À la recherche du Pic noir

20 min - temps de lecture moyen
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29 mars 2014
Jean-François Gl., Jacques, Cathy et Jean-Louis
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Geai des chênes

Il s’est posé un moment sur un pin du rond-point devant ma baie vitrée, laissant admirer son beau plumage avant d’aller conter fleurette plus loin dans un bosquet du voisinage.

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Devinette

Jean-François “fait son Dimitri” : il sort de sa sacoche un pot de confiture vide qui contient ce crâne et nous demande à quoi il nous fait penser…

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Un macareux moine

Devant notre mutisme, il nous donne un indice. Jacques devine tout de suite : il s’agit des restes d’un macareux moine trouvé mort sur une plage landaise. En raison des tempêtes qui se sont succédé durant ces dernières semaines, la LPO estime à plus de 24 000 le nombre d’oiseaux échoués sur les côtes atlantiques et pour la plupart morts d’épuisement. Le macareux moine a été l’espèce la plus touchée, suivie par le guillemot de Troïl, le fou de Bassan et le pingouin Torda. Ce macareux présente trois bandeaux sur la partie cornée colorée qui surmontait son bec, signe qu’il s’agissait d’un adulte, nous explique Jean-François.

Et pour compléter, il ajoute que Guillemot vient de Guillaume, car la silhouette de l’adulte, similaire à celle d’un manchot, ressemble à un homme en redingote noire et chemise blanche.

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Le canal de l’Anguillère

La commune d’Ondres se trouve sur le parcours incertain de l’Adour, à l’époque où il se dirigeait vers le nord pour se déverser dans l’océan à Capbreton ou Vieux-Boucau. Des traces du passage de ce fleuve sont demeurées présentes sous forme d’étangs en voie de disparition par eutrophisation. Ils passent par un stade de marécages puis évoluent en boisement lors de semis de pins. Deux lacs importants demeurent encore dans un des anciens lits : le lac de Garros et le lac de Turc, qui est relié au canal du Boudigau, sur la commune de Labenne, par le canal de l’Anguillère. Son nom évoque les pêches d’antan, mais il est aussi fréquenté par la loutre, nous dit Jean-François, difficile à voir, mais dont on peut deviner la présence par ses crottes (appelées épreintes) déposées sur les rives, ou par ses empreintes de pas dans le sol meuble. Jacques m’explique que la turbidité de l’eau n’a rien de pathologique. C’est simplement que l’humus ne peut pas former avec le sable des Landes une masse compacte, et il est donc emporté en parcelles si fines qu’elles n’arrivent pas à se déposer sur le fond du lit du cours d’eau.

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Coupe forestière

Jean-François nous montre la parcelle dévastée par les sous-traitants espagnols de l’ONF dont la pression au rendement est telle qu’ils ne prennent pas la peine de protéger les chênes qui sont ébranchés lors de la chute des pins. Nous observons tristement les rameaux fins qui jonchent le sol et les souches coupées à la va-vite. Il évoque le malaise qui sévit dans cette branche d’activité et atteint un niveau tel que des suicides sont à déplorer (une trentaine depuis 2005). Il n’est toutefois pas évident que cette situation ait eu une influence directe sur le mode d’exécution de ces travaux de bûcheronnage. Bien qu’il se soit entendu avec le responsable local qui l’a fort aimablement reçu, la coupe a malheureusement débordé sur une parcelle privée qui n’était pas visée à l’origine et les arbres morts qui devaient être épargnés, puisque de toute façon ils étaient de faible rapport, ont été indistinctement abattus avec le reste de la forêt de pins.

