Faune et Flore

[tp-single-map]
Cet article fait partie d'une série de publications appelée Aldudes
Vois plus d'articles
7 min - temps de lecture moyen
Print Friendly, PDF & Email
16 au 18 juin 2017
Nathalie Marie, kinésithérapeute et professeur de yoga-pilates – groupe : Nathalie & Grégoire, Fabienne, Thomas, Cathy & Jean-Louis, Malika, Mirentxu et Alexandra

Aldudes

Week-end Bien-être – Yoga / Training / Pilates

Traversant la petite rivière au cours freiné par un seuil qui dérive une partie de son flux vers un moulin aujourd’hui disparu, je reste un moment sur le pont à contempler le bal des hirondelles rasant l’eau claire et la bergeronnette grise qui se perche sur un rocher humide poli par les ondes avant de reprendre son vol sous les frondaisons de la berge. Poursuivant mon chemin, mon oeil est attiré par des éclairs bleus sur les feuilles mates. Des hoplies bleues sont posées partout, coléoptères caractéristiques de ces rives humides. Leur nom vient du grec “oplé”, ongle, en rapport avec celui qui termine leurs pattes. Mesurant environ 5 millimètres, ces tout petits hannetons de la famille des scarabées sont des mâles dont l’apparition est relativement fugace dans la saison. Ils se placent bien en vue, en haut des tiges ou des fleurs, et soulèvent leurs pattes arrière afin de libérer des molécules volatiles de phéromones qui attirent à eux les femelles d’une couleur beaucoup plus discrète, dans les bruns-verts… Leur beauté est passagère et fugitive. Elle est produite par de légères et fines écailles azurées que le moindre attouchement ternit, que le moindre frottement fait disparaître. Cette fragilité n’a pas fait obstacle aux bijoutiers de la Belle Epoque pour orner bagues, broches et bijoux à faible coût, ni aux fleuristes et modistes qui ont longtemps utilisé l’insecte séché pour  sa belle couleur bleu-turquoise : ils le recouvraient d’une fine poussière d’argent et le collaient sur les fleurs et feuilles de bouquets et parures diverses. – Photos : ci-dessus : Cirse des marais ? – Ci-dessous : Hoplies bleues –

Hoplie bleue et mouche

Hoplie bleue (coléoptère)

Fougère – Lichen

AbeilleDepuis quelques semaines, j’étudie l’abeille et son mode d’orientation en vue d’une animation d’astronomie à Bayonne (“La rue Sainte Catherine fête l’Abeille”, le 24 juin). Elle ne voit pas le rouge, et à peine l’orange ! Par contre, elle perçoit très bien l’ultraviolet, invisible à notre oeil. Les plus anciens insectes (aptères – sans ailes) remontent au Dévonien (entre -400 et -380 millions d’années). Les ancêtres des insectes actuels remontent au Carbonifère (-360 à -300 Ma), époque où vivaient des insectes géants, comme cette libellule fossilisée (Meganeura monyi, ci-dessous) d’une longueur de 70 cm et d’une envergure supérieure à 70 cm. Les premières plantes à fleurs répertoriées dans les registres fossiles ne remontent toutefois qu’à 130, 140 Ma (époque des Iguanodons). Montsechia, par exemple, poussait au Barrémien (-130 à -125 Ma environ) dans un environnement aquatique. Elle  se reproduisait en disséminant son pollen dans l’eau. La coévolution entre les plantes à fleurs et les insectes ne s’est donc produite que tardivement (relativement à l’apparition des insectes) et ce sont les plantes qui, en colonisant l’environnement terrestre, ont adapté les coloris de leurs fleurs aux capacités visuelles des insectes pour mieux les attirer et permettre grâce à eux une pollinisation aérienne plus efficace et mieux ciblée que la simple dissémination du pollen par le vent. Ainsi, sous nos latitudes, les fleurs qui ont des coloris chauds, jaune, orange, rouge, invisibles pour les insectes, renvoient également le rayonnement ultraviolet sur toute ou partie de la surface des pétales afin de les guider dans leur recherche de nectar et de pollen. Dans la zone intertropicale, les fleurs rouges peuvent aussi être pollinisées par les colibris. Les oiseaux, descendants de certains dinosaures, ont des capacités visuelles souvent bien meilleures que les nôtres, et certaines espèces perçoivent un spectre plus étendu de la lumière (de l’ultraviolet jusqu’au rouge). – Photos : Tige hérissée d’épines du cirse des marais – Borne frontière 146 –

Libellule fossilisée (Meganeura monyi) – A droite, Montsechia, une des premières plantes à fleurs

