Dentelles de Montmirail – Cicadelles

Cet article fait partie d'une série de publications appelée Provence
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26 avril au 2 mai 2015
Guide : Dimitri Marguerat – Participants : Cathy & Jean-Louis, Antoine (belge), une Bourguignonne, un Parisien

Qu’est-ce que c’est que ces bulles ? On dirait un bain moussant pour une pub d’OBAO ! Elles sont l’oeuvre des cicadellesécumeuses dont voici la description extraite du site en lien. “Proches parentes des cigales, mais d’une taille généralement inférieure au centimètre, elles sont classées dans l’ordre des Homoptères, insectes piqueurs-suceurs caractérisés par des ailes antérieures entièrement cornées, assimilables aux élytres des coléoptères. Elles sont dotées d’un rostre qui leur permet de perforer les végétaux pour se nourrir de leur sève. Comme les adultes, les larves se sustentent de sève, mais elles se cachent au sein d’amas spumeux communément appelés “crachats de coucous”, et plus rarement “écume printanière”. Comment sont-ils produits ? Pour faire simple, disons que les excréments larvaires sont à la fois liquides et visqueux, et que les larves en question y pulsent de l’air pour former les fameux “crachats” où elles vont se développer jusqu’au stade adulte. Etant très fragiles et vulnérables, elles y trouvent une très efficace protection contre la déshydratation, et dans une certaine mesure contre les prédateurs. D’autre part, les bulles d’air ainsi formées assurent une indispensable et très efficace régulation thermique. A titre d’exemple les larves de la Cicadelle écumeuse Philaenus spumarius vivent isolées, chacune sécrétant son propre “crachat”. A l’inverse, les larves de la Cicadelle de l’aulne Aphrophora alni vivent en “coloc” au sein d’un même “crachat”, le volume de ce dernier croissant avec le nombre des résidentes. Cette deuxième espèce se développe essentiellement sur les aulnes et saules, alors que la première “crache” (si l’on peut dire !) sur de très nombreux végétaux herbacés et ligneux. Par référence à la bionique (étude de processus biologiques en vue de leur transposition à des fins industrielles), la frêle cicadelle a découvert bien avant l’homme le principe et les propriétés isolantes des mousses alvéolaires. La comparaison avec le bien connu “plastique à bulles” est encore plus patente.” – Photo ci-dessus: “Crachat de coucou”, écume formée par la larve d’une cicadelle –

