Ile de Ré – Érosion côtière / Changement climatique

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29 mai au 1er juin 2015
Organisateurs : Mag et Jean-Jacques Delétré – Guide naturaliste : Hervé Roques – Participants du Groupe Dimitri : Viviane; Mylène; Jacques et Marie-France; Jean-François et Danièle; Jacqueline; Françoise R.; Françoise I.; Claudine; Cathy et Jean-Louis; Anita et Jean-Vincent

La richesse de ces milieux très variés est bien plus grande que nous aurions pu l’imaginer au premier abord. Mais tous ces organismes nécessitent des conditions bien précises pour vivre, et celles-ci sont justement en train de changer. J’ai lu à ce propos le rapport Eurosion “Vivre avec l’érosion côtière en Europe : Espaces et sédiments pour un développement durable”, rédigé par la direction générale de l’environnement pour servir de base de réflexion à la commission européenne. J’en ai retenu quelques passages qui illustrent que l’érosion subie par l’île de Ré est loin d’être un phénomène isolé dont les causes seraient uniquement naturelles et leurs effets inéluctables. En réalité, notre mode de vie engendre une série de perturbations à grande échelle qui sont mentionnées dans ce rapport, bien que je trouve que les solutions suggérées soient bien partielles et que les auteurs ne s’attaquent pas à la racine du problème. En voici quelques extraits. – Photos : Bécasseaux sanderling – Héron cendré –

L’érosion côtière est donc un phénomène européen qui touchait, en 2004, 20 000 km de côtes (soit 20% du total) et présentait 15 100 km de zones d’impact, malgré les travaux de défense (2900 km) et plus de 4700 km de côtes stabilisés artificiellement. La superficie terrestre perdue ou sérieusement endommagée par l’érosion est de 15 km² par an. Le risque de submersion par fragilisation des dunes côtières et des défenses maritimes porte sur plusieurs milliers de km² et des millions de personnes. En 50 ans, la population côtière a plus que doublé pour atteindre 70 millions d’habitants en 2001. Le changement climatique est un facteur aggravant. En 2020, plus de 158 000 personnes seront exposées au risque d’érosion ou submersion. En 15 ans une hausse des investissements et une réduction des apports sédimentaires ont été constatées : le bétonnage des côtes a progressé de 934 km.

Les processus d’érosion et de sédimentation côtières ont toujours existé en Europe et ont contribué tout au long de son histoire à donner forme à une grande diversité de paysages côtiers. L’érosion des sols situés à l’intérieur des terres, qui résulte du ruissellement des eaux de pluie et des mouvements le long des lits fluviaux dans certaines zones, draine un volume considérable de sédiments vers la côte. Ces sédiments d’origine terrestre, auxquels s’ajoutent les matériaux arrachés aux falaises et aux bancs de sable marins, contribuent par accumulation au développement de récifs, vasières, marais salants, plages de sable, dunes et marais de transition. A leur tour, ces habitats côtiers engendrent de nombreux bénéfices substantiels parmi lesquels des configurations géographiques propices au développement économique et touristique, une protection contre les submersions dans les plaines littorales, l’absorption de l’énergie dégagée par la vague lors des tempêtes, la réduction de l’eutrophisation (baisse de la teneur en oxygène) des eaux côtières, et enfin des conditions favorables à la nidification et au développement d’espèces animales. En ce sens, la lutte systématique contre l’érosion côtière peut, selon le type de mesures prises, engendrer de nouveaux problèmes ailleurs. L’érosion côtière résulte généralement d’une combinaison de facteurs – à la fois d’origine naturelle et humaine – opérant à plusieurs échelles. Les principales causes naturelles sont les vents et les tempêtes, les courants littoraux, les variations du niveau de la mer (une combinaison de mouvements tectoniques et phénomènes de subsidence – lent affaissement de la lithosphère) et les glissements de terrains. Les facteurs anthropiques comprennent les ouvrages côtiers, le défrichement côtier, les barrages et les travaux d’irrigation, les opérations de dragage, ainsi que l’extraction de gaz et le pompage d’eau. – Photos : Echasse – Parade nuptiale (échasses) –

Pour les 50 prochaines années, Eurosion a relevé les tendances suivantes. – Perte de sédiments : la quantité de sédiments continuera à être menacée en raison des tendances en cours, en particulier les travaux de régulation des rivières et l’urbanisation côtière ; – Perte de zones littorales dynamiques mettant fin aux habitats naturels ; – Perte de résilience (capacité d’un écosystème à retrouver son fonctionnement normal après avoir subi une perturbation) ; – Changement climatique.

