Les Causses – 6 Saint-Marcellin

Cet article fait partie d'une série de publications appelée Les Causses
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13 au samedi 19 avril 2014
Dimitri Marguerat accompagne en randonnée naturaliste Jean-François Gr., Viviane, Jacqueline, Françoise I., Margaitta, Jean-Louis et Cathy
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Alors que nous nous retournons pour contempler le chemin parcouru, nous observons que la pente pourtant raide était autrefois cultivée : des vestiges de murets quadrillent des espaces à l’aspect aride encore relativement ouverts. Ils contrastent avec la verdure des prairies qui bordent la végétation boisée le long du Tarn. Les maisons d’Eglazines sont bien entendu entièrement construites en pierre, mais les toits de lauze se sont pour la plupart effondrés. Pas de fondations, mais au contraire une architecture qui utilise les anfractuosités et grottes pour élargir le lieu de vie et épouse les blocs rocheux pour asseoir les murs prolongés de murets qui enclosent une courette ou un jardin. Je remarque toujours cet art de l’arc ou de la voûte omniprésent dans la région, l’ouverture d’une porte ici est même triplement protégée par un linteau de pierre, surmonté d’un auvent de lauzes et encore d’une arche en berceau doucement courbée sur un lit de petites pierres. Il est vrai que la matière première abonde, l’artisan peut déployer toute son inventivité ! Des crottes de mouflon sont dispersées çà et là. Dimitri croit entendre un bêlement, peut-être de cet animal. C’est un ovin sauvage dont dérive le mouton domestique. Celui de Corse est un animal montagnard lui-même issu de moutons sauvages du Moyen-Orient, domestiqués au néolithique, puis revenus à l’état sauvage il y a de nombreux millénaires. Leurs uniques prédateurs (à part l’homme) étaient le loup et l’aigle royal (sur les agneaux). Les plus anciennes introductions du mouflon corse ont débuté au XIXe siècle puis ont repris dans les années 1950 en Savoie dans un but cynégétique. En 1966, elles se déroulèrent dans l’Aveyron méridional (Rouergue) sur les territoires des gorges, vallées et hauts plateaux calcaires des Grands Causses, notamment sur les communes de Mostuéjouls, dans le but de rétablir la chaîne alimentaire des animaux sauvages. Dans le Gévaudan elles se produisirent dans le cirque des Beaumes, à l’initiative de la Fédération départementale des chasseurs de la Lozère, puis en 1969 à La Roque-Sainte-Marguerite et en 1970 dans le massif du Cantal où il a proliféré et s’est répandu dans le massif du Puy de Sancy. Pour finir, il fut réintroduit en 1973 à Veyreau (Rouergue). En 1974, des tentatives d’introductions se déroulèrent dans l’Aveyron septentrional sur la commune de Brommat, mais un rejet de la population agricole entraîna l’éradication rapide par l’intermédiaire de la chasse des couples de mouflons. – Photos : Constructions de pierres sèches – Asphodèle –

Nous pique-niquons sur l’herbe à l’ombre de la falaise ou en plein soleil, face au panorama grandiose. Cet emplacement a bien été choisi par les anciens villageois. L’exposition plein sud permet un fleurissement optimal qu’apprécient également les papillons qui vont et viennent dans la trouée du sentier ou montent et descendent à l’assaut de la falaise. On reconnaît le flambé, la piéride de la moutarde qui se reproduit en deux générations, la deuxième étant “estompée”, c’est-à-dire que les couleurs de la femelle sont plus pâles, une aurore de première génération, un citron, univoltin (une génération par an). L’argus vert papillonne par dizaines sur les buissons. Un coucou chante depuis un versant ombragé couvert de pins. Au-dessus des dentelles rocheuses, Dimitri devine une curée où les vautours se précipitent en virages aigus. Un chevreuil franchit en trois bonds le passage, sitôt apparu, sitôt disparu : qui l’a vu ? où est-il ? L’écorce détachée d’un arbre mort a laissé apparaître le parcours sinueux des larves d’insectes qui ont dévasté l’aubier dans une complète obscurité. Un lézard vert à la gorge à peine bleutée est surpris durant son bain de soleil. Sa peau d’écailles est somptueuse. Je ne sais si, comme les coquillages ou les cailloux luisants que je ramasse encore parfois sur la plage, elles perdent de leur éclat sitôt expulsée la mue ou après la mort de l’animal. Notre peau est bien fade en comparaison. – Photo ci-dessous : Lézard vert –

