PACA, des côtes aux cimes, Serre-Ponçon

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Le lac de retenue de Serre-Ponçon

La Durance, une rivière impétueuse au caractère changeant

Périple estival
Une Durance devenue exsangue

Le trajet est court entre Digne et Serre-Ponçon, mais nous voulons découvrir encore un nouveau lieu avant de nous rendre à Briançon pour une semaine de randonnées naturalistes. Pour comprendre l’incidence du barrage de Serre-Ponçon sur le flux de la Durance, un simple coup d’œil au schéma ci-joint vaut mieux qu’une longue explication. Plusieurs motifs ont conduit à sa construction. Tout d’abord, cette rivière a toujours été très irrégulière, causant des dommages aux activités humaines tant par ses crues que par ses étiages. A partir de la deuxième moitié du XIVe siècle, les crues ont augmenté en nombre et en force. Comme dans toute l’aire alpine méditerranéenne, ce phénomène était dû à la combinaison d’un refroidissement climatique à partir du XIVe et jusqu’au XIXe siècle (le petit âge glaciaire) qui s’est traduit par des pluies et des chutes de neige plus abondantes et plus fréquentes, et d’un défrichement important des pentes des montagnes du bassin de la Durance dès la fin du XVe siècle. De surcroît, le nombre de crues torrentielles a fortement augmenté dans le bassin de la Durance au XIXe siècle. S’étant produites majoritairement de juin à août, elles étaient donc liées à des pluies orageuses, une situation aggravée par une pression anthropique maximale, avec un déboisement intense pour étendre les zones de culture et d’élevage. Cet accroissement des crues et de leurs dégâts a notamment eu pour conséquence l’avancée de la Camargue pendant cette période et le colmatage du port d’Aigues-Mortes. Au XXe siècle, les crues se sont atténuées et espacées, ce n’était donc plus un facteur suffisant à lui seul pour décider en 1955 de construire un ouvrage de cette ampleur.

La “Camargo” et les deux bras du Rhône en 1591-1592 (Cartographie de la Camargue réalisée par les ingénieurs militaires piémontais, lors de la venue en Provence et à Arles du duc Charles-Emmanuel 1er de Savoie)
Détail des embouchures du Rhône, de Pierre-Jean Bompar, 1591

Causes des crues

Traversée de la Durance sur un bac à Mirabeau

Pour mieux comprendre le contexte, je reviens sur les causes plus générales de ces crues. Violentes et fréquentes, elles sont dues à une combinaison de facteurs :

  • un bassin montagneux aux pentes fortes ;
  • des roches sensibles à l’érosion, qui augmentent le volume des torrents et leur pouvoir destructeur ;
  • un couvert végétal peu protecteur, voire absent, à la fois pour des raisons naturelles (pauvreté du sol) et anthropiques ;
  • enfin, le régime de précipitations méditerranéen, caractérisé par des précipitations assez peu fréquentes et violentes.
La Durance souvent présente dans les romans de Giono

Il en résulte un ruissellement de 63 %, ce qui est très élevé. Dans son roman Provence perdue, Jean Giono évoque la crue de 1907. Sauvage et insoumise, c’est ainsi qu’il aimait le plus la Durance ! L’écrivain de Manosque la comparait souvent à un cheval lancé au galop. Face à cette puissance, il disait: « La Durance, c’est un fleuve. On se sert du mot rivière quand on veut dire un cours d’eau qui ne se jette pas directement dans la mer. Mais quand on voit cette eau violente, musclée, bondissante, qu’elle se jette où elle voudra, c’est un fleuve. »

Les effets des glaciations du Quaternaire

Extension maximale de la glaciation de Würm (en violet) dans les Alpes ; bleu: Glaciation de Riss.

L’âme de poète de Jean Giono ne le trompait pas, puisque, il y a 12 millions d’années, la Durance se dirigeait vers le sud en passant entre la chaîne des Côtes et les Alpilles, franchissant le seuil de Lamanon pour aller se jeter directement dans la Méditerranée. Elle se divisait en un large delta dont l’étang de Berre et la Crau sont des vestiges. Cet itinéraire est d’ailleurs grosso modo celui emprunté aujourd’hui par le grand canal EDF, qui s’éloigne de la Durance à Mallemort pour aller se jeter dans l’étang de Berre. Lors de la glaciation de Riss (de -325 000 ans à -130 000 ans), la Durance prenait sa source aux environs de Sisteron, en limite de la calotte glaciaire qui recouvrait les Alpes. Au plus fort de la glaciation du Würm (−18 000 ans), elle a modifié son cours aval  : l’érosion, facilitée par des mouvements tectoniques qui soulevaient les roches, lui a ouvert le pertuis d’Orgon par où elle s’est engouffrée.

