattes et une partie de la queue. La publication de cette découverte dans La Rioja fut faite cette même année par la société des sciences Aranzadi. La patte du Baryonyx est en parfait état de conservation et les os en connexion anatomique. Cet animal a été blessé : son péroné a été rompu, mais le Baryonyx a survécu suffisamment de temps pour que l’os de sa patte se ressoude. Cette découverte constitue une importante nouvelle au niveau mondial, de même que la mandibule qui est le second vestige connu de la tête de ce dinosaure.

Baryonyx walkeri était doté d’un crâne singulier. Les crânes des grands dinosaures carnivores, les théropodes, étaient volumineux et compacts, les mâchoires étaient pourvues de dents qui servaient à découper la viande; elles étaient semblables aux couteaux de montagne, aplanies latéralement et recourbées vers l’arrière, avec des bords pourvus de dentelures comme des scies. Par contre, selon les explications des chercheurs Ángel Torres et Luis Ignacio Viera, ce dinosaure carnivore de grande taille qui habitait La Rioja il y a 130 millions d’années possédait un crâne et une mandibule “morphologiquement crocodiliens”. Ses dents étaient petites, coniques et très nombreuses, peu utiles pour couper la viande, mais plus propices à se saisir de proies glissantes comme les poissons dont il se nourrissait sans doute. La découverte de fragments d’écailles de Lepidotes dans l’estomac de l’exemplaire de Baryonyx situé en Angleterre paraît confirmer cette hypothèse, car ce poisson était aussi très fréquent dans La Rioja. Baryonyx avait des bras longs et forts, à l’inverse des autres dinosaures théropodes aux bras très réduits. Cela lui permettait d’adopter une posture quadrupède, spécialement appropriée pour guetter les poissons et les harponner grâce à une griffe extraordinaire prolongeant un doigt de sa main. Les paléontologues, compte tenu de ces indices, pensent qu’à l’instar de l’ours d’Alava qui connaît l’époque de remontée des saumons et les attend ponctuellement, le Baryonyx connaissait également le moment où des poissons comme le Lepidotes se retrouvaient coincés sans défense dans des poches d’eau peu profonde durant la saison sèche ou à marée basse. La longueur de ce dinosaure variait entre 6 et 10 m et sa hauteur entre 3 et 4 m, avec un poids approximatif de 2 tonnes. Notre jeune guide nous signale par ailleurs qu’il y a une grande similitude entre les griffes de dinosaures et celles des oiseaux, preuve supplémentaire du haut degré de parenté entre ces deux groupes. – Photos : Tronc fossile d’Igea – Mâchoire (actuelle) de daurade –

Le Lepidotes était un poisson cuirassé dont les populations furent très abondantes dans les ambiances deltaïques de La Rioja. Leurs restes (vertèbres, écailles et dents) apparaissent en de nombreuses localités en association avec les traces de dinosaures. Quelques Lepidotes parvenaient à une grande taille et souvent constituèrent une partie du menu des crocodiles et des dinosaures. Les paléontologues procèdent par comparaison des fossiles avec des espèces actuelles pour déduire le comportement des espèces disparues. Ainsi, le musée expose une mâchoire de daurade, car ce poisson actuel, principalement carnivore et accessoirement herbivore, se nourrit essentiellement de crustacés et de mollusques dont il broie les coquilles grâce à ses puissantes molaires. Cette capacité lui a valu le surnom de « gueule pavée ». Pouvant broyer huîtres et moules, il occasionne chaque année des dégâts chez les conchyliculteurs. Le Lepidotes avait une alimentation similaire, car il était pareillement doté d’une mâchoire emplie de dents broyeuses. Notre jeune guide nous fait remarquer que, dans ces gisements paléontologiques de La Rioja se trouve une proportion tout à fait anormale et déséquilibrée de 80% de dinosaures carnivores pour 20% d’herbivores. La raison en est toute simple : il faut, en pensée, aplanir tout le relief qui nous entoure et imaginer une grande étendue marécageuse, dépourvue d’arbre, seulement parsemée d’une végétation basse typique de ces milieux de zone humide. Le Baryonyx s’y est complètement adapté, puisque son alimentation principale est le poisson qu’il attrape grâce à son anatomie spécialisée. – Photo ci-dessous : Baryonyx, un dinosaure pêcheur –

