Les Causses – 5 Liaucous

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13 au samedi 19 avril 2014
Dimitri Marguerat accompagne en randonnée naturaliste Jean-François Gr., Viviane, Jacqueline, Françoise I., Margaitta, Jean-Louis et Cathy
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cP1330607cP1330608Une nouvelle journée commence avec l’écoute des oiseaux du vallon de la Jonte, cela devient une habitude, avant de prendre la voiture pour le causse de Sauveterre et le village de Liaucous qui surplombe la confluence du Tarn et de la Jonte. De là, nous marcherons sur le sentier des Corniches pour nous rendre aux hameaux d’Eglazines et de Saint Marcellin. Une voiture est déposée dans la vallée afin de ne faire qu’un aller simple à pied, tandis que le reste du groupe visite le village. Comme partout dans les Causses, la matière première est la pierre, utilisée même pour la signalétique des rues et les escaliers aux longues marches des ruelles piétonnes. Des vestiges de maisons en contrebas de l’église montrent en coupe les voûtes de pierres encorbellées et inclinées ou bien clavées. L’absence de forêts, détruites pour pratiquer l’élevage, et l’impossibilité de se procurer poutres et voliges ont rendu les caussenards fort habiles dans l’utilisation de la pierre, si bien qu’en dépit du poids du matériau, le moindre édifice montre une architecture digne des plus beaux monuments. Malheureusement, les techniques rurales ne permettent une longévité pluriséculaire qu’au prix d’un entretien régulier qui évite les écroulements consécutifs à l’abandon des terres et des villages. Une cheminée de style “aragonais” dépasse d’un toit de lauze où s’enracinent les mêmes plantes que nous avons détaillées les jours précédents sur les espaces arides de roche mise à nu par l’érosion. Ce hameau est le point de départ d’une “via ferrata” pour les sportifs qui souhaitent escalader la falaise. Bien qu’il me paraisse très calme, il affiche tout de même 264 habitants qui ont malheureusement préféré la tuile pour les toits de leurs maisons très soignées. Des originaux ont installé des lamas dans le pré, peut-être pour attirer le touriste. Ils se dirigent vers nous et penchent leur long cou au-dessus de la clôture. Nous avons tous en mémoire le livre des aventures de Tintin, “Le temple du Soleil”, où un lama en colère crache à la figure du Capitaine Haddock, par conséquent, à part Jean-François qui joue au téméraire et s’avance pour les caresser, nous demeurons à une distance respectueuse pour les observer. – Photos : Liaucous, signalétique – Ci-dessous : Cheminée “aragonaise” sur toit de lauze fleuri –

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cP1330631L’exode rural a levé la pression qui s’exerçait sur l’environnement, si bien que les arbres et arbustes repoussent, accueillant tout un petit peuple ailé. cP1330615Dès les premiers pas, nous marchons en présence du gracieux petit pouillot fitis au chant mélodieux. En cette période de nidification, de retour d’Afrique où il a hiverné, il recherche activement insectes et araignées parmi les fins rameaux. Une fauvette à tête noire, bien qu’elle soit deux fois plus grande, émet des cris de contact plus discrets, clairs et courts, semblables au choc de deux galets qui grincent. Elle aussi est insectivore, sauf à l’automne où elle ajoute des fruits à son menu. De moins en moins d’individus migrent, nombreuses sont celles qui demeurent l’hiver en France. Le rouge-queue noir sautille au sol en quête d’insectes, mais il se perche en hauteur pour lancer son chant comme un défi aux congénères. Dans le bas des arbres et des fourrés volète un roitelet triple bandeau au “sisisi” très aigu et peu sonore. Il détecte larves et insectes en explorant le dessous des feuilles. Le merle noir fait office de géant parmi ces petits oiseaux qu’il ne concurrence pas, puisqu’il se nourrit au sol de façon éclectique, insectes, araignées, vers de terre, graines, baies, fruits… Comme ce dernier, le rossignol est un des rares oiseaux à chanter la nuit où il développe un répertoire étonnamment varié et mélodieux. Il se nourrit essentiellement de carabes et de fourmis capturés au sol ou dans la végétation basse. – Photos : Vue plongeante sur le Tarn – Moineau –