Canal de Sisteron, portion du canal EDF pour l’irrigation, l’adduction d’eau potable et la production électrique, où coule la majeure partie des eaux de la Durance

A partir de ce moment-là, elle ne s’est plus déversée dans la plaine de la Crau mais dans le Rhône, au sud d’Avignon. Cette “capture” a été facilitée par l’accumulation des dépôts de ses propres alluvions qui amenuisaient l’entrée du seuil de Lamanon et entravaient son écoulement. En 2016, j’ai assisté à une conférence au château d’Abbadia donnée par un géologue, spécialiste des sols. Il a décrit le raclement des glaciers du Quaternaire qui avaient ôté la couche de sol et mis à nu le socle rocheux dans les zones boréales et les montagnes de l’hémisphère nord. Il a rappelé la date récente de la reconstitution des sols (10 à 12 000 ans à peine pour les surfaces anciennement couvertes par ces glaciers) et il a insisté sur leur minceur, comparativement à ceux de la zone intertropicale. Il nous a montré l’érosion engendrée par de mauvaises pratiques (déboisement, élevage, agriculture, urbanisation…) et la nécessité de prendre conscience de la fragilité de ces sols indispensables à la vie.

Les bords nord du lac de Serre-Ponçon sont composés d’éboulis très fins et extrêmement instables en pentes de plus de 30°. Ce sont ces flancs qui rendaient jadis la Durance dangereuse. EDF y a planté une multitude d’arbres afin d’éviter que l’érosion des marnes grises finisse par envaser le fond du lac.

Une érosion toujours active

Autour de Serre-Ponçon, l’ensemble de la région a été occupé par les glaciers de la Durance, de l’Ubaye et de leurs affluents. Ils ont modelé les vallées selon la dureté des roches (marnes, roches tendres décapées et creusées; formation de verrous au contact de calcaires, plus résistants). Les versants ont été rabotés et modelés avec des bosses et des creux, des plans inclinés et des replats en surplomb. Les alluvions glaciaires et fluvio‐glaciaires se sont accumulées sur les versants, formant un abondant recouvrement morainique. L’érosion du quaternaire récent a déblayé par endroit l’épais colmatage d’alluvions morainiques pour faire apparaître les couches marneuses (Terres noires). Encore aujourd’hui, l’érosion est une dynamique constante, lisible et marquée dans les paysages:

•L’alternance de gel‐dégel en montagne provoque le démantèlement des reliefs et les éboulis.

•L’érosion torrentielle a recreusé et modèle encore les paysages. Vive dans les roches tendres (marnes, moraines), elle forme des ravins (robines) en grand nombre.

Les Demoiselles Coiffées du Sauze du Lac
Une “Demoiselle Coiffée”

L’érosion et le travail du temps ont façonné ces curiosités géologiques calcaires devenues le site naturel classé des Demoiselles Coiffées du Sauze du Lac. La formation de ces “cheminées de fées” est due à l’érosion des dépôts glaciaires sous l’action commune des eaux de ruissellement, du vent et de la neige. Lorsqu’un gros bloc rocheux (transporté jusqu’ici par les glaciers de l’époque du Quaternaire) fait obstacle à la pluie et à la neige, l’érosion des terres à la périphérie du bloc rocheux va permettre de dégager progressivement une colonne de terre “coiffée” d’une pierre. Ces piliers de terre et de pierres se solidifient progressivement grâce à un phénomène de capillarité.