En introduisant le mot cicadelle dans un moteur de recherche sur Internet, j’ai été très étonnée -et choquée- par une multitude d’articles inondant la Toile où, sur un ton volontairement alarmiste, les auteurs procédaient à des incitations non voilées à entreprendre une guerre d’extermination à l’encontre de certaines cicadelles dans le but clairement exprimé de vendre des insecticides prétendument efficaces et sélectifs. Il s’agit de sociétés agrochimiques ayant pour cible commerciale les producteurs qui pratiquent la monoculture, que ce soit, pour la région PACA, la vigne ou la lavande, la culture sous serre ou d’autres pratiques de culture intensive. Mais j’ai aussi trouvé, presque dans les mêmes termes, des articles émanant d’institutions nationales et mentionnant l’appui des organes européens, ce qui illustre la vaste collusion (connexion) entre ces grands industriels et les instances politiques. En voici un extrait : “La lutte contre la cicadelle de la flavescence dorée est une lutte collective. Il faut prévenir la Fredon ou le Sral dès l’observation de symptômes, chez soi ou chez ses voisins. Ce n’est pas de la délation mais de la prospection. Les symptômes observables l’année n dans les parcelles limitrophes des vôtres le seront très certainement chez vous l’année n+1… La mobilisation de tous est indispensable. Nous prévenir, c’est éviter le pire.” Selon l’Inra, actuellement, la flavescence dorée est incurable : elle n’est contenue que par l’arrachage des ceps contaminés, le contrôle des plants de pépinières et la lutte insecticide contre le vecteur (la cicadelle Scaphoideus titanus). Malgré ce battage médiatique et cette puissante oeuvre d’intimidation, un tout petit viticulteur, exploitant dix hectares de vigne en biodynamie sur la Côte de Beaune et la Haute-Côte de Nuits en Bourgogne, a refusé l’emploi de pesticides pour traiter ses cépages de chardonnay et pinot noir contre la cicadelle de la flavesvence dorée*. – Selon les propres termes de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), “Ces traitements insecticides contre le vecteur sont obligatoires, polluants, coûteux, et contrecarrent la démarche de réduction de pesticides de la filière viticole. Ces plans de lutte obligatoire posent en outre d’énormes problèmes aux viticulteurs engagés en Agriculture Biologique ou en processus de conversion vers celle-ci.” – Ce traitement systématique avait été prescrit par arrêté préfectoral pour l’ensemble de la Côte d’Or. Mais aucun foyer n’étant avéré dans ce département, ce viticulteur n’a pas voulu utiliser ces produits chimiques dans ses parcelles que sa famille cultive en bio depuis 1970. Le seul insecticide permettant de lutter contre la cicadelle tout en conservant le label bio est  le Pyrevert, à base de pyrèthre naturel – extrait des fleurs séchées de chrysanthème. Mais il n’est pas sélectif : il tue non seulement la cicadelle mais aussi la faune auxiliaire nécessaire aux équilibres naturels dans le vignobleIl détruit par exemple le typhlodrome, un acarien prédateur naturel des araignées rouges qui se nourrissent de la sève de la vigne.”Le Pyrevert, même s’il est d’origine naturelle, est nuisible pour l’environnement : c’est un neurotoxique qui peut affecter les insectes, mais aussi les oiseaux, d’autres animaux et même les viticulteurs selon les doses utilisées”selon Denis Thiery, directeur de l’unité santé et agroécologie du vignoble à l’Inra. Un viticulteur bio du Vaucluse qui n’avait également pas respecté la loi a été reconnu coupable d’infraction, mais il a été dispensé de peine après avoir accepté de reprendre les traitements phytosanitaires de son vignoble. – Photos : Feuilles fanées de buplèvre (ligneux ?) – Reflets dans les gouttes –

(*)  Maladie végétale ainsi décrite par l’Inra : Comme d’autres jaunisses végétales, la flavescence dorée est causée par des phytoplasmes, sortes de petites bactéries sans paroi de la classe des Mollicutes. Ce sont des parasites intracellulaires obligatoires se reproduisant dans le phloème des plantes (tissu conducteur de la sève élaborée) et dans des insectes piqueurs-suceurs qui se nourrissent de sève. Le principal vecteur des phytoplasmes de la flavescence dorée est la cicadelle Scaphoideus titanus. En prélevant du phloème contaminé et en allant se nourrir sur un autre pied, cet insecte propage la maladie dans le vignoble, de manière analogue à la propagation de la malaria chez l’homme par les moustiques anophèles. La transmission à longue distance est par contre essentiellement due au transport par l’homme de matériel végétal contaminé destiné à être planté. – Photos : Phytoplasme (structures sphériques dans les vaisseaux du phloème) – Ci-dessous : Détail d’une fleur rose qui apparaît sur la photo mauve ou blanche selon l’exposition à la lumière –

Depuis le début des années 2000, les producteurs de lavande et lavandin sont pareillement confrontés à des mortalités précoces de leurs productions, dont les causes seraient “les évolutions climatiques, avec une première période de “gros gel”, suivie de canicule, de sécheresse, à nouveau de gel, néfastes à la lavande et favorables à l’insecte (une cicadelle Hyalesthes obsoletus) vecteur d’une maladie qui engendre le dépérissement de la lavande et du lavandin”, explique Eric Chaisse, directeur du Crieppam (Centre régional interprofessionnel d’expérimentation en plantes à parfum). Ce dépérissement est dû à la présence du phytoplasme du Stolbur, une bactérie sans paroi qui a besoin d’un “hôte” pour survivre : plante ou insecte. Une fois introduit dans un plant de lavande, il obstrue les vaisseaux où circule la sève, provoquant ainsi un affaiblissement de la plante. On observe alors un arrêt de croissance, un jaunissement des feuilles et des tiges, puis la mort de la plante. En 10 ans, la moitié de la production mondiale d’huile essentielle a été perdue. La production française de lavande a été quasiment divisée par trois depuis 2005: de 85 tonnes d’huile essentielle de lavande par an, on est descendu à une production de 30 tonnes. La lutte directe contre le phytoplasme n’est pas possible car les antibiotiques, les molécules actives efficaces contre les bactéries, sont interdites d’utilisation sur les cultures en France. La lutte chimique directe contre la cicadelle Hyalesthes obsoletus est difficile à envisager. En effet, les larves sont intouchables par un insecticide classique car elles vivent dans le sol. Concernant les adultes, leur période de vol correspond à la période de floraison des lavandes / lavandins et donc à la présence d’abeilles. La lutte se réalise donc pour l’instant de façon indirecte en utilisant des variétés sélectionnées pour leur tolérance au dépérissement et le remplacement des pieds de lavande morts par des plants sains. Un producteur de lavande en Provence a laissé des bandes enherbées entre ses rangs de lavande pour aider les prédateurs naturels à détruire la cicadelle. Après une  première année, le constat est flagrant : plus de cicadelle… En 2014, un article annonce un revirement : une production mondiale (essentiellement bulgare et française) de 180 tonnes de lavande (égale à 2013) et 1050 tonnes de lavandin (2000 tonnes en l’an 2000). – Photo ci-dessous : Fleurs ? – Un paysage modelé par les terrasses des vignobles –