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La loge du Pic noir à terre

La parcelle privée où Jean-François avait suivi depuis l’automne 2010 jusqu’au printemps 2011 un couple de Pics noirs a été rasée comme le reste et la loge où avait niché la couvée, creusée dans un vieux pin mort, a été détruite. On aperçoit encore un fragment de l’orifice d’entrée percé dans le tronc, ainsi que la partie inférieure, d’environ 50 cm, profondément creusée dans le centre de la chandelle (appellation d’un arbre mort, écorcé, demeuré debout). Il y avait retrouvé une petite plume – il n’y avait qu’un seul petit en 2013 -. Les oisillons, nous explique-t-il, se tiennent après l’éclosion tout au fond de la loge, puis, au fur et à mesure de leur croissance, ils deviennent suffisamment agiles (et surtout les plumes de leur queue, servant d’appui, suffisamment rigides) pour pouvoir escalader cette pente raide au bout de 17 jours environ, pour se poster près de l’orifice, plus à portée des parents qui se relaient pour la becquée.

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Des chandelles nourricières et d’autres pour nicher

Le Pic noir a des exigences précises en matière de logement : il lui faut une chandelle dépourvue de lierre, dont les premières branches ne sont pas au-dessous de dix mètres et qui ait un diamètre suffisant pour y creuser une loge vaste et profonde. Les autres lui servent de garde-manger et sont parfois percées de toutes parts.

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Identification grâce au site Internet Lépi’Net – Les carnets du Lépidoptériste français :

Le Bronzé, le Cuivré commun (Lycaenidae Lycaeninae, Lycaena phlaeas L.)

Nourriture de la chenille : l’oseille

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Rencontre

Elle faisait une grosse sieste et serait restée inaperçue si Jacques n’avait pas été parmi nous. Lovée en bordure du chemin, la tête à l’ombre sous un pied de bruyère, le corps bien dodu étalé au soleil printanier, elle était parfaitement camouflée par les écailles de son corps aux teintes châtain clair semé de tâches sombres qui se perdait au milieu des feuilles mortes et des pommes de pin. Nous l’avons d’abord observée un moment, tandis qu’elle gardait une immobilité cadavérique à laquelle Jean-François a cru un moment, examinant son oeil vitreux aux jumelles. Jacques l’a légèrement bousculée de la pointe du bâton, et j’ai perçu la faible réaction qu’elle n’a pu retenir en frémissant de la tête. Nous hésitions encore à la croire vivante lorsque Jacques l’a carrément soulevée un peu en la secouant fortement. Là, elle ne pouvait plus simuler et dut battre en retraite. L’esprit encore embrumé de sommeil, elle a glissé dignement entre les tiges minces, sans vraiment se hâter, puis elle a disparu dans la végétation. J’ai eu beau faire le tour des buissons, je n’ai pas réussi à déceler sa présence, malgré sa taille imposante.

Couleuvre ou vipère ?

Vue la taille, déjà, nous étions sûrs qu’il s’agissait d’une couleuvre, mais un argument supplémentaire pouvait convaincre les plus incrédules : la vipère a la pupille en forme de fente verticale, alors que cette pupille-là était bien ronde. Sans pouvoir l’affirmer avec certitude, il s’agissait peut-être d’une couleuvre à collier (Natrix natrix, Linné 1758).

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J’ai toujours plaisir à photographier les toutes petites fleurettes visitées par des insectes plus minuscules encore : un monde de Lilliput.
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Avec toutes ces pluies, les Landes sont inondées, et nous comprenons mieux l’utilité des échasses (dont nous ne sommes malheureusement pas pourvus). Sur le sable détrempé s’impriment les empreintes très nettes d’un chevreuil. Dès que nous nous éloignons, le concert des grenouilles reprend. La couleuvre n’a pas fini de faire bombance !
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L’âge des arbres

Jean-François, maître d’école, apporte parfois à ses élèves un billot aux cernes bien tracés. Ces anneaux de croissance se développent souvent de façon elliptique, nous fait-il remarquer, les espaces qui les séparent étant plus amples du côté le plus propice, sans doute le sud-est, dos au vent dominant. Il est ainsi possible de déterminer non seulement l’âge, mais également les conditions qui ont régné telle ou telle année, des cernes très serrés étant le signe de périodes particulièrement défavorables, froides ou sèches. Ce pin devait avoir cinquante ou soixante ans, il aurait pu vivre bien plus longtemps.