Un site classé de Sauze du Lac

En effet, lorsque l’eau s’écoule au pied d’une Demoiselle Coiffée, elle entre en contact avec une zone abritée où la terre est plus sèche, plus poreuse. Aussi, comme dans une éponge, l’eau a tendance à remonter doucement à l’intérieur de la “colonne”. Lorsqu’elle s’évapore, l’eau abandonne de nombreux sels minéraux qui vont contribuer à cimenter ces “piliers” faits de terre, de cailloux et de sable. Sur l’ensemble du Savinois Serre-Ponçon, on peut voir de gros blocs posés dans les champs, dans les bois. Il s’agit souvent de blocs semblables aux Demoiselles Coiffées du Sauze, mais qui sont en attente de devenir un jour de fameuses “cheminées de fées”.

Une population en croissance

Au premier plan, petit cône de déjection au débouché du ravin de la Palatrière : la plage est couverte de débris rocheux

Outre ces conditions climatiques, le défrichement des montagnes de ces derniers siècles a été rendu nécessaire pour nourrir une population croissante, encore essentiellement paysanne jusqu’à une date récente. Une étude retrace dans le détail cette évolution démographique. Entre 1345 et 1450, sous le triple joug de la famine, de la peste noire et de la guerre de Cent Ans, la population globale française a été divisée par deux, passant de 20 millions en 1328 à 10 millions vers 1450. Sur le pourtour méditerranéen, les garrigues ont recouvert les collines et les bêtes sauvages se sont multipliées. Il faudra près de deux siècles pour que la population retrouve son niveau d’antan. Entre la fin du XVe siècle et la fin du deuxième tiers du XVIe siècle, la population paysanne recommence à croître, et même à un rythme très rapide. À partir de 1600, cette croissance de la population paysanne ralentit jusque vers 1750 : cinq grandes famines et épidémies accablent le royaume, bien plus que les guerres de religion, souvent évoquées, mais qui font peu de morts en comparaison. La Fronde (1648-1653), à elle seule, crée une conjoncture économique désastreuse et une forte insécurité des populations. Pourtant, ces événements se voient peu dans les chiffres, les naissances et les mouvements de populations compensant vite les pertes. À partir du milieu du XVIIe siècle, un équilibre se produit autour d’un “optimum démographique”.

Paysanne provençale (1900)
Descente à la Paillotte du Lac par l’ancien centre de vacances Shell désaffecté, datant de 1974 (le Foreston) au Sauze du Lac

En 1700, la population nationale a retrouvé les 20 millions d’habitants de 1330, puis elle passe à 26 millions en 1789, 30,5 en 1821 et 35,4 en 1846. Alors que la population urbaine est majoritaire en Angleterre dès 1850 et en 1890 en Allemagne, il faut attendre 1931 pour qu’elle le devienne en France. Le sommet de la vie rurale française et le summum de la population active agricole se situent, en chiffres absolus, un peu après le milieu du XIXe siècle, sous le Second Empire. Vers 1860-1870, on constate un “surpeuplement” et une “congestion des campagnes”, avec une masse instable, mi-paysanne, mi-artisanale, obligée de multiplier les activités pour survivre: “Chaque paysan se doublait d’un artisan, d’un ouvrier à domicile qui forgeait, filait ou tissait pour le négociant du bourg ou de la ville”. Au début du XXe siècle, la population agricole encore très nombreuse est décrite par certains historiens d’aujourd’hui comme un frein à la modernisation, et en particulier à la mécanisation.

Contraception au XIXe siècle: une spécificité française

Lis martagon (au départ de la Chalp de Crévoux (1675 m), balade vers la cascade de Razis)

On associe communément la surpopulation à une natalité galopante. Curieusement, c’est tout le contraire qui s’est produit au XIXe siècle en France. Ce phénomène d’une population en croissance s’est accompagné d’une contraception massivement pratiquée, avec près de cent ans d’avance sur les autres pays. Voici les faits: en 1700, Louis XIV régnait sur 20 millions de sujets, soit approximativement 21% de la population européenne (sans la Russie); en 1801, le Premier Consul dénombrait 40 millions de citoyens français, dont 29,1 millions à l’intérieur des limites actuelles de la France, dans une Europe de 146 millions d’habitants (soit un taux en baisse de 19,9%); en 1914, le nombre des Français s’élevait à 38,5 millions; en y ajoutant les Alsaciens-Lorrains, alors sous domination allemande, nous trouvons tout juste 41,5 millions de personnes, tandis que la population européenne était passée à 320 millions (soit un taux en chute libre de 12,9%); la France n’occupait plus que le quatrième rang pour l’importance de la population, derrière l’Allemagne (68 millions), l’Empire austro-hongrois (51 millions) et le Royaume-Uni (45 millions).

