Ile de Ré – Submersion / Conclusion

Cet article fait partie d'une série de publications appelée Ile de Ré
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29 mai au 1er juin 2015
Organisateurs : Mag et Jean-Jacques Delétré – Guide naturaliste : Hervé Roques – Participants du Groupe Dimitri : Viviane; Mylène; Jacques et Marie-France; Jean-François et Danièle; Jacqueline; Françoise R.; Françoise I.; Claudine; Cathy et Jean-Louis; Anita et Jean-Vincent

Dans un numéro hors-série de la revue VertigO, revue électronique en sciences de l’environnement, Eric Chaumillon, chercheur en géologie marine du littoral à l’université de La Rochelle, collabore à une étude intitulée “Mesures et modélisations des évolutions du niveau marin, des vagues, des tempêtes et des évolutions des littoraux pour une gestion durable des littoraux” dont j’extrais quelques passages. “Pour la zone nord-est Atlantique (au nord de 45° nord), la taille moyenne des vagues hivernales a augmenté de 0,70 m en 60 ans. Les conséquences de ce type de variation sont importantes, car le transport par les courants liés aux vagues est crucial dans l’évolution de nombreuses côtes et il varie entre autres en fonction de la hauteur des vagues. Les surcotes provoquées par les tempêtes en mer sont des causes majeures des submersions marines et de l’érosion des côtes. Les plaines côtières de la Gironde à la Vendée ainsi que la Camargue représentent, en termes de superficies inondables, les domaines côtiers les plus menacés de France. La modélisation de surcotes en Charente-Maritime a permis de quantifier les contributions respectives des couplages entre le vent, les vagues et le frottement sur le fond. L’érosion côtière touche principalement les côtes sédimentaires, dominées par les houles, ou mixtes, c’est-à-dire dominées par la houle et la marée. Ainsi dans le monde, plus des deux tiers des côtes sableuses seraient en érosion. En France métropolitaine, on a estimé à 1723 km le linéaire côtier en érosion pour un total de 7124 km. Dans la région Poitou-Charentes, les érosions des côtes sédimentaires peuvent atteindre des records avec, localement, des reculs de plus de 20 m/an. Les causes de ces reculs côtiers sont multiples et incluent par exemple, l’augmentation du niveau marin, la diminution des apports sédimentaires fluviatiles, l’augmentation de la taille des vagues, les couplages entre les apports sédimentaires des plages et la dynamique des embouchures tidales.” – Photos : Coquillage ? – Dessous d’un rocher immergé sur l’estran qui abrite deux ophiures, des algues et d’autres organismes –

“Depuis 6500 ans environ, le niveau marin est considéré comme relativement stable par rapport aux fortes variations enregistrées lors des deux derniers millions d’années. Néanmoins, des mesures montrent sur les côtes stables ou en subsidence (lent affaissement de la lithosphère), des élévations relatives du niveau marin de plus de 1 mm/an et atteignant localement plusieurs millimètres par an. En France des mesures par marégraphie obtenues à Brest sur près de 300 ans montrent une rupture de pente nette de l’augmentation du niveau marin vers la fin du XIXe siècle, en accord avec des résultats indépendants, issus de l’analyse de carottes de sédiments dans le Golfe de Gascogne ou dans l’Atlantique nord-est. À une échelle locale et sur de courtes périodes de temps (quelques heures), il existe des variations du niveau marin liées aux tempêtes (surcotes) dont les amplitudes peuvent être très importantes (plusieurs mètres) et entraîner des dégâts considérables. De tels événements ont touché par deux fois, dans un passé proche, les côtes atlantiques, en particulier dans la région Poitou-Charentes. Il s’agit des tempêtes Martin (26 décembre 1999) et Xynthia (26 février 2010), avec des dégâts estimés à plusieurs milliards d’euros. Elles ont rappelé l’extrême sensibilité de ces côtes à la submersion marine. Dans le contexte actuel de réchauffement climatique, l’érosion et la submersion marine sont susceptibles de croître. En effet, le réchauffement climatique entraîne une élévation eustatique du niveau marin et donc une submersion des côtes. Il pourrait également entraîner une augmentation des instabilités climatiques et une augmentation de la fréquence des tempêtes qui pourraient contribuer à accroître l’érosion des côtes.” – Photos : Aplysie ou lièvre de mer, hermaphrodite, l’accouplement s’effectue en groupe (ici à trois) – Hermelles (ver polychète Sabellaria alveolata) : le juvénile construit son tube de sable dont la taille et la forme des grains sont sélectionnés en fonction de la taille de l’organe constructeur ventral en forme de fer à cheval qui calibre et englue de “ciment organique” le grain avant qu’il soit déposé au bord du tube. Les individus se regroupent souvent en masses considérables, de 15 000 à 60 000 au mètre carré et forment de véritables récifs dans la zone de balancement des marées. –