Peut-être la découverte la plus spectaculaire a-t-elle été celle d’un tronc fossile de conifère de 11 mètres de long, Dadoxylon (Araucarioxylon) riojense. Les troncs fossilisés sont rares dans La Rioja et celui-ci est un cas exceptionnel. Sa présence en tant que bois flotté dans ce qui était un grand delta est un indice de l’existence alentour de forêts de conifères. Ce magnifique tronc fossilisé se trouve à 4 km du village, sur la colline qui fait face à l’ermitage de la Virgen del Villar, au pied de la route qui mène à Cornago. Excavé en 1985, il a dû être protégé par une solide clôture métallique hermétique cette même année, des collectionneurs indélicats étant venus subrepticement tronçonner la pierre du tronc fossilisé pour en emporter plusieurs gros fragments. Ces actes de vandalisme en ont réduit la longueur actuelle à 6 mètres. Etudié en 1990, le tronc se révéla être un exemplaire d’une nouvelle espèce de conifère, similaire aux actuels araucarias, et il lui fut attribué le nom de Dadoxylon (Araucarioxylon) riojense. Sur un autre site ont été trouvés des troncs de fougères arborescentes Tempskya riojana dont la disposition montre qu’ils avaient été rejetés sur la berge dans un coude fluvial, il y a 120 Millions d’années. Dans toutes les roches de cette époque correspondant au grand delta de La Rioja, ces écosystèmes fluvio-lacustres par où transitaient les dinosaures, sont incrustés des fossiles de mollusques d’eau douce et d’ostracodes (crustacés bivalves) qui étaient très nombreux, tout particulièrement Unio et Paludina. Les ostracodes, crustacés de taille quasi-microscopique, étaient présents dans pratiquement tous les gisements. Le musée présente les espèces Unio idubedae (130 mm), Wealdenia oblongata (45 mm), Teruella galvensis (50 mm), ainsi qu’une roche calcaire contenant des ostracodes et, en photo, le détail agrandi d’un exemplaire de Theriosinoecum fittoni (0,5 mm). Une bibliographie sur les mollusques d’eau douce a été rédigée par Viera & Torres, Viera & Aguirrezabala et ces trois paléontologues ensemble. – Photos : Tronc fossile d’Igea – Traces sur le gisement de Los Cayos –

Le gisement de La Rioja qui contient le plus grand nombre de traces est la Era del Peladillo : sur 2100 m2 se trouvent 1766 traces de dinosaures, ce qui en fait le premier d’Europe et le troisième du monde. On y trouve les traces de trois types de dinosaures remontant à 120 Ma. Les continents s’étendaient alors d’un pôle à l’autre, et La Rioja bénéficiait de conditions climatiques équivalentes à celles qui règnent actuellement sous les Tropiques. Le gisement fut catalogué en 1988 et excavé entre 1990 et 1996. Il est divisé en sept secteurs répartis sur le versant de la montagne. Dans le premier, on peut voir un troupeau d’herbivores bipèdes aux pieds palmés, dont les orteils étaient unis par une membrane, un type de traces encore jamais rencontré nulle part. Ils ont donc été baptisés Hadrosaurichnoides Igeensis en honneur d’Igea et pour indiquer qu’il pourrait s’agir d’une sorte d’hadrosaure, qui est un dinosaure doté d’un bec de canard. Dans le Secteur Peladillo 1, il y a des marques d’algues Careceas ou Characeas, ainsi que des trous creusés par des bivalves. Il y a des traces d’herbivore avec des empreintes de traînées laissées par le frottement de la queue sur le sol, sur une distance particulièrement longue dans le Secteur Peladillo 5. Lorsque l’animal marche, sa queue balance de droite et de gauche, sans se poser. Mais ici, le dinosaure allait lentement, se penchant pour brouter et se relevant en s’appuyant sur sa queue. Du Secteur Peladillo 2 au 6, on trouve des traces d’un troupeau d’herbivores quadrupèdes dans tous les sens, et dans le Secteur Peladillo 2 il y a en plus des traces de carnivores semi-plantigrades. Dans le Secteur Peladillo 5 il y a diverses traces de carnivores, parmi lesquelles certaines très petites, qui évoquent l’idée d’un groupe avec ses jeunes. Une de ces traces, de 9 cm, est la plus petite de carnivore découverte dans La Rioja. – Photos : Troncs fossiles de fougères arborescentes Tempskya riojana (photo du Centre paléontologique d’Igea) – Ci-dessous : Disposition des continents il y a 120 Ma, au début du Crétacé – Zones climatiques au Crétacé –