Entre les chaînes des Dentelles poussent quelques rangs de vigne sur les pentes bien exposées. Il n’en a pas toujours été ainsi. En moins d’un demi-siècle, elle est devenue la principale culture dans et autour du massif des Dentelles en prenant la place des oliviers mis à mal lors du gel de 1956. Elle a également été introduite au détriment d’autres cultures installées sur les coteaux et les terrasses, comme les vergers de cerisiers et d’abricotiers. Actuellement 90 % des exploitations sont viticoles et 81 % ont leur terroir classé en AOC, ce secteur économique de la vigne et du vin générant plus de la moitié des emplois agricoles et la notoriété des différents vins des côtes-du-rhône induisant une amélioration considérable du niveau de vie des viticulteurs. Pour améliorer la qualité de leurs vins, depuis quelques décennies, ces derniers ont de plus en plus délaissé la plaine pour installer leurs vignes sur les pentes et les coteaux, défrichant et aménageant en terrasses des pans entiers de collines incultes. Les merles chantent, perchés sur les buissons d’amélanchiers dont la floraison touche à sa fin. Déjà observé il y a trois jours sur les collines au-dessus de Fontaine de Vaucluse, le cousin du pistachier, Cotinus coggygria, appelé “arbre à perruques”, “fustet” ou “barbe de Jupiter”, offre un contraste dans la verdure environnante par la multitude de ses touffes blanches. En effet, au printemps, ses pédicelles (tiges qui portent les fleurs, puis les fruits) s’allongent en se garnissant de poils, formant de longs panaches blancs et vaporeux. En automne le feuillage deviendra rouge orangé, mais le nom “fustet”, issu de l’occitan feustel, teinture, lui a été attribué pour son bois dont la décoction donne une belle couleur orangée qui était utilisée pour teindre laines et cuirs. – Photos : Bupreste Anthaxie magyare femelle (vert métallique, mais avec deux bandes longitudinales rouges sur les cotés du pronotum, la face ventrale de son abdomen est rouge) – Petite liliacée blanche ? – Ci-dessous : Femelle de Bembix rostrata qui rouvre son nid en ayant ramené une proie (Syrphide Eristalinus taeniops), dans une zone sableuse où il y avait une quinzaine d’individus qui allaient – venaient, creusaient-refermaient , à vide ou avec des proies (photo et observations de L.Fabre) –