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Arrivés vers les trois heures de l’après-midi, nous avons eu le temps de faire une bonne balade dans les alentours avant de nous rendre sur le nouveau site où le Pic noir, délogé, a dû se recreuser un domicile. Toutefois Jean-François n’a pas encore réussi à trouver où demeure sa compagne, car ils font chambre à part. Il a assisté à l’accouplement des oiseaux sur une branche horizontale d’un arbre du voisinage. Une fois, le mâle étant dans sa loge, il a vu la femelle faire un curieux manège, passant au ras de la loge qu’elle frôlait en va et vient successifs. Elle a ensuite osé pénétrer chez lui, mais il l’a jetée dehors comme une malpropre ! L’heure approche, nous devenons silencieux, immobiles et attentifs, malgré les innombrables moustiques qui viennent soudain nous importuner. Le pic vert, très bavard tout l’après-midi – mais invisible -, donne l’impression de se moquer de nous. Tous les petits oiseaux se mettent à voleter de branche en branche en gazouillant, signe que la journée se termine. Peu après le coucher du soleil, le mâle apparaît, dans un crou_crou_crou qui accompagne son vol. Très méfiant, il se pose d’abord dans les buissons à l’arrière, puis sur un arbre à notre gauche. Notre présence doit l’inquiéter, car il repart un moment, pour revenir de nouveau sans encore oser se poser sur son arbre. La femelle arrive à son tour et nous écoutons le couple qui échange des mots doux. Elle repart dans ses quartiers et le mâle manifeste de nouveau son inquiétude. Jean-François nous fait reculer d’une dizaine de mètres, et cela semble suffire à le rassurer. Quand il revient, il se pose enfin sur la chandelle, mais son contrôle n’est pas terminé : il se perche d’abord derrière le tronc, jetant un oeil à gauche, puis à droite, et reprenant son manège à de nombreuses reprises. Puis il se dresse enfin devant sa loge, enfonçant sa tête cinq ou six fois pour s’assurer qu’aucun intrus n’en a pris possession. Il n’a pas tort : Jean-François a été témoin, une fois, de la présence d’un écureuil qui s’y était introduit. Il restait tapi au fond, et lorsque le pic enfonçait sa tête, il jaillissait comme un diable hors de sa boîte, lui donnant une frousse bleue ! Quinze jours plus tard, le pic noir avait tout de même pu récupérer ses pénates. Jamais il ne se départit de sa prudence, car de nombreuses espèces apprécient cette vaste loge creusée en sécurité à bonne hauteur : sittelle, mésange, chouette, martre, abeilles ou guêpes, parfois même de petits rapaces… Avant la tombée de la nuit, nous sommes repartis, comblés par cette nouvelle expérience.
Voici l’ex-loge familiale du Pic noir, reconnaissable à sa grande taille et à sa forme particulière
(Photo de Jean-François G.)
Quels sont les 3 M d’Aquitaine ? Montaigne, Montesquieu et Mauriac !
Jean-François, après ce quizz culturel, nous conseille d’y adjoindre trois auteurs landais:
Bernard Manciet, auteur notamment du “triangle des Landes” aux éditions de l’atelier in 8,
Jacques Sargos “histoire de la forêt landaise” aux éditions L’horizon chimérique, gros bouquin de 559 pages
et aussi Jean Thore “Promenade sur les côtes de Gascogne” aux éditions Pyrémonde, 1ère édition en 1811.

Article de Jean-François GLEYZE paru dans la revue d’ornithologie de terrain “Le Casseur d’os” du Groupe Ornithologique des Pyrénées et de l’Adour (GOPA) (vol. 11 – 2011, pp. 161-165) – Un numéro par an, disponible par abonnement des adhérents avec le bulletin de liaison – Nota : certains  numéros se vendent à la libraire Elkar à Bayonne. Fondé en octobre 2000, le GOPA a pour vocation l’étude des oiseaux sauvages et de leurs milieux naturels dans les Pyrénées et le Bassin de l’Adour.