Comme curiosité à observer sur place dans le Secteur Peladillo 2, il y a des marques du gros orteil (hallus) (doigt V, dans le talon) et l’apparition dans beaucoup de traces de bourrelets de boue qui paraissent indiquer que celle-ci devait être plus molle, et que le dinosaure s’y enfonçait davantage. Dans le Secteur Peladillo 6 il y a un chaos de foulées d’herbivores qui cheminaient à quatre pattes et piétinèrent le sol en soulevant la boue, effaçant par là-même quasiment toutes les traces qu’avaient laissées avant leur passage les autres dinosaures herbivores et carnivores. Dans le Secteur Peladillo 7 on peut voir des empreintes de carnivores petits et grands, ainsi qu’une trace d’herbivore quadrupède. Au cours des derniers étés, des travaux de récupération des ichnites ont été effectués sous la direction de Félix Pérez Llorente, responsable du groupe de Géologie et Paléoichnologie de l’Université de La Rioja. Des étudiants boursiers étaient chargés notamment du nettoyage et du scellement des crevasses, ainsi que de la consolidation des fragments libres. Chaque matin, ils effectuaient leur travail en extérieur, puis l’après-midi, ils assistaient dans des locaux de la mairie à des cours et séminaires dispensés par le personnel spécialisé de l’Université de La Rioja. Par ailleurs, on remarque une trace d’ornithopode avec des marques de traînée de la queue. Il se trouve également des traces de dinosaures marchant l’amble. Les quadrupèdes marchent généralement par bipèdes diagonaux (c’est-à-dire la pose des membres antérieur droit / postérieur gauche puis la pose des membres antérieur gauche / postérieur droit) alors qu’un quadrupède marchant l’amble progresse par bipèdes latéraux (c’est-à-dire la pose des membres antérieur droit / postérieur droit puis la pose des membres antérieur gauche / postérieur gauche). Les espèces actuelles qui marchent l’amble sont le chameau, l’éléphant, la girafe, l’okapi, l’ours, le loup à crinière et le lama, auxquelles il faut ajouter certaines espèces de chiens et de chevaux. Sur les gisements dédiés au tourisme, les traces les plus caractéristiques ont été, soit entourées d’un trait blanc, soit peintes en foncé, pour une meilleure visibilité. La guide nous relate que le meilleur moment de la journée était lorsque le soleil était bas sur l’horizon, les ombres soulignant les irrégularités du terrain et permettant de mieux repérer les traces, ou mieux encore la nuit, à la lampe torche. Elle nous fait remarquer les groupes de marques similaires qui montrent que les dinosaures herbivores se déplaçaient en troupeau, comme les mammifères herbivores actuels. – Photo : Notre guide mime un dinosaure marchant l’amble. – Ci-dessous : Ichnites et sol fossilisé conservant les ondulations engendrées par l’action des vagues ou des courants il y a 170 Ma –

Les études en cours ont déjà permis d’établir la liste suivante :

  • Une série de traces d’un dinosaure en déplacement plantígrade
  • Une nouvelle trace de dinosaure bipède herbivore dotée d’une membrane interdigitale dont le nom attribué se réfère à la localité, “Hadrosaurichnoide Igeensis” : c’est devenu un gisement-type
  • La plus petite trace de La Rioja d’un herbivore bipède (8 cm de long)
  • Un troupeau de dinosaures herbivores quadrupèdes (Sauropodes)
  • Un troupeau de dinosaures herbivores bipèdes qui laissent des empreintes qualifiées de “Hadrosaurinoïde”
  • Un groupe de dinosaures carnivores bipèdes formé de 3 individus et un autre de 2 individus (théropodes)
  • Un groupe de petits dinosaures carnivores bipèdes (coelurosaurios) qui passent par un canal

