Les Causses – 3 Falaise des Gorges du Tarn

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13 au samedi 19 avril 2014
Dimitri Marguerat accompagne en randonnée naturaliste Jean-François Gr., Viviane, Jacqueline, Françoise I., Margaitta, Jean-Louis et Cathy
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Dimitri a choisi de nous faire découvrir une région qui lui tient vraiment à cœur. Déjà, jeune adolescent, il avait demandé à ses parents de le déposer pour quelques jours avec un copain afin qu’il explore le site à pied car il savait que c’est ici qu’avait lieu l’expérience de réintroduction des vautours. Sans avoir à demander d’information, il découvrit les volières où les oiseaux étaient gardés dans l’attente du bon moment pour les relâcher. C’était en 1985. Pour comprendre pourquoi ces oiseaux avaient disparu et les raisons qui poussèrent à les réintroduire, il faut revenir assez loin dans le passé. Sur une brochure éditée par le parc national des Cévennes dont je reproduis ici l’article, il est relaté “qu’en 1894, l’abbé Solanet évoquait ainsi une falaise des gorges du Tarn : “C’est dans cette formidable forteresse que les vautours de la région ont établi leur domicile. Ils sont là par myriades”. En 1921, les vautours, déjà plus rares, sont toujours présents. Heim de Balsac, ornithologue, écrit : “Les gens du pays sont tous d’accord pour dire qu’il y a une quarantaine d’années, les vautours étaient beaucoup plus nombreux que maintenant. Il nous a été donné d’observer avec soin une de ces colonies dans la vallée de la Jonte qui n’est vraiment profonde que dans sa portion terminale. C’est là, en effet, à 7 km en amont de Peyreleau, exactement en face du hameau du Truel, que se trouvent des rochers à vautours. C’est là que nous avons pu examiner le 10 avril un nid contenant un oeuf”. La disparition des vautours est ensuite rapide, constatée en 1934 par André Rochon-Duvigneaud : “Je n’ai pas vu un seul vautour ! Les gens du pays considèrent cet oiseau comme disparu. En 1926 et 1927, j’en avais encore aperçu quelques uns mais combien raréfiés !” Olivier Meylan témoigne : “Au pied de la paroi, où nous pensions trouver quelques débris, rien que des os blanchis, vieux de plusieurs années. Des douilles de carabine à répétition automatique Winchester calibre 351 SL jonchent le sol”. C’est en 1932 qu’il a vu les derniers. Pourquoi cet anéantissement des vautours ? Plusieurs facteurs se cumulent, entraînant la raréfaction de l’espèce, puis sa disparition des Causses. La disponibilité de la nourriture aurait diminué, suite à la loi qui obligeait les éleveurs à enterrer ou faire enlever les brebis mortes et qui était sensée éviter leur dissimulation dans les avens et la pollution de l’eau qui en résultait. La chasse a entraîné une élimination directe, pour le plaisir d’un coup de fusil ou pour la vente des oiseaux destinés à la naturalisation. Mais surtout les pratiques d’empoisonnement des prédateurs, les loups d’abord, puis les renards, notamment par la strychnine. Les vautours qui consommaient les cadavres ont pu être éliminés en nombre. Ces menaces directes sur les vautours existants se situent dans le contexte d’une faible fécondité et d’une tardive maturité sexuelle. Le décès d’oiseaux adultes, donc potentiellement reproducteurs, entraîne alors rapidement l’éradication de populations entières.” – Photos : Le vautour moine se pose sur un pic qui surplombe l’aire – Puis il rejoint l’autre membre sur le nid et ils effectuent une “danse” de reconnaissance mutuelle –