cP1330640Nous longeons une bergerie désaffectée à l’entrée presque obstruée par un deuxième bâtiment dont il ne demeure qu’un tas informe de pierres amoncelées. Le faîte du toit ne forme pas un angle, la pente s’infléchit après une courbe douce. J’ai un faible pour ces architectures basses et ces matériaux parfaitement intégrés au paysage. Je me demande si les paysans avaient tous cette compétence à leur actif ou bien s’ils devaient faire appel à un tailleur de pierre et un maçon pour monter les murs, confectionner la voûte et y déposer les lauzes. Vu le poids de l’édifice, il ne s’agissait pas de se tromper, sinon le troupeau risquait de périr enseveli ! Les cabanes en pierre sèche servaient aussi d’abri temporaire ou saisonnier au cultivateur des XVIIIe et XIXe siècles, à ses outils, ses animaux, sa récolte, sur une parcelle éloignée de son habitation permanente. Sur le bas-côté pousse le grémil aux fleurs d’un bleu profond comme des gentianes en miniature. Le Bois de Sainte-Lucie, ou Cerisier de Sainte-Lucie ou Faux merisier (Prunus mahaleb) est un arbuste de la famille des Rosaceae et du genre Prunusqui pousse de préférence sur les sols calcaires. Il peut servir de porte-greffe pour les cerisiers. Son nom scientifique provient du latin “Prunus” signifiant “prunier”, tandis que le terme “mahaleb” vient du latin scientifique de la Renaissance “almahaleb”, par emprunt à l’arabe “mahlab”désignant le même cerisier sauvage. Au XVIIe siècle, un couvent de Minimes (ordre religieux d’ermites mendiants et pénitents fondé en 1436 par Saint François de Paule), Sainte-Lucie-du-Mont, situé sur les hauteurs de Sampigny dans la Meuse, développa un artisanat d’objets religieux fabriqués dans le bois de cette essence qui poussait abondamment aux alentours, d’où son appellation de bois de Sainte-Lucie. – Photo : Cabane de pierres sèches –

cP1330636La famille des Rosaceae a une grande importance économique puisqu’elle fournit une grande partie des fruits cultivés dans les régions tempérées du globe. Elle comprend aussi bien des plantes herbacées vivaces que des arbustes ou des arbres. Parmi les nombreuses espèces sauvages qui en font partie, on peut citer le sorbier, l’aubépine, le prunellier, l’églantier, la ronce commune, les fraisiers, la benoîte, les potentilles, la reine-des-prés, la pimprenelle, l’aigremoine… cP1330638Une Mégère (si c’est une femelle) ou un Satyre (si c’est un mâle) se chauffe au soleil. Ce papillon orange et brun très répandu débute sa vie sous la forme d’une chenille verte peu difficile car elle consomme tout un éventail de plantes hôtes (dactyle, pâturin houlque, diverses graminées coriaces…) sur les friches broussailleuses, les landes claires, les endroits rocailleux. Celle-ci a les ailes antérieures bien abîmées, on dirait qu’elle a échappé de justesse au bec d’un oiseau. Du printemps à l’automne, il peut y avoir deux à trois générations successives, c’est-à-dire de cycles “oeuf – chenille qui passe par différents stades en muant jusqu’à atteindre la taille maximale – chrysalide – papillon adulte ou imago mâle ou femelle, qui est le stade où les individus se reproduisent”. Un beau noyer arbore un port naturel, car c’est un arbre qui n’apprécie pas la taille. – Photos : Bois de Sainte-Lucie – Mégère ou Satyre –