Un bupreste, l’Anthaxie magyare, est floricole, il butine essentiellement les Asteraceae jaunes et les Cistes, tandis que les larves de ce coléoptère se cachent sous l’écorce de chênes morts. Les buprestes font partie des plus beaux insectes de notre faune et sont plus nombreux en région méditerranéenne. Dimitri nous signale que l’entomologiste Jean-Henri Fabre s’est intéressé à une petite guêpe butineuse, le Cerceris bupresticide, qui paralyse ces insectes qu’elle convertit en réserve alimentaire toujours fraîche pour ses larves carnivores. Après l’avoir immobilisé, elle transporte le bupreste entre ses pattes, ventre contre ventre, l’introduit dans le terrier qu’elle a préalablement creusé, s’envole aussitôt pour en chercher plusieurs autres, puis elle pond un oeuf au milieu de ces victuailles qui, en éclosant, libèrera une larve qui dévorera les buprestes encore vivants tout le temps de son développement qui dure quinze jours. Pourquoi s’en prendre toujours à des buprestes ? Après une longue et minutieuse enquête, Jean-Henri Fabre explique que ce n’est pas la qualité ou le goût de cette nourriture qui a motivé ce choix, mais un tout autre aspect de ces animaux. Il faut savoir que, à l’inverse des vertébrés dont la colonne vertébrale, contenant la moelle épinière, est le long du dos, le système nerveux des insectes est placé sur la face inférieure, le long de la poitrine et du ventre. Il est composé de plusieurs ganglions plus ou moins rapprochés selon les espèces. La centralisation de l’appareil nerveux est l’apanage d’abord des Scarabéiens (trop grosses proies pour notre petit Cerceris), des Histériens (qui fréquentent les ordures, peu appétissantes pour un insecte qui butine les fleurs), des Scolytiens (trop petits) et enfin des Buprestes et des Charançons. Or, ce sont précisément ces deux dernières espèces de coléoptères qui sont chassées par les huit espèces de Cerceris ! Il suffit donc d’un seul coup de dard, ou, à la rigueur, de deux ou trois coups portés à faible distance l’un de l’autre dans la même jointure (à l’articulation du corselet avec la suite du thorax) pour paralyser totalement l’adversaire, sans l’occire. Deux autres guêpesEumenes Amedei Lep. et Eumenes pomiformis Fab., font de même avec des chenilles, mais apparemment, ces dernières sont plus difficiles à paralyser correctement, par conséquent, les guêpes ont trouvé un artifice : elles suspendent l’oeuf à la coupole du terrier sous laquelle sont entreposées les victuailles. Une fois éclos, la larve s’extirpe de l’oeuf qu’elle déforme et prolonge en une sorte de tunnel vertical de façon à descendre commodément pour grignoter les chenilles et remonter prestement si les proies remuent dangereusement. La Nature est une source d’étonnement sans fin… – Photos: Bembix rostrata ayant capturé un Syrphide (L.Fabre) – Viorne lantane – Galles du chêne –

Il faut prendre garde à ne pas confondre la Viorne lantane avec la Viorne aubier, le Laurier-tin, et autres viornes, nous prévient Dimitri. Les fleurs odorantes se convertissent en fruits (drupes) d’abord rouges, qui virent, à maturité totale, au noir bleuâtre. Ils sont légèrement toxiques car ils contiennent de la saponine et un alcaloïde, la viburnine, qui peuvent provoquer des vomissements et des diarrhées. Toutefois, les bourgeons, feuilles et fleurs sont utilisés en gemmothérapie (médecine non conventionnelle) pour le drainage des voies respiratoires. De même, Dimitri nous montre un chèvrefeuille étrusque, à ne pas confondre avec le chèvrefeuille des Baléares. Dans l’hémisphère nord, et en zone tempérée, les galles les plus connues sont les galles du chêne, généralement produites par des Cynips (des micro guêpes)Cynips quercusfoliiBiorhiza pallida ou Andricus kollari. Sur les divers chênes d’Europe moyenne on dénombre environ 250 variétés de galles, dont 200 sont de la famille des CynipsElles poussent sur les feuilles ou à leur aisselle, et sont sphériques, évoquant la forme d’une petite pomme de 1 à 5 cm. Ces tumeurs, appelées cécidies, sont dues à la réaction de la plante à la présence du parasite. Nous passons devant un chêne hérissé de ces petites sphères rugueuses ultra-légères. En principe, chacune recèle au centre une logette où se développe la larve, mais dans le cas présent, nous constatons qu’il y en a plusieurs. En effet, il est possible que ces larves n’appartiennent pas toutes à la même espèce. Il peut y avoir le propriétaire en titre, à savoir Andricus kollari, mais aussi un autre Cynipidae qui pourrait se qualifier de squatter, et enfin un hyménoptère parasite. Un Cynipidae du genre Synergus, lui aussi phytophage, est incapable de générer sa propre galle. Il intervient au moment de la formation de la galle hôte, par exemple celle d’un Andricus kollari. Les multiples loges sont en disposition radiale et les galles hôtes sont souvent plus petites (10-15 mm en moyenne), avec une surface plus ou moins ridée. Nous voyons plus loin des galles rouges qui se développent sur des feuilles épineuses. L’agent cécidogène est Plagiotrochus quercusilicis de la famille des Cynipidae et il s’agit des galles de la génération sexuée qui se développent sur le chêne kermès (Quercus coccifera), mais également sur d’autres chênes sempervirens. Une galle similaire existe sur Chêne vert (Quercus ilex), celle de Plagiotrochus australis, qui se différencie de la première de deux façons : elle n’englobe pas totalement la feuille, elle est velue et elle ne contient qu’une seule loge larvaire. – Photos : Larves à l’intérieur d’une galle sphérique du chêne – Galles du chêne kermès –

