Gorges de la Nesque – Faune-Flore

[tp-single-map]
Cet article fait partie d'une série de publications appelée Provence
Vois plus d'articles
21 min - temps de lecture moyen
Print Friendly, PDF & Email
26 avril au 2 mai 2015
Guide : Dimitri Marguerat – Participants : Cathy & Jean-Louis, Antoine (belge), une Bourguignonne, un Parisien

A notre réveil le mardi, nous découvrons un beau ciel dégagé, propice à une grande balade. Mais nous ne manquons pas de faire d’abord honneur au plantureux petit déjeuner offert par notre hôtesse qui héberge notre petit groupe chez elle, à la ferme La Paysanne de Pernes-les-Fontaines sur la route de Carpentras. Le pain, le gâteau, les confitures sont de fabrication maison, un vrai régal ! Tout est bio de surcroît, Mireille Gravier est une femme très engagée dans la nourriture saine et de qualité, et elle nous tient compagnie en nous racontant son parcours original. Géographe, vacataire pour donner des cours à l’université, cadre pendant un temps du Centre méditerranéen de l’environnement labellisé CPIE des pays de Vaucluse, elle a écrit ou contribué à la rédaction de plusieurs livres, “Paysans et paysages du Ventoux”, “Paysans et paysages de l’Arc comtadin”, “A la rencontre de Jean-Henri Fabre sur les pentes du Mont Ventoux”, “A la découverte du Ventoux”… Elle a aussi réalisé une brochure détaillée sur les activités de la ferme et la présentation de la région, dont un exemplaire est déposé dans chaque chambre d’hôte. En effet, elle remplace désormais son père à la retraite sur l’exploitation d’oliviers dont les fruits presque mûrs sont récoltés au peigne électrique et pressés à la ferme afin d’en extraire une huile jouissant du maximum de qualités. A la fin du séjour, elle m’en fait déguster à la petite cuillère pour que je choisisse parmi ses diverses productions, mais juste après le petit-déjeuner, trufficulture joel g 12327cc’est un peu rude. Même si j’en utilise beaucoup, il ne m’est jamais venu à l’idée de la goûter pure. En plus, je n’ai pas le palais suffisamment exercé pour être capable de les différencier. L’huile, c’est comme le vin, il faut un apprentissage pour savoir apprécier une production de qualité. recolte truffes la paysanne pernes vaucluseElle m’apprend que l’huile du commerce vient d’Espagne, qu’elle soit bio ou pas. Le lavandin planté en bordure du verger donne au miel sa saveur et ses fleurs servent aussi de base à une petite production d’huile essentielle et d’eau florale. Mireille nous explique que trois sortes de lavandes poussent naturellement sur le Mont Ventoux : la lavande officinale qui pousse au-delà de 700 m d’altitude, la lavande aspic, des collines et des garrigues, et les lavandins issus de l’hybridation naturelle de ces deux variétés et qui sont aujourd’hui cultivés en quantité pour la parfumerie. Leurs huiles essentielles sont largement utilisées en pharmacie et aromathérapie. La lavande possède des propriétés antiseptiques, apaisantes et cicatrisantes. Le lavandin est reconnu pour ses vertus tonifiantes, décontractantes et antiseptiques. Quant au grand chien qui nous accueille bruyamment de derrière la clôture du jardin, il est dressé à la recherche des truffes qui poussent dans un bosquet de chênes qui leur appartient, les plus prisées étant celles qui sont récoltées au moment des fêtes de Noël et fin d’année (tuber brumale et mélanosporum), mais la tuber aestivum est aussi récoltée en été. Tous ces produits sont vendus à la petite boutique attenante à la ferme. – Photos : Chien truffier de Joël et Mireille Gravier – Récolte de truffes – Ci-dessous: Prairie humide à Narcisse des poètes devant la roselière (lac du Bourguet à Monieux) –

