Baronnies – Vautours

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26 avril au 2 mai 2015
Guide : Dimitri Marguerat – Participants : Cathy & Jean-Louis, Antoine (belge), une Bourguignonne, un Parisien

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poignet dinospP1460050Jeudi 30 avril, nous mettons le cap au nord, en direction de Rémuzat et du petit village voisin de Saint-May dont les alentours sont ainsi décrits par Dimitri sur son programme. “C’est le deuxième site de France quant à l’importance de la colonie de Vautours fauves réintroduits. Le Vautour moine est bien présent, ainsi que le Vautour percnoptère. Le Gypaète barbu fait aussi de belles apparitions depuis son site de réintroduction du Vercors sud, situé à quarante kilomètres au nord ! Circaète Jean-le-blanc et Aigle royal fréquentent quotidiennement le secteur. De nombreux passereaux peuplent le plateau Saint Laurent situé dans la Drôme provençale que l’on pourrait aussi appeler “Provence préalpine” ! Le chamois est présent et régulier.” Un panneau à l’entrée du parc naturel des Baronnies provençales apporte les précisions suivantes. Après un siècle d’absence, les vautours survolent de nouveau le massif des Baronnies. Ces immenses rapaces, strictement charognards, avaient disparu suite aux multiples persécutions humaines dont ils faisaient l’objet (empoisonnement, tirs, dénichages…). L’association Vautours en Baronnies* a mené à bien de 1992 à 2001 la réintroduction du vautour fauve, opération dont la réussite a conduit le vautour percnoptère à revenir spontanément s’installer. Depuis 2004, c’est le vautour moine qui fait l’objet d’une réintroduction dans le ciel Baronniard. Ces oiseaux survolent les Préalpes du Sud à la recherche de cadavres issus de l’élevage et de la faune sauvage, sur un domaine vital qui s’étend sur plus de 8000 km², et dont le coeur se situe dans les gorges de l’Eygues. Ils adoptent un comportement grégaire pour la recherche de la nourriture et se reproduisent en colonies dans les falaises et forêts situées à proximité des Gorges. – Photos : Ci-dessus, Dimitri, bras écartés, donne une idée de l’envergure spectaculaire du vautour fauve – Ci-contre, Rémiges primaires et secondaires – Schéma : De gauche à droite les «mains» de Segisaurus (Dinosaure théropode «primitif»), Allosaurus (grand dinosaure carnivore de la période Jurassique), Velociraptor (dinosaure théropode Cœlurosaurien à plumes), Archaeopteryx (oiseau «primitif») et Columba (oiseau moderne). Le registre fossile et l’anatomie comparée nous montrent la continuité existant entre les membres antérieurs des dinosaures théropodes et ceux des oiseaux modernes. –

(*) Actualités de l’association Vautours en Baronnies : Le 30 septembre 2015, le président de l’ACCA (Association communale de chasse agréée) de Saint-Sever (Landes) a signalé au centre de soins Alca Torda la présence d’un rapace dans un champ de maïs. Il s’agissait d’un jeune vautour moine d’une envergure de 2,90 m qui a pu être capturé sans problème par le responsable et les bénévoles du centre, rompus à la manipulation d’oiseaux. Il a été recueilli à Pouydesseaux avant d’être transféré dans la Drôme où se déroule un programme de réintroduction du vautour moine.