Des œuvres réalisées par des artistes ponctuent le parcours des Fées vers la cascade de Razis

En 1940 enfin, les Français n’étaient que 41 millions et ne représentaient plus que 10,8% de la population européenne. En cent quarante ans, le poids démographique relatif de la France s’était donc réduit de 46%, et si l’on tient compte de la Russie, ce recul est encore plus marqué, il se chiffre à 49% en un siècle et demi. Ce faisant, la France est devenue un pays “vieux”, la part des “60 ans et plus”, qui était seulement de 8,95% en 1800, était passée à 12,6% en 1900 et à 15% en 1940. Ce recul de la population française est dû au recul de la fécondité – l’étude décrit l’éventail des moyens utilisés pour y parvenir -, du fait d’un comportement collectif tout à fait exceptionnel dans l’Europe du XIXe siècle. En revanche, c’est grâce au recul de la mortalité et à un solde migratoire positif que l’on a constaté une croissance absolue de la population française de 1800 à 1940…

Facteur humain ou climat, lequel a le plus influé sur les crues ?

“The Last Refuge”, de Maurizio Perron, 2018 (Parcours des Fées, vallée de Crévoux)
Schéma de l’accumulation de sédiments (aggradation) dans le lit d’une rivière. Les sédiments sont en marron.

Dans la revue Géomorphologie, un chercheur conteste l’importance attribuée au facteur humain pour ce phénomène des crues de la Durance. Pour étayer ses dires, il étudie le “Remblaiement Historique” qui s’est déroulé de 1300 à 1900 AD dans les bassins versants torrentiels alpins. Les manifestations morphodynamiques les plus remarquables de l’intense activité des torrents, au moins depuis le milieu du XVIIIe siècle et jusqu’au début du XXe siècle, sont l’aggradation des lits et l’exhaussement des cônes de déjection (équivalents des estuaires pour les fleuves). Ensuite, ces formations se sont incisées en terrasses, les cônes historiques sont demeurés inactifs et certaines de ces structures possèdent des coupes permettant de relever des successions stratigraphiques.

Distribution départementale de la proportion de terrains forestiers présents sur Cassini mais déboisés à ce jour, en % des forêts de Cassini

Le déboisement intense, particulièrement dans la moitié ouest de la France, prouvé par la carte de Cassini élaborée vers 1760, et les conditions de la mise en valeur agro-pastorale du sol apparaissent relativement favorables à l’érosion anthropique : les cahiers de doléances relèvent que « la moindre pluie qui survient emporte la terre », d’autant plus qu’une jachère biannuelle était largement pratiquée jusque dans les années 1940. Il faut cependant nuancer : des mesures ont été prises pour lutter contre la prolifération des chèvres et la surcharge ovine ne semble à l’ordre du jour qu’au milieu du XIXe siècle, avec des chiffres voisins de ceux du début du XXe siècle. Toutefois, la dynamique de recolonisation des forêts, depuis le minimum forestier du XIXe siècle, est un fait majeur de l’histoire forestière française et européenne.

Évolution de la couverture boisée dans le Var, à partir de la comparaison entre la carte de Cassini et CLC (2006), après un redressement spécifique de la couche des forêts de Cassini à l’échelle départementale.

Pour se faire une idée plus précise de l’évolution par région du couvert forestier en France, une étude se base sur la carte de Cassini qui a été entièrement numérisée. En 1747, le roi Louis XV missionne César-François Cassini de Thury (Cassini III) qui travaillera avec son fils Jean-Dominique Cassini (Cassini IV) à l’élaboration d’une “Carte générale de la France”, la première carte topographique et géométrique à l’échelle du pays. Les objectifs immédiats sont d’achever la mesure du Royaume et de “déterminer la position du nombre presque innombrable de bourgs, villes et de villages… et de tracer les lignes principales, constituées par les rivières et par les grands chemins”. En moins de 40 ans, 96% de la surface actuelle de la France, mais également 1,8 million d’hectares proches des frontières, sont cartographiés. Les surfaces de forêts qui y sont représentées sont comparées à celles des forêts actuelles. Sur les 54,5 millions d’hectares couverts par la carte, 7,1 millions d’hectares sont boisés, soit un taux de boisement de 13%. Sur le territoire français actuel couvert par la carte (52,6 millions d’hectares), le taux de boisement est similaire, avec 6,6 millions d’hectares de forêts (12,6%). Toutefois, les situations diffèrent selon les régions. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la couverture de la région est amputée du Comté de Nice, non inclus dans le territoire français à l’époque des Cassini. Sur le territoire restant, le taux de boisement est de 13% sur la carte de Cassini et de 46% aujourd’hui. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, il est passé de 10% à 50%, ce qui confirme les travaux des historiens, des géographes et des écologues. Plus de 3 000 km² sont des noyaux forestiers anciens, les grands noyaux se situant notamment dans le Var (Maures, Haut-Var) et les massifs du Lubéron, du Ventoux et de Lure.