pP1450739

pP1450740Son accent, son enthousiasme et son large éventail de connaissances communiquées avec une gentillesse volubile nous tiennent sous le charme, mais il est temps de partir à la découverte des gorges de la Nesque, les plus grandes gorges de la région PACA (Provence Alpes Côte d’Azur) après celles du Verdon. Nous y étions, Jean-Louis et moi, en septembre 2009, mais le temps a effacé dans notre esprit les détails du circuit et la saison printanière offre un nouveau paysage. Cette rivière prend sa source à Aurel sur le flanc est du Mont-Ventoux. Jusqu’à l’entrée des gorges, ses eaux entraînaient du XVIIIe au début du XXe siècle pas moins de 28 moulins à grains, car la région était autrefois le grenier à blé des pays du Ventoux, ressource symbolisée dans son nom qui dérive d’Annesca, divinité romaine représentée sous la forme d’une femme porteuse d’eau et d’épis de blé, évoquant la vie, la richesse et l’abondance. Après un court parcours à travers les monts de Vaucluse, elle se jette dans la Sorgue peu avant Avignon. Dans ce véritable canyon dépassant les 400 mètres de profondeur, on peut découvrir une flore et une faune particulières qui lui ont valu d’être désigné comme Zone Spéciale de Conservation en 2007 et de bénéficier d’une protection Natura 2000. D’une superficie de 1233 ha, le périmètre débute directement en aval du plan d’eau de Monieux pour se terminer à Méthamis, en passant par les communes de Blauvac et Villes-sur-Auzon. Le site est notamment caractérisé par la présence de 17 habitats d’intérêt communautaire, une forte diversité en chauves-souris (17 espèces) et l’existence de la Nivéole de Fabre (Leucojum fabrei), espèce floristique endémique du bassin de la Nesque. Un document de synthèse sur l’inventaire chiroptérologique mentionne la participation d’Olivier Peyre qui, avec Robin Gruel, a effectué sept nuits de capture dans les Gorges de la Nesque en 2008. Des filets japonais ont été positionnés près des points d’eau, dans les allées forestières et à la sortie des cavités naturelles au pied du rocher de cire, dans le bassin de Méthamis, près du plan d’eau de la chapelle sainte Foi, au-dessus de la prairie et du plan d’eau de Monieux et devant la grotte de Baumanière. Les chauves-souris capturées ont été identifiées, sexées, mesurées puis relâchées. Olivier Peyre est spécialisé en herpétologie (amphibiens) et ornithologie, il est le gérant de Naturalia, société de consultants en environnement, dont les équipes ont procédé en janvier 2007 à l’étude préalable à la mise en place d’un Arrêté préfectoral de Protection de Biotope dans les Gorges de la Nesque. En 2008, outre cet inventaire des chiroptères, Naturalia a procédé à un prédiagnostic entomologique (insectes). Dimitri a été salarié pendant sept mois par ce bureau d’études. A l’heure actuelle, il effectue des expertises pour le compte de petits bureaux d’études environnementaux et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). – Photo : A la sortie du lac, la Nesque commence à s’enfoncer dans les Monts du Vaucluse –

pP1450745Dans les gorges, la rivière est très souvent à sec. L’eau s’y perd dans les nombreuses fissures de la roche, alimentant le système karstique de la Fontaine de Vaucluse. La preuve en fut apportée en février 2004 par un traçage à l’iode. Le traceur, injecté dans les eaux de la Nesque, apparut 11 jours et 18 heures plus tard à la Fontaine de Vaucluse, soit un parcours à une vitesse maximale relativement élevée de 73 m/h. Ce nouveau traçage pourrait remettre en cause la validité des premières colorations (fortement médiatisées) des années 60… Après la sortie des gorges, les écoulements de la Nesque redeviennent pérennes. Nous débutons notre balade à Monieux en contournant le lac artificiel du Bourguet, unique dans ce pays calcaire. Il fut créé en 1965 lors de la mise en place de la base lance-missiles stratégiques du plateau d’Albion. Les prairies naturelles et le bocage attirent et concentrent une bonne diversité d’oiseaux. Un pinson sautille dans l’herbe, un rossignol, un pouillot véloce (le compteur d’écus), une fauvette à tête noire, un pic vert, une mésange charbonnière, un troglodyte mignon signalent leur présence à l’oreille exercée de Dimitri. Nous longeons un habitat écologique particulier désigné dans les zones Natura 2000 sous la dénomination “prairie humide à Narcisse des poètes”. Ces fleurs aux pétales blancs largement étalés qui entourent une corolle tubulaire jaune vif cerclée d’orange poussent un peu plus tardivement dans les hautes prairies du Cantal et de Lozère où, dans les derniers jours de mai, elles sont cueillies et vendues à Grasse pour en extraire ces sucs qui leur donnent un parfum entêtant. Cette récolte constitue souvent un complément de revenu pour les agriculteurs montagnards qui veillent à protéger la ressource en préservant les parcelles du piétinement du bétail. La récolte se mécanise peu à peu, tondeuse poussée à la main, tirée par un cheval ou actionnée par un moteur, et composée d’un gros peigne doté de roues. Une soufflerie achemine la fleur dans un caisson pour être ensuite conditionnée dans un sac. D’autres plantes sauvages sont pareillement récoltées dans diverses régions pour l’industrie cosmétique, pharmaceutique ou alimentaire, comme la Gentiane jaune, les lichens, l’Arnica des montagnes, la Myrtille…, perpétuant ainsi des traditions séculaires. – Photo : Le paysage se creuse, à travers les frondaisons de la ripisylve, on aperçoit les premières falaises calcaires –