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ailesSitôt garé, Dimitri nous met dans l’ambiance en retirant du coffre de sa voiture des plumes de vautour fauve qu’il nous décrit soigneusement. Posée à plat sur sa main, une rémige primaire montre son bord d’attaque plus étroit que son bord de fuite, ce qui permet de distinguer si elle provient d’une aile droite ou gauche : comme nos mains, les plumes sont symétriques par rapport à l’axe du corps. Celles-ci sont fixées sur les trois doigts des membres antérieurs dont l’évolution montre l’origine dinosaurienne des oiseaux qui est également confirmée par d’autres caractéristiques anatomiques. pP1460053Les rémiges secondaires sont fixées sur le radius et le cubitus, dont la longueur est équivalente à celle de son avant-bras, le canard possédant, en sus, des rémiges tertiaires sur l’humérus. Chez le vautour, leur renouvellement s’effectue tous les trois ans, alors qu’un passereau mue deux fois par an. – Pendant ces explications, des guépiers passent, ils sont en migration vers leur site de nidification plus au nord -. Quant aux os des oiseaux, poursuit-il, ils sont pneumatisés : ils contiennent des sacs aériens (airbags) dans les creux ménagés sur toute la longueur (ils n’ont pas de moelle). Cette propriété a été mise à profit par les humains d’époques préhistoriques pour fabriquer des flûtes à partir d’os de vautour (à Isturitz en Pays basque) ou de cygne* (en Allemagne). Une telle structure alvéolée ne fragilise pas les os, mais au contraire leur procure une rigidité supérieure (une barre de fer pleine est plus facile à tordre qu’une creuse). Elle est rendue nécessaire car les plumes fixées aux os par des ligaments opèrent une forte traction lors du vol. En outre, elle permet une meilleure efficacité du cycle respiratoire qui est sans doute le plus sophistiqué de tous les animaux. Il faut en effet deux cycles complets pour que l’air circule dans tout l’appareil respiratoire. La première inspiration fait passer l’air (extérieur) au premier sac (postérieur). La première expiration fait passer l’air de ce sac jusqu’aux poumons. La seconde inspiration fait passer l’air des poumons au sac antérieur et la seconde expiration amène l’air du sac antérieur à l’extérieur du corps. Cette mécanique permet de toujours avoir de l’oxygène disponible. – Photos : Ci-dessus, Vautour moine au sommet d’une falaise des Baronnies – Ci-contre, Radius et cubitus de vautour fauve – Schéma : Membres antérieurs comparés –

(*) Flûtes : En septembre 2008, des objets d’art remontant à 35 000 ans ont été découverts dans la grotte de Hohle Fels dans le Jura souabe (Bade-Würtemberg) en Allemagne : une statuette de femme aux formes particulièrement arrondies, une série de morceaux de flûte en os et en ivoire appartenant à plusieurs instruments. Le morceau de flûte le mieux conservé mesure 22 centimètres de longueur. L’instrument a été taillé dans un os de vautour et comporte cinq trous. A l’extrémité, une encoche servait manifestement à placer les lèvres. Les archéologues ont remarqué de fines entailles au droit de chaque trou et supposent qu’il s’agit de marques ayant servi au fabricant à repérer les endroits où devaient être réalisées les perforations. Une autre flûte, réalisée dans un os de cygne, plus petite, ne comportait que trois trous. Les autres fragments, de flûtes également, étaient taillés dans l’ivoire d’une défense de mammouth. Ces créations n’ont pas été formellement attribuées à l’homme moderne car en Europe, à cette époque, vivait également l’homme de Neandertal qui, toutefois, ne semble pas avoir été en mesure de les fabriquer selon ces procédés, même s’il n’est pas exclu qu’il ait joué de la musique.