cP1330648Sur un rocher se trouvent des crottes curieuses. Dimitri pense qu’elles proviennent de mustélidés, car il y a des poils de souris à l’intérieur. Comme le diamètre est très petit, elle ne peut avoir été déposée ni par une fouine, ni une martre, mais plutôt une hermine (mais il n’y en a pas ici) ou une belette. Son intestin de travers explique cette forme bizarre. La belette est capable de pénétrer dans un tunnel de campagnol d’un diamètre de 2,5 cm. La légende qui accuse cet animal de saigner les poules est calomnieuse, par contre, la fouine, si elle entre dans un poulailler, panique et s’affole, elle attaque tout ce qui bouge, égorge poules, lapins, canards, pour n’emporter finalement qu’un oeuf ou un poussin. cP1330649Contrairement à ce qu’on pourrait juger à la vue de ce carnage, elle n’est pas sanguinaire et n’a pas le goût du sang. Dimitri se souvient qu’Antoine Waechter, homme politique français écologiste et député européen, a choisi comme thèse de doctorat l’éthologie et l’écologie de la fouine. Dans la Rome antique, elle était adoptée pour capturer les souris et dératiser les habitations, alors qu’aujourd’hui elle est considérée comme “nuisible” car elle s’attaque aux circuits électriques des voitures, à l’isolation des maisons et ronge également le caoutchouc… Son nom latin “martes foina” signifie la martre des hêtres, très proche de la martre des pins dont elle se différencie par le dessous de ses pattes nu, non poilu, visible à la lecture d’empreintes dans un sol meuble. Cette dernière préfère la forêt où elle chasse les écureuils, même s’ils se réfugient dans des trous de 8 cm de diamètre. Quant à la genette, elle n’est pas anthropophile, quoique il lui arrive parfois de se loger dans un grenier. – Photos : Crottes de belette –

cP1330650cP1330652Un ophrys litigieux (ou petite araignée) pousse sur la terre nue. Cette orchidée apprécie la pleine lumière, mais aussi la mi-ombre sur substrat calcaire des pelouses, garrigues, bois clairs. Son aire de répartition est centrée sur la France. Dimitri attrape vivement une cicindèle pour nous montrer ses yeux et ses mandibules hypertrophiées. Ce coléoptère est un insecte chasseur redoutable d’une grande rapidité et d’un appétit féroce. Elle attrape ses proies à la course et effectue des vols courts en cas de danger. Accessoirement, le mâle utilise ses mandibules pour s’accrocher à la femelle pendant l’accouplement. Sa larve, également carnivore, vit dans un terrier du fond duquel elle attend qu’une proie passe à sa portée. Ici, je ne sais s’il s’agit de la cicindèle champêtre ou des bois. Selon Aramel dont le site est toujours aussi bien illustré : “Les Cicindèles sont des insectes utiles par leur prédation sur de nombreux autres insectes dont les chenilles et les fourmis; ils échappent eux-mêmes à d’autres prédateurs par leur vitesse de course et d’envol, par leur changement de couleur et l’émission de substances chimiques pour certains (comme de nombreux Carabiques); ils sont adaptés aux sols meubles à végétation éparse, aux milieux ouverts (plages, chemins forestiers…) mais ces milieux sont soit le plus souvent envahis par la végétation, soit piétinés; ces coureurs élégants sont donc malheureusement en régression.” – Photos : Ophrys litigieux – Cicindèle –

cP1330655Sur une pelouse pointe la silhouette curieuse, couleur lie de vin, du limodore à feuilles avortées surnommé “l’asperge violette”. Plante robuste pouvant atteindre 80 cm de haut, cette orchidée a une tige bleue, violacée ou brunâtre, à feuilles écailleuses bractéiformes. C’est (peut-être) une plante saprophyte comme la néottie nid d’oiseau, c’est-à-dire qu’elle vivrait de matières organiques en décomposition grâce à des champignons symbiotes (mycotrophie), car elle est dépourvue de feuilles et de chlorophylle. Cependant, des auteurs ayant observé des racines de Limodores soudées à des racines de chênes, de hêtres, de châtaigniers ou de cistes, pensent donc qu’ils ne sont pas saprophytes mais parasites. Il pousse sur sols plutôt calcaires. Les fleurs sont parfois pollinisées par des hyménoptères (dont font partie les abeilles), mais elles sont souvent cléistogames* et il est fréquent qu’une partie de l’inflorescence ne s’ouvre pas. Des floraisons suivies de fructifications entièrement souterraines sont aussi signalées. – Photo : Limodore à feuilles avortées –

