Comtat Venaissin – Naturoptère

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26 avril au 2 mai 2015
Guide : Dimitri Marguerat – Participants : Cathy & Jean-Louis, Antoine (belge), une Bourguignonne, un Parisien

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pP1450698La météo n’invitant décidément pas à la promenade, Dimitri nous emmène au Naturoptère de Sérignan du Comtat. C’est un centre culturel et pédagogique scientifique, dédié aux insectes, aux plantes et à leur environnement, qui a pour ambition de faire (re)vivre le travail de Jean-Henri Fabre qui vécut dans la propriété voisine, l’Harmas, de 1879 à 1915. Dans ce bâtiment flambant neuf aménagé de façon originale et sympathique, j’apprends par exemple que la larve de cigale fraîchement éclose de son oeuf caché par sa mère dans une tige, branchette ou écorce, a une adaptation corporelle très originale. Elle se laisse tomber sur le sol dans lequel elle doit s’enfouir au plus vite pour y trouver sa nourriture, la sève qui circule dans les racines des plantes. Comment faire dans une région où la pluie est rare et le sol sec et dur ? Grâce à des “gouttières” situées sur son thorax et son abdomen, l’urine est acheminée  jusqu’à ses pattes-pelleteuses à l’avant de son corps. Elle facilite le creusage, mais elle a également la propriété de lier fortement entre eux les granules de terre et apporte aux “chambrettes” une solidité remarquable qui leur évite de s’ébouler suite aux mouvements de la larve. Sur les 4500 espèces de cigales qui existent dans le monde, 16 vivent dans le sud de la France (et la Corse), les plus connues – et répandues – étant la grande Cigale commune et la Cigale grise ou cacan. – Photo ci-dessus: Flambé (Iphiclides podalirius) – Ci-contre : Au Naturoptère, lavabo en pierre entouré de plantes –

pP1450715Je découvre d’autres curiosités. Comme la nuit, les couleurs ne sont pas perceptibles, certains papillons nocturnes sont dotés d’appareils leur permettant d’émettre des sons dans les mêmes fréquences que celles des chauves-souris. Ces bruits perturbent ces mammifères prédateurs ou fonctionnent comme un message d’avertissement : “Je ne suis pas bon à manger !”. A l’inverse, de nombreux papillons, dans différentes familles, possèdent un organe auditif, dit “tympanique”, qui leur permet de détecter les sons émis par les chauves-souris entre 30 et 80 kHz. On peut observer que, selon les espèces, ces organes sont positionnés soit à l’arrière du thorax (métathorax), soit à l’avant de l’abdomen. Cette situation témoigne d’une apparition polyphylétique : ces papillons “entendants” n’avaient pas un ancêtre commun, mais les innovations sont apparues spontanément dans différentes lignées de lépidoptères : les arctiidés, les drépanidés, les géométridés, les lymantriidés, les noctuidés, les nolidés et les notodontidés. Par ailleurs, les poils seraient aussi un moyen de défense. Quand on mange un poulet, un poisson ou un lapin, les plumes, les écailles ou les poils sont ôtés par les humains… pP1450721De même, les prédateurs ont non seulement plus de difficulté à attraper un papillon qui glisse, ou dont les poils peuvent se détacher, mais de surcroît, ce dernier peut se révéler extrêmement désagréable à manger. Des papillons adultes, tout comme des chenilles, sont ainsi tout poilus. En outre, les poils de certaines chenilles peuvent se révéler particulièrement urticants, comme c’est le cas pour les chenilles processionnaires, mais, attention !, toutes les chenilles poilues ne sont pas forcément dangereuses ! Certains parasites ont trouvé la parade : avec un long stylet, la femelle de certains hyménoptères injecte ses oeufs dans le corps de la chenille, évitant les poils. Les larves de la guêpe se développent dans le corps de la chenille en la dévorant progressivement jusqu’à sa mort qui n’intervient qu’au moment de leur métamorphose finale. Par exemple, les chenilles de piérides, normalement indécelables par leurs prédateurs potentiels, peuvent être tuées par des parasites, comme l’hyménoptère Apanteles glomeratus. – Photos : Le jardin de l’Harmas est devenu un parc aménagé – Un pin d’Alep aux dimensions remarquables (Harmas) –

