Transhumance et surpâturage

Cet article fait partie d'une série de publications appelée Rioja
Vois plus d'articles
7 min - temps de lecture moyen
27 au 29 novembre 2015

Quand les poules avaient des dents

Rioja, sur les traces de pas des dinosaures

Organisateurs : Mag & Jean-Jacques ; Participants : Anita et Jean-Vincent, Cathy & Jean-Louis, Cathy L., Françoise I., Françoise R., Françoise & Lucien, Jacqueline, Jean-François et Danièle G., Madeleine, Mylène, Charly et Marie-France

En d’autres termes, pour savoir comment ces strates de roches très anciennes, une fois débarrassées des couches rocheuses plus récentes, se sont trouvées totalement décapées de toute couverture végétale, il faut s’interroger sur un processus de désertification qui est toujours à l’oeuvre en Espagne, mais également en bien d’autres lieux du monde. A l’avènement du néolithique, de nouveaux comportements apparaissent chez les humains. Les anthropologues discutent encore sur les raisons qui ont poussé ces populations à domestiquerdes animaux, mais la plupart s’accordent à dire que la motivation première n’a pas résulté d’un besoin de nourriture, la chasse procurant suffisamment de viande. Quoi qu’il en soit, selon l’état des recherches actuelles, le premier animal à avoir été domestiqué est le chien, entre 15 000 et 10 000 ans avant J.-C.  L’élevage des caprins, bovins, ovins et porcins aurait débuté vers 8 500 avant J.-C. L’aquaculture serait quant à elle apparue en Égypte et en Chine vers 4 000 avant J.-C. Au Moyen-Orient, le haricot, l’orge ou le blé étaient déjà cultivés autour de 9 000 avant J.-C. Après les plantes dites annuelles, des pluriannuelles et des petits arbres ont commencé à être domestiqués comme l’oranger ou l’olivier dans le bassin méditerranéen. La domestication des plantes comme celle des animaux a été un processus progressif. Dès l’âge du bronze, le bœuf puis le cheval ont été utilisés pour le travail du sol. De nombreuses faisselles, récipients troués, attestent la fabrication de fromages. L’élevage de moutons servait à la production du fumier, de la laine et des peaux. La viande et le lait ne jouaient pas dans l’économie le rôle que nous leur connaissons maintenant. Celui-ci ne prit sont essor qu’au XIXe siècle et ne s’épanouit réellement qu’après la Seconde Guerre mondiale. – Cartes ci-dessus : Relief de La Rioja – Schéma : Chemins de transhumance en Espagne – Photo : Vautour fauve, espèce traditionnellement associée à la pratique de l’élevage –

Pendant longtemps, la pratique de l’élevage se caractérise par une nette domination du système extensif. Les troupeaux pâturent sur de grandes étendues et sont déplacés suivant les saisons le long de larges pistes appelées chemins de transhumance. C’est en 923 que la transhumance fut mentionnée pour la première fois dans un document où le comte Fernan Gonzalez concédait le privilège du mouvement du bétail à la ville de Canales (La Rioja). En Espagne, la largeur des chemins est réglementée par le “Honrado Concejo de la Mesta” (Honoré Conseil de la Meseta), institution fondée par Alphonse X le Sage au XIIIe siècle, et dont les mesures sont toujours maintenues en vigueur par la “Ley de Vias Pecuarias” (loi des chemins du bétail) de 1995. En 2005, le Gouvernement de La Rioja décide de commémorer le départ traditionnel des bergers des villages montagnards le premier dimanche du Rosaire, début octobre. Cela se passe à la Venta de Piqueras, lieu emblématique du début de la marche où se trouve le Centre de la Transhumance. Dans La Rioja, où convergent vers les montagnes au sud de Logroño les pistes 4 à 7 (numérotées sur le schéma), cette pratique se traduit au milieu du XVIIIe siècle par une grande densité d’ovins, supérieure à 300 au km² dans le massif de Los Cameros, et dépassant les 370 000 ovins transhumants sur la province. Sur les sierras de La Demanda et Los Cameros, dont l’altitude dépasse toujours les 1000 m pour culminer à 2233 m (Urbion) et 2271 m (San Lorenzo), plus des 4/5èmes de la superficie sont transformés en pâturages par la technique des brûlis. Légalement, cette occupation des sols est rendue possible sous l’Ancien Régime par le système des biens communaux, les villes et villages ne comportent qu’une faible proportion de leur territoire qui soit réservée à l’agriculture, le reste étant dédié aux pâturages et aux forêts qui fournissent l’alimentation du bétail avec les feuilles, faînes et glands, le bois-énergie et le bois d’oeuvre. Après les moissons, le régime des biens communaux s’appliquait aussi aux champs de céréales qui demeuraient en friche jusqu’au printemps suivant. – Tableau ci-dessous : Densité du bétail ovin sur les sierras de La Rioja en 1752 – Photo : Oliviers aux feuilles rebroussées par la bise automnale près d’Igea – Schéma : Densité du bétail transhumant dans La Rioja, 1752 –