“Les vautours tendent à disparaître, faute de charognes… Pour les conserver, on pourrait créer “un parc ou ferme à vautours” au moyen d’appâts à l’extrémité du causse Méjean, dans le bassin clos de Cassagnes à Franc Bouteille. Ils détruiraient les bêtes mortes comme en pays basque”, écrit André Rochon-Duvigneaud dans le Bulletin de la société pour la protection des paysages de France en juillet 1931. L’idée est lancée, 50 ans seront nécessaires pour sa mise en oeuvre. De 1972 à 1981, l’équipe du Fonds d’Intervention pour les Rapaces (FIR) et du PVC (Parc à Vautours dans les Causses ?) s’emploie à créer une colonie captive à partir d’oiseaux nés dans les zoos européens ou récupérés en difficulté dans la nature espagnole. La formation des couples est soigneusement consignée, 6 jeunes naissent. Le 15 décembre 1981, le grand jour arrive, 5 couples adultes sont libérés par l’ouverture de la volière. Jusqu’en 1986, 60 oiseaux de différents âges sont libérés. Pour le quart d’entre eux, l’expérience tournera court, par leur décès (électrocution, inadaptation…) ou leur remise en captivité car ils avaient un intérêt trop manifeste pour l’homme (imprégnation). Inespérée, la ponte du premier oeuf en liberté intervient au mois de mars 1982. Le poussin nommé Bouldras (nom occitan du vautour) naît le 16 mai et s’envole le 19 septembre, augurant une aube possible pour cet oiseau dans les Causses. En 1983, un seul poussin voit le jour, ainsi que l’année suivante. Parallèlement, une forte sociabilité de la colonie se met en place, les interactions entre les individus sont très fréquentes, quelquefois non sans heurts. Le nombre de couples augmente, en 1985 cinq couples se reproduisent.” Cette fabuleuse réintroduction, une première dans le monde qui servira ensuite de modèle pour d’autres pays, est merveilleusement racontée avec un humour décapant par Michel Mouze dans son livre “La pompe à Jules – Mémoires d’un vautour fauve”, que j’ai acquis au Belvédère des Vautours et dont je recommande la lecture. De 1985 à 1987, Dimitri revient plusieurs fois sur le site et devient membre du Fonds d’Intervention pour les Rapaces. En 1992, il assiste sur le Causse à une grande réunion où se trouvent les frères Michel* et Jean-François** Terrasse, ainsi que l’ornithologue suisse Paul Géroudet***. – Photos : “Danse” des vautours moines – Envol sur la cime d’un arbre –

*Michel Terrasse : Membre du Groupe des Jeunes Ornithologistes en 1956 puis de la Ligue Française pour la Protection des Oiseaux, de la société Nationale de Protection de la Nature. Membre fondateur du Fonds d’Intervention pour les Rapaces en 1972. En 1987 : Vice-président du F.I.R. et Vice-président de la LPO. Il a réalisé plus de vingt films dont “Entre terre et mer” “La nonnette du Groenland”, “Le retour du bouldras”, “Condors” et “Gypaète, le retour”. Il assure à travers Bird Life et sa délégation française la LPO, la responsabilité de la protection des oiseaux au plan international.

** Jean-François Terrasse : Figure historique de la protection des rapaces et ardent défenseur des vautours, il a contribué à leur retour en France. Il est l’un des membres fondateurs du Fond d’Intervention pour les Rapaces (FIR), dont il est toujours le Président, et est administrateur de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) France dont il est président de la mission Rapaces. Il est aussi Président de la Commission de sauvegarde des espèces de la section française de l’Union internationale de conservation de la nature. Il est l’auteur, entre autres, du livre “Le gypaète barbu”. Voici ce qu’il écrit sur le site Reporterre en tant que membre des JNE, Journalistes-Ecrivains pour la Nature et l’Ecologie. “L’Europe méridionale abritait quatre espèces de vautours tout autour de la Méditerranée : le vautour fauve, le vautour moine, le vautour percnoptère et le gypaète barbu. De ces importantes populations, il ne subsiste que des reliques. La France et surtout l’Espagne jouent un rôle capital dans la conservation de ces oiseaux en Europe, persécutés jusqu’à l’anéantissement dans de nombreux pays, de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe… En Europe, depuis des siècles, les vautours sont des commensaux du pastoralisme, suivant les troupeaux transhumants et éliminant les cadavres. Ce service rendu aux éleveurs était tellement reconnu qu’en Espagne existait près de chaque village un endroit baptisé “muladar” où l’on déposait les cadavres des animaux de trait et du bétail. En France où ces grands oiseaux ont failli disparaître, des actions de conservation pionnières ont permis tout d’abord de sauver les derniers survivants dans les années 70 – 80, puis de renforcer et de réintroduire les espèces disparues, gypaète barbu dans les Alpes, vautour fauve et vautour moine dans les Causses et le sud des Alpes. Ces projets pilotes initiés en France ont servi de modèles dans d’autres pays européens.” – Photo : Polygale du calcaire –

*** Paul Géroudet : Décédé en 2006, il demeure le plus grand ornithologue francophone grâce à son style élégant et évocateur. Il fut, entre autres, membre d’honneur ou correspondant de plusieurs sociétés scientifiques et docteur honoris causa des universités de Neuchâtel et Genève. Il fut, avec Michel et Jean-François Terrasse, l’un des fondateurs du Fonds d’Intervention pour les Rapaces (FIR), qui milita pour faire voter puis appliquer la loi de protection de la nature de 1976.