Une nouvelle pose en milieu d’après-midi à l’ombre d’un arbre bienvenu est mise à profit par Dimitri pour nous dispenser un cours sur la méthode d’identification des papillons. De son sac à surprises, il extirpe un gobelet et un petit sachet, tous deux en plastique transparent, et sa “bible”, le Guide des papillons d’Europe et d’Afrique du Nord, Nouvelle édition revue et augmentée, de Tom Tolman et Richard Lewington. D’un geste preste il attrape un papillon dans son épuisette qu’il tord vivement pour pincer le filet et bloquer la sortie. Le papillon est transféré dans le bocal, puis du bocal dans le sachet. Il se débrouille pour que le papillon se retrouve coincé ailes écartées entre les deux parois de plastique en prenant soin de lui faire de l’ombre pour qu’il ne souffre pas pendant qu’on l’observe. Dans le même temps il nous rassure, disant qu’il a fait des centaines de fois cette manipulation et qu’aucun papillon n’en est jamais mort.

Les 2000 dessins en couleurs des 440 espèces illustrées sont en grandeur nature. Il “suffit” de savoir à peu près dans quel secteur chercher, et ensuite on pose la poche sur la page à côté de l’espèce supposée – ici, la piéride de la moutarde – pour avoir, outre sa description précise, des informations sur son aire de répartition et son comportement. A le regarder, cet apprentissage nous paraît tout à fait à notre portée (même si c’est plus confortable de se reposer sur lui directement pour connaître le nom des espèces qui volètent autour de nous – mais il n’est pas toujours là -). Une fois terminée l’identification, il ouvre la poche, lui propose le doigt comme aire d’envol où le papillon, un peu choqué, se repose quelques dizaines de secondes avant de s’échapper. Nous pénétrons dans un sous-bois de pin agréablement ombragé, mais suffisamment clair pour offrir des aperçus en direction des falaises abruptes aux surfaces lisses, mais très découpées par l’érosion. Un immense pilier s’en détache, encore miraculeusement debout. Par-dessus les fourrés s’étend le panorama des gorges où sinue tout en bas un méandre du Tarn, plus bleu que le bleu du ciel. Grossi des eaux de la Jonte, il longe les falaises nord du Causse Noir et laisse la place sur sa rive droite aux cultures, aux  cerisiers et aux premiers ceps du vignoble des Côtes de Millau. Dimitri recommencera le processus d’identification peu avant le hameau de Saint-Marcellin sur un versant où foisonnent encore plus de papillons. Derrière un énorme rocher tombé de la falaise débute le hameau dont nous apercevons l’église d’un blanc immaculé et une maison aux volets fermés, le toit intact, plongée dans l’ombre de la paroi gigantesque. – Photos : Piéride de la moutarde – Ci-dessous : Françoise fait de l’ombre avec sa main pour le papillon – Hespérie orientale (de son propre gré sur le livre, dans le sachet de dos et de face, sur le doigt prête à l’envol) – Saint Marcellin –

Nous retrouvons à Saint-Marcellin l’architecture sympathique des Causses où les murs sont constitués de pierres de formes et de dimensions toutes différentes. Un pouillot de Bonelli veille aux âmes des morts ensevelis dans le minuscule cimetière. La sanguisorbe offre dans les prairies le contraste de ses fourreaux de fleurs rouge sombre. Un citron papillonne en zigzag. Une fauvette passerinette lance ses trilles d’un air pressé. Dans les interstices des roches et des murs poussent des fougères, la capillaire noire aux frondes découpées, le cétérach officinal qui présente des frondes plus larges, mais bien moins épaisse toutefois que le nombril de Vénus. Depuis de nombreuses années, le club Alpina fondé il y a 80 ans par Pierre Goth et l’abbé Bousquet organise un pèlerinage à Saint-Marcellin le premier dimanche de juin depuis le village aveyronnais de Mostuéjouls construit sur les flancs du Causse de Sauveterre. Ce “bijou patrimonial” est restauré avec maîtrise et passion par Les Amis de Saint-Marcellin qui accompagnent la procession. Après avoir rendu à la chapelle ses vitraux et assuré un gros travail de débroussaillage avec l’association Les Adralhans*, ils viennent de terminer la restauration des emmarchements grâce à l’investissement de trois tailleurs de pierre professionnels, en attendant celle des murs en pierre sèche de soutènement qui fait l’objet d’un nouveau projet. Le financement provient de la Communauté de Communes qui, dans le cadre de la valorisation des chapelles, a entrepris les travaux de réhabilitation de la chapelle de Saint-Marcellin en 2007, suivis de la conception de vitraux par Claude Baillon. – Photos : Four à pain – Orchis pourpre –