cP1330663(*) La cléistogamie désigne la caractéristique de certaines espèces de plantes de se reproduire par autopollinisation avec des fleurs qui ne s’ouvrent pas. Ce comportement est très répandu chez les graminées comme le blé, ou chez les légumineuses, en particulier le pois, le haricot et l’arachide.

Au bord d’un gouffre pousse une épervière, appartenant au genre Hieracium et à la famille des astéracées (ou composées). Ce sont des plantes vivaces à fleurs jaunes, parfois orangées, toutes ligulées, chaque ligule ayant cinq dents correspondant aux cinq pétales, qui me font penser au pissenlit. Le genre doit ses noms populaire et scientifique à l’épervier (grec hierax), une tradition populaire ayant voulu que le suc de ces plantes fortifie la vue de cet oiseau. Nous dérangeons une vipère au corps sombre qui s’en va, nonchalante. Il faut savoir que, naturellement, une vipère fuit les humains (contrairement aux couleuvres qui peuvent être agressives, mais n’ont pas de venin). En France, on dénombre 1000 à 2000 morsures de vipères dont seulement 10% s’accompagnent d’une envenimation. Parmi ces dernières, seulement 10% sont potentiellement graves, et l’on dénombre un à trois décès par an. Les vipères possèdent plus de venin au printemps, les envenimations sont plus fréquentes d’avril à juin. cP1330659Les formes graves sont en général dues à la pénétration directe du venin dans une veine. 20 à 30% des morsures sont dites “sèches”, dépourvues de venin. Il faut savoir que tous les reptiles sont protégés par la loi. Il y a beaucoup plus de risque de se faire piquer par un insecte. En ce qui concerne les guêpes, abeilles, frelons, la gravité s’accroît sur une personne allergique, ou qui est piquée au niveau de l’œil, de la bouche, ou encore qui subit des piqûres multiples (supérieures à 30). En dehors de ces cas, le seul inconvénient est la douleur passagère. Dimitri raconte qu’en prévision de l’installation d’un parc de panneaux photovoltaïques, il a eu pour tâche de repérer la présence de vipères : souvent, les reptiles s’installent sous les pierres plates, les tôles ou plaques qu’il devait poser pour les retourner les jours suivants. De toute sa vie de randonneur professionnel, il n’a jamais entendu parler d’une morsure grave. Une fois, à Izpeguy, un enfant a été mordu sur le site d’Elhorietta. C’était un adolescent costaud, il a juste eu un peu de fièvre la nuit et le lendemain il marchait sans problème. – Photos : Vautour fauve – Orchis morio – Ci-dessous : Lézard vert –