C’est le deuxième jour : nous nous préparons à quitter le village de Peyreleau pour une nouvelle randonnée. L’auberge surplombe la vallée qui grouille de vie en cette saison printanière. L’appel strident répétitif d’un torcol fourmilier s’élève depuis les peupliers qui poussent en bas sur la berge du Tarn. Bien qu’il soit de la famille des pics, il ressemble davantage à un passereau et doit son nom à son cou très souple qui lui permet de tourner la tête en tous sens. Son bec cache une langue rosâtre longue de plusieurs centimètres qui reste enroulée quand il ne se nourrit pas. Lorsqu’il l’enfonce dans le sol sableux, les fourmis dont il se nourrit s’engluent à sa surface et il n’a plus qu’à les engloutir dans son bec. Il peut aussi déloger des insectes en sondant les crevasses des écorces ou les fissures entre les pierres des murs et des édifices. C’est le premier de l’année que Dimitri entend : en effet, seul de tous les pics, il migre à la mauvaise saison en Afrique où il est souvent décimé. Ici, il niche dans des trous vacants percés par des pics épeiches ou épeichettes. Nous franchissons la vallée et montons sur le causse Méjean par une route étroite assez vertigineuse qui passe non loin du fameux village du Truel, qui fait face aux aires des vautours. Arrivés sur le plateau, deux coucous survolent la route à faible hauteur, un de plumage brun, l’autre gris : c’est la première fois que j’en vois. Selon le site Oiseaux.net, il est écrit que la femelle ressemble au mâle, mais qu’elle peut être “en phase brune”, avec les parties supérieures brunes, et une teinte fauve à la place du gris des femelles “en phase grise”. Le juvénile ressemble à la femelle en phase brune. Nous avons donc probablement vu un couple. Cet oiseau mange des chenilles processionnaires sans en être incommodé. Dans son système digestif, les poils indigestes sont juste roulés en pelote avant d’être rejetés par le bec. Nous nous garons dans un sombre bosquet de pins noirs d’Autriche, peu propice à la biodiversité, vite abandonné pour nous engager sur le sentier magnifique des Corniches de la Jonte vers Cassagnes. Il fait froid ce matin, 6°C à cette altitude de mille mètres environ. Nous reconnaissons le polygale du calcaire qui pousse en parterres denses à dominante bleue. Près du sol, sous les buissons de buis, sautille un troglodyte au chant modulé suraigu. Dimitri compare le chant du roitelet huppé au cliquetis d’une roue de vélo, dont les fréquences sont parfois si haut perchées qu’elles en deviennent quasiment inaudibles pour les humains. C’est l’un des plus petits oiseaux d’Europe, il ne pèse pas plus de cinq grammes et se faufile aisément entre les rameaux grâce à ses larges ailes arrondies. – Photos : Papillon aurore mâle – Patte de lézard vert –

J’adore les troncs colorés et tortueux des pins sylvestres. Leurs silhouettes font penser aux estampes japonaises ou chinoises, dont on aurait avivé les couleurs. Sur ce versant ombragé, mousses et surtout lichens montent à l’assaut des branches. La vue sur les gorges et les falaises est somptueuse et grandiose. Nous sommes sur la commune de Saint-Pierre-des-Tripiers qui occupe la majeure partie de l’extrémité sud-ouest du causse Méjean. Sur trois de ses côtés, elle est délimitée par les gorges du Tarn à l’ouest, les gorges de la Jonte au sud, et le ravin des Bastides à l’est. Elle a de multiples hameaux sur son territoire, sur le causse Méjean on trouve : la Volpillière, le Courby, les Bastides, la Viale, Cassagnes (où nous nous rendons), Volcégur, et dans les gorges de la Jonte : le Truel (près duquel nous sommes passés en montant en voiture) et la Caze. Il s’y trouve une enceinte protohistorique, vestige d’un oppidum, et le village s’est formé au Moyen Age autour d’un prieuré dont il subsiste l’église de Saint-Pierre. Un panneau signale que nous pénétrons dans un territoire de chasse aménagé. Le syndicat de chasse de la commune a été fondé en août 1938. C’est le parc national des Cévennes, créé le 2 septembre 1970, qui réglemente la chasse au grand gibier chaque année en indiquant les espèces visées, les quotas (plans de chasse), les techniques autorisées et les dates possibles. Pour 2013-2014 peuvent être chassés le sanglier, le chevreuil, le cerf élaphe, le daim et le mouflon selon les modes de chasse à cor et à cris, à tir à balle et à l’arc, y compris en temps de neige, pour des chasseurs munis de carnets de prélèvement et souscrivant à un certain nombre d’obligations. Mais sur la zone de tranquillité du territoire de chasse aménagé de St Pierre des Tripiers, aucun chevreuil ou cerf ne peut être chassé ; le mouflon et le daim ne sont pas chassés non plus sur ce secteur ; reste uniquement le sanglier, chassé du 31 août 2013 au 31 janvier 2014, nous sommes donc dans une période de répit pour la faune. – Photos : Lézard vert (détail dos et tête) – Ci-dessous : Un autre individu à la tête bicolore vert-bleu –