Araignée sauteuse, salticide

Potentille rampante ? et champignons saprophytes (qui se nourrissent de matière organique morte ou en voie de décomposition)

Par chance, j’ai pris en photo une araignée fort intéressante, une araignée sauteuse ou salticide (qui tue en sautant). C’est la plus grande famille d’araignées, contenant plus de 625 genres et 5949 espèces décrites, soit environ 13% du total. Je ne m’aventure donc pas à chercher son nom sur Internet, j’ai trop de chances de me tromper. Ces petites araignées, qui mesurent 2 à 8 mm environ, sont capables de sauter pour s’enfuir ou pour capturer leurs proies. Avant de bondir, elles fixent un fil de soie au substrat et l’accrochent à leurs pattes postérieures. Elles peuvent ainsi sauter en sécurité. À la différence de la plupart des autres araignées, les araignées sauteuses sont des prédatrices à orientation visuelle, qui mémorisent leur environnement, les distances et les orientations. Cette chasse active d’attaque nécessite une meilleure vision que chez leurs congénères tisseuses qui chassent à l’affût. Elles ont 8 yeux qui ont des fonctions différentes et complémentaires. Quatre yeux sont situés à l’avant du céphalothorax : deux yeux médians antérieurs et deux latéraux antérieurs. Ces yeux d’une très grande acuité visuelle permettent de voir un mouvement à 2 mètres au moins ou d’enregistrer la présence d’un partenaire sexuel. Les champs de vision des yeux médians antérieurs ne se chevauchent pas, l’araignée a donc un autre moyen que la vision binoculaire pour évaluer la distance qui la sépare de sa proie.

En effet, la rétine a quatre couches de photorécepteurs, et la seconde, la plus profonde, contient énormément de cellules sensibles à la couleur verte. Une autre couche est consacrée délibérément à la vision floue. C’est la différence de netteté entre l’image défocalisée et l’image nette du fond qui fournit l’indication de la distance. Ces araignées perçoivent les couleurs (jusque dans l’ultraviolet, comme les insectes) et la lumière polarisée. Les yeux latéraux antérieurs sont plus petits, immobiles, avec un pouvoir séparateur bien plus faible, mais un champ plus étendu. Ils permettent une vision binoculaire vers l’avant et monoculaire sur les côtés. Ils servent à repérer les menaces. Quatre autres yeux sont situés vers l’arrière : les yeux médians postérieurs sont très petits, peut-être vestigiaux. Les yeux latéraux postérieurs, à peu près de la même taille que les latéraux antérieurs, permettent une vision très large sur les côtés et l’arrière, avec une petite vision binoculaire arrière. Les Salticidae ont donc un champ de vision à 360°. Les pattes sont en général courtes et fortes, les antérieures parfois renflées comme chez celle que j’ai photographiée.

Selon l’auteur du site en lien, les salticides sont fascinantes à observer. Avec un peu de patience et de chance on a parfois l’occasion d’assister à la danse nuptiale que le mâle effectue devant la femelle afin de la rendre disposée à un accouplement. Leur monde sensoriel ne serait pas limité à une vision efficace et à la capacité tactile de percevoir les vibrations de l’air provoquées par une source proche. Ces araignées ont aussi la capacité d’« entendre » des sons venant de distances plus importantes. Elles perçoivent les sons d’une amplitude d’au moins 65 décibels et principalement à basse fréquence, entre 80 et 380 hertz. La détection d’un son s’accompagne d’une réaction spécifique : l’araignée s’immobilise en moins de 100 millisecondes. Les chercheurs imaginent que ces caractéristiques permettraient à l’arthropode de percevoir le vrombissement de menaces telles que les guêpes prédatrices ou parasitoïdes, qui pondent leurs œufs dans le corps des araignées, et dont les battements d’ailes émettent des sons à partir de 100 hertz. Les araignées salticides sont dépourvues d’un système auditif avec tympan, que l’on trouve chez la plupart des animaux qui entendent à grande distance. Les chercheurs ont donc étudié de près les soies des pattes avant des invertébrés. Celles-ci sont connues pour percevoir avec une grande sensibilité les vibrations à courte distance. Les chercheurs ont stimulé mécaniquement des poils individuels et ont bien enregistré une activité dans les ganglions du système nerveux de l’araignée avec des signaux équivalents à ceux obtenus par des sons produits à plusieurs mètres de distance… Ces araignées “entendent” donc avec leurs pattes ! – Photo ci-dessous : Lamiacée (Lamium garganicum) –

lamiaceae

S’abonner
Notifier de
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
0
Que pensez-vous de ce récit ? Donnez votre avisx