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cP1330665Un vautour percnoptère et deux vautours fauves montent dans une ascendance qu’ils quittent pour partir en ligne droite : Dimitri nous dit que s’ils montent de 1000 m, ils peuvent parcourir 15 km de distance. Il ajoute que lorsqu’un vol de grues rencontre une ascendance thermique, la formation se disloque, les oiseaux tourbillonnent en désordre et crient en continu pour maintenir la cohésion du groupe. Ce n’est pas parce qu’elles se sentent perdues qu’elles tournent… Une fois arrivées au plafond (à 1500 ou 2500 m), elles se réunissent de nouveau en formation géométrique et poursuivent leur chemin. Une orchis morio d’un rose magnifique illumine le chemin. Des ophrys litigieux (ou petite araignée) offrent leurs corolles fraîchement épanouies. Un lézard vert nous observe, tous muscles bandés, prêt à s’échapper en sécurité, mais comme ses congénères, il prend son temps. Il lui faut une couverture végétale assez dense, fréquemment associée à des empierrements. D’activité diurne, son optimum s’observe entre 9h et 11h du matin, l’après-midi étant plus calme. Il préfère se déplacer au sol, mais il peut grimper sur les branches basses des chênes, pins ou buissons pour élever sa température interne. L’essentiel de sa nourriture est constitué d’arthropodes (coléoptères, orthoptères, chenilles glabres, cloportes, araignées…). Il recherche aussi les mollusques à coquille mince et consomme parfois des baies mûres tombées au sol dont il lèche le jus. Il capture occasionnellement des lézards et des rongeurs nouveau-nés. Il s’hydrate souvent en buvant les gouttes de rosée sur les végétaux ou en se rapprochant de l’eau en période de sécheresse. Malgré sa grande taille (30 cm), ses prédateurs sont nombreux, tels que les rapaces (faucon crécerelle), les serpents (couleuvre verte et jaune), les mammifères carnivores (chat domestique)… et certains automobilistes. Protégé sur l’ensemble du territoire national, les menaces affectant cette espèce sont liées aux activités agricoles, à la perte et la dégradation de ses habitats et à la pollution chimique. Justement, un faucon crécerelle survole les corniches. Un coucou appelle dans le lointain. – Photos ci-contre et ci-dessous : Ophrys litigieux –

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cP1330673Une orchis pourpre en bouton vient de jaillir de son tubercule. Elle pousse sur les pelouses calcaires ensoleillées mais se rencontre aussi dans les bois clairs où l’épi floral, par manque de soleil, s’allonge et devient plus lâche. Un peu plus loin s’élève un groupe de céphalanthères blanches dont la partie souterraine est un rhizome : c’est la cinquième espèce d’orchidée rencontrée depuis le matin. Suivant les circonvolutions du bord du Causse de Sauveterre, le chemin serpente à mi-hauteur, sans quasiment de dénivelé. cP1330675Nous conservons en permanence la vue sur le fond des gorges en bas, les falaises rocheuses au-dessus de nous, et le bord de l’autre causse. C’est vraiment un paysage extraordinaire, surtout par ce temps magnifique et cette lumière qui avive les couleurs. Cet espace vaste, mais contraint par la forme encaissée, est un cadre idéal pour l’observation des rapaces. Il est heureux que les temps aient changé et que les humains sachent de nouveau leur faire une place. Nous apercevons en face de nous Eglazines, le premier hameau semi-troglodytique sur notre parcours, serré contre la falaise. Vidé aujourd’hui de ses habitants, il fut construit au XIIe siècle et servit de vigie à l’entrée des gorges du Tarn, pour le compte d’une seigneurie locale. Ses derniers habitants ont quitté les lieux en 1960. A l’inverse du vautour fauve qui sélectionne des corniches assez larges, un couple de percnoptères en période de nidification cherche une fente étroite pour pondre. cP1330697De ce fait, le poussin ne pourra pas muscler ses ailes avant le premier envol et devra se jeter dans le vide sans préparation préalable. Il est migrateur : la majorité des individus européens passe l’hiver en Afrique, au sud du Sahara. L’espèce n’est nulle part très nombreuse : en Europe, elle est répandue dans la péninsule ibérique (qui regroupe environ 1400 couples pour des effectifs totaux estimés à environ 1600 couples en Europe occidentale), en Italie et dans les Balkans. L’usage intensif des pesticides en agriculture, les chocs avec les lignes électriques, la contamination par l’ingestion d’animaux morts empoisonnés à la suite des contrôles des populations de nuisibles sont autant de menaces qui pèsent sur cette espèce qui devient plus rare localement. Appelé Maria Blanca en béarnais, c’est sa présence dans les Pyrénées qui est évoquée lorsqu’on passe de la vallée d’Aspe à la vallée d’Ossau par le col de la Marie-Blanque. Un merle de roche (cousin des monticoles) volète à faible hauteur à la recherche de lézards. Des vautours fauves planent majestueusement, d’autres couvent les oeufs ou protègent les poussins sur les aires de branchages amoncelés sur quelque rebord suffisamment large. – Photos : Orchis pourpre – Eglazines – Percnoptère – Ci-dessous : Le panorama depuis la corniche du Causse de Sauveterre –

