Comtat Venaissin – Etang de Confines

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26 avril au 2 mai 2015
Guide : Dimitri Marguerat – Participants : Cathy & Jean-Louis, Antoine (belge), une Bourguignonne, un Parisien

Le lendemain matin, le temps est maussade, pour ne pas dire franchement humide. Dimitri modifie l’ordre des sorties et nous emmène voir deux étangs. Le premier se situe à l’ouest de Carpentras, sur la commune de Monteux. Il s’agit de l’Espace Naturel Sensible des Confines, également appelé “site Ruggieri”. Jusqu’au début des années 1980, le site appartenait à une famille d’agriculteurs qui pratiquait sur les prairies une activité traditionnelle de fauche et de pâturage extensif ovin et bovin. Les prairies étaient par ailleurs inondées gravitairement par un réseau de fossés alimentés par des prises d’eau disposées sur la Grande Levade. En 1984, la propriété a été rachetée par les établissements Ruggieri (poudres et artifices) et ainsi convertie en site industriel (c’était une zone d’essais pyrotechniques). En raison des importantes inondations de 1992, 1993 et 1994 durant lesquelles les canaux et les digues se sont rompus, l’entreprise a abandonné l’endroit, laissant derrière elle une friche industrielle. Bien que cette dernière activité ait fortement perturbé le site, les richesses naturelles des Confines n’ont pas complètement disparu pour autant. En 1998, la commune de Monteux, consciente de sa valeur, a acheté l’intégralité du site dans l’objectif de le conserver, mais également de le valoriser auprès du grand public. En 2006, les 37,5 ha du site ont été reconnus d’intérêt communautaire au sens de la Directive Habitats – Faune – Flore et inscrits au site Natura 2000 “Les Sorgues et l’Auzon”. En 2011, le site a également intégré le réseau des Espaces Naturels Sensibles du Département de Vaucluse. En 2012, la commune de Monteux s’est associée au Conservatoire d’Espaces Naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur (CEN PACA) afin de mettre en place une gestion conservatoire sur le site. Un premier plan de gestion a ainsi été élaboré pour la période 2013-2017. Photo ci-dessus : Nid de guêpe Poliste accroché à une tige de Cardère sauvage – Carte : Comtat Venaissin –

Sans la mise en place de ces mesures, la conservation de ce riche patrimoine naturel aurait été compromise. L’espace naturel des Confines s’inscrit donc dans le champ d’inondation de la Grande Levade, rivière au lit perché dont l’endiguement date de l’époque médiévale, mais où a toujours subsisté une partie inondée. A dominante prairiale sur l’essentiel de leur surface, les 37,5 ha du site sont remarquables pour le Vaucluse. En effet, malgré les traces encore bien présentes d’une activité industrielle récente, ils offrent une mosaïque originale d’habitats. Les pratiques agropastorales traditionnelles ont permis l’expression d’une flore d’affinité médio-européenne et des espèces halophiles* ont été inventoriées, dont la présence pourrait s’expliquer par la remontée de chlorure le long de la faille de Nîmes. – Carte sismotectonique de la Provence (Jean-Pierre FOURNO) : En rouge, FN Faille de Nîmes, FSC Faille de Salon-Cavaillon, FD Faille de la Durance – Ci-dessous : Cabane d’observation de l’étang des Confines –

(*) Halophile : qui s’accommode ou a besoin de fortes concentrations en sel dans son milieu.