pP1450747A l’approche de l’étang, la prairie se convertit en roselière qui héberge le plus petit héron d’Europe, le blongios nain. On peut souvent entendre la voix du mâle pendant la saison de nidification. Elle offre un son voilé, peu sonore, répété à intervalles réguliers d’environ deux secondes et souvent en longues séries, de préférence au crépuscule et par temps calme : ‘ouôr….ouôr….ouôr’, évoquant le coassement d’un batracien ou l’aboiement lointain et mystérieux d’un chien. Il est facilement observable au printemps lorsque les mâles patrouillent au-dessus de la végétation palustre d’un vol souple. Toutefois, nous n’aurons pas la chance de déceler sa présence, malgré notre pause de quelques minutes pour le guetter. Dans le dédale de la végétation aquatique nage tranquillement une foulque macroule, reconnaissable à son bec prolongé d’un écusson frontal d’un blanc immaculé et au coup de trompette qu’elle émet régulièrement. Non loin de là évolue plus discrètement un râle d’eau au bec rougeâtre long et mince. Une grenouille rieuse coasse, heureuse de prendre un bain de soleil. Nous poursuivons sur un sentier bordé de buis en fleurs. Dans les anfractuosités des falaises claires niche une hirondelle de rocher qui chasse les insectes en un vol rapide et zigzaguant. La menthe aquatique pousse vigoureusement dans l’eau rafraîchie par l’ombre du bosquet. Une souille, petite mare circulaire, a été creusée par les sangliers dans la berge boueuse pour se débarrasser de leurs tiques. Le sentier serpente parmi les bouquets d’absinthe et les buissons de genévrier commun (dont les baies sont un condiment incontournable de la choucroute), de genévrier oxycèdre (appelé cade en Provence) et de genévrier de Phénicie aux feuilles en écailles sur les tiges souples. – Photo : Menthe aquatique (avec un insecte tapis à l’ombre d’une feuille) –