Dimitri nous rappelle que nous avons déjà vu la germandrée tomenteuse (teucrium polium à la floraison blanche) dans le Vercors, près de l’abbaye de Valcroissant (ou plutôt une “cousine”, la germandrée teucrium aureum, à la floraison jaune). C’est une plante assez commune des lieux secs et rocailleux du sud de la France, qui monte plus au nord et à l’ouest à la faveur de milieux secs. Elle s’étale sur le sol ou forme de petits buissons grisâtres aux petites fleurs blanchâtres ou jaunâtres. Ses feuilles épaisses couvertes d’un duvet de poils blancs protecteurs des rayons lumineux et d’une trop forte évaporation lui valent ce qualificatif de tomenteuse, qui signifie “à l’aspect velouté”. Il lui trouve une odeur de salami ou de saucisson. Par contre, la globulaire n’aurait-elle pas une vague odeur de cacao amer ? Un faucon crécerelle et des vautours fauves volent plus tôt que la veille, les conditions aérologiques doivent être meilleures ce matin. Un pouillot véloce huit-huite inlassablement tout en voletant dans les branchages. Le cri beaucoup plus sonore du pic noir retentit dans le vallon (kui-kui-kui…). Dimitri nous recommande les livres d’Alexis Nouailhat, illustrateur animalier et naturaliste, qui a parcouru avec son carnet de croquis tout l’arc alpin de Grenoble à la Slovénie. Il a également édité un recueil d’aquarelles intitulé “Autour du monde” dans lequel il partage ses rencontres sur les sept continents, ainsi qu’un autre sur le Costa Rica, voyage effectué en famille, que l’on trouve aux éditions du Fournel. Deux circaètes se disputent en poussant des cris de… goélands, un duo de txistu dans le genre agressif ! Nous remarquons leur plumage bien blanc en comparaison de celui du vautour fauve. Deux papillons aurores mâles butinent le long du sentier, palpitement blanc et orange. Une buse crie, cherche-t-elle à maintenir les petits mammifères dans une crainte permanente qui les tétaniserait et les empêcherait de fuir ? Le milan noir que nous voyons parcourt les mêmes espaces, mais ne lui fait pas concurrence, car il est majoritairement charognard, comme les vautours, et se nourrit principalement de proies trouvées en milieu aquatique, fréquentant aussi nos décharges, dépôts d’ordures et champs labourés. Un papillon aurore butine les biscutelles ou arabettes jaunes. Une mésange bleue débarrasse méthodiquement la cime des arbres et l’extrémité des branches des oeufs et larves d’insectes. – Photos : Circaète Jean-le-Blanc – Vautour fauve –

