Les Causses – 4 Belvédère des vautours

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13 au samedi 19 avril 2014
Dimitri Marguerat accompagne en randonnée naturaliste Jean-François Gr., Viviane, Jacqueline, Françoise I., Margaitta, Jean-Louis et Cathy
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cP1330513Nous reprenons la voiture pour faire la visite incontournable du Belvédère des vautours. Ouvert en 1982 pour sensibiliser à la réintroduction du vautour, le bâtiment situé entre le Truel et le Rozier dans les gorges de la Jonte sur la commune de Saint-Pierre les Tripiers a évolué dans son contenu puisque l’objectif primitif a été atteint. Des panneaux d’exposition du musée montrent d’abord l’importance de ces grands rapaces dans les civilisations anciennes où ils étaient divinisés : dans l’Egypte des pharaons, le vautour fauve était associé à la déesse Nekbet qui protégeait les naissances, le vautour percnoptère donnait sa silhouette à un hiéroglyphe et l’immense vautour oricou était la figure de la déesse du ciel, Nout. La grande épopée du Râmâyana en Inde met en scène Garuda, monture du dieu Vishnou et ses fils, Jâtayu et Sampâti : le gypaète barbu et le vautour fauve. cP1330503Comme aux grottes d’Isturitz-Oxocelhaya au Pays basque, une flûte taillée dans un os de vautour a été trouvée dans une sépulture néolithique, en aval de Meyrueis, petite ville en bordure de la Jonte. Elle est contemporaine de l’édification des dolmens et des menhirs (entre 2200 et 1800 avant J.-C.). Plusieurs panneaux détaillent l’anatomie du vautour, son comportement et son alimentation. J’apprends qu’il est capable de connaître son altitude avec une grande précision car il perçoit la pression atmosphérique : il utiliserait pour cela un organe situé près du tympan dans l’oreille moyenne, l’organe de Vitali. D’infimes variations de la pression atmosphérique le renseignent avec une grande précision sur sa vitesse verticale de montée ou de descente. Ses récepteurs sensoriels, situés près des racines des plumes, sont stimulés par des vibrations sous l’effet du courant d’air : ils transmettent ainsi des informations sur la vitesse du vent relatif. Les fréquences de vibrations correspondant à la vitesse de décrochage signalent un “danger” pour l’oiseau. cP1330528Les plumes sont aussi déviées d’un côté ou de l’autre selon la direction du courant d’air. La perception de ces déplacements latéraux l’informe sur la direction du vent relatif. Connaissant précisément les caractéristiques (vitesse et direction) de l’écoulement de l’air en tous points de son corps et de ses ailes, il peut régler celles-ci en fonction des courants d’air arrivant sur leurs “bords d’attaque” (face au vent) et modifier ses réglages en fonction de leur écoulement jusqu’aux “bords de fuites” (à l’arrière)… Par ailleurs, les oiseaux sont sensibles au champ magnétique terrestre. Ils perçoivent la direction du pôle magnétique le plus proche, l’inclinaison des lignes de force du champ magnétique, et par conséquent la latitude. Le siège de cette perception serait dans la rétine de l’œil. Ils perçoivent aussi la lumière polarisée dans la longueur d’onde proche des UV et sont donc capables de s’orienter “au soleil” même par temps “bouché”. – Photos : Détail de l’aile d’un vautour fauve – Pancarte du Belvédère des Vautours – Affiche d’un poison anti-corbeaux (source : Belvédère des Vautours) –

Ce qui m’a le plus intéressée, ce sont les vitrines exposant une grande quantité de documents et d’objets correspondant à l’époque de la disparition si rapide des vautours, en quelques dizaines d’années à peine, de façon à la remettre dans le contexte. Mais pour le comprendre, il est nécessaire de faire un retour historique sur l’évolution économique de la région. Je reprends pour cela des articles très éclairants d’un recueil du Parc national mis à disposition de ses clients dans la bibliothèque de la salle à manger par notre hôte de l’auberge à Peyreleau. – Photo ci-dessous : Affiche exposée au Belvédère des Vautours –

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cP1330550cP1330567“La présence de populations pratiquant l’élevage dans les Causses et les Cévennes est attestée dès le néolithique (2500 av. J.-C.) par les nombreux mégalithes (menhirs, dolmens) qui jalonnent les hauteurs et les “drailles” (chemins de transhumance). Ce mode d’élevage extensif utilise les ressources spontanées pour le pâturage (herbe, broussaille, glands dans le sous-bois, châtaignes dans les vergers…), qui varient selon l’altitude et les saisons. L’éleveur ou le berger s’adapte à leur disponibilité pour répondre au mieux aux besoins du troupeau. L’agro-pastoralisme prend son essor au Moyen Age sous l’impulsion des ordres monastiques (bénédictins et cisterciens) et religieux militaires (templiers et hospitaliers). Les moines mettent en culture les terres labourables autour des villages, réservant les espaces non cultivables, majoritaires, au pâturage des troupeaux (chevaux, vaches et surtout moutons dont ils exploitent la laine, le lait – fromages – et le cuir – vêtements, parchemins). Avec l’agrandissement des troupeaux et l’essor de la transhumance, les déboisements s’accentuent : l’économie agropastorale se met en place et avec elle toutes les composantes du paysage actuel.

