Du dragon mythique au dinosaure

Cet article fait partie d'une série de publications appelée Rioja
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27 au 29 novembre 2015

Quand les poules avaient des dents

Rioja, sur les traces de pas des dinosaures

Organisateurs : Mag & Jean-Jacques ; Participants : Anita et Jean-Vincent, Cathy & Jean-Louis, Cathy L., Françoise I., Françoise R., Françoise & Lucien, Jacqueline, Jean-François et Danièle G., Madeleine, Mylène, Charly et Marie-France

Dans les années 1920, D. Blas Ochoa habitait Enciso et enseignait dans le petit village voisin de Navalsaz qui ne compte plus aujourd’hui que quatre habitants permanents. Il se rendit compte que les traces qu’il voyait alentour sur les plaques rocheuses dénudées n’étaient pas les empreintes du cheval de Saint Jacques, ni celles de pattes de poules géantes, et encore moins celles de dragons mythologiques, mais bien celles de pattes de dinosaures. Toutefois, c’est seulement en 1965 qu’il réussit à les faire étudier par des chercheurs de l’institut de paléontologie de Sabadell. Les premières fouilles furent amorcées en 1975. Ensuite, lors d’une excursion en 1977, une équipe du département de géologie de la société des sciences Aranzadi de San Sebastian (Guipúzcoa, Espagne) repéra à son tour des traces non loin de là, près du village abandonné de San Vicente de Munilla. Les chercheurs D. Luis Ignacio Viera Ausejo et D. José Angel Torres Saenz entreprirent alors des études paléontologiques des gisements d’Enciso, Munilla, Igea et Hornillo de Cameros, au cours desquelles les restes de deux dinosaures furent découverts à Igea : Hypsilophodon et Baryonyx. Ils publièrent de nombreux articles sur ces travaux qui durèrent quelque 35 années, pour aboutir finalement à la création d’un Centre d’interprétation à Igea et à l’édition d’un livre, “La Rioja de los dinosaurios”. A partir de 1985, d’autres chercheurs en provenance des universités de La Rioja, Salamanque et Autonome de Madrid vinrent se greffer à la première équipe. Mais aujourd’hui, le travail n’est pas terminé, il reste encore bien des choses à découvrir et des mystères à élucider. – Photos : Le mignon petit dinosaure du centre d’interprétation paléontologique de La Rioja – D. Blas Ochoa –

Ces découvertes paléontologiques n’étaient pas les premières du genre, loin s’en faut. Depuis des siècles, les naturalistes amateurs trouvaient des ossements étonnamment grands, imaginant qu’il s’agissait de squelettes de géants bibliques ou de dragons légendaires. Le naturaliste français Georges Cuvier, reprenant, après Guettard, Daubenton et Buffon, l’étude des restes fossiles ramenés d’Amérique en 1740 par le baron Longueuil et placés dans le Cabinet du roi, publia en 1799 un “Mémoire sur les espèces d’Eléphants vivantes et fossiles”, qu’il lut préalablement à l’Institut de France le 21 janvier 1796. Ce mémoire lui permit de mettre brillamment en place les bases méthodologiques de l’anatomie comparée, mais aussi de les appliquer à l’identification des espèces fossiles en établissant, vingt ans après que Buffon ait finalement reconnu l’existence “d’espèces perdues”, que les dents fossiles de l’animal de l’Ohio appartenaient bel et bien à un genre d’éléphant distinct et disparu, auquel il donna le nom de Mastodonte, l’animal aux dents en forme de mamelle…Il décrivit aussi en 1808 un lézard marin, le mosasaure (contemporain des dinosaures, mais qui n’en était pas un). La première espèce de dinosaure identifiée et baptisée fut l’iguanodon, découvert en 1822 par le géologue anglais Gideon Mantell qui avait remarqué des similitudes entre ses fossiles et les os de l’iguane contemporain. Le premier article scientifique sur les dinosaures parut deux ans plus tard. Il fut publié par le révérend William Buckland, professeur de géologie à l’université d’Oxford, et concernait Megalosaurus bucklandii, dont un fossile avait été découvert près d’Oxford. L’étude de ces “grands lézards fossiles” éveilla un grand intérêt dans les cercles scientifiques européens et américains. – Illustrations : Punch, bande dessinée d’après les statues de dinosaures de Owen-Hawkins – Couverture du livre de Viera et Torres –