L’inventaire des habitats réalisé par le Conservatoire Botanique National Méditerranéen dans le cadre de l’élaboration du Document d’Objectifs Natura 2000 a mis en évidence la présence sur le site des Confines de quatre habitats d’intérêt communautaire, dont un prioritaire :

  • Les prairies humides méditerranéennes à grandes herbes
  • Les prés salés méditerranéens
  • Les forêts de peupliers riveraines et méditerranéennes
  • Le gazon méditerranéen amphibie halo-nitrophile (qui aime le sel et l’azote)

Ce dernier présente de plus l’originalité de s’exprimer à plus de 100 km de son aire de répartition habituelle, ce qui renforce sa valeur patrimoniale – cette végétation se développe d’ordinaire sur les laisses de mer (“ce qui est laissé par la mer” au gré du flux et du reflux des marées, soit normalement, en l’absence de pollution, essentiellement des algues). Si ce sont les habitats qui ont valu la reconnaissance du site au titre de Natura 2000, sa faune n’est pas pour autant sans intérêt. Bien au contraire, les inventaires ornithologiques réalisés depuis le début des années 1990 ont permis de recenser 143 espèces dont 70 nicheuses, ou ayant niché aux Confines. Parmi les odonates (libellules), 33 espèces sont connues, dont une espèce patrimoniale : l’Agrion de Mercure, espèce protégée au plan européen. A noter également la présence sur le site de la Diane, un papillon ayant fortement régressé dans les plaines méditerranéennes du fait de l’urbanisation et de l’assèchement des zones humides et qui est aujourd’hui protégé au plan européen, ou encore de la Decticelle des ruisseaux, de la famille des sauterelles, orthoptère endémique de la région méditerranéenne. – Photo : Aristoloche à feuilles rondes, plante hôte de deux Thaïs, la Proserpine et la Diane, papillons dont les chenilles sont toxiques, à l’instar de la plante qui les nourrit –

Tout en écoutant ces explications, nous observons le site bien à l’abri de la pluie dans une cabane qui a été construite à des fins touristiques pour servir d’affût. Toutefois, l’étang n’a pas encore atteint son niveau optimal, la société d’aménagement hydraulique ayant fait faillite. Dimitri vitupère contre les concepteurs de ce lieu d’observation dont les ouvertures sont soit trop basses, soit trop hautes : nous avons beaucoup de mal à trouver une position confortable pour guetter les oiseaux aux jumelles ou dans la longue-vue posée sur son trépied. Il évoque la cabane de la Plaine d’Ansot à Bayonne, qui a coûté très cher alors qu’elle est également peu fonctionnelle puisqu’elle a été installée trop loin du plan d’eau. Les aménageurs devraient prendre conseil des ornithologues, les futurs utilisateurs. Dans le bouquet d’arbres qui nous fait face, nous distinguons dans la grisaille un bruant proyer. Un rossignol chante : le jour, c’est pour défendre son territoire, et la nuit, pour charmer les femelles. Avec la présence permanente de l’eau, la roselière a repoussé spontanément. Elle n’héberge pour le moment que des espèces au plumage marron, discrètes, comme la Bouscarle de Cetti, seulement repérables dans ce milieu très fermé à leur chant sonore. Justement, à notre droite s’élèvent les cris grinçants d’une rousserolle effarvatte invisible. Une cisticole des joncs chante, à la fois pour charmer les femelles et défendre son territoire. Elle fait entendre un cri plus bref en dehors de la période nuptiale.– Photo : Grenouille rieuse –

Les oiseaux nicheurs des roselières sont appelés paludicoles. Ils comptent parmi eux les phragmites aquatiques, dont le nom évoque leur lieu de prédilection, les phragmites (roseaux et autres herbes des marais). En cent ans, 80% des zones humides ont été asséchées, provoquant une chute drastique de la faune liée à ces milieux. A force de scruter les alentours, Dimitri finit par repérer des grenouilles rieuses, se tenant quasiment immobiles avec juste la tête hors de l’eau, si l’on peut dire, car la pluie tombe dru maintenant, mais elles n’en ont cure et gardent les yeux grand ouverts. C’est la plus grosse grenouille indigène d’Europe, certains individus dépassant les 130 mm, ceux dont la taille est supérieure à 100 mm étant presque toujours des femelles. Elle est largement répandue de l’Europe au Moyen-Orient, et jusqu’en Chine. En Europe, sa répartition s’est longtemps limitée à l’est et au nord du Rhin, une présence probablement naturelle. À partir de 1970, elle fut d’abord signalée dans des poches isolées d’Europe de l’Ouest et en 1992 elle était dispersée en France, Belgique et Suisse. De nombreuses introductions volontaires ou par négligence ont eu lieu, soit de la part de pêcheurs de grenouilles vertes, soit suite à des évasions d’établissements d’enseignement ou d’expérimentation, et enfin à partir de grossistes stockant les animaux avant de vendre les cuisses dans le circuit commercial. – Photo ci-dessous : L’Aristoloche à feuilles rondes parmi un cortège de plantes de zones humides –