Deux raisons principales justifient le traitement de l’érosion côtière au niveau communautaire :

1. La dimension communautaire des sédiments et des sols : les sédiments dont dépend la future résilience côtière sont contenus dans des bassins hydrographiques qui s’étendent souvent sur plusieurs Etats membres. Les barrages et travaux d’irrigation fluviaux peuvent aussi avoir des conséquences sur les zones côtières d’autres Etats membres. La Directive-cadre sur l’eau est un instrument important pour aborder cette question. En outre, les sédiments des zones littorales passent souvent les frontières ; les actions de gestion côtière peuvent facilement avoir des conséquences transfrontalières, non seulement le long des dunes et des plages, mais ausi dans les estuaires (cf. les opérations de dragage dans les zones transfrontalières). – Photos : Sterne pierregarin en vol – Echasse mâle (plumage noir et blanc) abritant ses petits dont on voit les paires de pattes sur les siennes –

2. Les pratiques actuelles de gestion de l’érosion côtière ont tendance à utiliser les sites Natura 2000 comme réserves stratégiques de sédiments. Ceci aura des implications à long terme probablement irréversibles sur le Réseau communautaire Natura 2000. Eurosion suggère que les habitats naturels désignés ne servent pas de source de sédiments pour compenser les déficits chroniques de sédiments induits par l’homme, de façon à éviter de fragiliser la résilience du littoral et de saper les objectifs de la politique environnementale communautaire. Au niveau de l’Union Européenne, cet objectif peut être atteint via la Directive Habitat. – Photo : Envol d’un tadorne de Belon –

Il existe une relation étroite entre l’érosion côtière et le risque d’inondation du littoral, la première entraînant la seconde dans de nombreuses zones. La résilience côtière dépend de deux facteurs clés : les sédiments et l’espace disponible pour les processus côtiers. Elle diminue à cause du déficit chronique de sédiments et des limites imposées à l’espace nécessaire pour faire face au retrait naturel des falaises et des systèmes sédimentaires et à la redistribution des sédiments par suite de ce retrait. Ces aspects doivent être identifiés comme les conditions primordiales d’un aménagement durable du littoral en général et d’une gestion du trait de côte en particulier. – Photo : Oeuf de tadorne de Belon dévoré par un prédateur –

Les grands travaux de régulation des cours d’eau, en interrompant le transport de sédiments fluviaux grossiers, causent un déficit annuel de sédiments estimé à 100 millions de tonnes. L’érosion côtière résulte le plus souvent de l’impact cumulé de plusieurs facteurs, certains naturels, d’autres induits par les activités humaines : barrages, autres projets industriels, tourisme (marinas, réhabilitation des fronts de mer), urbanisation, extraction de granulats, ouvrages de défense côtière. Y contribuent aussi les grands projets, extension portuaire, défrichement côtier pour la construction de parcs d’éoliennes ou de centrales électriques, de même que l’ensemble des petits ou moyens projets. Le coût des mesures destinées à réduire les risques liés à l’érosion côtière est supporté principalement par les fonds publics nationaux et régionaux, dans une moindre mesure par les populations concernées, et pratiquement jamais par les propriétaires de biens menacés ni par les responsables de l’érosion côtière. – Photos : Faucon crécerelle – Phare des Baleineaux, “les pieds dans l’eau” à quelques encablures de la côte –