Pour les Causses, l’extension des pâturages conduit à l’essaimage de petites églises qui fixe les populations à des points clés : gués, ponts, cols, drailles, chemins… Les dépressions sont systématiquement cultivées (blé, fourrages). Dans les vallées cévenoles, l’utilisation agricole des pentes est optimisée par l’aménagement de terrasses. Autour d’un habitat en escalier, dispersé dans l’espace, la châtaigneraie, les mûriers pour la soie, la polyculture et de petits élevages de chèvres et de brebis, gardés jusque sur les crêtes, structurent le paysage. De rares villages s’installent sur les âpres sommets du Lozère et de l’Aigoual qui scellent leur devenir avec la transhumance : les brebis pâturent les pelouses d’altitude et leur précieux fumier est récupéré pour fertiliser les champs cultivés en seigle. Dès le XIIIe siècle, les “nuits de fumature” (le crottin) servent de monnaie d’échange contre l’accès aux estives. Les drailles deviennent des axes commerciaux majeurs, ponctués de villages développant de nombreuses foires (grains, soies, châtaignes, bestiaux…) et plus tard, des marchés et les “louées”. Affiche ancienne RoquefortAu XVIIIe s., 500 000 brebis empruntent les drailles depuis les plaines littorales jusqu’aux hautes terres du mont Lozère et de l’Aigoual.” Le célèbre Buffon (1707-1788), contemporain, écrit dans son Histoire naturelle : “Les vautours au contraire se réunissent en troupes comme de lâches assassins, et sont plutôt des voleurs que des guerriers, des oiseaux de carnage que des oiseaux de proie ; car dans ce genre, il n’y a qu’eux qui se mettent en nombre ; il n’y a qu’eux qui s’acharnent sur les cadavres, au point de les déchiqueter jusqu’aux os : la corruption, l’infection les attire au lieu de les repousser.” – Photos : Affiches sur le Larzac – Livre de Michel et Jean-François Terrasse –

“A la fin de l’Ancien Régime, le Causse est encore un pays céréalier : blé dans les argiles rouges des sotchs (dolines), seigle sur les sols siliceux des ségalas (au sol acide), orge et avoine pour les chevaux. L’élevage ovin permet d’obtenir du fumier pour les cultures et de la laine pour les manufactures ou le tissage à domicile, qui constitue un complément de ressource pour les paysans. Viande et lait ne viennent qu’au second plan des préoccupations. Les terroirs cultivés occupent les dépressions et les bas de versants, alors que les croupes et les puechs (sommets), qu’ils soient biens privés ou biens communaux, servent de parcours pastoraux. Lorsque le besoin de terres se fera sentir, les meilleurs d’entre eux, longuement épierrés, seront aussi mis temporairement en culture. En complément de leur activité agricole, les paysans pratiquent à domicile, durant l’hiver, le filage et le tissage de la laine. Les cadis ainsi tissés, rustiques et inusables, sont vendus sur les marchés de La Canourgue, Marvejols et Mende à des courtiers pour être réexportés ver l’Europe centrale, l’Espagne et le Levant. cP1330532Dérivées de l’élevage, la tannerie et la mégisserie animent surtout les villes de Saint-Affrique et de Millau. Dans ce système économique, le lait de brebis n’est qu’un sous-produit. On ne pratique la traite qu’entre mai et la moisson, et les lactations sont peu abondantes. De tradition immémoriale, les paysans fabriquent à la ferme du fromage qu’ils affinent dans des grottes ou des caves aménagées un peu partout à cet effet. Celles de Roquefort ont la réputation de réussir les meilleurs affinages.” – Photo : Ancienne affiche du fromage de Roquefort –

“Au XVIe s., le nom de Roquefort est exclusivement reconnu par le Parlement de Toulouse aux fromages affinés aux cabanes du Combalou. Jusqu’à la Révolution, ces caves, source de revenus faciles, appartiennent à des communautés religieuses (l’ordre de Malte héritier des Templiers, l’abbaye de Nonenque) ou à des nobles locaux, qui perçoivent un droit sur l’affinage. Les fromages affinés restent la propriété des paysans qui les consomment ou les écoulent sur les marchés. A la fin du XVIIIe s., l’aire de collecte des cabanes de Roquefort se limite au Larzac et à l’avant-causse de Sainte-Affrique. Mais Roquefort n’a pas le monopole de l’affinage. De nombreuses autres caves, plus modestes, remplissent une fonction similaire pour leur proche environnement.”

