Au milieu de la vallée des Aldudes

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16 au 18 juin 2017
Nathalie Marie, kinésithérapeute et professeur de yoga-pilates – groupe : Nathalie & Grégoire, Fabienne, Thomas, Cathy & Jean-Louis, Malika, Mirentxu et Alexandra

Aldudes

Week-end Bien-être – Yoga / Training / Pilates

“En harmonie avec la nature – Je respire donc je suis… Au milieu de la vallée des Aldudes”

Nathalie a bien fait les choses : elle a choisi pour le groupe une maison grande, agréable et chaleureusement aménagée, avec un heureux mélange de traditionnel et de moderne, dans un environnement calme, verdoyant et bucolique. Notre unique proche voisin est un troupeau de brebis vaquant à ses occupations entre la bergerie et les pâturages alentour. Jean-Louis et moi sommes arrivés dès le vendredi matin, fermement décidés à faire une belle randonnée, mais la météo a freiné notre enthousiasme : un brouillard épais plonge les cimes dans une terne humidité, on n’y voit goutte à une dizaine de mètres. Deux chevaux à l’allure fantomatique errent à pas lent, tirant sur un brin d’herbe de ci, de là. Un oiseau pousse régulièrement sa chansonnette, indifférent à la brise qui chasse et ramène tour à tour les nuages sur un paysage insensiblement éclipsé puis dégagé. Comme toujours dans ces cas-là, je me concentre sur le petit monde des fleurs et des insectes, tout de même actifs en dépit de cette ambiance fraîche et humide. – Photos : Vallée des Aldudes au petit matin – Chevaux dans la brume – Reflets –

Bruant chanteur ?

Le premier objet de ma curiosité est une toile perlée de gouttes où l’araignée guette, tapie au fond d’un cône tissé serré comme une ouate fine. Il s’agit d’une Agelenidae, famille dont les toiles sont à retraite tubulaire, et peut-être plus précisément l‘agélène à labyrinthe(Agelena labyrinthica). A chaque fois que j’approche mon objectif, elle se carapate dans les profondeurs sombres de son antre, et je heurte l’entrelacs de ses rais tendus entre les épines d’ajoncs, les herbes ou les fins rameaux de bruyère. Tout le week-end je me suis escrimée à saisir la belle, toujours plus rapide que moi, et si je rusais, tentant de zoomer depuis une faible distance, c’est mon appareil qui me jouait des tours, faisant le point sur les lieux d’accroche des fils ou bien la graminée qui traversait le fragile édifice juste devant l’orifice. Toutes les toiles sont différentes, mais toutes obéissent au même principe du cône placé opportunément en un site où la végétation se fait plus dense et concentre le moindre frémissement des extrémités lâches et souples. Le garde-manger est placé devant l’entrée, les insectes piégés promptement immobilisés par une injection de venin inoculé par ses chélicères (crochets), puis entreposés dans une poche de voile translucide.

La grande particularité de la toile des Agélènes est donc de disposer dans un coin d’une sorte de tunnel dont l’entrée a la forme d’un petit entonnoir. Ce cylindre de soie, encore plus épais que la nappe, mesure plus d’une dizaine de centimètres de long pour 2-3 cm de diamètre. C’est au sommet de celui-ci que l’araignée monte la garde, prête à bondir à la première chute de proie. Cet espace abrité sert de salle de repas et, plus tard, de chambre nuptiale. Le fond de son tunnel est bâti pour permettre une fuite rapide vers les herbes supportant la toile. C’est donc un tunnel ouvert vers le sol, un toboggan dont l’issue est camouflée à la fois par la nappe et par l’enchevêtrement d’herbes, de feuilles ou de branches qui constituent son embouchure.

Dès qu’un rayon de soleil perce la masse nuageuse, la nature constellée de perles d’eau, miroirs courbes où se mire la nature, s’illumine de mille feux. En bordure du chemin, de timides petites orchidées blanches en bouquet tirent une langue verte étroite et longue en courbant leur corolle caractéristique alourdie par les gouttes plaquées ou suspendues à leurs pétales. Elles s’appellent soit Platanthera chlorantha soit P. bifolia, ces deux espèces différant uniquement par leurs loges polliniques, divergentes pour la première et parallèles pour la seconde : a priori, d’après la photo, je pencherais pour P. bifolia. Selon le site en lien, le platanthère à deux feuilles est l’une des orchidées les plus connues en Finlande en raison de ses très belles fleurs odorantes (vanille). Il fleurit au cœur de l’été et émet son parfum la nuit pour attirer les papillons de nuit pollinisateurs à longue trompe. Il vit en pleine lumière ou à mi-ombre, il est indifférent à la nature du sol. On le rencontre dans les prairies humides, les pelouses, les bois clairs. Il est interdit de le cueillir en Finlande, mais il n’y a pas de mesure de protection en France.

Plus loin au contraire, des digitales dressent leur grande hampe aux fleurs pendantes rose vif au-dessus d’un tapis dense de fougère aigle. Je me suis mise à herboriser, photographiant la diversité des fleurs de toutes les couleurs qui s’offrent à ma vue, épargnées en ce début d’été des méfaits d’un pâturage trop intensif. De rares papillons volètent, quelques belles mouches aux reflets métalliques se posent ici et là pour la séance de toilettage et des bourdons pressés foncent dans un vrombissement grave. Après le pique-nique, nous redescendons dans la vallée tandis que le temps se dégage et que le soleil estival commence à chauffer, dissipant les nuées.

Digitales
Digitale
Raiponce ?

Gaillet odorant ?

Lotier corniculé

 

Une buse s’est affalée au sommet d’un arbre et elle s’est mise à piauler, injuriant copieusement vers les quatre points cardinaux, en simplement tournant la tête sur le souple pivot de son cou. La buse variable est très active, souvent en vol à découvert, planant sur les champs et les forêts, mais elle passe aussi de longs moments posée en hauteur. Elle s’alimente de petits mammifères qu’elle chasse au sol, et elle agrémente son menu d’oiseaux, de reptiles, de batraciens et d’insectes. La majeure partie des proies est capturée après avoir été localisée à vue, en volant en cercles à basse altitude, mais aussi à des distances d’une centaine de mètres. Elle a peut-être la vue la plus perçante de tous les oiseaux de proie. La buse variable est sédentaire et très territoriale. Un couple établi sur un territoire y restera toute sa vie. En février, les vols nuptiaux s’intensifient et continuent en mars. Ce sont des successions d’ellipses, planés et descentes en piqué, réalisés en couple. Les cris que j’entends ne correspondent donc pas à des chants nuptiaux. Comme l’aigle et le milan, la buse fait partie des oiseaux ignobles, c’est-à-dire des oiseaux de proie qui ne se laissent pas dresser pour la chasse au vol. Selon son étymologie, à la fin du XIVe siècle, ce terme signifiait « qui n’est pas noble, roturier » (E. Deschamps, éd. Queux de Saint-Hilaire et G. Raynaud, t. 9, p. 241) et son sens dériva au XVe siècle en fauconnerie pour qualifier les oiseaux rétifs à la domestication, tels que la buse, le milan, l’aigle (Traité de fauconnerie, p. 39, Martin-Dairvault ds Gdf.)A ce propos, un très joli film est passé récemment sur la domestication d’aigles pour la chasse en Mongolie, dans l’Altaï, “La jeune fille et son aigle”.

Buse variable (ainsi nommée à cause de son plumage de couleur variable)

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