En 1841, le paléontologue Richard Owen créa à partir du grec ancien δεινόςdeinós (terrible) et σαῦροςsaûros (lézard) le nom de dinosaure. Il avait remarqué que les restes précédemment trouvés (IguanodonMegalosaurus et Hylaeosaurus) avaient de nombreux caractères en commun, et il décida de créer un nouveau groupe taxonomique. Avec l’aide du prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, mari de la reine Victoria, il créa le Muséum d’histoire naturelle de Londres à South Kensington pour exposer la collection nationale de fossiles de dinosaures, ainsi que quelques autres objets d’intérêt botanique et géologique. Afin d’aider le public à mieux se représenter ces animaux disparus, il eut l’idée de commander au sculpteur Benjamin Waterhouse Hawkins trente-trois dinosaures grandeur nature pour les exposer au sud de Londres sur Sydenham Hill dans le parc du fameux Crystal Palace déplacé là après avoir été à la Grande Exposition de 1851. 40 000 personnes se pressèrent pour voir la reine Victoria ouvrir les portes du parc dont la principale attraction était les dinosaures. Le problème, c’est qu’Owen n’avait qu’une poignée de dents et quelques os, les extrapolations qu’il en fit furent totalement fantaisistes… mais elles eurent un succès fou. – Illustrations : Lithographie extraite de “Notice on the Megalosaurus or great Fossil Lizard of Stonesfield”, de William Buckland, 1824 : “extrémité antérieure de la mâchoire inférieure droite du Megalosaurus de Stonesfield près d’Oxford”. – Photo ci-dessous : La Era del Peladillo, gisement de traces de pas de dinosaures près d’Igea –

Dès le milieu du XIXe siècle et jusque dans les années 1970, les dinosaures furent considérés par les scientifiques comme des lézards géants, des reptiles à sang froid, patauds et lents, ayant disparu à la fin du Mésozoïque, victimes de leur stupidité. Amorcé par le paléontologue américain John Ostrom en 1969, un regain d’intérêt pour l’étude des dinosaures apparut lorsqu’ils furent reconnus comme des animaux actifs, probablement endothermes* – même si tous les experts n’étaient pas d’accord, et capables de comportements sociaux complexes, bien distincts de nos reptiles actuels. Les découvertes d’ossements fossiles, de squelettes et même de nids contenant des oeufs se multiplièrent alors en divers endroits du monde, mais les traces de pas de dinosaures étaient beaucoup plus rares. En effet, pour les voir, il fallait que soient réunies deux conditions : les roches mésozoïques continentales devaient affleurer et celles-ci devaient se trouver dégagées de toute couverture végétale et exemptes de toute dégradation qui occulterait les traces. C’était naturellement le cas sur la plage de La Griega aux Asturies, dont les falaises et rochers, amenés en surface par des phénomènes géologiques, avaient été érodés par les tempêtes océaniques. Le professeur J. C. Garcia Ramos y découvrit en 1969 les premières traces de pas de sauropode de la côte cantabrique. Mais comment était-ce possible de distinguer ces traces à l’intérieur de la péninsule ibérique ? A ce jour, 200 sites comportant des traces de pas de dinosaures ont été répertoriés en Espagne. Ils se répartissent ainsi selon l’ancienneté des roches : Trias (-252 à -201 Millions d’années) (Soria, Valencia, Jaén), Jurassique (uniquement supérieur) (-161 à -145 Ma) (Asturias, Burgos, Soria, La Rioja, Teruel, Valencia), Crétacé inférieur (-145 à – 100 Ma) (Burgos, Soria, La Rioja, Teruel, Jaén), Crétacé supérieur (-99 à -65 Ma) (Huesca, Lérida, Barcelona, Valencia).

(*) Les organismes endothermes produisent leur température corporelle grâce à leur métabolisme interne. Ces organismes sont à opposer aux ectothermes. De nombreux organismes endothermes sont également homéothermes (température corporelle relativement constante, indépendamment des conditions extérieures). Néanmoins, ce n’est pas une règle générale et il existe aussi des organismes endothermes et poïkilothermes. Parmi ces derniers, colibris et chauve-souris sont capables de suspendre leur thermorégulation pendant les périodes nocturnes et hivernales. – Schéma ci-contre : Route des dinosaures, La Rioja – Photos : Empreinte de dinosaure théropode – Ci-dessous : Dadoxylon, maquette grandeur nature d’un Araucaria dont un tronc fossile a été découvert à Igea, flanqué ici d’un diplodocus, espèce de dinosaure qui ne vivait pas sur le continent eurasiatique mais sur le continent américain : il aurait mieux valu mettre un iguanodon –

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