Auprès des Pics noirs, de l’automne au printemps

Résumé – Le Pic noir Dryocopus martius, poursuivant son expansion vers l’ouest de la France, est observé dans le sud des Landes depuis près de 10 ans sans preuve de nidification. Un mâle et une femelle présents sur Ondres à trois kilomètres du cordon dunaire sont suivis d’octobre à mai. Les loges des deux comparses sont séparées de 200 mètres dans un secteur où figurent d’autres logis. Le couple observé se rencontre fréquemment et semble beaucoup plus sociable que la littérature ne le laisse entendre. Au printemps, le couple abandonne les deux cavités hivernales et est retrouvé à 1,5 km avec une nouvelle loge qui sera celle de la nidification. Quatre naissances sont constatées et les six individus quittent le cottage au premier envol des jeunes et n’y reviennent pas. Pour les loges, il semble que la recherche de pin mort soit privilégiée, en évitant ceux utilisés pour la recherche alimentaire. Les prochaines années mériteront un suivi pour confirmer ou non cette récente implantation.

Cinq périodes : Décor : forêt d’Ondres (sud des Landes), à 3 km de la plage. Dominante pins maritimes, chênes lièges et chênes pédonculés.

1) Les retrouvailles (octobre – novembre 2010)

Après avoir vu un mâle et une femelle plusieurs fois au mois de mai, je retrouve deux Pics noirs (les mêmes ?) fin octobre au même endroit. Nombreux pins morts, sur pied ou au sol, certains criblés de cavités, d’autres debout tels des hallebardes dressées vers le ciel.

25/10 : les deux compères aux costumes anthracite apparaissent. Petits gloussements, une dizaine d’arbres visités. Le mâle rejoint la loge, agrippé à sa base, incline la tête à l’intérieur une quinzaine de fois, hésite encore, semble tendre l’oreille et finit par entrer. Il est 19h17. Un bec sort de la lucarne à deux ou trois reprises. La femelle qui a visité la seconde loge à moins de 50 mètres repart. 19h17 : une chouette hulotte se pose sur un chêne liège. C’est la première fois que je vois un Pic noir rejoindre sa maison. C’est le début d’une épopée de plusieurs mois.

04/11 : mâle et femelle, chacun à sa loge quand un 3ème individu (inconnu) se pose entre les deux bâtisses (17h52). Madame sort et rejoint l’intrus. Le mâle observe de sa vigie mais reste au poste. 18h02 : madame rejoint ses appartements.

07/11 : en ce dimanche pluvieux, le mâle approche de son vol chaloupé et se pose sur un grand pin sec. Nombreux coups de bec, des morceaux d’écorce se détachent. Le vent siffle à nouveau, Messire pic inspecte encore trois pins avant de rejoindre son mât, frêle esquif qui tangue avec cette houle ; le pin résistera-t-il ?

10/11 : Après la tempête, le mâle se couche tôt (17h41), aussitôt la femelle s’introduit directement chez son voisin et se retrouve aussi vite exclue par le gentilhomme. La demoiselle frôle à plusieurs reprises l’arbre convoité et se pose 4 ou 5 fois au-dessus de la loge du soupirant. Celui-ci ne daigne pas apparaître. De dépit, la femelle finit par s’éloigner vers l’ouest.

2) Les couche-tôt (décembre, janvier, février 2011)

11/12 : Je finis par trouver le nouveau donjon de madame Pic, distant de 200 mètres de celui du mâle. Cette loge est mieux orientée et ne craindra pas les entrées maritimes. Une deuxième loge, au-dessus, est occupée par un Pic vert femelle. Dès lors, je peux “surveiller” les allers-retours du futur couple jusqu’au printemps. Ils furent d’une fidélité absolue à leur logis. Avec l’hiver qui approche, ils rejoignent leurs appartements de plus en plus tôt. Ils arrivent le plus souvent une demi-heure avant le coucher, inspectent une dizaine de pins (en majorité des pins secs), le tout accompagné de coups de pioche, de pauses. Quelquefois, ils inclinent la tête vers le tronc, semblent écouter le pouls de l’arbre, une langue harpon récupérant les précieux insectes. Les deux blousons noirs reviennent en fin de journée presque en même temps, le “kru-kru” annonçant les déplacements dans le bois. Posés, des “khi-khi” s’entendent de temps à autre. Ils semblent se répondre mais d’autres fois on entend ce cri avec un seul volatile sur les lieux. Ces pics sont réputés solitaires, ce qui ne se vérifie nullement ici. Par contre, le plus souvent, chacun inspecte les arbres les plus proches de son logis comme si une frontière invisible les séparait. Après leur coucher, Pics verts et Pics épeiches sont encore actifs, en moyenne une heure de plus.