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cP1330710Si le hameau s’est installé à cet endroit, c’est bien sûr parce qu’il y a une source d’eau douce à proximité. Dans l’ombre de la falaise en surplomb subsiste une toute petite mare oblongue alimentée sans doute par un suintement à travers un interstice de la roche. cP1330706C’est une opportunité rare en ce milieu calcaire de pouvoir observer le petit peuple de l’eau. Bien évidemment, une statuette à l’effigie de la Vierge a été placée à côté, en syncrétisme avec les anciennes divinités gauloises, ondines ou nymphes. Dimitri y pêche à la main un triton palmé et nous montre qu’en réalité, cet individu n’est pas palmé : il s’agit d’une femelle dont la taille (9 cm) est légèrement supérieure à celle d’un mâle qui, lui, a les pattes arrière palmées. Ce batracien de la famille des Salamandidae respire au travers de la peau. Il peut donc respirer dans et hors de l’eau, on ne risque pas de l’incommoder en le gardant un moment à l’extérieur. Il se nourrit d’invertébrés (petits insectes), de zooplancton, de daphnies, ainsi que de têtards de grenouille et de crevettes d’eau douce. Il est cannibale lorsqu’il n’y a pas d’autre nourriture disponible, un peu comme les têtards. Ensuite, Dimitri extirpe une larve de salamandre tachetée, reconnaissable à ses branchies. La reproduction de la salamandre tachetée est un cas particulier parmi les amphibiens autochtones d’Europe Centrale. Alors que la plupart des amphibiens se rendent dans des étangs et des mares au printemps durant une certaine période, afin de s’accoupler et d’y déposer leurs œufs, les salamandres tachetées s’accouplent exclusivement hors de l’eau. cP1330714La période d’accouplement dure d’avril à septembre avec un pic d’activité en juillet. Après un accouplement réussi, la femelle garde en elle la semence du mâle durant plusieurs années. Cette stratégie de reproduction permet à la salamandre de donner de nouvelles générations sur de longues périodes sans forcément avoir de partenaire sexuel. La femelle ne se rend jusqu’à une zone d’eau qu’à la fin de la période embryonnaire (au bout de huit ou neuf mois), au printemps, afin de donner naissance aux larves. Celles-ci se nourrissent essentiellement de larves d’insectes, mais, comme pour les adultes, le principe général suivant peut être appliqué : tout ce qui a une taille inférieure est capturé ; ainsi une larve n’hésite pas à s’attaquer à un têtard et à recourir au cannibalisme durant une période d’absence d’autre nourriture. En 1928, l’herpétologue Magdebourgeois Willy George Wolterstorff (1864-1943) rapporta des observations de naissances de jeunes salamandres complètes (respirant grâce à des poumons) à Oviedo dans le nord de l’Espagne (Asturies). Cette découverte n’attira tout d’abord pas l’attention de la communauté scientifique, et ce n’est que dans les années 1970 qu’elle fut confirmée par d’autres collègues. Après l’avoir replongée dans son milieu vital, Dimitri recueille dans le creux de sa main contenant un peu d’eau un têtard de crapaud (alyte) accoucheur né l’an dernier, vu sa taille. Sa vitesse de développement est fonction de la température de l’eau. Sa métamorphose peut intervenir avant l’hiver (2 à 5 mois après l’éclosion) ou après l’hivernage (9 à 15 mois plus tard). Si Dimitri s’écoutait, il resterait toute la journée là à observer les êtres densément concentrés dans ce minuscule point d’eau. – Photos : Larve de salamandre tachetée – Triton palmé – Têtard d’Alyte accoucheur – Ci-dessous : Triton palmé femelle – Larves de salamandres tachetées (?) –

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