Signe de l’intelligence des corvidés, Dimitri nous rapporte que la corneille noire sait attendre que le feu tricolore vire au rouge pour aller se saisir d’un animal écrasé par une voiture. De même, un moineau sait utiliser les portes automatiques pour aller picorer les miettes dans un restaurant. Alors, faut-il renoncer à notre expression “cervelle d’oiseau” qui qualifie une personne à la “tête en l’air” ? Dimitri mentionne la riche bibliographie de Georges Olioso, bagueur, délégué régional du Centre de recherche sur la biologie des populations d’oiseaux (CRBPO) du laboratoire du Muséum, pP1450749qui s’intéresse principalement aux oiseaux et plus précisément à l’étude de leurs migrations et de leur répartition : “Corbeaux et Corneilles” (où l’auteur fait état des récentes études sur l’intelligence de ces oiseaux, comparable à celle des grands singes), “Les Mésanges”, “Grives et Merles”, “Atlas des Oiseaux Nicheurs”. Il a également mis à jour un livre de l’éminent ornithologue suisse Paul Géroudet (1917-2006), “Grands Echassiers, Gallinacés et Râles d’Europe”. pP1450754Tous ces livres sont édités chez Delachaux et Niestlé, une maison qui se consacre depuis 130 ans aux livres sur la nature. Nous entendons le pouillot de Bonelli. Son chant est un trille court et puissant, plus nerveux et rapide que celui du verdier d’Europe. Son cri est un bon critère d’identification car il est typique et très fréquemment émis, surtout quand l’oiseau est inquiet : ce sont deux syllabes nettement distinctes “Piou-uîî”. La première est attaquée “forte” et la seconde est montante, comme une interrogation. Un pinson lui fait écho. Un grand-corbeau passe avec encore de la chair dans le bec. Cet oiseau consomme les oeufs du grand-duc qui, en retour, dévore les petits des corbeaux, et pourtant les deux espèces ont le même habitat et nichent face à face de part et d’autre du canyon ! A cette date, justement, le hibou grand-duc est en train de nicher et les petits âgés d’un mois environ sont au nid. La femelle est peut-être perchée à proximité pour veiller sur eux, mais c’est peine perdue de chercher à la repérer : tant qu’elle demeure immobile, son plumage se fond parfaitement dans le paysage. Dimitri s’étonne d’entendre roucouler un pigeon colombin qui niche aussi dans la falaise : il est très rare dans ce secteur. Une mésange noire siffle sur deux notes aiguës répétées. Elle fréquente de préférence les conifères au sommet desquels elle utilise son bec adapté pour ouvrir les cônes ou pour picorer au milieu des aiguilles. – Photos : Une souille (mare) creusée par des sangliers sur la berge de la Nesque – Une corneille vient cacher de la nourriture dans une fente de la falaise –

pP1450761pP1450756Une larve de salamandre tachetée guette la présence de larves d’éphémères et de plécoptères, gamarres, aselles d’eau et vers aquatiques dont elle se nourrit. Elle se distingue du triton par sa tête plus large et ses branchies externes (pas vraiment évidentes sur ma photo). Cet urodèle, qui devient adulte en trois à cinq mois (un an dans les eaux souterraines froides), a une grande longévité, jusqu’à vingt ans à l’état sauvage et plus de cinquante ans en captivité. Il vit toutefois au ralenti, avec des périodes de jeûne. Dimitri évoque à ce propos une expérience de Jean Rostand sur la résistance au jeûne du crapaud commun. Enfermé dans un caisson de brique creuse placé sous terre, celui-ci peut demeurer 16 mois sans manger ! Dans “La Vie des Crapauds”, le chercheur rapporte en 1933 que cet animal survit quelques heures décapité, quelques jours après une ablation du coeur, et quelques semaines après lui avoir retiré les poumons. En fait ces derniers ne sont pas aussi performants que ceux des mammifères, à tel point que l’on retrouve chez presque tout crapaud une quinzaine de vers nématodes à l’intérieur, atteignant un centimètre de longueur ! Il respire donc également par la peau pour compenser. Dans la nature, dès le mois de septembre, le crapaud circule un peu moins, il ne va plus à la chasse chaque nuit. Octobre venu, il cherche l’abri où il passera la saison hivernale pendant laquelle il hibernera. Si le sol n’est pas trop dur, il s’enterre en fouissant avec ses pattes postérieures jusqu’à 45 cm de profondeur dans un terrain sablonneux, ou 20 cm seulement dans l’argile. Parfois, il se glisse tout simplement sous un tas de fumier, sous des pierrailles, un vieux tronc d’arbre, ou encore il s’introduit dans une souche vermoulue. Il lui arrive aussi d’utiliser des galeries abandonnées par les rongeurs ou des terriers désaffectés. pP1450760Son hibernation n’est pas une léthargie totale. L’animal n’est pas inerte : si on le touche, il réagit aussitôt. Toutefois, les fonctions physiologiques sont très ralenties. La respiration est imperceptible, la digestion arrêtée, la fonction rénale quasiment suspendue. De tout l’hiver, il ne prendra aucune nourriture et sa longue hibernation n’entraînera qu’une perte de poids relativement faible. Au printemps, le batracien sort de sa longue torpeur, son organisme subit des transformations indépendantes des conditions externes : le métabolisme augmente, la respiration s’accélère, le sang est plus riche en globules rouges, les tissus sont mieux hydratés. Sitôt désengourdi, il va se diriger vers l’étang le plus proche et parcourra au besoin des kilomètres pour rencontrer des femelles, venues séparément depuis d’autres lieux. – Photos : Larve de salamandre tachetée – Lichen (Evernia prunastri ?) poussant sur les rameaux d’un chêne – Une baume (cavité) dans la falaise –