(*) Après l’avoir vu chez Jean-François Terrasse, j’avais commandé aux éditions associatives Los Adralhans, dans la série Passion des Causses, le livre “Autrefois les Paysans – Vie quotidienne – Bâti traditionnel” écrit par Alain Bouviala, Germain Crouzat et Gérard Gilbert. Très illustré et très bien documenté, j’en recommande l’acquisition et la lecture (s’il n’est pas déjà épuisé).

Petit village troglodytique surplombant le Tarn à plus de 160 mètres, Saint-Marcellin comptait une douzaine d’habitants et jusqu’en 1830, il fut l’un des plus importants lieux de pèlerinage du secteur où l’on accourait en nombre de tous les alentours pour y invoquer la pluie. Le manque de place ne permettant pas l’implantation d’un cimetière, les paroissiens étaient enterrés dans le chemin ou dans la chapelle elle-même. A la sortie du village, un peu en retrait, se trouvent les ruines du vieux castel (château), en surplomb du sentier, propriété de la noble famille de Mostuéjouls. La bâtisse, simple mur fermant une caverne, devait se constituer de trois étages reliés par des échelles : on peut encore voir des trous symétriques dans la roche, points d’appui des solives. Cette famille apparaît dans les archives au XIe siècle. Au XIIe siècle, le causse Noir devient l’apanage du roi d’Aragon, vicomte de Millau et du Gévaudan, et le causse Méjean celui de la famille d’Anduze-Roquefeuil. Toutes ces influences montrent l’importance stratégique de Mostuéjouls, située au confluent du Tarn et de la Jonte et au débouché des voies vers Millau et Rodez. Son château est construit à partir d’une forteresse du XIIIe siècle, qui a ensuite été remanié au XVIIe siècle. Nous remarquons qu’un demi-tronc évidé, charmante gouttière, soutenu par des corbeaux de pierre, recueille les eaux de ruissellement du toit qui se déversent dans une cuve derrière le bâtiment. – Photo : Vautour fauve se reposant sur une corniche de la falaise –

Depuis la sente qui nous mène vers le fond de la vallée, nous observons un moment les vautours fauves qui se reposent sur les étroites corniches de la falaise, repérables aux coulées de fiente et au lichen jaune (le Xanthoria parietina). Un pic vert se déplace en criant (piou-piou-piou). Une orchis pourpre déploie au sommet d’une longue tige ses fleurs dont le casque rouge-brun contraste avec le labelle clair ponctué de pourpre. Dimitri se baisse pour cueillir un petit lampion sphérique accroché à une plante. Il ouvre délicatement l’enveloppe de “papier” pour nous faire découvrir les dizaines d’araignées minuscules qui gigotent à l’intérieur. Lorsqu’on déchire davantage l’ouvrage, on s’aperçoit qu’il est constitué de nombreuses couches superposées de filaments de différentes textures. Ici, le “berceau” était suspendu à une badasse, une petite fabacée au port buissonnant qui pousse sur les sols secs et rocailleux et fleurit blanc. Maintenant que nous avons la clé d’interprétation, nous en voyons partout ! Nous descendons au milieu d’une pouponnière d’araignées !