pP1450720Lorsque nous étions au Costa Rica, nous avons été quelquefois charmés par le rapide passage papillonnant d’un Morpho dont les ailes lançaient des éclairs bleu métallique dans une trouée de la végétation : ils peuvent être ainsi visibles jusqu’à 3 km ! – Si nous n’en avons vu que très peu, c’est que nous ne croisions que ceux qui volaient à notre hauteur, de un à trois mètres, près des chemins ou dans les clairières ; peut-être volent-ils aussi au-dessus de la canopée, où leur visibilité devient réellement opérationnelle ? – La livrée de la femelle est plus terne, avec des nuances de marron et d’orangé. Chez ce papillon diurne, c’est donc la vue qui prime et la femelle se déplace d’un territoire à l’autre, jusqu’à choisir le mâle qui lui conviendra. En effet, ce dernier a un comportement territorial : tout comme les oiseaux, il patrouille sur un secteur qu’il s’est choisi et chasse les mâles importuns qui osent y pénétrer. En France, les jolis petits azurés ont un comportement similaire… de même que leurs coloris. A l’inverse, bien souvent chez les papillons nocturnes, les mâles viennent à la rencontre des femelles : la forme en peigne de leurs antennes leur permet de capter efficacement les phéromones de leur promise. Attiré par l’odeur, c’est alors le mâle (ou plus souvent les mâles !) qui se déplace vers la femelle, comme le décrit si bien Jean-Henri Fabre dans l’épisode “la soirée du grand paon”. – Photo : Un chêne vert, ou yeuse, au diamètre du tronc rarement observable en Provence (Harmas) –

pP1450725Je retrouve dans ce musée plusieurs panneaux sur un sujet qui m’est cher, le figuierdont j’avais déjà évoqué la coévolution très curieuse avec une petite guêpe au doux nom de blastophage. Il existe environ 1000 espèces de Ficus à travers le monde. A chacune est associée une communauté d’hyménoptères spécifiques se développant dans les figues. L’inflorescence de la figue se présente comme une mûre à l’envers : les organes sexuels (les fleurs) sont cachés ! Pour le botaniste, la figue est un réceptacle creux et charnu, le syconium ou sycone, dans lequel les fleurs femelles uniovulées se développent et donnent après fécondation de minuscules akènes (les fruits à proprement parler). La figue se comporte de manière opposée à la fraise, dont les akènes sont à l’extérieur. pP1450730Ces guêpes minuscules appartiennent à une famille de Chalcidiens galligènes (qui génèrent la formation d’une galle*), les Agaonidae. Elles peuvent se développer en transformant la fleur en galle, en inquilin d’un insecte galligène, en parasitoïde ou même en consommateur de graine. En France, on ne trouve que le figuier commun, aussi appelé figuier de Carie ou caprifiguier (pour les individus sauvages, mâles). En provençal, on le nomme figuiera, cabrau. Le figuier appartient à la famille des Moracées, tout comme le mûrier Morus alba, l’oranger des osages Maclura pomifera, l’arbre à pain Artocarpus altilis, la plante d’appartement Ficus elastica (le caoutchouc). Comme ce dernier, le figuier commun libère un latex blanc épais lorsque ses tiges sont coupées (ça “pègue”). – Photos : Conifère – Arbousier (Harmas) –

pP1450735(*) On appelle galle (ou cécidie) une excroissance tumorale produite sur les tiges, feuilles ou fruits de certains végétaux, suite à des piqûres d’animaux parasites ; ils sont dits cécidogènes. Ces derniers sont principalement des arthropodes, représentés par 15 % d’acariens et de 74 % d’insectes (appartenant notamment au genre Cynips). Certaines galles peuvent aussi être le fait de champignons, de nématodes ou de bactéries (Agrobacterium sur les rhizomes). – Photo : La silhouette altière d’un pin d’Alep (Harmas) –