pP1450783Dimitri choisit un promontoire à la vue bien dégagée pour installer sur un trépied sa longue-vue qu’il pointe vers la falaise opposée où se repose un hibou grand-duc. Nous passons l’un après l’autre derrière l’objectif, mais malgré sa description précise de l’endroit où il se trouve (en haut à droite de la petite portion circulaire du paysage circonscrite par l’oculaire), nous avons beaucoup de mal à le distinguer en raison de son plumage parfaitement cryptique, de son immobilité et de notre manque d’habitude. Nous devons éduquer notre regard et apprendre à observer les détails diversement colorés avec suffisamment d’attention pour repérer sa silhouette incomplète : seul son ventre est à la lumière, tandis que la tête est plongée dans l’ombre. Cela fait trois ans que Dimitri le cherche, car un technicien de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) lui avait signalé sa présence, et, à force de persévérance, il a fini par le trouver. Sur la droite se trouvent trois aires de grand-corbeau. Le grand-duc pond en hiver 3-4 oeufs dont les oisillons naissent au bout de 35 à 45 jours. Le décalage dans les naissances n’engendre pas de caïnisme, les frères et soeurs se respectent, car la nourriture n’est jamais un facteur limitant, leur alimentation s’étend sur un large spectre, de la sauterelle à la chouette Harfang, en passant par le ver de terre, les rapaces, les hérissons… Les parents constituent des provisions (15 hérissons…), si bien que la croissance des jeunes est rapide. Ils volent au bout de deux mois (4 mois pour le vautour fauve), mais ils ne deviennent indépendants sur le plan alimentaire qu’en automne. grand ducIl y a une très forte dynamique de cette population qui peut aussi bien nicher dans les rochers que dans la toundra, sur les arbres, dans des carrières abandonnées par les humains… C’est pourtant un animal très discret qui se partage le territoire à raison d’un couple par kilomètre carré. Son poids de 900 g est inférieur à celui d’une buse (dont une belle femelle peut atteindre 2,2 kg, le mâle un peu moins). Il a une grande longévité, de 70 ans en captivité et 30 à 50 ans dans la nature sans doute. – Photo : Muscari à grappe (Muscari neglectum) –

Lorsque Dimitri effectuait son service civil (en 1991-1992 ?) au sein de l’association Saiak (“Vautours” en basque), qui avait été créée en 1979 par Jean Curutcharry, natif de Baigorry, pour mieux connaître les rapaces qu’il adorait photographier, il se souvient qu’il était en train d’observer les planètes à la longue-vue lorsque soudain il entendit le grand-duc (dont la présence n’était pas signalée dans la région). Six mois plus tard, il trouva quatre jeunes sortis du nid. Il lui fallut encore un an pour réussir à découvrir le nid : c’était le premier couple reproducteur certifié en Pays basque et, pendant dix ans, le couple revint sur la même aire à Baïgorry. Dimitri rédigea un article dans une revue ornithologiste et d’autres couples furent trouvés par la suite. A Hendaye, un couple nicheur s’est installé face à Béhobie. – Schéma : Carte de l’ensemble des données de Grand-duc collectées dans la période 2003-2014 (Le Casseur d’os – vol. 14 – 2014, pp. 71-87) –