Le gisement de Los Cayos, sur le circuit Alhama/Linares révèle 900 “ichnites” appartenant à des théropodes, sauropodes, ornithopodes et théropodes aviaires. Ont été conservées des traces des dinosaures Buckeburgichnus et Therangospodus, ainsi que des empreintes de théropodes accompagnées de traces de leur queue.Les douze traces de petits dinosaures volants sont celles de deux animaux encore inconnus des scientifiques. Ils vivaient il y a 120 millions d’années et leurs vestiges n’ont été trouvés jusqu’à présent que dans cinq autres gisements dans le monde, dont aucun en Europe. Le paléontologue José Luis Sanz, qui dirige les recherches, explique que leur taille ne dépassait pas celle d’un moineau, et que ces traces sont imprimées dans le terrain argileux de ce qui était autrefois un delta, parmi les empreintes de grands dinosaures terrestres et de tortues. L’unité de Paléontologie de l’Université Autonome de Madrid travaille sur les traces de dinosaures de cette zone depuis une quinzaine d’années. Selon Sanz, c’est la première fois que ces trois types d’empreintes se trouvent sur le même niveau de sédimentation. Joaquin Moratalla, chercheur de l’UAM, explique que quatre empreintes de dinosaures à plumes sur les douze trouvées à Los Cayos ont une longueur de deux centimètres et correspondent à un animal qui pesait environ 20 grammes. Les huit autres mesurent de quatre à six centimètres. Les premières sont spécialement rares, puisqu’il n’en existe que deux autres vestiges fossilisés, en Mongolie et en Chine. – Photos : Gisement de Los Cayos, ci-dessus, ondulations fossilisées de courants d’eau, ci-contre, traces de dinosaures tridactyles –

On a trouvé en outre sur le gisement beaucoup de petites marques similaires, mais peu distinctes, ainsi que des indices sur la faune et la flore de cette époque. Les traces de dinosaures volants étudiées en 1990 et 1991 correspondent sûrement aux squelettes fossilisés de différentes tailles qui furent découverts à Las Hoyas (Cuenca). Il s’agit de l’Iberomesornis et de l’Archaeopteryx dont les restes confirment l’hypothèse que les premiers animaux capables de voler étaient très petits. Les squelettes de ces oiseaux primitifs ont des traits caractéristiques des dinosaures et des oiseaux contemporains. Des photographies en ultraviolet permettent de distinguer la présence des plumes fossilisées. Bien que les crânes de ces animaux n’aient pas été conservés, les paléontologues ont pu les reconstituer en se basant sur des comparaisons et des indices. Ces oiseaux avaient des dents. Le bec des oiseaux actuels se serait formé relativement récemment, il y a environ 116 Ma, par une mutation intervenue chez leur ancêtre commun. Ses gènes responsables de la formation des dents auraient été désactivés. La découverte dans ces strates de traces et de restes fossiles de squelettes de dinosaures avec des ailes a une grande importance pour les paléontologues parce qu’elles correspondent à une période de 20 à 40 millions d’années du Crétacé inférieur qui a révélé peu d’enregistrements de la présence d’oiseaux. De même, la dernière campagne de recherche a permis d’étuder quatre traces, formées de 58 ichnites au total, de tortues contemporaines des dinosaures. Jusqu’à présent, on n’avait trouvé que l’une d’entre elles, de deux centimètres de long. Les seules autres ichnites de tortues de cette époque ont été trouvées en France. 300 nouvelles ichnites formant 15 séries de traces ont été cartographiées et cataloguées récemment. Elles ont été laissées par des dinosaures qui devaient mesurer de cinq à huit mètres de long. Sur l’une des traces, on distingue la trace en zigzag de la queue d’un animal, découverte de grande valeur car elle apporte de nouveaux éléments sur la façon de se déplacer des dinosaures, la queue permettant de maintenir l’équilibre. Dans un autre gisement de La Rioja, une marque isolée de grande taille (80 cm) d’un dinosaure phytophage est la plus grande découverte sur la zone. Pour les paléontologues, ces dinosaures ne furent pas une aberration de la nature, un groupe obsolète, certains s’éteignirent, mais d’autres acquirent des ailes et devinrent les oiseaux actuels. – Photos : Los Cayos, ichnite tridactyle – Un relief très érodé –