Selon une étude de Bertrand Krafft publiée en 2002 que je complète avec les éléments d’un autre site, la soie produite par les araignées est faite à base d’acides aminés, principalement Glycine, Alanine et Sérine. Il en existe plusieurs types, soie sèche servant de fil de cheminement (toute araignée qui se déplace laisse un fil de sécurité derrière elle), de fil de cadre ou de rayons entrant dans la confection de la toile géométrique, soie gluante constituant la spirale destinée à capturer les proies, soie cribellée* dont la structure est particulièrement complexe et qui adhère aux proies comme du “velcro”, soie parcheminée et soie cotonneuse entrant dans la confection des cocons. Une araignée peut produire jusqu’à huit ou neuf types différents de soie. Les fonctions sont aussi variées que les structures. De plus l’araignée peut coller un fil sur n’importe quel substrat ou sur un fil préexistant avec une facilité déconcertante. Fibre élastique et très résistante, la soie est liquide à l’intérieur des glandes séricigènes dont le nombre peut aller jusqu’à neuf, chacune produisant un seul fil doté de propriétés spécifiques. Elle est filée par de petites protubérances articulées (les filières), le plus souvent au nombre de six, situées sur la face ventrale plus ou moins à l’extrémité de l’abdomen. Elle sort par des fusules étroites à l’issue desquelles elle se solidifie en fibrilles tout en restant élastique, sous l’effet de la traction exercée par les pattes de l’animal et au contact de l’air. Le fil de soie est en fait constitué par un entrelacement d’un nombre élevé de fibrilles élémentaires, de 0,05 µm de diamètre chacun. Le diamètre du fil de soie varie entre 25 et 70 µm (à diamètre équivalent, ces fils sont réputés plus résistants que l’acier et possèdent une mémoire de forme cinq à douze fois plus grande que le latex). Le poids moléculaire de la fibroïne de la Néphile passe alors de 30 000 à 300 000. Certaines araignées, comme les Uloboridés, combinent les fibres afin de produire différents fils de soie. Certains fils d’araignées peuvent être étirés jusqu’à dix fois leur longueur initiale avant de rompre. L’araignée peut se laisser choir d’un support, produire un fil pendant sa chute et s’arrêter à tout moment dans le vide. Le fil est donc produit à la vitesse de la chute. De plus elle peut modifier la nature, le diamètre, la résistance et la composition chimique des fils produits selon les circonstances. C’est un mécanisme complexe qui est à l’origine de l’émission de la soie. – Photos : Cocon ouvert pour montrer les jeunes araignées qui s’y trouvent – Chocard à bec jaune (?) –

(*) Cribellum : Chez les araignées, petite pièce anatomique près des filières résultant de la soudure de la première paire de filières. Elle donne une soie particulière qui, par extension, prend ce même nom de cribellum qui signifie de la soie cribellée – Calamistrum : Chez les araignées, rangée de poils sur le métatarse de la quatrième paire de pattes permettant de manipuler la soie secrétée par le cribellum. En occitan, cribelle désigne un petit crible, mais aussi un tourbillon d’eau ou une gaufre. Le fil criblé (ou cribellé) est le nom que l’on donne à un fil de capture sec, non gluant et ayant une structure proche du Velcro. Quand on l’observe au microscope électronique, on s’aperçoit qu’il n’est ni rond ni régulier comme un tube, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. Il apparaît torsadé, voire, chez certaines espèces, aplati comme un ver ou parfois même semblable à un collier d’escargots ou de coquillages. Anya Hawthorn et Brent Opell, deux biologistes de l’université de Virginie (Etats-Unis) ont découvert que leur surface n’est pas lisse, qu’elle ressemble plutôt à un paillasson ou à une chevelure. En fait, elle est tapissée de filaments microscopiques emmêlés. Si l’on augmente la puissance de grossissement, on dirait un plat de spaghettis. Evidemment, les insectes dont les pattes et les antennes se prennent à ces fibrilles n’ont aucune chance de pouvoir s’en décrocher avant que l’araignée ne se précipite sur eux. Après toute une série d’expériences menées en laboratoire, les deux chercheurs américains ont découvert que cette structure en filaments fonctionne aussi comme un aimant. Elle a tendance à attirer les proies quand elles s’approchent et parvient même à les scotcher au moindre contact. Un fil cribellé suspendu à côté d’une surface lisse en verre ou en métal s’y trouve soudainement plaqué quand on l’approche. Il est alors très difficile de le détacher sans le déchirer. Ce phénomène n’est pas dû à un quelconque système de ventouses mais aux forces électrostatiques qui s’exercent à l’échelle moléculaire au niveau de chaque microfibrille. On les appelle les forces de Van der Waals. – Photo : Cocon d’araignées –