“Mano a mano”, de Pedro Marzorati, 2016 (Parcours des Fées, vallée de Crévoux)

Quant au climat, la “normale” qui permet de juger de l’évolution climatique correspond à la période fraîche et humide ayant suivi l’éruption en mai 1883 du Krakatoa, île-volcan dans le détroit de la Sonde en Indonésie. Elle conserverait certaines caractéristiques du Petit Age Glaciaire pour lequel les données statistiques sont insuffisantes. On voit assez nettement la diminution des précipitations estivales au cours du XXe siècle, ce qui correspond à une certaine “méditerranéisation” du climat des Alpes du Sud. En conclusion de son étude, l’auteur établit que la crise morphoclimatique dans les Alpes apparaîtrait alors simplement comme un “dérèglement” du bilan de l’eau sous l’effet de la diminution des températures de 1 à 1,5°C par rapport aux températures de 1931-60 et d’une légère modification de la répartition mensuelle des précipitations.

La Durance, un voisinage à risque

La ville de Sisteron est construite en hauteur pour se protéger des crues de la Durance

La Durance arrose (ou longe) 106 communes dans cinq départements. Les villes qui la bordent sont installées de manière à se protéger des inondations : sur le cours supérieur, plutôt encaissé, elles sont construites sur des avancées rocheuses dominant la rivière (Briançon, Embrun, Sisteron) ; sur le cours inférieur, plus large, elles sont en retrait au pied des collines (Manosque, Pertuis, Cavaillon, Châteaurenard). Seule Avignon est en plaine, et elle doit d’ailleurs aujourd’hui encore se protéger des grandes crues de la Durance.

Le barrage de Serre-Ponçon

A Cadarache, au confluent du Verdon et de la Durance, la hauteur de la lame d’eau écoulée est de 472 mm, pour une moyenne de 750 mm de précipitations. Ce lieu de mesure des eaux issues du ruissellement pendant et après de fortes pluies n’est pas anodin, puisqu’il s’y trouve une centrale nucléaire et un centre de recherche du CEA. La décision de cette implantation a été prise en 1958 et l’inauguration a eu lieu en 1963. Cette surveillance s’est même renforcée, comme le signale un article de 2012 : « Depuis l’accident de Fukushima, l’analyse des risques a changé. Avant, on les évaluait un par un. Maintenant, nous examinons les risques concomitants. Nous étudions le scénario où un séisme pourrait entraîner la rupture simultanée des barrages de Serre-Ponçon, Esparron et Sainte-Croix, situés en amont, et l’impact que pourrait générer la vague sur le site de Cadarache ». En effet, les probabilités d’un tremblement de terre ne sont pas nulles. Les Provençaux ont en mémoire le séisme qui a détruit en partie la commune de Lambesc (Bouches-du-Rhône) en 1909, ou encore celui qui ravagea Manosque en 1708. Dans la vallée de la moyenne Durance se trouve une faille caractérisée par une sismicité régulière. Les travaux de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ont permis de préciser l’aléa sismique pour le site de Cadarache, notamment par une localisation plus précise de la faille active la plus proche du site.