Les ichnites, traces fossiles de pas, sont susceptibles de fournir des informations inattendues. C’est ce qu’a révélé l’étude réalisée par Novella Razzolini, chercheuse à l’Institut Catalan de Paléontologie Miquel Crusafont. Analysant une série de 31 empreintes dans le Barranco de la Canal, près de Munilla, elle réalisa que le dinosaure ornithopode marchait irrégulièrement. Au moyen de techniques laser et de photométrie 3D, son équipe mit en évidence que l’animal souffrait d’une pathologie, il boîtait à cause d’une lésion au second orteil du pied gauche, coincé contre le troisième orteil. Les ornithopodes formaient un groupe étendu de dinosaures herbivores, l’animal en question étant sans doute un ornithopode iguanodontidé qui pouvait atteindre les onze mètres de long et deux mètres de haut et qui vivait il y a 120 millions d’années. Les traces peuvent également révéler la taille de l’animal, la façon dont il se mouvait, sa vitesse de déplacement, le groupe auquel il appartenait, et donc, même, s’il présentait une quelconque pathologie. Par ailleurs, à Préjano, des restes osseux d’un reptile volant au rostre incurvé ont été découverts. Comme cette espèce de Ptérosaure (du grec “Pteron”, aile) était inconnue, on lui a attribué le nom de Prejanopterus curvirrostra. Quelques paléontologues rattachent les Ptérosaures aux dinosaures, mais la plupart s’accordent à dire que leur ancêtre reptile était différent de celui dont la descendance fut les dinosaures. Jusqu’à présent, les fossiles de Ptérosaures qui ont été trouvés s’étendent sur une longue période de 150 millions d’années, et comme les dinosaures, ce sont des espèces qui ont occupé tous les milieux, terre, mer, air. Ceux qui volaient avaient une envergure pouvant aller jusqu’à douze mètres, les plus petits d’entre eux ayant la taille de moineaux. La conquête du milieu aérien a engendré des similitudes évolutives avec les oiseaux (issus des dinosaures), les os de certains Ptérosaures étant même plus légers et plus solides (grâce à des piliers internes) que ceux des oiseaux. Des fossiles ont montré que certains de ces animaux étaient recouverts de duvet et pouvaient posséder un coeur performant, apte à un vol actif et pas seulement plané. – Schéma : Localisation du gisement de Fuente Amarga, Préjano – Photo : Prejanopterus curvirostris, mandibules inférieures et ossements appendiculaires –

En Espagne, la première découverte de restes fossiles de Ptérosaures fut justement celle du Prejanopterus curvirrostra dans une strate du Crétacé inférieur non loin du gisement Fuente Amarga, sur le versant occidental de la Peña Isasa, près du village de Préjano. Elle eut lieu en 1980 et dix blocs furent extraits en 1993 et 1994 par une équipe de l’Institut d’Etudes de La Rioja dirigée par Félix Pérez-Lorente (Université de La Rioja, Logroño). Ils contenaient de nombreux os et fragments fossilisés, parmi lesquels se trouvaient ceux de ptérosaures. La découverte fut mentionnée en 1999 dans un rapport non publié. Mais le nom du ptérosaure apparut dans un livre de divulgation scientifique (Pérez-Lorente et al., 2001) et dans des pamphlets (Grande, 2002). Les restes fossiles (un assemblage de 186 ossements au total, dont certains étaient issus de vestiges crâniens et post-crâniens désarticulés appartenant à plusieurs individus ptérosaures – au moins 5 adultes et subadultes) furent exposés avec une reconstitution de l’animal au Centre Paléontologique d’Enciso (Pérez-Lorente et al., 2001), puis une exposition itinérante fut présentée en plusieurs lieux de la Péninsule, y compris La Rioja et Burgos. Après avoir été pendant une décennie un “nomen nudum” (nom qui pourrait devenir scientifique, mais qui demeure en attente d’une publication avec une description adéquate pour être inscrit dans la nomenclature), les deux chercheurs publièrent leur découverte en 2010. – Photos : Agrandissement montrant le rostre de l’holotype du Prejanopterus curvirostris – Métacarpe gauche de l’aile, pris pour un tibia par Fuentes Vidarte et Meijide Calvo –