29/12 : nos deux amis gîtent, aussi je change de secteur quand, passant à proximité d’un pin allumette enrubanné de laurier, deux Chouettes hulottes sortent à grands fracas.

31/12 : le jour se lève, à 8h27. Le mâle montre son minois ; trois minutes après il s’envole vers le nord, le “kru-kru” s’ajoutant une dizaine de secondes plus tard, à proximité de la loge femelle.

12/01 : 16h00, femelle au balcon, le mâle arrive, “kru-kru”, quelques “khi-khi” et se couche rapidement. A 17h35 alors que je reviens d’un secteur voisin, j’entends le cri de déplacement, c’est la femelle qui se pose non loin de sa loge. Des bouts de peau de l’arbre ausculté rejoignent le sol, finalement madame rejoint directement le fût nocturne.

26/01 : 16h30, femelle près de son home, déboule le mâle qui se pose non loin. Celle-ci quitte son perchoir et se retrouve sous le reposoir de monsieur pic. Petits cris, elle remonte et se retrouve à côté du mâle sur la même branche.

3) Incertitudes dans le pignada (février, mars 2011)

23/02 : tournée du jour quand je vois une partie de la sylve piétinée sans vergogne par un “monstre” d’acier. Une rapide enquête m’apprend que le forfait date de deux jours. Je contacte l’agent forestier du secteur qui me donne rendez-vous pour le lendemain matin. Ils sont finalement deux ; mes inquiétudes sont vite dissipées, car si une coupe rase est prévue dans l’année, leur écoute bienveillante et attentive laisse entrevoir des possibilités de report ou de laisser en l’état les pins secs de peu de valeur marchande. Tout là-haut dans le ciel, nous observons deux circaètes de retour d’Afrique.

09/03 : les Pics épeiches sont très actifs, se poursuivant inlassablement.

22/03 : 18h15, loge du mâle, Sittelle torchepot avec brindille au bec devant la cavité. 18h30 : monseigneur arrive et regagne son lit. A un kilomètre de là, une Chouette hulotte quitte son perchoir, chasse à deux mètres du sol, pattes pendantes, grand spectacle.

27/03 : changement d’heure légale

31/03 : temps chaud, 25°C, je reste jusqu’à 19h45, les manteaux noirs ne daignent pas se montrer.

4) Printemps radieux ? (avrile, mai 2011)

05/04 : présent sur les lieux jusqu’à 20h50 et même si le coucou avec sa queue relevée offre de belles observations, il faut bien se rendre à l’évidence : zéro Pic noir à inscrire sur le carnet. Il est temps de quitter les sombres dentelures des pins. A présent, plan d’urgence, je suis prêt à écumer cet océan de verdure de Tarnos à Capbreton ! Depuis les deux donjons, j’élargis mes recherches par des cercles un peu plus grands à chaque fois. Mais pas le moindre klaxon de “Citroën traction avant” ne se fait entendre !

07/04 : 19h30, dans un semis de jeunes pins, un “kru-kru” familier me redonne espoir.

10/04 : alors que la sittelle a élu domicile à l’ancienne loge du mâle, je poursuis mes recherches plus loin, à Labenne. Les pins maigrichons font place à des sujets plus âgés, quand au détour d’un chemin, à 1,5 km des anciennes citadelles, apparaît un résineux sec au tronc lisse, seul au milieu de cette palette verte. Je me poste assez loin et contourne le candidat. Joie, à plus de quinze mètres de hauteur, je vois une forme ogivale telle une icône, plein est, bien abritée des intempéries. Décidément le pin sec semble la référence en matière de logis (assez logique, ils osnt sûrement plus facile à forer que des arbres sains avec leur résine collante). Excitation et attente fébrile, 18h20, la femelle sort et se recouche rapidement. A 19h37, le mâle prend le relais. Le temps de la couvaison est venu, j’ai enfin trouvé l’arbre totem !