Giono contemple des travaux d’édification du barrage de Serre-Ponçon (INA)
Jean Giono (INA)

Le premier opposant historique au centre de Cadarache fut l’écrivain Jean Giono. Dans Provence, en 1961, il demandait « … pourquoi ce centre inoffensif n’a-t-il pas été installé tout simplement à Paris, et plus spécialement dans les jardins inutiles de l’Élysée ? ». En ce qui concerne la construction du barrage de Serre-Ponçon, il accepte de participer à un projet financé par EDF qui consiste à filmer pendant quatre ans des travaux dont on sait qu’ils seront spectaculaires. Il le justifiera en disant : “Bien entendu, je ne suis pas partisan du barrage, mais j’ai trouvé là une vérité respectable et je m’y suis intéressé”. Un reportage au ton grandiloquent, sur fond de musique de la Walkyrie de Wagner, le montre en train d’observer le chantier gigantesque tandis qu’une voix off justifie sa mise en œuvre.

Hortense ou l’eau vive

Le projet d’une série de courts métrages, produite par les Films Caravelle qui ont déjà travaillé pour la Compagnie du Rhône, se transformera finalement en un long métrage que François Villiers réalisera et dont Giono écrira les dialogues et, avec Alain Allioux, le scénario. La commande enjoint de filmer les grands travaux, mais laisse les auteurs libres de construire leur récit. Ce sera l’histoire à la fois des travaux que l’on voit s’échafauder au fur et à mesure des allers-retours de la transhumance entre La Crau et Montgenèvre et du combat d’une jeune femme, Hortense, – symbolisant la Durance – qui résiste à la cupidité des hommes, tandis que l’eau envahit le village d’Ubaye. Ce film, qui portera le titre d’un recueil de nouvelles que Giono a publié en 1943 (L’Eau vive), sera présenté au Festival de Cannes de 1958.

Les grands travaux

Contexte historique

“Nacelle cocon”, de Joël Thépault, 2016 (Parcours des Fées, vallée de Crévoux)

Pourquoi faire une retenue aussi gigantesque, de la taille du lac d’Annecy ? Un article publié dans la Revue de géographie alpine en 1960 replace le projet dans son contexte historique. Les termes élogieux et l’admiration manifeste de l’auteur annoncent l’ambiance des Trente Glorieuses, ces années où l’économie-reine primera par-dessus tout. C’est entre les deux dernières guerres que les grandes puissances établirent et réalisèrent des plans grandioses d’aménagement de leur économie. L’URSS, par la création des combinats, stimulait les régions géographiques sur lesquelles elle allait asseoir sa force (sic); aux Etats-Unis, la Tennessee Valley devenait en 1933 un immense chantier sous l’impulsion du New Deal, pour remédier à la Grande Dépression de 1929 ; en France, la Compagnie Nationale du Rhône esquissait un des axes essentiels du commerce et de l’industrie de l’Europe Occidentale.

Épilobe

Depuis la seconde guerre mondiale, des projets d’aménagement de régions géographiques éclosent dans tous les pays, que leur système économique soit socialiste ou libéral. L’URSS se tourne vers les steppes de la Russie méridionale, l’Italie met en valeur le Mezzogiorno, le Canada aménage la Fraser Valley, tandis que les USA animent les vallées du Missouri et de la Delaware. Il semble bien que l’on ait trouvé la voie à suivre pour revitaliser les régions que leur somnolence acheminait vers une asphyxie certaine. En effet, tous ces aménagements témoignent d’un souci commun: exploiter au maximum les possibilités d’une région géographique par la mise en oeuvre des techniques les plus récentes, pour améliorer son rendement ou créer une richesse nouvelle et, partant, élever le niveau de vie de ses habitants.

Sauge des prés

En France, où la croissance excessive de la région parisienne vidait la province de ses éléments les plus actifs pour en faire un véritable “désert”, il était nécessaire qu’éclatât ce centre énorme. On a essayé une décentralisation industrielle, mais elle s’est faite en grande partie dans un rayon de 200 kilomètres autour de Paris. La création de centres autonomes, c’est-à-dire l’organisation cohérente et rationnelle d’une région naturelle, est une oeuvre de plus longue haleine, moins immédiatement rentable, mais plus réaliste. Comme la renaissance du Sud-Ouest est (était en 1960) fonction du gaz de Lacq, l’équipement de la vallée de la Durance, lié à la richesse naturelle qu’est l’hydroélectricité, s’inscrit dans le cadre de cette politique des aménagements.