pP1460054pP1460060Nous observons un bouquet vigoureux de gui sur un arbre fruitier. Cette plante parasite a des feuilles vertes persistantes qui révèlent sa capacité à utiliser la fonction chlorophyllienne pour capter l’énergie solaire grâce à laquelle elle fabrique les sucres et les protéines qui lui sont nécessaires. Ainsi, ses suçoirs ne ponctionnent presque que la sève brute (eau et sels minéraux) de l’arbre hôte, ce liquide nutritif ne couvrant qu’une partie de ses besoins pour sa croissance. Ce parasite oblige l’arbre prédaté à développer ses défenses, cela fait partie de la sélection naturelle. Des études ont montré que des variétés de peupliers résistantes au gui synthétisaient autour du suçoir primaire des polyphénols de type flavonoïdes (les pigments du raisin noir sont également des flavonoïdes) : ils induisent le développement d’une zone périhaustoriale qui isole le suçoir et bloque son développement. Il a également été observé que le gui semble parasiter plus facilement des arbres ayant perdu de leur vitalité du fait d’épisodes de sécheresse ou d’attaques par les insectes. On peut supposer que, chez ces arbres affaiblis, la mise en route des mécanismes de défense soit moins rapide ou qu’ils soient moins forts. Une autre explication serait que, ces arbres étant moins densément feuillés, le Gui ait plus facilement accès à la lumière. Alors que les baies sont rares en hiver, peu d’oiseaux consomment celles du gui : ce sont essentiellement la grive draine et la Fauvette à tête noire, dont ce n’est pas la nourriture exclusive. La mésange bleue, au contraire, consomme uniquement les embryons chlorophylliens semés par la grive et la fauvette, limitant en cela la dissémination du parasite. – Photos : Gui – Lavande – Ci-dessous : Erosion à la base de la montagne face à notre promontoire d’observation des vautours –

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pP1460056Il y a deux méthodes pour connaître l’âge du gui. Le suçoir primaire de forme conique s’enfonce profondément dans la tige jusqu’au bois, sans pouvoir pénétrer le tissu ligneux. Toutefois, l’accroissement du bois en épaisseur par la formation de cernes annuels finit par englober plus profondément ce suçoir qui émet des ramifications latérales qui se divisent à leur tour. Le décompte de ces cernes permet de déterminer l’âge de la touffe qui peut atteindre trente-cinq ans. Par ailleurs, un an après sa germination, le petit gui possède une tige courte munie de deux feuilles surmontées de plusieurs bourgeons axillaires. La deuxième année, généralement, deux bourgeons axillaires opposés se développent (le bourgeon terminal avorte), donnant naissance à deux nouveaux rameaux, eux-même terminés par une paire de feuilles. Ce phénomène de ramification dichotomique* se poursuit la troisième année et ainsi de suite, si bien que pour connaître l’âge d’un rameau de gui, il suffit de compter le nombre d’articles le long de celui-ci. – Photo : Lavande –

pP1460065pP1460066(*) La fausse ramification dichotomique du gui: La véritable ramification dichotomique est répandue chez les algues (ex. Dictyota dichotoma, une algue brune), assez fréquente chez les ptéridophytes (lycopodes et sélaginelles), mais exceptionnelle chez les plantes à graines (gymnospermes et angiospermes). Le palmier doum, les pandanus, les dragonniers, trois genres de monocotylédones, sont les exemples les plus couramment cités. Chez ces espèces, la cellule apicale ou le méristème apical se scinde régulièrement en deux, d’où la ramification dichotomique observée. Chez le gui, le mécanisme de ramification “dichotomique” est en réalité différent des cas (rares) cités ci-dessus, dans la mesure où le bourgeon terminal avorte au bout d’un an, laissant place à deux bourgeons axillaires qui prennent le relais. Ce type de croissance (qualifiée de sympodique) est en fait relativement fréquent chez les Angiospermes (Lilas, Caryophyllacées, etc.). – Photos : Patte de vautour fauve – Erosion –