Les cirrus de début de matinée se sont transformés en alto-cumulus, l’effet de fœhn provoquant la formation de nuages lenticulaires. Deux faucons pèlerins traversent la vallée à toute vitesse en criant, l’un chargé d’une proie entre ses serres. Cet oiseau a été choisi comme emblème du Fond d’Intervention pour les Rapaces (F.I.R.). Ses yeux, de grande taille, occupent un vaste volume dans la boîte crânienne. A l’échelle humaine, ils auraient la taille d’un pamplemousse ! L’acuité visuelle est estimée 7 à 10 fois supérieure à celle de l’homme et il peut voir même à faible clarté, la plus grande partie de ses activités de chasse s’effectuant à l’aube et au crépuscule. Il peut repérer ses proies en vol à plus d’un kilomètre, ses larges favoris noirs atténuant peut-être les reflets du soleil. Pour attaquer, il part en sens opposé du vol des grives ou des pigeons qu’il a repérés, puis il fait demi-tour après les avoir dépassés et aborde sa proie par derrière dans son angle mort de vision. La capture s’effectue en deux temps : la proie est frappée et assommée lors d’un rapide piqué, puis saisie dans sa chute, avant qu’elle n’atteigne le sol. Comme sa masse volumique est supérieure à celle du faucon crécerelle, il effectue des piqués à grande vitesse (300 km/h et plus). Ses narines sont dotées de déflecteurs, appelés “frelons”, qui créent une turbulence et lui permettent de respirer durant ses descentes. Pour se défendre, le pigeon a le réflexe de replier ses ailes pour se laisser tomber dans les arbres, c’est la raison pour laquelle le faucon passe dessous pour l’attraper avec ses serres qui le bloquent. Au Pays basque, 20 à 30 couples vivent vers Estérençuby. En 2005, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) du Tarn a sollicité la ville d’Albi pour la réalisation du projet de vidéo transmission du couple de faucons pèlerins nichant sur la cathédrale Sainte-Cécile. Dans le cadre de sa démarche de développement durable et notamment dans sa volonté de préserver et mettre en valeur la biodiversité sur le territoire albigeois, la ville a souhaité s’investir pleinement dans ce dossier par son financement et la mise à disposition des compétences techniques pour le montage et la réalisation du projet. Des vidéos retraçant une rétrospective de l’année écoulée offrent un aperçu des divers stades de la vie d’un faucon. – Photos : Formations dolomitiques (Arche de Saint Pierre et Champignon) –

Nous passons devant la grotte de la Baumelle, utilisée depuis la préhistoire comme habitat humain ou bergerie, dont subsiste à l’entrée un petit muret de pierre qui s’élève seulement jusqu’à mi-hauteur de l’ouverture et où demeurent les traces d’un foyer probablement plus récent. Puis le sentier longe les arcs de Saint Pierre, formations dolomitiques* qui ont mieux résisté à l’érosion que le calcaire alentour, ainsi qu’un roc en forme de champignon où j’imagine plutôt un navire en équilibre sur sa quille.

* Dolomie : Ce nom vient du géologue et naturaliste français Déodat Gratet de Dolomieu, qui l’analysa le premier à la fin du XVIIIe siècle. Roche sédimentaire carbonatée composée d’au moins 50% de dolomite, c’est-à-dire d’un carbonate double de calcium et de magnésium de composition chimique CaMg(CO3)2, qui cristallise en prismes losangiques (rhomboèdres). Contrairement au calcaire où elle est incluse, elle ne fait pas effervescence à froid avec l’acide chlorhydrique dilué à 10 %, elle est insensible à l’érosion par le gel (cryoclastie) et n’a donc pas été affectée par les glaciations du quaternaire.

Ce site a servi d’habitat troglodytique. Composé de petits murs en pierres sèches, il semble avoir été enfermé dans une enceinte en grande partie naturelle. Une petite grotte a été dallée et partiellement fermée. La vingtaine d’habitations (4 m² au maximum chacune) sont pareilles à de petits enclos (parfois emboîtés) avec des courettes ou des jardinets. La plupart utilisaient comme supports latéraux des chicots dolomitiques au sommet desquels des mortaises démontrent l’existence de poutres où reposaient planchers et toits. L’une des habitations a livré, lors de fouilles, une fusaïole (élément d’un métier à tisser) et surtout des “tegulae”, des tuiles à rebord, héritages de la culture romaine. Les abords ont livré plusieurs grandes urnes à résine intactes. Le hameau voisin, La Viale, était une “villa” gallo-romaine (grande propriété agricole). – Photo : La capsule du fruit du buis s’ouvre en trois volets à la silhouette de chouettes –