L’étude en lien montre les difficultés qui peuvent s’élever lors de l’interprétation des fossiles. La première est de dater précisément la strate qui les contenait pour savoir quand vivait l’animal. L’évaluation la plus récente, effectuée par Clemente en 2011, situe cette période au tout début du Crétacé inférieur, le Berriasien (-145  à -139,8 Ma), en se basant sur l’assemblage d’ostracodes présents dans la roche. Ainsi, Prejanopterus vécut entre Pterodactylus et Cycnorhamphus, au sein de la famille des Pterodactylidae. L’examen des os révèle que le Prejanopterus curvirostris (nom définitif) avait une croissance continue, ininterrompue. Dans leur rapport, Fuentes Vidarte et Meijide Calvo ont désigné ce qui caractérise cette nouvelle espèce : un rostre (exemple actuel : museau de dauphin) long, pointu et sans crête, qui s’incurve vers la gauche à partir du tiers du milieu et comporte une cannelure médiane très prononcée qui s’étend le long du palais… Il s’en suit toute une description des autres ossements fossilisés que je ne traduis pas. L’auteur de l’article critique en lien considère que les caractères sensés montrer que cet animal appartient à une nouvelle espèce se trouvent également chez d’autres ptérosaures, notamment plusieurs lignages de Ptérodactyloidea. Qui plus est, le caractère le plus significatif indiqué (la courbure latérale du rostre) n’existe pas sur l’holotype F. A. 112 (spécimen de référence), l’apparente courbure constatée sur d’autres fragments étant probablement due à une déformation. Cette distorsion ne s’est pas produite après la mort de l’animal, étant donné que deux individus présentent la même courbure du rostre, alors que toutes les mandibules inférieures trouvées dans le gisement sont droites. Ce qui caractérise véritablement cet animal semblerait plutôt le fait qu’il présente une combinaison unique de divers caractères, chacun étant présent indépendamment chez d’autres espèces. Quant à ses dimensions, Fuentes Vidarte et Meijide Calvo estimaient en 2010 l’envergure de ses ailes à 4,26 m, mais si l’on se base sur la taille des longs os complets d’individus subadultes à adultes, comme le fémur et la première phalange du doigt IV, l’envergure n’atteignait que 1,5 à 2,2 m. Préjanopterus était donc un ptérodactyloide de taille moyenne. Bien qu’il manque l’humérus et les vertèbres, cette espèce représente le ptérosaure le mieux préservé d’Espagne et le premier du Crétacé inférieur officiellement nommé dans ce pays. – Photos : Fragment de rostre avec dent, en vues latérale gauche, ventrale, dorsale, et détail de la plus grande dent préservée (échelle : a-d, 20 mm, e, 1 mm) –

Notre jeune guide nous signale qu’une découverte récente faite à Igea est encore à l’étude. Il s’agit d’un fossile de rhinocéros, animal qui vivait dans la région à l’époque beaucoup plus récente de l’Oligocène-Miocène (38-6 Ma). Un document de Luberri très bien illustré en retrace l’histoire. A partir de l’émersion du Pays basque, une ligne de partage des eaux se dessine au niveau des chaînes Aralar et Aizkorri : les fleuves au nord de celles-ci se déversent dans la mer cantabrique (le Golfe de Gascogne) et ceux qui s’écoulent au sud tentent, difficilement, d’atteindre la Méditerranée. En attendant que l’érosion trace un chemin, il se forme au sud de l’Alava et de la Navarre de grands lacs (Trebiño, Ebre) qui se dessècheront peu à peu en déposant de grandes épaisseurs de sel et de gypse. Pendant longtemps l’Ebre, le Tage, le Douro seront ainsi des bassins endoréiques, dont les fleuves ne trouvent pas de débouché vers l’océan, contribuant au comblement des vallées par dépôt des alluvions issus de l’érosion des montagnes alentour. Il règne alors un climat de savane africaine, et les fossiles que l’on trouve dans ces strates ne sont plus marins, mais continentaux : des mammifères primitifs, ancêtres des rhinocéros, hippopotames, hyènes, éléphants, vivent au voisinage de crocodiles et de tortues. – Illustration : Un paysage de savane africaine à l’Oligocène dans La Rioja (Luberri) –

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