12/04 : la femelle est à l’écran, puis redescend à chaque fois, lentement, avec précaution, en tournant la tête vers la droite.

15/04 : 19h44, une sittelle devant la chambre nuptiale, chassée par la femelle. Léger “kru-kru” derrière moi, femelle visible à nouveau, le mâle se rapproche, la compagne file rapidement, le conjoint vient couver pour la nuit, il est 20h30.

30/04 : les deux “époux” se succèdent, à 20h05 le mâle plonge de la maisonnée vers un pin à une trentaine de mètres. Surprise : en fait il déloge un écureuil qui descend à toute vitesse de sa tour.

11/05 : retour de vacances, 17h00, je retrouve l’ondulation des vertes cimes et suis bien caché derrière les fougères qui ont beaucoup grandi, et voilà qu’un bec ouvert émerge à peine de l’ouverture (le petit a donc au moins 15 jours s’il parvient à escalader), puis disparaît, un autre déborde sur la droite. 18h14, papa pic arrive, deux têtes hirsutes bourdonnantes surgissent aussitôt, transformant un instant la paisible cavité en ruche. 18h40 maman pic se présente aussi au nourrissage. Le père, tout proche, avec des petits cris aigus.

13/05 : 18h50, le mâle apporte le repas, je compte trois “loupiots”.

14/05 : 17h25, apparition de la mère, tout petit “khi”, le père suit, ils restent proches l’un de l’autre plus d’une demi-heure. 18h11, le mâle arrive pour la becquée, cette fois j’en vois quatre ! (2 femelles, 1 mâle et 1 indéterminé). A 19h20, mère Pic noir assure le couvert, rentre dans la chambre et en bonne fée du logis en ressort presque deux minutes plus tard avec les sacs fécaux dans le bec.

18/05 : à mon arrivée deux bambins avec la tête en avant préfigurent un départ imminent. 17h30, le bon papa est là, le petit mâle tête bien dressée avec deux doigts qui dépassent. Le père s’éloigne et semble appeler à plus de cent mètres. Le petit répond avec des cris qui me surprennent (j’ai cru entendre un torcol au début) ; ces palabres se poursuivent, tandis que papa pic tambourine.

5) Un grand vide (mai, juin 2011)

21/05 : malgré deux passages dans l’après-midi et en fin de soirée, le logis demeure silencieux. la famille a déménagé me laissant, déjà, avec mes souvenirs.

24/05 : longue attente, 21h00, toujours pas le moindre Pic noir, je quitte le manoir, penaud ; 21h45, le soleil rougeoyant embrase l’horizon, quatre engoulevents font retentir leur note étrange sur deux tons, tandis que monte la rumeur de l’océan.

28/05 : retour vers les loges d’hiver : rien. Pris le chemin de la loge parentale, j’entends à plus de deux cent mètres un Pic noir jusqu’à 21h30 puis silence.

03/06 : vers midi, retour sur Labenne, un Pic noir adulte non loin de la loge rôde dans le coin.

05/06 : avec mon fils Hugo, longue prospection dans un autre secteur de Labenne. Point de Pics noirs, mais plusieurs arbres indiquant des lieux de nourriture. Ce 5 juin marque la 61ème sortie dans la pinède consacrée aux grimpeurs noirs à la marque rouge.

Remerciements : Ils s’adressent à ma petite famille (mes deux enfants et mon épouse) qui m’ont accompagné de nombreuses fois, à Michel FARGES (qui a filmé avec moi les loges et leurs occupants), M. BASSIDEY et son supérieur M. FOURNIER, agents de l’ONF, pour leur diligence et leur écoute, Jean-Louis GRANGE pour ses conseils et la relecture de cette note.

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