pP1450703Petite guêpe de 2 mm environ, le blastophage est l’associé incontournable du figuier : tous deux vivent en symbiose. Cette guêpe, tantôt parasite, tantôt esclave du figuier, est parfaitement adaptée à sa relation avec ce dernier. Le mâle est dépourvu d’ailes : il naît et meurt dans la figue. Il a des fémurs puissants pour se déplacer entre les fleurs de la figue, mais de petits yeux : c’est surtout grâce aux antennes (odorat) que les mâles localisent les femelles. L’accouplement s’opère à l’intérieur de la figue, aussitôt après que le mâle ait quitté sa galle grâce à ses puissantes mandibules avec lesquelles il découpe un opercule. Par l’orifice pratiqué, il sort et se met aussitôt en quête d’une autre galle occupée par une femelle ; il y pratique alors un trou assez large pour y glisser son long pénis, mais trop étroit pour permettre à la femelle de s’échapper. pP1450704L’accouplement terminé, et avant de féconder une autre femelle, le mâle agrandit l’ouverture et aide la femelle à sortir de sa galle, la nettoyant des résidus qui lui engluent les antennes ; s’il néglige ce service, elle aura le plus grand mal à s’en défaire elle-même et, en cas d’échec, périra. Pour finir, aidé de ses confrères, il va sectionner les petites écailles ostiolaires qui condamnent la sortie de la figue. Épuisé par tant d’efforts, il ne tarde pas à mourir, n’ayant fait qu’apercevoir la lumière du ciel où s’élancent ses compagnes. En effet, seules les femelles peuvent être vues hors de la figue pendant 2-3 jours en mai et 2-3 semaines en juillet. Une femelle sortie d’une figue est dotée d’ailes pour parcourir jusqu’à quelques kilomètres et rejoindre d’autres figues. Elle perdra ses ailes en entrant dans une figue réceptive qu’elle repère à l’odeur grâce à ses antennes hypersensibles. Ses mandibules acérées lui permettent de se frayer un chemin à travers l’ostiole (le petit trou) de la figue, dont elle pollinise les fleurs au passage avant de pondre à l’aide d’une tarière (ovipositeur) calibrée pour pénétrer dans l’ovaire de certaines fleurs de figuier. – Photos : Figue avec ses fleurs à l’intérieur – Blastophage femelle –

figuier graphi1figuier graphi3Voici le déroulement de cette complexe symbiose au cours de l’année. Le processus débute sur le figuier mâle (caprifiguier). En avril, sur un rameau de l’année précédente se trouvent des figues ayant passé l’hiver (mamme) et contenant des galles, quelques fruits et des fleurs mâles fanées. D’autres figues se développent à l’extrémité du rameau. En mai, les blastophages femelles fécondés et sans pollen sortent des mammes. Les figues de l’extrémité sont devenues réceptives, leur odeur attire les blastophages femelles qui pondent un œuf près de l’ovule des fleurs brévistyles cachées à l’intérieur. Ces fleurs femelles se transforment en galles. Les figues se développent et s’appellent profichis. En juillet, les mammes sont tombées. Les profichis sont mûrs. Les blastophages mâles sortent des galles, fécondent les femelles qui se chargent de pollen et sortent des profichis. A la base du rameau de l’année se développent de nouvelles figues. – Schémas extraits d’un cours de l’université de Lille –

figuier graph11figuier graphi6Sur le figuier femelle domestique à fleurs femelles longistyles, des figues se sont développées sur le rameau de l’année à partir du mois de mai. En juillet, elles deviennent réceptives. 95% de la génération N de guêpes blastophages (développées dans les profichis) viennent les polliniser, mais les blastophages n’arrivent pas à pondre car les fleurs longistyles ne correspondent pas à leurs oviductes trop courts. Par conséquent, aucune galle ne se formera. Les femelles blastophages meurent sans avoir eu de ponte efficace, elles sont sacrifiées au bénéfice des figuiers femelles où chaque fleur pollinisée à l’intérieur de la figue grâce au passage de ces insectes se développe en fruit (drupe) à une graine qui sera mûr et comestible en septembre. Les graines en seront dispersées par les animaux frugivores, et donneront de nouveaux figuiers, dont la moitié sera des mâles, et l’autre moitié des femelles. Les derniers blastophages femelles (5%) sortent des profichis et pénètrent dans les figues réceptives, futures mammes, qui ont poussé sur le figuier mâle à la base du rameau de l’année. Quelques fleurs femelles sont pollinisées. Un seul oeuf est déposé près de l’ovule d’une fleur brévistyle qui deviendra une galle, abritant la larve en développement. Dans cette figue pouponnière “mamme” du figuier mâle (caprifiguier), les larves de blastophage passeront l’hiver (c’est la génération N+1 hivernante), pour ensuite se convertir en adultes.