Un circaète Jean-le-Blanc plane à basse altitude. Par ce temps maussade, il n’a aucune chance de trouver le moindre reptile et devra se rabattre sur les batraciens, crapauds ou grenouilles. Nous observons la fine architecture des nervures allongées de feuilles fanées de buplèvre. Nous terminons notre circuit autour de la chaîne du Clapis en empruntant la vallée de la Salette, seul cours d’eau pérenne du massif et preuve manifeste de la présence proche de sel dans le sous-sol. Un salsifis épanouit ses fleurs en étoiles. Celles du genêt à balais (genêt d’Espagne) sont de véritables pièges à insectes à la structure complexe. Dépourvues de nectar, elles sont pollinisées par les bourdons (à ne pas confondre avec les mâles de l’abeille ou “faux-bourdons”). Ceux-ci ont une intense activité de butinage du lever du soleil au crépuscule, donc plus longtemps que l’abeille et à des températures plus basses. Par conséquent, ils ont une grande importance au printemps où les conditions météo défavorables ont moins d’influence sur leurs activités de butinage que pour les autres pollinisateurs; ils sont aussi plus efficaces sous climat frais et humide pour polliniser les arbres fruitiers et légumineuses fourragères. Ils ont d’autre part une “langue” plus longue que les abeilles. Elles est munie à son extrémité d’un pinceau de longs poils, ce qui leur permet de visiter des nectaires plus profonds ! Comme chez les abeilles, il y a des sexués (femelle fondatrice et mâles) et des stériles (ouvrières). Par contre, c’est la reine fondatrice qui commence l’édification du nid et son approvisionnement au début ! D’autre part, les colonies sont annuelles dans nos pays tempérés, toute la colonie périt en hiver, sauf les femelles fondatrices qui hibernent près du nid sur des pentes bien orientées pour que le moindre soleil du printemps les sorte de leur torpeur. Elles s’alimentent pendant 2 à 3 semaines puis cherchent un gîte pour nidifier en volant au ras des friches, des haies, des talus ; la nidification se fait sous terre à l’extrémité d’une galerie de quelques centimètres (ancien nid de mulot) ou dans un tas de pierres ou trous de murs. Les mâles sortent du nid plus tôt que les femelles et ne reviennent plus. Le pollen est une ressource nécessaire au bon développement des larves et à la santé des adultes. – Photos : Bupreste Anthaxie magyare mâle (entièrement vert métallique) – Grémil (ligneux ?) –

Selon une étude de Bombus terrestris (L.), les pollens de Cytisus scoparius (genêt à balais) et de Sorbus aucuparia (sorbier des oiseleurs) ont une meilleure qualité nutritionnelle que ceux de Calluna vulgaris (bruyère) et Cistus sp. (Cistes). Ils offrent une diète riche en protéines, la présence de 24-méthylènecholestérol étant importante pour le développement de la colonie qui consomme plus de nectar lorsqu’elle est nourrie avec un pollen de mauvaise qualité. Quant à l’appétence du pollen, elle est rehaussée par du béta-sitostérol, présent dans certains pollens de moindre qualité qui sont ainsi quand même butinés (parce qu’ils ont bon goût !). Le pollen de certaines plantes renferme des nutriments plus exploitables par les bourdons que par l’abeille domestique, ce qui se traduit par une utilisation différente des ressources. Ainsi que le montre cette étude, l’absence de nectar dans la fleur du genêt à balais n’est donc pas un problème pour le bourdon. La fleur demeure fermée jusqu’à ce que son ouverture soit déclenchée par une visite positive de l’insecte. Il se pose sur les deux pétales inférieurs qui sont soudés aux étamines à leur base. Faisant office de levier, le poids de l’insecte actionne le basculement des étamines qui douchent littéralement de pollen l’insecte. Ensuite, la fleur demeure ouverte, ce qui ne l’empêche pas d’être quand même encore visitée par les bourdons. – Photos : Bu^lèvre – Fleur de salsifis –