Toutes les araignées enferment leur ponte à l’intérieur d’un cocon soyeux plus ou moins complexe. Chez la plupart des espèces les jeunes éclosent à l’automne mais restent en hibernation dans le cocon jusqu’au printemps, saison à laquelle ils émergent de leur logette protectrice pour se disperser quelques jours plus tard après une courte phase grégaire. Ces cocons sont souvent formés de plusieurs types de soie comme c’est le cas de celui d’Argiope bruennichi. Celui-ci est formé, de l’extérieur vers l’intérieur, d’une enveloppe parcheminée très résistante, d’une bourre de soie rousse et enfin d’une enveloppe de soie blanche renfermant les oeufs. Des bulles d’air sont parfois insérées entre les fils pour que les petits soient à l’abri du froid. Agelena labyrinthica confectionne une vaste chambre polyédrique dans laquelle se tient la femelle jusqu’à sa mort à l’automne et qui renferme une deuxième chambre de même forme, qui elle-même renferme une nacelle contenant les oeufs. On connaît peu de choses au sujet des mécanismes qui président à la fabrication de ces cocons. – Photo : Percnoptère et chocard à bec jaune (ou grand corbeau ?) –

Pour donner une idée de sa vitesse de fabrication, une araignée met moins d’une heure et demie pour construire une toile pour laquelle elle produit jusqu’à 30 m de soie. Le piège est confectionné, dans la plupart des cas, par la femelle. Les mâles cessent de tisser lorsqu’ils parviennent à l’âge adulte. Les femelles, elles, ont besoin de protéines des insectes pour produire des œufs et tissent par conséquent des toiles durant toute leur vie. A l’origine, il y a quelque 400 millions d’années, les araignées se servaient surtout de leur soie pour se confectionner une cachette. Ensuite, les araignées ont commencé à s’équiper de toiles aériennes quand les insectes se sont équipés d’ailes. Si les mygales, les araignées à terrier operculé et quelques autres utilisent encore leur soie pour se mettre essentiellement à l’abri, un bon tiers des 35 000 espèces d’araignées recensées tisse des toiles géométriques. L’autre tiers confectionne des toiles à entonnoir ou des toiles-chaussettes. L’argiope, une araignée très fréquente en Europe, réalise des toiles selon une architecture particulière. L’agencement des fils permet de réfléchir les rayons ultraviolets, connus pour attirer les insectes. La toile se transforme en un véritable miroir aux alouettes. La toile de l’argiope se reconnaît à son zigzag blanc. L’utilisation la plus connue de la toile est la réalisation d’un piège. Les araignées ne s’engluent pas elles-mêmes car leurs pattes sont recouvertes d’une substance huileuse. De plus, elles prennent soin de se déplacer sur le cadre non gluant des rayons. En effet, les fils peuvent être secs ou mouillés, laineux ou gluants selon l’usage que l’araignée veut en faire. – Photos : Falaises du Causse de Sauveterre, relief « ruiniforme » issu de la dolomie altérée depuis des siècles par l’eau – Fleur ? –

Il existe une espèce, baptisée Dizzydeani par le biologiste Bill Eberhard, qui réduit sa toile à une boulette imprégnée de salive et placée sur un fil. Elle produit une imitation du parfum d’un papillon de nuit femelle afin d’attirer les mâles. Quand un mâle accourt, elle l’assomme avec la boulette et le ramène pour le déguster. (- Je me demande si ce n’est pas ce que j’ai vu en marchant sur la caldeira de Tenerife : les araignées effectuaient des pelotes qui étaient suspendues sur un lieu de passage entre deux buissons -). Les chercheurs estiment que plus de 80% des insectes parviennent à s’échapper. L’araignée doit donc faire vite et paralyser sa proie grâce à ses chélicères terminées par des crochets inoculateurs de venin. Elle peut également l’immobiliser en l’enrobant très vite d’une soie spéciale ressemblant à de la gaze. Lorsqu’il prend à une araignée l’envie de voyager, elle grimpe sur un point situé en hauteur et lâche suffisamment de fils pour avoir une chance de prendre le vent et, ainsi, s’élever comme une montgolfière. Pattes écartées pour mieux être portée, elle peut être entraînée à plus de 4 km d’altitude, et parcourir 300 km. Ce mode de déplacement est très courant chez les araignées. Selon une étude, environ la moitié des araignées installées dans un champ d’un hectare y sont arrivées par la voie des airs. Ce moyen de transport, appelé le “ballooning” est également utilisé par les juvéniles pour pouvoir coloniser de nouveaux territoires. – Photos : Fourmilière où l’on remarque à l’entrée une gardienne, de taille très grande en comparaison des ouvrières – Ci-dessous : Vallée du Tarn –

 

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