Nous nous tournons vers une orchidée, l’ophrys petite araignée ou ophrys litigieux (ophrys araneola). Le genre Ophrys, comme beaucoup d’autres plantes à fleurs, a besoin d’insectes pour la pollinisation mais ce genre a adopté une stratégie tout à fait remarquable consistant non pas à offrir du nectar comme récompense, mais plutôt à utiliser un leurre par mimétisme visuel ou olfactif. pP1460069Le genre en est devenu dépendant et chaque espèce n’a co-évolué quasiment qu’avec une seule espèce d’hyménoptère, abeille sauvage ou guêpe solitaire. L’ophrys attire l’insecte mâle par la forme, la couleur et même la pilosité de son labelle. Il y ajoute l’émission de phéromones sexuelles d’une femelle réceptive, puis, une fois la pollinisation réussie, émet les phéromones sexuelles d’une femelle fécondée ! Les Ophrys sont toutefois dotées d’une flexibilité évolutive, c’est-à-dire qu’elles sont capables d’attirer parfois plusieurs pollinisateurs, ce qui leur permet de ne pas risquer de disparaître en cas de raréfaction ou disparition de leur pollinisateur attitré. Cette pollinisation croisée peut entraîner ainsi l’hybridation entre diverses espèces d’Ophrys (lorsqu’elle est possible). Il ne s’agit pas vraiment d’une coévolution, puisque l’Ophrys agit en “parasite” de l’instinct sexuel de ses pollinisateurs qui sont trompés et ne retirent aucun bénéfice net de leurs interactions infructueuses avec ces fleurs-insectes. L’orchidée s’adapte continuellement à l’insecte, et cette relation est strictement unilatérale. – Photo : Bec de vautour –

pP1460072La spécificité des interactions Ophrys-pollinisateurs repose principalement sur la chimie des parfums floraux. C’est donc un cas de mimétisme chimique et les fleurs des Ophrys émettent exactement les mêmes composés chimiques que ceux utilisés par les femelles d’insectes pour attirer les mâles au cours de la période de reproduction qui peut durer plusieurs semaines. Il s’agit donc, pour l’Ophrys, de fleurir à un moment de l’année qui correspond globalement à la période reproductive de son/ses pollinisateur(s). Cependant, les phénomènes d’apprentissage olfactif de la part des pollinisateurs font qu’un mâle trompé par une orchidée aura tendance à ne plus visiter la même fleur. Par conséquent, au terme d’une saison de reproduction, les fleurs situées en bas des inflorescences sont parfois davantage porteuses de fruits que les autres situées sur le même individu, mais au-dessus, épanouies plus tardivement. pP1460057Pour qu’une pseudocopulation soit fructueuse, il faut tout d’abord que la fleur émette un parfum qui attire l’insecte à distance (parfois plusieurs mètres). Une fois à proximité de la fleur (moins de 10 cm), l’insecte perçoit les couleurs du labelle et du périanthe. Lorsque le pollinisateur entre en contact avec la fleur, il est guidé tactilement par une pilosité de surface qui lui fait prendre une position particulière (céphalique ou abdominale) au cours des pseudocopulations. La pilosité de surface stimule également l’insecte et permet de prolonger l’effet des parfums et des couleurs pour déclencher une véritable tentative d’accouplement sur le labelle. Enfin, il est nécessaire qu’il y ait une étroite correspondance de taille entre le pollinisateur et la fleur pour que le prélèvement (ou le dépôt) des pollinies puisse se produire. L’espèce pollinisatrice de l’Ophrys petite araignée serait l’Andrena combinata (ou l’Andrena lathyri). Parmi les orchidées de France métropolitaine, une orchidée sur six est en voie de disparition et figure sur la liste rouge des espèces menacées de France. Par ailleurs, plus de 70 % des cultures (dont presque tous les fruitiers, légumes, oléagineux et protéagineux, épices, café et cacao, soit 35 % du tonnage de ce que nous mangeons) dépendent fortement ou totalement d’une pollinisation animale. 25 % des cultures pourraient s’en passer, mais il s’agit essentiellement de blé, maïs et riz. – Photos : Crâne de vautour – Pollinies de l’ophrys qui sont venues se coller sur la brindille que Dimitri a fait peser sur le labelle – Ci-dessous, vautour fauve –