La Route des dinosaures se situe à l’est de la sierra de Camero viejo, dans les sierras orientales aux sommets moins élevés (altitude entre 700 et 1000 m) intitulées Sierra Rioja Baja (montagne de la basse Rioja) : elle culmine à 1531 m dans la sierra de Alcarama. Le tableau 1 et le schéma ci-dessus montrent clairement la moindre proportion de troupeaux transhumants sur ce territoire montagnard oriental (21,4 ovins au km²) sur lequel pacage au contraire un plus grand nombre de troupeaux sédentaires (Estante) qui atteignent une densité moyenne de 82,3 ovins au km². Toutefois, son économie est aussi largement dépendante de l’élevage puisque les deux petites villes de Munilla et Enciso sont des centres importants de manufactures lainières. La population sédentaire plus nombreuse (car peu de bergers suivent les troupeaux en transhumance) nécessite une agriculture plus intensive sur une surface plus étendue. Le tableau 4 ci-dessous montre la proportion de biens communaux en Sierra Rioja Baja dédiée au pâturage, soit 60% (Pasto et Dehesas), tandis que 35% est classée en montagnes et zones incultes (yermas), 27% des terres municipales étant, soit cultivées, soit bâties. En comparaison, la part de l’agriculture et du bâti villageois tombe à 19% aux Sierras Cameros et 11% en Sierra Demanda, tout le reste étant des biens communaux. – Tableau ci-dessous : Composition des biens communaux dans les sierras de La Rioja en 1752 –

Si le nombre de moutons lainiers ne varie pas beaucoup sur un siècle, de 1752 à 1865, la situation a pourtant beaucoup évolué. En raison de la concurrence internationale, et tout particulièrement la montée en flèche de l’industrie cotonnière en Europe du Nord, l’industrie rurale est désarticulée, les manufactures lainières périclitent, les débouchés traditionnels de l’élevage s’amenuisent, la transhumance baisse en importance, les grands éleveurs qui possèdent chacun plus de 250 ovins (et jusqu’à 3 ou 4000) se déplacent vers des zones mieux desservies et plus proches des marchés de la laine. Une certaine démocratisation en résulte dans La Rioja, les villageois augmentant leur cheptel sédentaire qui bénéficie de plus de pâturage après la désaffection des transhumants : la moyenne passe de 35 à 77 ovins par éleveur. Les montagnards ayant perdu leur emploi de bergers descendent dans les vallées et viennent grossir la population des villes. La laine étant moins compétitive, les ovins sont rapprochés des centres de consommation et convertis en ressource de viande (pour Arnedo, Logroño). Entre 1750 et 1865, la surface des terres incultes se réduit, les hautes terres les plus fertiles sont transformées en champs de céréales dont les pailles et feuilles servent à nourrir le bétail qui ne dispose plus que de quelques jachères et terrains vagues laissés en pâtures. Après les guerres d’Indépendance et les guerres carlistes, le libéralisme remplace l’organisation communautaire de l’Ancien Régime et la transhumance disparaît quasiment : de 300 000 brebis en 1783, leur nombre passe à 24 670 en 1865 dans La Rioja, suite à la chute drastique des exportations de laine. L’élevage ovin pour la viande est toutefois d’un bien plus faible rapport et présente peu de marges de progression. A la différence d’autres régions, les éleveurs ne compensent pas la baisse du cheptel ovin par la hausse de l’élevage d’autres espèces. D’autre part, les emplois perdus dans l’élevage et la manufacture lainière ne peuvent être transférés en totalité vers l’agriculture, car les conditions sont trop difficiles dans cette région en grande partie montagneuse. Ainsi, l’économie de La Rioja qui avait été très prospère périclite, campagnes et villages se vident de leurs habitants. – Photos : Ci-dessus, Paysage désolé autour du gisement de Valdecevillo – Ci-dessous : Au premier plan, bâtiment d’élevage avec silos d’alimentation du bétail, et à l’arrière-plan, montagne sculptée en terrasses – Zoom sur l’unique bosquet et les terrasses –

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de