Note : “Le buis donnait des haies pour la protection des cultures, des litières pour les bovins et les chevaux, de l’engrais vert à incorporation lente, sur trois ans. Il protégeait les cultures potagères contre la sécheresse et le froid. Les très grosses tiges, ou “cabillous”, étaient utilisées dans les charpentes des toitures de petites dimensions. Après préparation des engrais verts et litières, les tiges de buis étaient rangées en fagots pour le chauffage, le buis fournissant une braise de longue durée. Les tiges plus minces, bien séchées, servaient de torches d’éclairage. Le buis servait aussi à faire les barreaux des mangeoires, les clés des colliers à ovins, des cuillères, des fourchettes, des flûtes, des boules à jouer (avec les plus grosses racines).” J.L. Vernet dans Grands Causses, nouveaux enjeux, nouveaux regards. – Photo : Rapace piégé (source : Belvédère des Vautours) –

cP1330533Sur un panneau du musée, on peut lire : “Les vautours, sans être directement visés, seront les victimes de l’usage du poison contre les “nuisibles”, au début les loups, plus tard les renards ou les corbeaux, systématiquement éliminés jusqu’à une période récente. Par exemple en 1766, les Etats du Gévaudan avaient adopté “un poison tenu comme infaillible” pour la destruction des loups dont Montpellier-le-Vieux (sur le Causse Noir) sera l’un des derniers repaires : une mixture à base de noix vomique, d’oignon de colchique, de verre pilé et d’éponge frite à la poêle dans de la graisse, le tout introduit dans le cadavre d’un chien.” – Photo : Pièges (source : Belvédère des Vautours) –

“Si la vie rurale reste fortement locale du fait du cloisonnement des plateaux, de l’inaccessibilité des canyons et des difficultés de communications, l’ensemble de la région participe d’une économie ouverte. Les échanges sauvent la paysannerie, même pauvre, de la misère, activent le roulage et le change aux étapes et aux carrefours, et animent les bourgs. Ce sont, enfin, les capitaux accumulés par ces marchands et ces rouliers qui vont au XIXe s. cP1330540lancer l’industrie fromagère et la ganterie mallavoise, convertissant le fromental céréalier et le vieux pays lainier en nouveau bassin laitier. A partir de la fin du XVIIIe s. jusqu’au milieu du XIXe s., les causses connaissent une forte croissance démographique : la population caussenarde double entre 1780 et 1810 où elle atteindra son apogée avec une densité de 20 habitants au km². L’émigration, déjà présente vers le bas Languedoc, s’amplifie et devient massive. La dépression démographique s’accroît avec l’effondrement des cours de la laine suite à la signature du traité de commerce franco-britannique de 1860 qui autorise l’introduction des laines issues de l’Empire colonial britannique sur le marché français. Les droitsde douane qui protégeaient la laine sont presque tous supprimés, entraînant une concurrence sévère de la part des pays de l’hémisphère sud (Australie et Nouvelle-Zélande). La France produisait alors à peine le quart de la laine nécessaire à sa nouvelle industrie qui s’approvisionna à moindre coût par ses importations. Le Midi étant ruiné par le phylloxéra (insecte de l’est des Etats-Unis importé accidentellement sur des ceps de vigne américains et qui a ravagé les vignes européennes), il faudra ensuite partir vers Paris, rendu plus aisément accessible par le chemin de fer. L’émigration, puis la saignée de la première guerre mondiale, feront diminuer de moitié la population caussenarde entre 1836 et 1936… – La commune de St Pierre des Tripiers où nous nous promenons perdra la moitié de ses habitants entre 1860 et 1911 -. Sur les plateaux s’ouvre un siècle de régression rurale et de déprise agricole qui vont marquer le paysage jusqu’à nos jours : les terroirs les plus éloignés sont rendus à la friche, sur les plateaux les levèzes ne sont plus épierrées, dans les gorges les terrasses et les murets tombent en ruine. la bete du gevaudanLes structures de l’activité agricole se modifient, par la concentration des exploitations, l’abandon ou le reboisement de quelques domaines et l’extension des troupeaux transhumants du Midi sur les causses méridionaux, le Larzac notamment.” – Photo : Chasse aux vautours (Causses et Pays basque) (source : Belvédère des Vautours) –

“La disparition des débouchés de la laine, l’abandon d’une partie des terres cultivées, ne signifient pas la fin de l’élevage sur les causses, mais sa conversion vers la production laitière, liée au développement de l’industrie fromagère : les brebis laitières et les agneaux prennent le pas sur le mouton sur l’ensemble des Grands Causses. En 1842, un groupe d’entrepreneurs locaux, la Société des Caves et Producteurs réunis, aménage dans les éboulis du Combalou de nouvelles caves permettant de quadrupler la production. Progressivement, elle mécanise le travail (brossage), installe en 1876 des frigorifiques modernes. Des laiteries sont créées aux carrefours, où seront fabriqués et moulés les fromages. Parallèlement, c’est à la fin du XIXe siècle que commence l’empoisonnement systématique des “nuisibles”. L’Etat verse une prime à la destruction : en 1883, 1316 loups tués en France ont rapporté plus de 100 000 F de prime. En 1924, la préfecture de la Lozère prescrit l’emploi de la strychnine pour “l’empoisonnement général des renards”. – Illustration : Combat de J. Portefaix et ses compagnons contre la Bête. Bibliothèque nationale, Histoire de France, 1764 –