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pP1460075Un coucou chante dans le lointain. En observant les larges spirales d’un vautour fauve qui met à profit la colonne d’air chauffée par le promontoire rocheux qui surplombe Rémuzat, nous apercevons bien plus haut la silhouette élancée d’un martinet à ventre blanc, le plus grand des martinets, qui chasse les insectes volant en altitude. Tout près de nous, les drupes (fruits à noyau) du nerprun alaterne sont encore rouges. Elles deviendront noires en mûrissant, ce qui explique l’étymologie de ce nom issu du latin populaire “niger prunus“, prunier noir. Dans les garrigues méditerranéennes, il pousse en buissons serrés contre ceux du buis. Dimitri nous rappelle que le vautour fauve réintroduit depuis 20 ans avait dû son expansion à l’extension du pastoralisme : cette dépendance lui a coûté la vie, la déprise agricole étant accompagnée de l’extermination par le fusil et le poison. En une trentaine d’années, entre 1920 et 1950, il a fini par disparaître des Alpes, des Cévennes et de la Provence et seule une petite colonie subsistait alors dans les Pyrénées, en vallée d’Ossau où l’activité traditionnelle du pastoralisme était maintenue, de même que sur l’autre versant espagnol. Sa réintroduction réussie a permis de faire remonter la population de 60 couples à 700 en 30 ans (il y en a 25 000 en Espagne), tandis que celle du gypaète barbu ne passait que de 15 à 45 couples (80 en Espagne) durant la même période. En 1975, ces espèces ont changé de statut, de nuisibles elles sont devenues protégées grâce à l’action de quelques ornithologues très passionnés et influents, dont les frères Michel et Jean-François Terrasse. – Photo : Nerprun alaterne –

pP1460089Cette réintroduction débute dans les Cévennes où ces derniers possèdent une grosse propriété familiale près de Millau. Ils collectent quelques vautours dans les zoos et tentent de les acclimater directement, mais c’est un échec. Dimitri relate cette aventure dont Jean-Louis et moi avions appris tous les détails lors de notre séjour avec lui dans cette région en 2014. Ils installent une volière dans la vallée de la Jonte et dès l’automne 1981 débute une première période nuptiale, avec 12 individus relâchés qui sont déjà unis en couples. Michel Terrasse réalise un film sur la première naissance, très médiatisée, d’un oisillon prénommé Bouldras, du nom cévenol du vautour. La réintroduction de Rémuzat se produit depuis une vingtaine d’années, des tentatives ont lieu près de Montpellier où c’est un échec, près de Nice, près du Vercors… L’objectif, c’est de reconnecter les Alpes avec les Pyrénées. A l’exemple de la France, l’expérience se poursuit en Italie, en Suisse et dans le reste de l’Europe. Des carcasses sont collectées pour soutenir ces colonies puisqu’il y a moins d’élevage : il n’y a que quelques dizaines de milliers de brebis en Provence (500 000 au Pays basque). Par conséquent, au contraire d’une dégradation des sols engendrée par le surpâturage, on assiste en Provence à la recolonisation des reliefs montagneux par la végétation sauvage. Mais, ainsi que nous le fait remarquer Dimitri, il faudra du temps avant qu’elle atteigne le stade de la plus ancienne forêt primaire d’Europe, située en Pologne, et inscrite sous le nom de forêt de Bialowieza sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en tant que réserve de biosphère. Des bisons y ont été réintroduits en 1929 pour qu’ils puissent y vivre en liberté. – Photo : Vautour fauve –