pP1450764pP1450781La caillasse craque sous nos pas : elle contient une grande quantité de silex. Marcherions-nous sur une aire de débitage préhistorique ? Ce ne serait pas étonnant. Les humains occupent cette région depuis fort longtemps. Cachée sous une pierre, l’oothèque d’une mante religieuse a été confectionnée avec une belle symétrie : les oeufs sont en sécurité à l’intérieur de cette complexe texture mousseuse ultra-légère qui s’est solidifiée en séchant. Un roitelet triple bandeau, coiffé d’une calotte orange vif soulignée de deux bandes noires latérales, se déplace d’un rameau à l’autre. Sur le sol, notre regard est attiré par le bleu soutenu de bouquets de polygale (du grec ‘polus’, beaucoup et ‘gala’, lait, car les anciens croyaient que cette plante favorisait la production de lait de vache). L’hellébore fétide (son cousin l’hellébore noir est aussi appelé rose de Noël) pousse au pied d’un genévrier de Phénicie, qui ne pique pas puisque ses feuilles poussent sous forme d’écailles vertes le long des tiges. Le renard en consomme les baies qui colorent en orange ses crottes dont il balise le sentier. Au loin résonnent des coups de fusil. Dimitri nous montre un petit ciste herbacé, l’hélianthème des Appenins, aux pétales blancs légèrement froissés qui caractérisent cette famille, et le Muscari à grappe (Muscari neglectum), une plante à bulbe à la floraison printanière d’un bleu intense. – Photos : Genévrier de Phénicie, reconnaissable à ses feuilles en écailles, qui pousse sur le pourtour méditerranéen, surtout sur sol rocailleux calcaire – Oothèque de Mante religieuse –

pP1450784genetteNous nous trouvons face à un double balisage, visuel (la signalétique à deux bandes peintes rouge/blanc à destination du promeneur et une crotte de mammifère) et olfactif. Pour défendre son territoire, une genette mâle a signalé sa présence à la fois par sa crotte (emplie de poils de souris) et un jet de liquide issu de ses glandes péri-anales. Ce petit mammifère carnivore nocturne, approximativement de la taille d’un chat auquel il ressemble, affectionne les rocailles et les gorges. Sa démarche est plutôt reptilienne, glissante et ondulante, contrairement au trot du renard. Il s’apprivoise facilement et fut pendant des siècles, durant l’Antiquité et le Moyen Age, un animal domestique chargé de la destruction des souris. L’excrétion fortement musquée que produisent ses glandes péri-anales fut vraisemblablement la cause de son éviction au profit du chat. La genette semble bien être l’animal que l’historien grec Hérodote (484-420 avant notre ère) nommait galè (γαλη) et citait parmi les animaux qui vivaient dans le pays des Nomades (IV, 192). Il donnait à leur sujet deux indications : les galaï abondent dans la région du silphium (une plante du genre Ferula) et ils ressemblent beaucoup à ceux de Tartessos dans le sud de l’Espagne. pP1450785Cette dernière remarque nous rappelle qu’aujourd’hui encore les genettes communes caractérisent aussi bien la Péninsule ibérique que les pays du Maghreb. D’après Strabon (XVII, 3, 4) le galè est un animal ayant l’aspect d’un chat mais avec un museau pointu, description qui convient parfaitement à la genette. Une étude de son génome mitochondrial a montré que la genette dite “européenne” était génétiquement proche des souches du Maghreb, et plus particulièrement des sujets originaires de la zone côtière algérienne. pP1450786La dynastie des Almohades pourrait avoir été à l’origine – au XIIe siècle – de telles introductions, car la diversité génétique de la genette européenne est plus élevée dans les zones qu’ils ont conquises et où ils ont longtemps vécu (Baléares, Espagne méridionale et Catalogne). Mais quelques introductions plus précoces ou tardives seraient également possibles. En France, l’espèce est essentiellement présente dans un grand quart sud-ouest. Elle s’est montrée capable de traverser le Rhône, peut-être grâce aux ponts, et elle a colonisé la Provence à partir d’Arles, où elle est de plus en plus présente depuis les années 1970. La genette s’est établie assez récemment dans l’île de Camargue où des animaux ont été observés et des crottiers importants découverts. À l’ouest, l’espèce est présente jusqu’à Nantes et au sud de la Bretagne, elle a donc traversé la Garonne, la Loire, et de nombreux autres cours d’eau qui ne semblent pas gêner son expansion. Elle est observée sporadiquement un peu partout en France jusqu’en Alsace, et semble globalement en expansion. – Photos : Hélianthème des Appenins – Genette © P. Johnson – NHPA –

S’abonner
Notifier de
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
0
Que pensez-vous de ce récit ? Donnez votre avisx