monstre qui desole le gevaudanDans le même temps, l’image que l’on se fait de cette région évolue. Voici comment Alexis Monteil décrivait l’Aveyron en l’an X, après la Révolution française : “La surface du Causse noir est coupée par des précipices dont les revêtements, formés d’énormes rochers à forme cubique ou pyramidale, présentent de loin, au voyageur effrayé, le spectacle lugubre de tours et d’antiques châteaux tombant en ruines…” En effet, avant la fin du XIXe s., les Grands Causses constituent une région méconnue et reculée, traversée avec réticence par de rares voyageurs confrontés aux “escarpements de roches tantôt dénudées par les érosions, tantôt coupées par la route”, ébahis devant “les procédés primitifs” encore employés dans l’agriculture, et manquant d’enthousiasme devant “la même plaine houleuse, les mêmes pâturages lépreux, la même orge naine, les mêmes avoines grêles…”. Les crêtes rocheuses “aux mille aspects bizarres” ne manquent d’étonner… (extraits de “Histoires lozériennes” réunies par Benjamin Bardy et parues dans le Midi libre). Les gorges, quant à elles, ne sont guère accessibles aux visiteurs qu’en barque. – Illustration : « Figure du Monstre qui désole le Gévaudan » gravure sur cuivre de 1764/1765 –

affiche tarn“La route des gorges de la Jonte est réalisée en 1875, celle des gorges du Tarn de Millau à Florac, entre 1883 et 1909. Des lignes de chemin de fer sont également construites : après Béziers-Millau (1874), les liaisons Paris-Millau et Paris-Nîmes. Rodez est relié à Montpellier, puis, dans les années 1880, Béziers à Neussargues, ce qui permettra la facile exportation du Roquefort et des gants de Millau. Si les causses sont bien desservis sur leurs bordures, le réseau d’intérêt local demeurera réduit à quelques rares lignes transversales, telle celle de Tournemire au Vigan, ouverte en 1896. La découverte de ces sites, à partir de 1880, est liée à l’engouement de l’époque pour le “pittoresque” : on s’extasie devant les paysages de montagne, le vide, les formes torturées. Lors de sa première descente du Tarn, le 16 septembre 1883, Edouard-Alfred Martel tombe véritablement amoureux de ces paysages. Il en sera l’un des chantres les plus efficaces, grâce à la publication de nombreux articles et de véritables guides encyclopédiques qui seront réédités à maintes reprises. – Photo : Affiche sur les gorges du Tarn –

affiche ancienne tarnLe Club alpin français, le Touring club, le Club cévenol, fondé à Florac en 1894 par Paul Arnal, s’emploient à faire découvrir les merveilles naturelles de la région, les uns en équipant les sites vertigineux d’échelles ou de barreaux de fer, les autres par des publications ou initiatives de popularisation de la région. En 1894, l’abbé Solanet écrit dans “Les gorges du Tarn illustrées” : “Ce murmure dans l’air, ce bruit vague qui n’est ni une plainte, ni un soupir, ni un cri, ni une voix, cette rumeur intestine qui vient battre comme une artère, sous l’écorce de la roche, ce remue-ménage matinal, c’est le petit lever des colons du Ron Rouge… Les éclaireurs hésitent, tâtonnent comme des voyageurs qui cherchent leur route, s’abaissent d’abord, s’élèvent, montent, montent et s’alignent en cercles immenses au fond du ciel. Bientôt un mouvement se produit : les chefs de file ont pris le vent et se dirigent à tire d’ailes, en droite ligne, vers un point fixe de l’horizon… Ils ont autant de chemins que la rose des vents… Ce soir, au coucher du soleil, le vol rasant, l’aile pesante et alourdie par la curée, ils reviendront par groupes taciturnes, de cent lieux, de deux cents lieux, chercher le repos et passer la nuit dans leurs repaires.” – Photo : Affiche sur les gorges du Tarn –

Il rappelle toutefois la teneur d’un passage de la Bible : “Vous pourrez manger des oiseaux purs. Mais voici une liste d’oiseaux que vous ne devez pas manger : les aigles, les gypaètes, les aigles marins, les milans, les vautours, les diverses espèces d’éperviers, les hiboux, les hulottes, les effraies, les corneilles, les charognards…” La Genèse, Deutéronome, 14. Et il ajoute : “La poésie antique a fait du vautour le bourreau du génie ; les Latins l’appelaient obscène (Obscoenoe volucres). Chez tous les peuples (sic), il est le symbole de la rapine et de la froide cruauté.” Tous sont convaincus, à l’image de E-A. Martel, que l’expansion du tourisme peut générer la prospérité économique. En quelques années les gorges du Tarn, les sites ruiniformes, les grottes deviennent des hauts lieux touristiques, régis selon une véritable logique économique. Les chemins de fer d’Orléans et du Midi vantent les gorges du Tarn, leur filiale gère le Château de la Caze, les grottes de Bramabiau, de Dargilan, à qui l’aven Armand disputera la vedette à partir de 1927. affiche montpellier leLes hôteliers organisent la descente du Tarn par le biais des bateliers, et de vastes hôtels modernes voient le jour, encore facilement identifiables à Meyrueis, Florac, au Rozier. Les circuits touristiques drainent les visiteurs en des enchaînements devenus classiques : descente des gorges du Tarn, Montpellier-le-Vieux, sur le Causse Noir, Bramabiau, Mont Aigoual, grotte de Dargilan et descente sur Meyrueis et, bien sûr, l’aven Armand. – Photo : Touristes à Montpellier-le-Vieux –