“Sur le littoral de Charente-Maritime, l’opportunité de disposer de deux environnements estuariens (pertuis breton et pertuis d’Antioche-Baie de Marennes-Oléron) de morphologie comparable, soumis aux mêmes facteurs environnementaux et humains, a permis de comparer leurs enregistrements sédimentaires. Cette étude montre que ce sont les apports sédimentaires marins qui expliquent les différences d’enregistrements sédimentaires. Le pertuis breton, situé au nord par rapport au pertuis d’Antioche, piège le sable provenant du nord par la dérive littorale liée à la houle. Par conséquent il est plus comblé et l’est majoritairement par des corps sédimentaires sableux. Le pertuis d’Antioche est quant à lui soumis à des apports sédimentaires majoritairement en suspension issus du panache turbide de la Gironde, situé plus au sud, et enregistre préférentiellement des changements environnementaux liés à la déforestation et aux changements climatiques.” – Photos : Aplysie, détail du repli de peau qui lui permet de nager – Os de seiche (le fier d’Ars était autrefois une grande zone de reproduction de la seiche qui, en raison de la surpêche et de la pollution, a quasiment disparu de ce site) –

Quelles conclusions tirer de cette somme d’informations ? La situation géographique de l’île de Ré en a fait un révélateur des politiques européennes au cours de ces derniers siècles. Enjeu de l’autorité royale à l’époque des guerres de religion, son activité économique a bénéficié du dynamisme engendré par le commerce triangulaire et la pêche morutière. Sa production de sel marin l’a convertie en instrument des stratégies de pouvoir des pays européens, grandeur suivie de décadence : la concurrence effrénée entre les nations a provoqué l’émergence de nouvelles techniques, causes de l’enchérissement relatif et de la désaffection du sel marin qui ont plongé l’île dans le marasme. Alors qu’elle a retrouvé avec le tourisme et la mise en valeur de sa nature à demi-sauvage une nouvelle dynamique, la voilà exposée de plein fouet aux pernicieux effets à retardement des révolutions industrielles développées sur le continent. Faut-il, comme le préconise l’Etat français pour le nord-ouest de l’île de Ré (entre autres lieux), mais aussi d’autres Etats européens sur d’autres côtes exposées, abandonner purement et simplement la partie, organiser le retrait des populations de ces zones qui, à une échéance plus ou moins proche, risquent d’être immergées ? Faut-il cesser d’ériger des défenses qui s’avèrent dérisoires face à la puissance des éléments en furie ?

Sédiments retenus par les barrages, ponctionnés par les dragues, bloqués par les canalisations fluviales, les épis, enrochements ou digues, artificialisation des berges et des littoraux, installation de populations toujours plus importantes dans les villes et villages riverains et côtiers, tous ces éléments conjugués ont ôté à cette délicate interface terre-eau sa marge de manoeuvre et sa capacité de restauration naturelle. Un déficit chronique de sédiments s’est produit en Europe qui entraîne une fragilisation de ses côtes face à l’érosion marine dont la puissance semble s’accroître, avec des vagues plus hautes, plus puissantes, des tempêtes peut-être plus fréquentes et dévastatrices. Menace supplémentaire, les voilà exposées de surcroît à une hausse du niveau marin induite par le réchauffement planétaire. A quoi bon créer une réserve naturelle, un parc marin ? C’est jeter de la poudre aux yeux si ces mesures ne sont pas accompagnées d’une politique effective de rétablissement de la mobilité naturelle des fleuves et des côtes (sans parler d’un arrêt des émissions des gaz à effet de serre). La grande illusion, c’est de croire que le recul des côtes est un problème local qui sera résolu par des actions locales. Ce sont en réalité tous les bassins versants des cours d’eau et de leurs affluents qui sont en cause, ainsi que toutes nos activités consommatrices d’énergies fossiles, mais cette réalité, pour le moment, a du mal à être admise. La hausse démographique et la compétition internationale sont de puissants facteurs d’une fuite en avant, l’attitude générale n’est pas de prendre à son compte l’adage d’Antoine de Saint-Exupéry “Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants”, mais bien plutôt “Après moi le déluge !”.

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