Les mouches font aussi partie des pollinisateurs

Des régions aussi différentes que les pays de la Moyenne Durance alpestre et le Comtat possèdent une richesse commune qui est l’eau; mais c’est une richesse qu’il faut domestiquer, car de son bon ou mauvais emploi dépendent l’opulence des récoltes, le développement de l’industrie et le bien-être des hommes. Dès le Moyen-Age d’ailleurs, où des moulins étaient installés sur les canaux d’irrigation, on avait entrevu tout le parti que l’on pouvait tirer de la rivière.

Raiponce

Aménager la Durance, c’est donc surtout et avant tout aménager ses eaux afin de les utiliser le plus rationnellement possible dans les domaines agricoles et énergétiques. Cependant, le régime de la Durance est tel que rien ne pouvait être entrepris sur une grande échelle sans un vaste bassin de régularisation qui serait la véritable clé de voûte de tout l’édifice. Mais le site de Serre-Ponçon, élu depuis le XIXe siècle à la suite de la crue exceptionnelle de 1856 et réétudié après la sécheresse catastrophique des étés 1895-96, dut attendre la mise au point de techniques audacieuses avant de recevoir son barrage. La découverte de la houille blanche allait placer à nouveau le futur barrage au centre des préoccupations des ingénieurs. En 1950, EDF ouvrit un concours d’idées entre les techniciens français et étrangers car les sondages montraient que l’édification d’un barrage en béton était impossible.

Campanule des Alpes

C’est un ouvrage de type nouveau en Europe occidentale, mais ayant fait ses preuves aux États-Unis, qui fut choisi: un barrage-gravité en terre compactée. La digue de 120 m de hauteur, 650 m d’épaisseur à la base, a demandé la mise en place de 14 millions de mètres cubes de matériaux, à comparer aux 100 millions de mètres cubes accumulés dans la vallée du Missouri. Cette digue offre à la vallée de la Durance, selon les termes dithyrambiques de l’auteur de l’étude, “un potentiel égal à celui de la fameuse Tennessee Valley, sur un territoire cinq fois moins étendu” ! Dès qu’EDF eut élaboré son plan industriel, le projet d’aménagement des pays de la Durance prit corps. On ne pouvait concevoir un équipement hydro-électrique étranger à l’avenir des riverains. Il fallait que le regain de vitalité qu’allaient susciter les chantiers ne disparût pas avec la fin des travaux, mais qu’il cristallisât des activités nouvelles liées à ces réalisations.

Un chapelet de barrages

Églantier

En 1955, une loi fut votée pour l’aménagement de l’ensemble Durance-Verdon. Dans ce cadre, trois missions étaient confiées à EDF :

  • la production d’électricité ;
  • l’alimentation en eau des cultures (irrigation) et des villes ;
  • la régulation des crues
Champignon, lichen, acarien ?

Ce programme entraîna, sur une période de 40 ans, la construction de 23 barrages et prises d’eau (des prises d’eau en amont des Claux sur l’Argentière à celle de Mallemort en passant par le barrage de Serre-Ponçon), du canal EDF de la Durance, alimentant 33 centrales hydroélectriques, et de plusieurs stations de commande. Les aménagements hydroélectriques ont sensiblement modifié le régime des crues ordinaires et moyennes. En revanche, les études montrent qu’ils n’ont pas d’influence sur les crues majeures :

  • d’une part parce que les crues les plus violentes pour la basse vallée se forment sur la moyenne Durance (axe Buëch – Bléone – Verdon), comme le montrent les grandes crues du XIXe siècle, donc à l’aval des grands réservoirs (Serre-Ponçon notamment) ;
  • d’autre part parce que ces grands réservoirs ne sont pas gérés pour écrêter les grandes crues, et que leur volume peut être insuffisant (exemple de la crue de novembre 1994 sur le Verdon, peu modifiée par la retenue de Sainte-Croix). Ainsi, des crues importantes ont été observées en 1957 et 1994 (2 800 m3/s à Mirabeau, en janvier 1994 et en novembre 1994).
Champignon, lichen, acarien ?