Profitant d’une accalmie, nous marchons jusqu’à une deuxième guérite depuis laquelle nous entendons chanter un gobe-mouche noir et de nouveau une rousserolle effarvatte. Alors que les gouttes de pluie dessinent des ronds à la surface du plan d’eau, nous observons plus loin la prairie humide où poussent dans les confins des Narcisses des poètes aux grandes fleurs blanches. Dimitri évoque une spécificité démographique du Vaucluse. Contrairement à d’autres départements français, il n’a pas subi depuis trente ans d’expansion immobilière généralisée : collines et montagnes ont été épargnées, la végétation sauvage a pu se développer, suite à la déprise agricole, et les pistes n’ont pas été goudronnées. La raison en est simple : le très grand risque d’incendie a été un bon argument contre le mitage du relief, de ce fait, les constructions se font essentiellement en plaine. La chambre d’agriculture déplore cette situation, car l’urbanisation s’effectue au détriment des meilleures terres agricoles, qui étaient pratiquement toutes irrigables en gravitaire au milieu du XXe siècle par des canaux réalisés dès le Moyen-Age au bord des rivières comme la Durance, l’Aygues, l’Ouvèze, les Sorgues et plus récemment au XIXe siècle par transfert des eaux de la Durance par le canal de Carpentras ou des eaux du Rhône par le canal de Pierrelatte. Dans les années 1970, 26% de la SAU (surface agricole utile) demeurait irrigable, mais, comme on l’a vu plus haut, les forages individuels ont commencé à se développer car ils permettaient une irrigation plus régulière, mieux répartie et plus sûre. Suite à l’année de la sécheresse de 1976 qui a marqué les esprits, ces équipements (pompes, aspersion, goutte à goutte) se sont multipliés, de nouveaux secteurs ont pu être irrigués, les Coteaux du Ventoux et du Lubéron, la vallée du Rhône et l’enclave des Papes, alors que le Comtat enregistrait une baisse. Toutefois la SAU irrigable baissa de 10% de 1970 à 2000, tandis que la SAU globale se réduisait de 15%. En 2010, la SAU irrigable enregistra la perte du tiers de sa superficie par rapport à 2000, ceci pour deux raisons, une urbanisation essentiellement sur des terres irrigables et un moindre entretien du réseau gravitaire collectif. – Photos : La flore en bordure de fossé de drainage – Guide ornitho recommandé par Dimitri –