La relation mutualiste ne fonctionne pas toujours. Parfois un des deux partenaires est lésé. Certains bourdons ont une langue trop courte pour atteindre le nectar de certaines fleurs en forme de tube. Ils font alors un petit trou sur le côté pour y accéder plus directement. De ce fait, ils ne pollinisent pas la plante. Charles Darwin, bien qu’il ait donné l’idée que beaucoup de comportements soient le produit de l’évolution par la sélection naturelle, soupçonne que celui-ci par contre est le produit d’un apprentissage. David Goulson (université du Sussex) en fait la démonstration par l’observation, en 2009 et 2011, du petit rhinanthe. Cette plante alpine voit ses fleurs percées uniquement du côté gauche ou uniquement du côté droit selon la prairie étudiée. Cela amène le chercheur à spéculer que les bourdons, dans une zone particulière, apprennent en effet l’art de dérober le nectar à partir d’un autre bourdon, puis ils reproduisent la technique avec une grande fidélité. Sur 13 alpages et 168 bourdons, il trouve que deux espèces de bourdons à langue courte, Bombus lucorum et B. wurflenii, font ainsi preuve de latéralité, la même pour les deux espèces, ce qui suggère en plus qu’une espèce peut apprendre de l’autre, une pratique que l’on croyait réservée aux vertébrés… – Photo : Coquille d’or (Nemophora degeerella, Adelidae) –

Le temps vire décidément à la pluie. Nous nous réfugions sous un auvent d’une propriété viticole pour pique-niquer, un peu frigorifiés. Heureusement, ce n’est qu’une averse. Sur le chemin boueux s’est imprimée une trace de pas de blaireau. Un petit papillon doré ne craint pas l’humidité et volète au-dessus d’une liliacée blanche : c’est une Coquille d’or (Nemophora degeerella, Adelidae) aux longues antennes souples. Ce papillon n’a qu’une génération par an, la chenille est mineuse dans les Anémones et les Jacinthes, puis elle s’enferme dans un fourreau de débris végétaux au niveau  de la litière des feuilles pour hiberner en attendant les beaux jours. Je lis à ce propos une synthèse très bien faite sur la diapause. Ce phénomène très complexe permet aux insectes non migrateurs de survivre durant la période hivernale dans un état particulier où presque toutes les fonctions vitales sont suspendues (l’alimentation et la digestion) ou très atténuées (la respiration). Notre chenille de Coquille d’or percevra donc divers stimuli externes, comme la diminution de la durée d’ensoleillement (la photopériode), la moindre qualité de son alimentation végétale lorsque le feuillage commence à faner, éventuellement la température qui commence à baisser, stimuli qui affecteront le métabolisme des hormones qui sont alors synthétisées et libérées dans l’organisme. Des changements physiologiques interviennent, accumulation de réserves énergétiques qui seront presque uniquement utilisées pour assurer le métabolisme de base, activité minimale pour la survie des cellules et des tissus. De nombreux lipides et sucres sont stockés ; le tréhalose, sucre prédominant dans le sang, est, en grande partie, transformé en glycogène mis en réserve dans divers tissus. Des substances “anti-gel” sont stockées dans le sang et les cellules : le glycérol, synthétisé à partir du tréhalose et du glycogène, et d’autres polyols comme le mannitol, le sorbitol ou le threitol, et certaines protéines capables d’abaisser le point de congélation des liquides. Les cellules éliminent dans le même temps toutes les substances facilitant la congélation. Inversement, après avoir subi un certain nombre de jours de grand froid, la diapause de notre chenille de Coquille d’or est susceptible de s’interrompre sitôt que les températures redeviennent clémentes. La chenille s’anime, se réalimente et reprend le processus interrompu durant quelques mois, elle mue, se convertit en chrysalide, pour se transformer en papillon. C’est vraiment un phénomène fascinant dont nous sommes loin d’avoir encore compris tous les détails. – Photos : Devise sur la façade d’un chais (que je ne comprends pas bien) – Orchis pourpre – Empreinte de pas de blaireau –