Pour revenir à l’île de Ré, des signes de recul des côtes sont visibles en plusieurs endroits de la périphérie de l’île : érosion des petites falaises littorales de la côte nord (plusieurs mètres par an au bois de Trousse-Chemise) ; réduction de la largeur des plages de la côte sud et attaque du cordon dunaire lors des grandes marées. Par ailleurs, je trouve sur Wikipédia l’assertion suivante. “Du fait de sa faible altitude, l’île de Ré est située en première ligne face à l’élévation du niveau des mers consécutive au changement climatique global. Une élévation du niveau des mers de 110 à 770 mm consécutive à la fonte des glaces ne peut faire redouter la disparition de l’île de Ré à la fin du XXIe siècle. Le soulèvement régional étant, en 2010, supérieur à l’élévation du niveau de la mer de (mesure du marégraphe de La Pallice), ce risque semble exclu.” Il me semble que cet article mériterait peut-être d’être révisé. Selon l’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique(ONERC) du ministère français du développement durable, sur les derniers 3000 ans, l’élévation du niveau moyen mondial de la mer s’est produite au rythme de 0,5 mm/an. Au XXe siècle, ce rythme s’est accéléré pour atteindre 1,7 +/- 0,2 mm/an sur 1900-2009 et 3,2 +/-0,4 mm/an sur 1993-2011. Pour quelques stations bathymétriques de la côte atlantique et de la côte méditerranéenne françaises, le taux d’élévation passe de 1,1 à 3 mm/an entre 1890 et 2004 en conformité avec cette évolution moyenne mondiale. Les données accumulées depuis le début du XXe siècle ont mis au jour une tendance significative : le niveau de la mer a augmenté rapidement au cours du dernier siècle, à un rythme jusqu’à 5 fois supérieur à celui des derniers millénaires (de 1,5 à 3 mm/an). Ce phénomène serait dû au réchauffement du climat moyen observé sur la même période. La montée des températures dans les basses couches de l’atmosphère entraîne une augmentation du niveau marin par le biais de plusieurs facteurs. D’une part, les océans se dilatent (phénomène de l’expansion thermique), des océans plus chauds occupant un volume plus important. D’autre part, les glaciers de montagne et les calottes polaires fondent, générant un apport d’eau douce plus important à l’océan. Enfin, la hausse des températures modifie le cycle hydrologique, ce qui influe également sur l’apport en eau des réserves continentales. L’élévation du niveau de la mer qui découle du changement climatique à venir représente un risque de submersion pour les régions littorales, affectant le lieu de vie d’environ 145 millions de personnes pour une élévation d’un mètre. – Photos : Faucon crécerelle – Ci-dessous : La nichée d’un couple de tadornes de Belon ??-

L’ONERC se fonde sur les résultats d’une étude qui viennent d’être publiés dans le journal Environmental Research Letter. Le nouveau rythme d’élévation du niveau des mers de 3,2 millimètres (+/- 0.5 mm) par an représente 60% de plus que les estimations de 2 mm par an du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) faites en 2007. Grant Foster a déclaré que la différence entre les deux évaluations pouvait s’expliquer par une meilleure connaissance de la fonte de la glace terrestre. Les projections du GIEC étaient basées sur des données remontant à la période entre 1993 et 2003, alors que les estimations des chercheurs se sont basées sur des données plus récentes apportées par radars satellite notamment. En réexaminant les mesures de 600 marégraphes, les chercheurs de l’université Harvard, aux Etats-Unis, ont constaté une accélération flagrante du phénomène. Cette analyse suggère que “l’accélération au cours des deux dernières décennies a été 25% plus forte que ce que l’on pensait”, a précisé à l’agence Reuters Carling Hay, un scientifique canadien de l’Université d’Harvard et le principal auteur de cette étude. Pour l’heure, le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime, dans son dernier rapport, que la hausse totale du niveau des mers au cours de ce siècle sera comprise entre 28 et 98 centimètres. Cette fourchette, déjà réactualisée par rapport aux projections de 2007 – qui prévoyaient entre 18 et 59 centimètres supplémentaires – pourrait être revue une nouvelle fois à la hausse. Comme le montre cette carte réalisée par le site Flood Maps à l’aide de données rendues publiques par la Nasa, l’île de Ré, celle d’Oléron, l’estuaire de la Loire, le bassin d’Arcachon et le marais poitevin seraient très mal en point. Les zones de polders (marais salants) ne peuvent en aucun cas s’adapter à cette élévation du fait qu’ils sont privés des apports sédimentaires marins. Sur les plages, une élévation d’un centimètre entraîne un recul horizontal de celles-ci d’un mètre, soit en 2100 un recul estimé dans une fourchette de 25 à 100 mètres (Eric Chaumillonrealahune). – Photos : Gallinule poule d’eau – Cygne blanc et cygne noir – Sterne pierregarin – Schéma ci-dessous : Simulation par le site Flood Maps d’une montée du niveau marin de un mètre –

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