L’infléchissement drastique de cette tendance déclencha un signal d’alarme. “Mis bout à bout, les projets locaux d’urbanisation risquaient de créer à l’horizon 2020 une agglomération Avignon-Monteux-Carpentras, étalant une architecture atypique, dévoreuse de foncier agricole et naturel, zébrée de routes saturées. C’est alors que naquit dans l’urgence en mai 2008 l’association ” Les Sorgues Vertes“, quand une poignée d’habitants d’Althen des Paluds prit connaissance des projets d’extension de certaines communes de la plaine des Sorgues. L’omniprésence de l’eau, exceptionnelle en Provence, avait naturellement, et parfois artificiellement, favorisé sur le territoire une extrême diversité biologique. Avec les dernières étendues vertes de quelque importance entre les deux villes vauclusiennes, risquait de disparaître un territoire remarquable  mais fragile, riche et convoité : le Pays des Sorgues. Pourtant, les inondations y sont fréquentes, causées par la montée des eaux des Sorgues, par les crues torrentielles de l’Ouvèze (qui refluent dans la Sorgue et la font déborder), par la nappe phréatique superficielle qui ne se contente pas toujours d’affleurer. Depuis les années 1980, les préfets de Vaucluse ont déclaré l’état de catastrophe naturelle (sur Monteux, Entraigues, Althen des Paluds ou Bédarrides), au rythme moyen d’une année sur trois. A la différence de la Camargue ou de la Crau, qui s’en rapprochent par leur équipement hydraulique, le Pays des Sorgues bénéficie d’une terre limoneuse et riche, particulièrement favorable à une production agricole de qualité grâce à laquelle le Vaucluse a bâti sa richesse. L’association entretient des liens étroits avec la fédération départementale France Nature Environnement Vaucluse (FNE Vaucluse), l’Union Régionale FNE PACA, les réseaux  FNE (agriculture, biodiversité, santé, énergies…), et elle travaille, avec les Chambres d’Agriculture du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, à promouvoir une agriculture économiquement viable, écologiquement saine et socialement équitable. Dans une  démarche d’échange et de construction avec les collectivités territoriales, l’association réfléchit aux projets d’aménagement du territoire (SCOT, PLU, ré-ouverture de la liaison ferroviaire Avignon-Carpentras), participe activement au contrat de rivière les Sorgues, au comité de pilotage Natura 2000…) et mobilise autour de la préservation d’une trame verte et bleue.” – Photos : Aristoloche à feuilles rondes – La pluie sur l’étang – Ci-dessous : Vue sur la roselière –

A ce propos, le syndicat mixte du bassin des Sorgues publie le 14 novembre 2011 un communiqué prévenant qu’une campagne d’abattage des platanes atteints par la maladie du chancre coloré est prévue le long du cours d’eau la Folie, sur la commune de Lagnes. En effet, la forêt rivulaire des Sorgues et de ses affluents est tout-à-fait atypique pour la région méditerranéenne, car elle est en grande partie composée d’une essence “artificielle”, le platane. Tous les platanes massivement plantés dans la région au XIXe et début du XXe siècle sont des clones d’un platane hybride créé par croisement du platane d’Amérique et du platane du Moyen-Orient. Or, contrairement à ces derniers, ce platane hybride n’a aucune résistance au champignon du chancre coloré qui se propage en France depuis maintenant plus de 60 ans. La contamination entraîne systématiquement la mort du sujet atteint. Dès le début du programme d’abattage, des essais ont été menés par le Syndicat mixte du bassin des Sorgues pour reboiser les berges. Il s’avère que la régénération naturelle reste la solution la plus appropriée : après quelques années, une ripisylve variée et d’une grande richesse écologique a remplacé les platanes. – Photo : Fruitier ?-