Une orchis pourpre dresse sa haute tige couverte d’une grappe abondante de fleurs à son extrémité. Un arbousier n’a pas sa place sur un sol calcaire ; sa présence indique qu’en cet endroit le sol s’est décalcifié et qu’il est devenu acide. Cet arbre est la plante hôte du Pacha à deux queues (le Jason) qui aime se gorger de fruits mûrs et fermentés. Il avoisine un bosquet de chênes pubescents, à feuillage caduc, mais il est marcescent, c’est-à-dire que ses feuilles sèchent et restent en place tout l’hiver. Elles tombent au printemps dès la poussée des jeunes feuilles. Le qualificatif de pubescent est dû à la présence de poils courts et mous sur la face inférieure des feuilles et les jeunes rameaux, en adaptation de l’arbre à la sécheresse. Avec le chêne vert et le chêne rouvre, le chêne pubescent est une des principales espèces de chêne utilisée pour la trufficulture. En sous-bois poussent des buissons de pistachier lentisque, dont la résine, comme celle du pin, était récoltée sous le nom de mastic et consommée comme un chewing-gum pour rafraîchir l’haleine. A l’étage au-dessous fleurit en jolis pompons bleus la globulaire buissonnante (globularia alypum), strictement méditerranéenne. C’est elle qui s’incruste dans les fentes des Dentelles en formant un réseau serré de rameaux feuillus. La filaire à feuille étroite (Taradéou en provençal) est une cousine de l’olivier qui pousse dans la garrigue. Pollinisée par les insectes, ses fruits sont consommés et ses graines disséminées par les oiseaux. Récemment, des chercheurs du laboratoire de Génétique et évolution des populations végétales (CNRS/Université de Lille 1) et du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Université de Montpellier 1, 2 et 3/ENSA Montpellier/CIRAD/Ecole pratique des hautes études) ont découvert l’originalité de son système de reproduction (androdioécie), inconnu jusqu’à ce jour et caractérisé par des relations d’incompatibilité entre plantes hermaphrodites. “Ce nouveau mode de reproduction explique le mystère des fréquences élevées (jusqu’à 50%) d’individus mâles en mélange avec des individus hermaphrodites chez cette espèce. Les individus hermaphrodites dont les fleurs portent les organes mâles et femelles, se répartissent en deux groupes non distinguables morphologiquement. Les plantes de chaque groupe sont inter-stériles (elles ne peuvent se féconder entre elles) mais sont complètement fertiles avec celles de l’autre groupe. Dans un tel système, une plante hermaphrodite ne peut féconder qu’un hermaphrodite sur deux alors qu’un mâle peut féconder tous les hermaphrodites de la population. Le handicap lié à la perte de la fonction femelle chez les individus mâles (également appelés femelle-stériles pour marquer ce désavantage) qui les conduit à ne transmettre leurs gènes que par les gamètes mâles (et non par les gamètes mâles et les gamètes femelles comme c’est le cas chez les hermaphrodites) est immédiatement contrebalancé. Cette découverte, chez des plantes hermaphrodites, d’un système d’incompatibilité à seulement deux groupes non distinguables morphologiquement est tout à fait inattendue.” – Photos : Empreinte de pas de blaireau – Chèvrefeuille étrusque – Centhrante rouge – Filaire à feuille étroite –