Vingt-cinq ans après, E-A. Martel écrit : “Un ennemi plus dangereux peut-être (pour les paysages) que l’industrialisation est le tourisme, par la fièvre de pénétrer à outrance, par le fâcheux entraînement à construire partout, même en des lieux inabordables. Les gorges du Tarn : on y a mis plus de vingt ans pour construire une route nationale. Je ne reviendrai pas sur cette dispute. Le résultat atteint est plus éloquent que toute discussion”. Et commentant les photographies des gorges avant et après les travaux, E-A. Martel ajoute : “A l’entrée du détroit, un cône d’éboulis encombre la grève et a détruit de la verdure, la sortie des défilés est masquée maintenant par une pyramide de cailloux brisés. Un coup de mine fit sauter (la roche trouée de l’Escayou) envoyant son élégant tablier rouler dans la rivière, et ne laissa subsister que son moignon estropié. Voilà ce que l’on fait aux gorges du Tarn.” Mais sa sensibilité aux paysages ne s’étend pas aux animaux sauvages qui y vivent : pour une photo réalisée à Altayrac, dans le Causse Noir, il “met en scène” un vautour naturalisé, le dressant sur toute sa hauteur, ailes écartées, tête relevée, pour le rendre plus impressionnant. Il cite toutefois en 1936 Rochon-Duvignaud dans “les Causses majeurs”, p.457. “Le Vautour fauve a presque entièrement disparu des Gorges du Tarn. Il faudrait interdire de les tuer, comme en Hautes et Basses-Pyrénées… Pour les conserver, on pourrait créer un “parc ou ferme à vautours”, au moyen d’appâts, à l’extrémité du Causse Méjean, dans le bassin clos de Cassagnes à Franc-Bouteille. Ils détruiraient les bêtes mortes comme en pays basque.” – Photo ci-dessous : Tract militant “Nous voulons vivre au pays” –

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affiche roquefort mireilleAu XIXe s., Pasteur invente l’hygiène, on tente de prendre des mesures pour assainir et épurer les eaux, notamment en les protégeant de la contamination par les carcasses jetées dans les avens. Le préfet de la Lozère s’adresse en 1899 à un maire pour lui rappeler de prendre toutes mesures pour interdire le libre accès des Puits ou Abîmes naturels dits Avens ou Tindouls et de lui rendre compte des dispositions prises. Les vautours, trop proches des charognes et associés à l’idée de la mort, ne sont pas reconnus pour leur rôle d’épurateurs. A l’orée du XXe s. les paysans ne fabriquent plus le fromage à la ferme, ils se bornent à livrer leur lait. La population est encore majoritairement rurale. Les vergers et les vignes des gorges du Tarn et de la Jonte, les arpents de terre cultivable gagnés sur les pierriers des Causses, Ciedumidichteaudelacazesont les produits d’une main d’œuvre en surnombre et à faible revenu pour qui la “lutte contre la nature” est un combat pied à pied. Au même moment commence une profonde mutation de la société : mécanisation agricole, industrialisation, début du tourisme, exode rural… – Photo : Ancienne affiche publicitaire du Roquefort –

En 1911, P.M. Weyd, conservateur des eaux et forêts à Mende, souligne l’abondance de l’Aigle dans les gorges du Tarn et insiste sur les déprédations qu’il commet sur le gibier et les troupeaux. Pourtant, dès 1913, E.-A. Martel écrit dans “la montagne”, revue mensuelle du Club alpin français : “Un parc national peut être défini : une réserve territoriale, à limites précises, dans l’intérieur desquelles une disposition légale appropriée conserve et protège – contre toute destruction, détérioration ou défiguration du fait de l’homme – les composantes naturelles, faune, flore, sites pittoresques et particularité géologiques ou hydrologiques.” Le Dr A. Rochon-Duvigneaud, dans un article intitulé “Les grands rapaces des gorges du Tarn” de la Revue française d’ornithologie de 1921 tente de changer l’image de ces oiseaux. “Rien de plus beau que de voir planer au-dessus des roches ces grandes ailes des Vautours, aussi immobiles et plus majestueuses dans la lenteur de leur vol que celles des aéroplanes. cave roquefortCombien de temps les verra-t-on encore ? Et cependant les roches sont toujours là, les trous à Vautours tout aussi inaccessibles : il suffirait de nourrir les Vautours pour les voir se multiplier et revenir en nombre couronner les falaises des grands cercles de leur vol. Mais pour offrir des proies aux vautours, acheter sur le Causse les bêtes malades dont on jette dans les “avens” les cadavres inutiles, quel original il faudrait ! Un anglais seul serait capable de la chose.” – Photo : Ancienne affiche publicitaire pour visiter les gorges du Tarn –