Un articlereproduit sur le site des “Sorgues Vertes” rappelle “Comment la France est devenue moche”. Il me frappe profondément, car il correspond exactement à mon sentiment sur l’évolution du paysage depuis l’époque de ma jeunesse jusqu’à aujourd’hui, évolution que je déplore, mais dont je n’avais jamais lu d’analyse aussi claire. “Lorsque apparaissent les premiers supermarchés, au début des années 60, la France ne compte que 200 kilomètres d’autoroutes, un morceau de périphérique parisien, aucune autre rocade, pas le moindre rond-point… et un architecte-urbaniste visionnaire, Le Corbusier ! Celui-ci a compris très tôt l’hégémonie à venir de la voiture, à laquelle il est favorable. Dès 1933, avec des confrères qu’il a réunis à Athènes, il a imaginé de découper les villes de façon rationnelle, en quatre zones correspondant à quatre « fonctions » : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures routières. Alors que la population du pays était stable depuis le milieu du XIXe siècle – 40 millions d’habitants –, le baby-boom, l’accélération de l’exode rural, le recours à l’immigration puis l’arrivée des rapatriés d’Algérie changent la donne : il faut construire, vite, pour éradiquer les taudis urbains. Ce sera, pendant vingt ans, la politique des grands ensembles, à laquelle la circulaire Guichard de 1973 met brutalement fin. Place au rêve pavillonnaire ! Certes, dans les années 20, les débuts de l’exode rural avaient donné naissance aux premiers lotissements – les fameux pavillons Loucheur des faubourgs parisiens. Mais cette fois, on change d’échelle et l’on entre dans l’ère des “zones”, ZUP, ZAC, etc. Et puis il faut “rattraper” l’Allemagne et son insolent réseau d’autoroutes ! Conçus à l’américaine – “no parking, no business” –, les hypermarchés raisonnent en termes de “flux” de voitures et de “zones de chalandise” : ils commencent par aspirer les consommateurs des centres-villes en attendant que les lotissements viennent boucher les trous du maillage routier… Aujourd’hui, la France, championne mondiale de la grande distribution – elle exporte son glorieux modèle jusqu’en Chine – compte 1 400 hypermarchés (de plus de 2 500 mètres carrés) et 8 000 supermarchés… Et pour quel bilan !” – Photos : Silène latifolia ? – Ci-dessous : Deuxième cabane d’observation dans la roselière –

“En cassant les prix sur quelques rares mais symboliques produits, les grandes surfaces se sont enrichies en ruinant les pompes à essence, les commerces de bouche, les drogueries, les quincailleries, des milliers de commerces indépendants spécialisés ou de proximité, des milliers d’artisans, et même des milliers de producteurs et fournisseurs. Les résultats sont objectivement inacceptables. Avec, en plus, des prix supérieurs à ceux de nos voisins européens ! La logique des grandes surfaces a vidé les centres-villes de leurs commerces, a favorisé la malbouffe, contraint de nombreuses entreprises à délocaliser. Elle a fabriqué des emplois précaires et des chômeurs. C’est une spécificité très française – 70 % du chiffre d’affaires commercial est réalisé en périphérie des villes, contre 30 % en Allemagne. Pendant très longtemps l’urbanisme a été une affaire d’Etat en France, mais, à partir des années 80, les gouvernements, de droite ou de gauche, ont délégué à d’autres la fabrication de la ville. L’Etat s’est mis au service du privé : le meilleur exemple, c’est Laurent Fabius, qui “offre” à Eurodisney une ligne de RER que les habitants de Marne-la-Vallée réclamaient sans succès depuis des années ! En 1983, les lois de décentralisation Deferre donnent tout pouvoir aux maires en matière de permis de construire. Partout, la même trilogie – infrastructures routières, zones commerciales, lotissements – concourt à l’étalement urbain le plus spectaculaire d’Europe : tous les dix ans, l’équivalent d’un département français disparaît sous le béton, le bitume, les panneaux, la tôle. Et la catastrophe commenceLa plupart des élus sont totalement incompétents en matière d’urbanisme, et de plus ont un goût exécrable. Ils se reposent sur les promoteurs pour produire du clés en main. L’habitat se banalise et conduit à cette France moche qui nie totalement l’esprit des lieux. Le mitage du paysage est renforcé par la spéculation foncière. Difficile pour le maire d’une petite commune de refuser à des voisins agriculteurs la constructibilité sachant que le prix du terrain à lotir est alors multiplié par dix ou vingt. Et voilà comment la France consomme pour son “urbanisation” deux fois plus de terres agricoles que l’Allemagne : Il faut en finir avec la politique urbaine coordonnée au niveau de la commune, ce n’est pas la bonne échelle.” – Photo : Tige volubile ou vrille –