graphi7graphi9Les blastophages ont leur corps adapté pour le transport du pollen. Les segments de leur abdomen sont imbriqués de manière télescopique. Dans la figue à l’atmosphère saturée en humidité où elles viennent de se métamorphoser en adultes, l’abdomen “dilaté” se couvre de pollen. A l’extérieur de la figue, l’atmosphère est plus sèche : les membranes souples se rétractent et du pollen se trouve piégé entre les segments abdominaux. Le pollen non piégé est retiré avec soin par la femelle au cours du toilettage précédant son envol. Lorsqu’elle pénètre dans une figue réceptive, elle retrouve une atmosphère saturée en humidité : son abdomen se dilate à nouveau. Au cours de ses tentatives de pontes, le blastophage femelle dépose du pollen (qui contient des cellules reproductrices mâles) sur le stigmate des fleurs. Grâce à cette pollinisation, chaque fleur se développera en un fruit porteur d’une graine. En conclusion, sans blastophage, il n’y a pas de pollinisation, ce qui entraîne à plus ou moins long terme, la disparition du figuier, et sans figuier mâle, il n’y a pas de logement ni de nourriture pour les larves, le blastophage disparaît immédiatement. Le figuier “sacrifie” les figues du caprifiguier qui ne servent pas à la reproduction de la plante, mais procurent gîte et couvert aux larves de blastophages. Le blastophage “sacrifie” 95% de ses femelles qui pollinisent les figuiers femelles sans pouvoir y pondre.

graph10pP1450705Un autre panneau d’exposition du musée mentionne le parcours de Pierre Baud, titulaire d’un DEA d’agronomie puis enseignant dans le domaine de l’horticulture biologique, qui reprend en 1990 le verger de figuiers plantés par son père à Vaison-la-Romaine. Sa pépinière, engagée en mode de production biologique, a vu passer plus de 300 variétés ! Si son activité première est le développement et la vente de figuiers, il vend également ses figues aux meilleurs restaurateurs locaux et parisiens. Quant à Finn Kjellberg, chercheur au CNRS de Montpellier – Directeur de recherche au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, il a fréquenté les mêmes amphithéâtres en tant qu’étudiant que… Pierre Baud ! Son domaine de recherche est la coévolution plantes/insectes avec notamment le modèle Ficus/Hyménoptères. Ses études montrent la convergence de la forme de l’ostiole et celle de la tête du pollinisateur, les changements de morphologie du stigmate (extrémité supérieure d’un style d’un pistil qui reçoit le pollen) et du ratio stamen:ovule en fonction du comportement de pollinisation de la guêpe associée. Ces corrélations offrent la preuve d’adaptations réciproques de leurs caractères morphologiques, c’est-à-dire d’un processus de coévolution entre les figuiers et leurs pollinisateurs. – Photos : ci-contre, Larve de blastophage – Ci-dessous, Herbier de J-H Fabre © Philippe Abel – MNHN –

harmas fabre secondaire1

champignon fabre220px Jean Henri Fabre seated at tableAprès le Naturoptère, nous faisons un petit tour dans l’Harmaset son grand jardin d’un hectare. L’herbier collecté par Jean-Henri Fabre entre 1809 et 1895 appartient au Muséum national d’Histoire naturelle depuis 1922, date de l’achat du domaine par l’établissement. Peu ou pas consulté depuis cette date, il comptait vingt liasses dressées au-dessus de la vitrine du cabinet de travail. Il a été restauré et se compose désormais de 67 liasses, soit plus de 20 000 planches dont 13 000 sont informatisées et accessibles sur la base de données du muséum. Il a été estimé à 20 000 échantillons en 1997 lors d’une expertise. Pour les phanérogames (plante ayant des organes de reproduction apparents dans le cône ou la fleur, et une dissémination par des graines) représentant 10 100 parts, majoritairement collectés dans les années 1870/1880, la restauration, la révision taxonomique et l’informatisation sont terminées. Beaucoup d’échantillons ont été récoltés dans le Vaucluse mais aussi en Corse où Fabre séjourna quatre ans, et dans les Hautes-Alpes. Egalement achevé, le traitement de la collection de bryophytes (mousses), soit un total de 850 spécimens. Le travail se poursuit avec le traitement de la collection de lichens et de champignons dans laquelle 96 types ont été mis en évidence, renforçant ainsi l’intérêt scientifique de cet ensemble. Toutes les informations figurant sur le matériel restauré (dates, lieux, récolteurs, taxons, etc.) sont enregistrées dans la base de données SONNERAT commune à plusieurs herbiers. – Photos : Fabre à sa table de travail – Coprinus fimetarius, J.-H. Fabre, aquarelle, sans date © Paris, MNHN, Bibliothèque centrale –