Entre les deux guerres mondiales, les industriels de Roquefort accentuent leur monopole en rachetant les caves concurrentes qualifiées de “bâtardes” car ne disposant pas de l’appellation Roquefort. Elles sont alors fermées ou affectées à la fabrication de “bleus” (Peyrelade). Peu à peu les paysans s’organisent, et après une période de flottement et de concentration, la Confédération des éleveurs de brebis et des industriels de Roquefort voit le jour en 1929 : elle créera le label et délimitera le bassin de collecte (le Rayon de Roquefort). L’interprofession ainsi mise en place va désormais gérer les rapports entre partenaires (producteurs et transformateurs) et engager un processus de modernisation du système agro-industriel de Roquefort qui, un demi-siècle plus tard, le portera à la pointe de la technicité ovine.” – Photo : Caves de Roquefort –

cave frottage roquefortDurant cette décennie 1920-1930, quand des naturalistes s’inquiètent de la diminution des vautours depuis une quarantaine d’années, ils recensent des témoignages contradictoires : on tire les vautours pour le plaisir ou bien pour fournir des trophées naturalisées, on les prend à l’appât ou on les assomme à coups de bâton, mais en même temps on déclare que leur disparition est inexplicable “car les vautours ne dérangent personne”. cP1330558En 1934, A. Hugues, naturaliste, accuse : “Aigles, faucons, éperviers, buses, grands-ducs prélèvent sur le gibier une forte dîme et la volaille des fermiers est souvent décimée par les rapaces”. Pies, corneilles, geais et corbeaux sont l’objet de destructions massives. La Direction des services agricoles du département de la Lozère, en 1946, tient le même discours. “Dans les communes d’Ispagnac, Quézac, Montbrun, Prades, les agriculteurs évaluent la consommation d’amandes par les corbeaux à un million de Francs… Ce serait une utopie de penser qu’un équilibre pourrait se réaliser entre les êtres utiles et nuisibles… L’agriculture aura toujours besoin d’armes et de munitions pour aider la nature à réaliser cet équilibre.” D’un autre côté, G. Berthet expose sa réflexion dans “Les derniers vautours fauves du Massif Central” : cP1330555“J’ai pu me rendre compte également que ce n’est pas seulement, comme on l’a dit, l’habitude prise par les paysans de jeter les animaux morts dans les avens qui a fait disparaître les vautours par manque de nourriture. Mais bien aussi, d’après toutes les personnes interrogées, l’obligation que les maires de chaque commune ont fait à leurs administrés d’enterrer les animaux morts… Quelques uns furent bien enterrés, mais la plupart furent précipités dans les avens et continuent à l’être.” En 1978, A.M., habitant du Causse Méjean, témoigne : “Dans le temps, quand les gens jetaient une charogne, ils attendaient que l’oiseau soit bien rassasié pour lui envoyer un coup de bâton. On se souvient d’un qui s’était fait fendre le sabot d’un coup de bec en jouant à ça ! Voyez qu’on les approchait vraiment de près !” – Photos : Anciennes affiches : Caves de Roquefort, La corbeauline, le danger de l’eau non potable –

cP1330577Les naturalistes du début du XXe s. sont relayés par un petit groupe d’individus aussi convaincus que déterminés, qui réussissent à donner vie au projet de réintroduction du vautour dès la fin des années 1960. Collecte des oiseaux dans plusieurs pays, réflexion sur la faisabilité de l’opération et son financement, aménagement des volières, entretien et nourrissage des vautours, sensibilisation des acteurs locaux, des ministères, des administrations, de l’opinion publique… Chacun assume une part de responsabilité. Dans le monde rural, devant une opinion majoritairement hostile, l’idée de protection des oiseaux de proie a pénétré. Quelques précurseurs l’ont déjà mise en pratique, comme Edouard-Alfred Martel, promoteur de l’idée des parcs nationaux en France ou, plus tard, Emile Virebayre, garde-chef de la chasse en Lozère. Une autre idée s’impose, au même moment : si une espèce est particulièrement en voie de disparition ici, c’est peut-être l’espèce humaine… Il faut agir pour ne pas faire de la région des Causses, l’une des moins peuplées en France, un désert. En 1958, M. Virebayre réussit, malgré une opinion publique très hostile, à faire exclure l’Aigle royal de la liste des oiseaux de proie considérés comme nuisibles et, à ce titre, détruits par les lieutenants de louveterie agréés par la Préfecture. Dès 1955 il signe, avec R. de Naurois, un remarquable article paru dans la Revue française d’ornithologie (n°25, p. 205). Il y décrit avec précision l’état de la population d’Aigle royal dans la région des Causses de Lozère. Son enquête est aujourd’hui une source précieuse de renseignements pour les ornithologues intéressés à la protection de l’espèce. – Photo : 1970, année européenne de conservation de la nature –