Dimitri nous montre encore le grémil, une épervière, un Bupreste du pêcher (Capnodis tenebrionis) sur une aubépine. Voilà encore un insecte qui est dans le collimateur des agriculteurs, ces dernières années de sécheresses successives ayant favorisé sa pullulation. En 2003, les premiers dégâts et la mortalité d’arbres ont été observés sur des vergers d’abricotiers non irrigués du Languedoc-Roussillon. Les espèces fruitières les plus touchées sont l’abricotier et le pêcher, mais on le rencontre également sur l’amandier, le cerisier, le prunier, le cognassier… La mémoire des agriculteurs est courte : dans la rubrique “Le jardin” du journal “Le chasseur français” se trouve un article remontant à… 1948 (!) où sont énumérées toutes les mesures qui furent prises à l’époque pour tenter d’éradiquer ce fléau (collerettes imprégnées de paradichlorobenzène, poison contre les imagos, bromure de méthyle…) – Aujourd’hui, aucun produit chimique n’est autorisé pour lutter contre le capnode, l’intervention la plus efficace étant celle qui est pratiquée régulièrement au Maghreb : le capnodage, c’est-à-dire la capture et destruction manuelle des imagos -. Les mâles sont beaucoup moins nombreux que les femelles qui représenteraient 90% des individus. La femelle pond à hauteur du collet des arbres, jeunes ou âgés, faibles ou en pleine force ; ses larves pénètrent rapidement dans la zone sous-corticale et se dirigent vers les racines en dévorant avidement le bois jeune et l’assise génératrice de nouvelles cellules ; elles laissent ainsi une large galerie bourrée de sciure digérée et comprimée ; le parasite atteint aisément une profondeur de 50 centimètres en suivant les racines principales … Et puis, tournant sur elle-même, la larve remonte vers son point de départ, dévorant de plus belle, creusant une nouvelle galerie, achevant la ruine de la racine attaquée. Ce séjour dure deux ans ; ce laps de temps révolu, la larve, qui atteint alors une taille de 5 à 7 centimètres, se creuse une loge dans laquelle elle se dispose en fer à cheval et s’endort en nymphose pour donner un insecte adulte aérien qui continuera le cycle. – Photos : Epervière – Bupreste du pêcher (Capnodis tenebrionis) –

Nous terminons la journée par la visite du Puy Bricon, un parc municipal de Pernes-les-Fontaines à l’aménagement duquel Dimitri a un peu participé en suggérant au maire la création d’une mare dans l’ancienne carrière creusée dans la colline. Il conduit également des visites guidées pour des groupes qui souhaitent découvrir la faune et la flore du lieu. Par exemple, dans la falaise de glaise se trouvent des nids de guêpiers d’Europe. Ce sont des oiseaux migrateurs qui arrivent en avril-mai en France pour se reproduire. Très vite, ce bel oiseau multicolore que nous avons observé près de l’étang de Scamandre creuse en couple un terrier sur le site de naissance du mâle. Les guêpiers enlèvent entre 7 et 12 kg de terre du tunnel, et la construction peut durer entre 10 et 20 jours. Le terrier mesure de 70 à 150 cm de long. Il est de section ovale, de 7 x 9 cm. Il peut être droit ou légèrement courbe, souvent horizontal mais parfois incliné selon le site. Leur nom de “Guêpiers” exprime bien le fait que l’essentiel de leurs proies est constitué d’hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons, bourdons…), mais ils capturent aussi des papillons, des libellules, des coléoptères et des diptères. Après avoir saisi  une proie en vol, à partir d’un support d’où il a décollé (branche dénudée, racine  sortant de la paroi…), le Guêpier revient sur son perchoir contre lequel il la cogne quatre ou cinq fois pour l’assommer. Incapable d’assimiler les élytres dures et les cuticules du thorax, il en restitue les débris chitineux sous forme de “pelotes de réjection”. Les premiers départs en migration ont lieu à la mi-août, et les derniers retardataires en octobre. Ces oiseaux ne passent donc que le tiers ou au maximum la moitié de l’année en Europe. De très jolies photos de ces oiseaux figurent sur un site traitant de l’éthologie des oiseaux, avec la description de leur comportement au cours d’une saison. Sur le terrain quelque peu dénudé des alentours de la mare, des myriades de zonites d’Algérie (des escargots) profitent de ce temps humide pour vaquer à leurs occupations. Des bouquets d’aphyllante de Montpellier teintent d’azur le pourtour de la pièce d’eau. Dans quelque temps, lorsque la végétation se sera installée, ce sera un site bien pittoresque. – Photos : Zonite d’Algérie – Aphyllante de Montpellier – Ci-dessous, nids de Guêpiers d’Europe –

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