L’irrégularité des précipitations dans cette région a généré des pratiques d’un tout autre genre que j’évoque car elles se déroulent à Monteux, la ville voisine de ces deux étangs, et au Beaucet, village voisin de Pernes-les-Fontaines où nous séjournons. Il existe 22 oratoires dédiés à Saint Gens, quelques fontaines de dévotion et des croix, essentiellement en Provence et Comtat-Venaissin (Vaucluse). Son hagiographie relate sa naissance à Monteux en 1104. Fils de paysans bouviers, son père portait le nom de Bournarel et sa mère se prénommait Imberte. Elle lui donna le nom de Gens, qui en provençal signifie “beau et gracieux”. Le voisinage des moines Antonins, chargés de soigner les personnes atteintes du “mal des ardents” également appelé “feu de Saint Antoine” eut une grande influence sur sa spiritualité et le prépara à sa vocation d’ermite. À douze ans il suscitait les moqueries de ses petits camarades en leur parlant de Dieu et de la Vierge Marie. Lorsque la sécheresse menaçait les récoltes, les habitants de Monteux avaient l’habitude de sortir de la chapelle Saint Raphaël la statue de l’archange pour la plonger dans le ruisseau du “Ricaveau” afin que, pour se venger de ce traitement, il arrose les fidèles avec l’eau du ciel. Un jour Gens se révolta contre cette pratique, relevant d’une superstition païenne qu’il jugeait blasphématoire, et après avoir brisé la statue s’écria “O peuple de Monteux, il ne pleuvra plus sur votre pays jusqu’à ce que vous ayez fait pénitence”. Condamné à trois jours de prison, il fut chassé à coups de pierres par ses camarades. – Photo : ? –

Emportant avec lui deux vaches ainsi qu’une charrue et quelques outils que lui avait donnés son père, il partit en direction du Beaucet à l’extrémité d’une gorge sauvage et se construisit un abri sur les ruines d’un monastère cassianite où il vécut en ermite, consacrant son temps à la prière et la méditation. Pendant ce temps, à Monteux, la sécheresse sévissait. Les Montilliens se souvinrent alors des avertissements de Gens et supplièrent sa mère d’intervenir auprès de lui afin d’obtenir la pluie sur leurs terres qui depuis trois ans ne produisaient plus de récoltes. Après s’être rendue à Carpentras prier Notre-Dame de Santé, Imberte, accompagnée de deux consuls, eut l’inspiration de se rendre au Beaucet où elle trouva son fils dans ce désert aride. Elle le supplia de retourner à Monteux, mais il demanda une nuit de réflexion. Ne le trouvant plus le lendemain matin, elle repartit à sa recherche et le découvrit enfin au pied de la paroi rocheuse surplombant son abri. Epuisée par la chaleur, elle se sentait défaillir et souffrait d’une soif ardente ; pour la désaltérer, Gens, à l’aide de deux doigts, fit jaillir deux sources du rocher, l’une d’eau et l’autre de vin, mais sur le conseil de sa mère il assécha cette dernière ne laissant couler que la source d’eau qui ne tarit jamais même pendant les plus grandes sécheresses. Sur les instances de sa mère, Gens accepta de retourner à Monteux où dès son retour la pluie bienfaisante se mit à tomber sur la terre desséchée, lui redonnant sa fertilité et produisant d’abondantes récoltes. Cependant Saint Gens reprit le chemin du désert et retourna dans la solitude afin d’y mener une vie contemplative… – Photos ci-dessous : Précédés par un cavalier, les porteurs de la bannière s’avancent, suivis d’un second cavalier et des porteurs de la chasse de Saint-Gens, habillés de blanc et de jaune, couleurs pontificales. Le pèlerinage organisé par la confrérie de Saint-Gens se déroule au pas de course sur 18 km au départ de Monteux en passant par Carpentras et Saint-Didier, avec un arrêt devant chaque oratoire jusqu’au Beaucet. La procession se forme alors au pied de la grande statue du Saint située en bordure des remparts et se dirige vers l’ermitage. – Pèlerinage du 17 mai 2014 –

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