cP1330578Quelques événements planétaires : pollution, déforestation, qualité de l’eau et de l’air, l’influence de personnalités de premier plan (Commandant Cousteau, Paul Emile Victor, René Dumont…), les réunions du Club de Rome, la conférence de Stockholm, le Congrès de Caen font naître dans la société française un début de prise de conscience écologique qui va se traduire assez rapidement par des lois de protection. 1970 est l’année européenne de conservation de la nature. Trente ans après que le dernier vautour fauve se soit évanoui du ciel des Causses, Michel Brosselin, entouré de quelques ornithologues, lance un projet unique au monde : réintroduire les vautours fauves dans cette région encore miraculeusement préservée, et ainsi tenter de réparer les erreurs du passé en recréant ce que l’homme a détruit. Ingénieur agronome à Clermont-Ferrand, directeur scientifique de la Société nationale de protection de la nature, décédé en 1980, il est le véritable initiateur du projet (sur une idée lancée par P. de Ligonnès) : il ira même jusqu’à capturer au nid, dans les rochers du Mont Réal, les quatre jeunes vautours “héros” du premier lâcher des années 1970 ! Parallèlement, l’association “Le Méjean” est fondée le 17 février 1970. Elle a pour but de favoriser l’accueil et le développement culturel et d’offrir à la population – humaine -, aux jeunes comme aux adultes, la possibilité de prendre conscience de leurs aptitudes, de développer leur personnalité et de se préparer à devenir des citoyens actifs responsables d’une communauté vivante. “Conscients que le tourisme, en se développant sur le Méjean, peut rapporter chez nous ce qu’il apporte dans d’autres régions, parce que, nous aussi, sur notre causse, nous avons des richesses compétitives à offrir ; nous devons oeuvrer, pour en tirer davantage parti, autant sur le plan matériel que culturel, participer au mouvement pour en obtenir et en contrôler les avantages… Que sera le causse Méjean dans dix ou quinze ans ?” (extrait de la réunion du 14 mai 1970 à la Parade). – Photo : La presse militante des années 1970 –

cP1330592Le 2 septembre 1970 est créé le Parc national des Cévennes. Alain Avesque, employé à la SAFER-Lozère demande à Germain Engelvin, exploitant forestier, propriétaire de 600 hectares de boisements de pins sur la commune de St Pierre des Tripiers, qu’il autorise l’installation chez lui des volières d’élevage des vautours captifs. Il est aussi photographe, naturaliste “expert” et… pianiste. Trois volières sont construites sur le Causse Méjean, face aux falaises qui abritaient les dernières colonies de vautours en 1930. Elles sont financées par Luc Hoffman, vice-président international du WWF, fondateur de la réserve ornithologique de la Tour du Valat (Camargue) qui soutient par l’intermédiaire de ses laboratoires (Hoffman-Laroche) l’opération de réintroduction. De 1970 à 1980 une souche captive de vautours fauves est constituée. En tout, 60 vautours seront acclimatés dans les volières provenant essentiellement de parcs zoologiques et de centres de réhabilitation pour rapaces blessés en France et en Espagne. Le 24 janvier 1972, la loi protège tous les rapaces en France. La liste des espèces dont la chasse est prohibée toute l’année est abrogée et remplacée par la liste suivante : “Tous les rapaces diurnes et nocturnes, tous les petits oiseaux d’une taille inférieure à la grive et au merle…, plongeons, grèbes, fou de Bassan, aigrettes et butors, cigogne noire et cigogne blanche, spatules, ibis, flamants, cygnes, oies des neiges, bernaches, tadornes…” – Schéma : Carte de répartition passée du Gypaète barbu dans le monde –

cP1330601Un grand panneau d’exposition cite les acteurs de cette fabuleuse réintroduction. Outre ceux déjà mentionnés, il y a André Molinier, photographe, cinéaste et naturaliste à Millau, très bon connaisseur de la flore et de l’avifaune régionale. “Supporter” de l’opération depuis ses débuts, il participe aux transports transfrontaliers de vautours entre l’Espagne et la France. Maarten Bijleveld, biologiste hollandais, continue à oeuvrer dans le programme “vautour moine”. Ramon et Jesus Elosegi, spécialistes et défenseurs des vautours, auteurs d’études qui leur sont consacrées, prélèveront en Navarre et à Pampelune (Espagne) une partie des vautours lâchés dans les gorges de la Jonte. Justin Costecalde, chargé de l’entretien des volières et de l’alimentation des vautours, est leur “grand-père” nourricier, décédé en 1989. cP1330602Pendant près de 10 ans, cet habitant du village du Truel récupère les animaux d’élevage qui décèdent pour alimenter les charniers des vautours. Son action est diffusée auprès du public par le biais de bandes dessinées. Les frères Jean-François et Michel Terrasse, pharmaciens, fondateurs du Fonds d’intervention pour les rapaces en 1973 (il existait en tant que structure informelle de protection dès 1968…), sont les piliers de l’opération de réintroduction dont ils ont repris le flambeau après le décès de Michel Brosselin. Ils animent notamment toute l’opération de collecte des vautours avec leurs correspondants étrangers. Constant Bagnolini sera le pivot de l’association à Peyreleau pour veiller au quotidien sur la colonie. C’est toujours lui en 2014 qui commente, avec humour, la vidéo de présentation du vautour au Belvédère et qui aide les visiteurs à manier les longues-vues pour les pointer sur les aires et les oiseaux. Dimitri, qui le connaît bien, nous fera la surprise de l’inviter à notre dîner le soir même à l’auberge de Peyreleau où il nous fera un véritable concert de chant en s’accompagnant à l’accordéon : un homme aux multiples facettes ! – Photos : Constant Bagnolini travaille toujours au Belvédère des Vautours – Circaète en vol stationnaire près du Belvédère des Vautours –