pP1460077Avec ces réintroductions, les médisances reprennent, des doutes sont émis sur le comportement des vautours : seraient-ils capables d’attaquer le bétail, s’en prendraient-ils aux femelles en train de vêler, les troupeaux seraient-ils mis en danger par ces oiseaux qui se convertiraient, de purs charognards, en prédateurs ? Les chasseurs demandent à pouvoir les tuer, ou du moins réguler leur population, par une requête qui est émise en 2009 dans les Pyrénées atlantiques. Mais le début des contestationsremonte à plus loin. Les premières plaintes relatives à des interactions de vautours fauves sur le cheptel domestique apparaissent dès 1990 dans les Pyrénées françaises. Le nombre de ces réclamations est stable jusqu’en 2005, mais il progresse en 2006 et augmente de manière significative en 2007. En effet, cette date est marquée par l’irruption de la maladie de la vache folle. L’Espagne applique de manière très stricte la décision de la Commission européenne imposant aux Etats membres un dépistage systématique de tous les animaux morts en exploitation. pP1460090Les “muladares”, décharges où les éleveurs déposaient leurs animaux morts, ne reçoivent plus que les viscères et des poissons et ils sont remplacés par un système d’équarrissage industriel fort lucratif. Les vautours, dont les effectifs étaient passés de 7529 couples en 1989 à plus de 20 000 en 1999 avec le développement de gros élevages porcins outre Pyrénées, sont réduits à la famine, rôdant par toute l’Europe en quête de nourriture. – Photos : Fleur ? – Buis –

pP1460092Qui plus est, les races traditionnelles de bovins pyrénéens ont été remplacées à 95% par la Blonde d’Aquitaine, issue de la fusion en 1962 de trois races du Sud-Ouest qui étaient essentiellement utilisées pour le travail des champs, la Garonnaise, la Quercy et la Blonde des Pyrénées. Affligée de 11% de vêlages difficiles, elle est moins adaptée au milieu montagnard et devient la cible des rares cas d’interventions ante-mortem des vautours avérés par les quelque 80 vétérinaires désignés par le préfet, sachant que les principales attaques sur le bétail sont effectuées par des chiens errants qui causent un nombre de dommages supérieur à ceux attribués aux vautours fauves. Dimitri nous montre, pièces à l’appui, qu’un vautour est incapable de s’accrocher au dos d’un bovin, ses pattes ne sont pas préhensiles. pP1460096Il ne peut intervenir que si la bête est couchée (ou coincée entre deux rochers comme cela a pu être le cas pour des brebis), et uniquement avec son bec qui ne peut déchirer le cuir et qu’il introduit par les voies naturelles. Ce qui a réellement changé – selon une étude effectuée lors d’une thèse -, c’est le comportement des éleveurs qui développent une phobie du vautour davantage fondée sur des rumeurs que sur des faits réels. Il en est de même envers l’ours, le loup ou le lynx qui sont vilipendés. Les éleveurs dressent des patous, gros chiens de races diverses, à dissuader l’approche de quiconque au sein de leurs troupeaux (y compris des randonneurs). – Photos : Fleur ? – Insecte ? –

pP1460101La réintroduction réussie du vautour fauve et celle, en cours, du vautour moine et du gypaète barbu induit le retour spontané du vautour percnoptère. Voici quelques ordres de grandeur: durant son vol plané, le vautour chute progressivement de 0,7 mètre par seconde, pour accélérer jusqu’à 3 mètres par seconde s’il réduit sa voilure (replie un peu ses ailes). Dimitri évoque en comparaison le martinet noir, le plus rapide en vol battu (200 km/h sur de courtes distances), et le faucon pèlerin qui peut atteindre en piqué 400 km/h (vitesse théorique en basse altitude) ou, plus raisonnablement, 130 à 184 km/h (vitesse mesurée). Après le déjeuner, nous apercevons un épervier d’Europe perché sur une corniche au-dessous de la crête. Une Aurore papillonne, sans jamais réellement se poser. C’est un univoltin, c’est-à-dire qu’il n’y a qu’une génération par an dont l’imago (le papillon), à l’issue de sa chrysalide, a une très faible longévité, il butine un peu, mais sa tâche principale est de s’accoupler. Les oeufs seront pondus par la femelle sur les plantes hôtes de la chenille, des brassicacées (crucifères): Cardamine des prés, Cardamine hirsute, ainsi qu’Alliaire officinale, Sisymbre officinal, Moutarde sauvage, Lunaire annuelle, Barbarée commune et diverses plantes voisines. – Photos : Aurore de la Cardamine – Ci-dessous : Vautour fauve –

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