Un pinson chante dans le buis ou les petits chênes. Le chemin nous conduit en vue du vase de Chine et du vase de Sèvres que nous avions repérés depuis la corniche du Causse Noir et où il nous est arrivé cette mésaventure avec les chenilles processionnaires que j’ai déjà évoquée plus haut. Dimitri nous fait remarquer un vautour qui réussit à voler, et fort bien, malgré l’absence totale de queue et des trous dans les ailes ! Il a subi une mue très brutale. Je confonds une épervière avec un pissenlit, car ces deux plantes ont des fleurs assez semblables. Une mésange noire prospecte sa nourriture au sommet des conifères, utilisant son bec adapté pour ouvrir les cônes ou pour picorer des insectes au milieu des aiguilles. Nous reconnaissons le trou d’un campagnol, dont la végétation sur le pourtour a été entièrement grignotée, laissant apparaître la terre nue. Il craint les chouettes qui l’obligent à ne pas s’éloigner de son terrier, sous peine d’être mangé. A ce propos, Dimitri nous raconte que les 35 années de suivi du milan royal ont fait prendre conscience d’une chute de 40% de ses effectifs. Il a disparu de régions entières, comme le Jura, le Doubs, car une invasion de campagnols, dont se nourrit le rapace, y a été contrecarrée par un poison, la bromadiolone, qui est un anticoagulant. Comme les petits rongeurs venaient mourir en surface, divaguant de manière erratique avant de s’écrouler, leurs prédateurs ont été empoisonnés par ricochet, faucons crécerelles, buses, busards, renards, milans royaux, etc. – Photo : Ophrys litigieux ou Petite araignée ? –

Une ophrys (araignée ?) a été mangée par un escargot. Dimitri s’empare de la fleur tombée à terre pour nous montrer sa coévolution remarquable avec les insectes. Le labelle des Ophrys, en imitant un corps d’hyménoptère (exceptionnellement de coléoptère), provoque de furieuses pseudocopulations de la part des mâles, attirés par des substances émises par les Ophrys qui évoquent des phéromones sexuelles de la femelle correspondante. Suivant les espèces se produit une pollinisation céphalique (le mâle emportant les pollinies collées sur la tête) ou une pollinisation abdominale quand la pseudocopulation se fait dans la position inverse (exceptionnellement en position latérale !). Ce mécanisme est très précis et explique la radiation évolutive rencontrée dans ce genre qui compte environ 150 à 300 espèces et sous-espèces d’ophrys sur leur aire de répartition (en fonction de l’espèce d’insecte visée). L’Ophrys sphegodes (araignée) est ainsi liée avec l’abeille Andrena nigroaenea. Elle apprécie les terrains bien drainés, les sols calcaires, les pelouses sèches et peut être confondue avec l’ophrys abeille. Nous observons un genévrier de Phénicie qui pousse dans les lieux rocailleux, surtout sur le calcaire. Il se distingue du genévrier cade, qui a le même habitat, par ses feuilles en écailles et non en aiguilles. – Photos : Le genévrier de Phénicie et ses feuilles en écailles – Nerprun alaterne et ses drupes en formation –

Sur cette corniche bien exposée prospère une grande diversité de plantes. De grands bouquets de laser de France déploient leurs ombelles blanches au bout de longues tiges. Des ophrys litigieux (appelés aussi petite araignée) ouvrent leurs fleurs trompeuses. Le nerprun alaterne dont le nom dérive du latin “niger prunus”, prunier noir, est un arbuste caractéristique des garrigues méditerranéennes. Ses grappes de minuscules fleurs jaunâtres donnent des drupes (fruits charnus à noyaux) d’abord rouges, puis noires à maturité. Une orchis morio dresse sa hampe aux fleurs lâches d’un rose soutenu. A l’extrémité de chacune de ses tiges nues, dépourvues de feuilles, une aphyllanthe de Montpellier arbore une unique petite fleur bleu-mauve. La fauvette passerinette apprécie cette végétation d’altitude dense, mais variée. Nous contournons maintenant la montagne pour pénétrer dans la vallée du Tarn. Sur ce nouveau versant, les conditions changent et nous découvrons une autre végétation. A l’ombre s’étalent les parterres d’hépatiques aux fleurs variant du blanc le plus pur en passant par le rose jusqu’au bleu le plus profond. Les branches des arbres de taille plus imposante ici sont bousculées par le vent. Le raisin d’ours tapisse le sous-bois, tandis qu’à l’orée des clairières se dresse l’anémone pulsatille. Le pois de senteur montre des variations de couleurs encore plus sensibles que l’anémone hépatique puisqu’elles se produisent d’une fleur à l’autre sur une même tige. Au soleil s’épanouit le polygale du calcaire. Au pied de la falaise qui nous fait face est blotti un hameau en ruines. – Photo : Affilante de Montpellier en fleur – Ci-dessous : Hameau en ruine à mi-hauteur de la gorge, au pied d’une falaise du causse Méjean –

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