cP1330603Parmi les premiers “supporters” se trouvent aussi Jean-Louis Pinna, Jean Bonnet, Christian Nappée, technicien et biologiste du Parc national des Cévennes, Philippe du Vignaux et René Rosnoblet, ingénieurs forestiers à Millau. Mais selon l’article 266 de la Loi 75-1336 du 31 décembre 1975 du Code rural, il est toujours spécifié : “L’enlèvement et la destruction des cadavres et déchets d’origine animale constituent un service d’utilité publique… Sous réserve des dispositions de l’article 265, il est interdit d’enfouir, de jeter en quelque lieu que ce soit, ou d’incinérer les cadavres d’animaux ou lots de cadavres d’animaux pesant au total plus de 40 kg. Leur propriétaire ou détenteur doit les mettre, en entier et non dépouillés, à la disposition de l’équarrisseur établi dans ledit périmètre…” Cette législation condamne sans appel les grands charognards, par ailleurs classés comme “espèces protégées”. Pourtant, dans un cadavre très rapidement consommé par les vautours, le processus de putréfaction ne peut se développer (l’impact de la dissipation des agents infectieux par les mouches et asticots est réduit), leurs sucs digestifs éliminent la majorité des germes infectieux, ils interrompent le cycle de la plupart des parasites des herbivores, ils n’ont pas de contact avec les mammifères domestiques, en dehors des charniers et des points d’eau où ils se baignent. – Photo : Circaète –

cP1330604La nourriture disponible, du fait de la mortalité spontanée dans les troupeaux, pourrait en théorie suffire à une colonie de plusieurs centaines d’individus. Mais sa disponibilité n’est pas régulière pendant toute l’année : la période “pauvre” correspond à la période de l’envol des jeunes. Equarrisseurs bénévoles, les vautours ne concurrencent guère les “vrais” équarrisseurs qui ne se déplacent que pour des cadavres lourds (bovins, équins) ou si plusieurs carcasses groupées sont disponibles. Alors, quelle est la solution ? Se débarrasser du cadavre dans un lieu discret ? C’est prendre le risque de nuisances liées à la putréfaction (molécules toxiques disséminées dans l’environnement) ainsi qu’à la contamination par les renards et les chiens qui fréquentent aussi les bergeries. cP1330483Le 10 juillet 1976 est promulguée une loi relative à la protection de la nature. En 1978, les vautours captifs commencent à se reproduire. En 1981, 6 couples de vautours se reproduisent en volière. Ils seront les premiers à être libérés en décembre 1981. De 1981 à 1986, en tout, 60 vautours seront libérés, mais 20 ne pourront pas s’adapter à la liberté ou seront éliminés. – Photo : Circaète –

La Fondation Vautour moine (European Black Vulture Conservation), constituée d’experts de plusieurs pays d’Europe et financée par la Société zoologique de Francfort, a lancé avec succès le renforcement des populations de cette espèce à Majorque. Son aide permet le lâcher de vautours moines dans les Grands Causses. L’objectif est d’atteindre une cinquantaine d’oiseaux libres. Les vautours moines réintroduits proviennent de zoos ou bien sont des oiseaux nés dans la nature où ils ont rencontré des difficultés au moment de prendre leur envol. Maintenus en volière pendant trois mois, ils s’y familiarisent avec leur nouvel environnement avant d’être libérés. Les plus grandes colonies européennes de Vautours moines se trouvent dans le sud de l’Espagne, en Grèce et en Turquie. De 1985 à 1987, alerté par les ornithologues espagnols, le Fonds d’Intervention pour les Rapaces lançait une campagne pour recueillir des fonds en France afin d’acheter ou de louer des forêts où nichaient les derniers vautours moines d’Andalousie. Grâce à cette campagne, la colonie de vautours moines a été sauvée. – Photo : Les falaises calcaires qui surplombent les gorges –

Aujourd’hui, trois de ces grands rapaces, tous rares et menacés d’extinction, se sont réinstallés dans les Grands Causses : le Vautour fauve (réintroduit de 1981 à 1986), le vautour percnoptère (revenu naturellement en 1982) et le vautour moine (réintroduit de 1992 à 2004). D’expérience pionnière, “l’opération vautours” a acquis, par son succès, la valeur de modèle à l’échelle mondiale. La collaboration des professionnels des activités de pleine nature (randonnée, escalade, parapente) a également contribué à ce succès. Aujourd’hui, la renommée mondiale de “l’opération vautours” avec la présence de ces trois espèces est reconnue comme un atout touristique exceptionnel. En 2011, l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO des “Causses et des Cévennes, paysage culturel de l’agro-pastoralisme méditerranéen” éclaire leur valeur d’auxiliaires de l’élevage traditionnel sous le jour d’une nouvelle distinction internationale. Ces conditions sont très favorables au retour du quatrième des grands vautours européens : le Gypaète barbu. Le projet de sa réintroduction dans les Grands Causses s’inscrit dans un élan européen de restauration d’une espèce emblématique de la montagne et des cultures pastorales. Deux objectifs s’y combinent : la restauration d’une chaîne alimentaire complète et la reconstitution d’une population en connexion avec les autres populations du sud de la France pour assurer grâce au brassage génétique la survie de l’espèce menacée d’extinction. Entre les Alpes où le Gypaète a été réintroduit avec succès et les Pyrénées d’où, comme en Corse, il n’a jamais disparu, les Grands Causses permettent de reconstituer son aire de répartition en créant un pont aérien qui a pour piles le Vercors, les Grands Causses et l’Aude. – Photo ci-dessous : Parterre de Polygale du calcaire –

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