pP1450722En 1951, le film intitulé “Monsieur Fabre” lui est consacré, avec Pierre Fresnay dans le rôle du savant. Quelques phrases extraites de ses Souvenirs entomologistes ponctuent le parcours botanique. “La demeure était aussi abandonnée que le terrain. L’homme parti, le repos assuré, l’animal était accouru s’emparant de tout. La Fauvette a élu domicile dans les lilas ; le Verdier s’est établi dans l’épais abri des cyprès ; le Moineau, sous chaque tuile, a charrié chiffons et paille ; au sommet des platanes est venu gazouiller le Serin méridional, dont le nid douillet est grand comme la moitié d’un abricot. ” (Nouveaux souvenirs entomologiques, Livre II). ” … Un ciste à grandes fleurs roses, chiffonnées, éphémères, qui durent une matinée et sont remplacées le lendemain par d’autres, écloses dans la fraîcheur de l’aube. Cette splendide floraison dure cinq à six semaines.” (livre IX). En France, il existe environ 900 espèces d’abeilles sauvages. Les abeilles rubicoles recherchent des tiges remplies de moelle suffisamment tendres pour qu’elles puissent y creuser facilement leurs nids. Les abeilles charpentières exploitent le bois mort en le creusant. Les abeilles tapissières nichent dans des cavités comme du bois perforé par d’autres insectes ou des fissures de rochers. Les femelles de certaines espèces tapissent leurs nids avec des fibres végétales ou en découpant de petits ronds dans les feuilles. “La demeure creusée au début du printemps par l’abeille solitaire reste, quand vient l’été, héritage indivis entre les membres de la famille. Il y avait sous terre une dizaine de cellules environ. Or, de ces loges sont issues uniquement des femelles.” (livre VIII).

pP1450716Notre arrivée dans le jardin est saluée par le chant d’une mésange charbonnière. Dimitri nous dit qu’il y a cent ans, les chênes verts avaient pratiquement tous été coupés dans la région, si bien qu’il ne demeure que très peu d’arbres très anciens. Nous en apprécions d’autant plus la présence ici d’arbres aux troncs remarquablement volumineux, autant en diamètre qu’en hauteur. Un chêne vert ou yeuse (Quercus ilex L.), un sapin d’Espagne (Abies pinsapo Boiss.), un pin d’Alep, d’autres encore d’âge vénérable nous plongent dans l’émerveillement, de même que le fouillis savamment orchestré d’une végétation extrêmement diversifiée. Dimitri nous montre une Nymphale de l’arbousier (Charaxes jasius), également appelée Pacha à deux queues ou Jason, superbe papillon aux ailes noires bordées d’or. Un dernier panneau sur les coccinelles attire mon attention. Elles sont bien identifiables grâce aux points noirs présents sur leurs élytres (ailes antérieures). Les trois espèces les plus communes possèdent 2, 7 ou 22 points qui n’ont aucun rapport avec l’âge de l’animal ! Plus d’une centaine d’espèces sont présentes en France et 4 000 dans le monde. Elles mesurent moins d’un centimètre et pèsent environ 15 mg. Comment les protéger et favoriser leur présence ? Il faut limiter l’utilisation des pesticides de synthèse, fournir des abris propices pour leur hibernation (planchettes, tas de pierres, feuilles mortes à l’abri de la pluie et du vent), rétablir des haies, prévoir de la nourriture au printemps avant l’arrivée des pucerons en conservant des plantes dont elles sont friandes (pâquerettes, pissenlits). La coccinelle est un insecte carnivore prédateur de pucerons, de cochenilles, de psylles ou de larves de mouches ou de guêpes. Elle pond ses oeufs sur des plantes envahies de proies pour que les larves puissent se nourrir sur place. Une coccinelle adulte consomme entre 20 et 100 pucerons par jour. Après avoir mangé les oeufs des cochenilles, la coccinelle s’attaque aux adultes et peut en consommer entre 20 et 40. Selon les espèces, une coccinelle peut vivre de 2 mois à 2 ans. C’est un animal menacé par les insectes en compétition pour la même nourriture (punaises, syrphes, pince-oreilles), et par la coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) qui a été introduite en Europe pour lutter contre les pucerons. Cette dernière est devenue aujourd’hui une espèce invasive qui entre en concurrence avec les espèces indigènes. Les fourmis se nourrissent du miellat produit par les pucerons qu’elles défendent. Les prédateurs naturels comme les oiseaux, les sauterelles, les guêpes et les araignées apprécient les coccinelles à tous les stades.

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