La Durance avait un débit naturel moyen de 188 m3/s et un régime fluvial de type méditerranéen, mais les aménagements hydrauliques ont modifié son cours. À part un très faible débit réservé, la masse des eaux circule désormais dans le canal EDF qui longe le lit naturel de la grande rivière afin de les faire passer par une série d’usines hydroélectriques. Ce canal usinier peut débiter jusqu’à 250 m3/s. De ce fait, lors des grandes crues, les eaux excédentaires empruntent à nouveau le lit naturel, les réservoirs étant très insuffisants pour stocker de pareilles masses d’eau (il s’agit surtout de Serre-Ponçon, mais aussi des grands réservoirs du Verdon, son affluent principal).

L’hydroélectricité en Provence

Aconit tue-loup

Un article de la revue Méditerranée publié en 1980 complète le panorama du programme d’aménagement de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). La région PACA offre une caractéristique fréquente dans les pays méditerranéens de la rive nord pauvres en combustibles fossiles qui ont entrepris, en l’absence de facilités d’approvisionnement extérieur, avant l’ère du pétrole, une exploitation systématique de leur potentiel hydroélectrique (Italie, Espagne et Yougoslavie se classent – en 1980 – respectivement aux 9e, 12e et 14e rangs dans le monde pour la production d’origine hydraulique). – La répartition de la production d’énergie hydroélectrique dans le monde a beaucoup évolué depuis cette étude. Les données actuelles sont mises à jour en permanence sur le site du Planetoscope. Toutefois, je trouve plus intéressant de faire ressortir l’ambiance qui régnait à l’époque de tous ces travaux d’aménagement. – En trente ans, entre 1947, date d’ouverture du chantier de Donzère et 1977, mise en service de l’usine de Sainte-Croix sur le Verdon, la presque totalité du potentiel régional a été mobilisée.

La cascade de Razis
Lézard des murailles

Commencée ponctuellement au début du XXe siècle pour la satisfaction des besoins locaux et régionaux, la mobilisation des ressources hydroélectriques en est restée à cette exigence dans la partie extrême-orientale de la région. Au contraire, l’aménagement intégral du Rhône et de la Durance s’inscrit dans le cadre national de la politique d’approvisionnement énergétique. La stratégie de la France consiste, entre l’ère du charbon et celle du pétrole, à mettre à contribution ses cours d’eau en complément de sa production de sources fossiles pour couvrir des besoins croissants, irrégulièrement répartis dans le temps et dans l’espace, en recourant à l’interconnexion des réseaux de transport de force électrique qui autorise les échanges dans l’ensemble du territoire.

Cascade de Razis à l’arrière-plan

La Provence est devenue ainsi une pièce maîtresse du système hydroélectrique français. Cependant, il a fallu, ici plus qu’ailleurs, tenir compte des utilisateurs nombreux et variés de ce capital hydraulique, que ce soit à des fins agricoles, industrielles ou urbaines. La combinaison des impératifs techniques avec le respect des intérêts des préleveurs d’eau a donné une physionomie différente à l’équipement hydroélectrique du Bas-Rhône et du bassin durancien.

Un papillon très familier, attiré par mon vêtement

Ce projet avait été inspiré par les collectivités riveraines du Rhône moyen et défendu par leurs élus de Lyon et de l’Isère, intéressés avant tout par la création d’une voie navigable moderne. On en profiterait pour réduire l’impact des inondations et mieux irriguer la vallée. La production hydroélectrique était présentée surtout comme le moyen de financer directement les autres investissements moins immédiatement rentables. C’est elle qui va conférer à l’opération une dimension nationale. En 1933, la Compagnie nationale du Rhône, première société d’économie mixte française, associe par moitié des capitaux publics fournis par les collectivités rhodaniennes, mais aussi par le département de la Seine acheteur de l’électricité à produire, et des capitaux privés provenant de la compagnie de chemin de fer PLM, de sociétés de transport et de distribution d’électricité établies dans la vallée ou en Provence littorale, et d’entreprises industrielles intéressées par la future production d’énergie.

La haute vallée de Crévoux
Bergerie réhabilitée par un artiste

Dans les années 1960, avec la baisse du prix du kWh d’origine thermique liée au bon marché du fuel, la production hydroélectrique cesse d’être le moteur de l’aménagement au profit de la liaison fluviale. Le projet industrialo-portuaire de Fos et le besoin de réorienter l’activité du port de Marseille, lésé par l’indépendance algérienne, éveillent un regain d’intérêt pour la jonction Rhin-Rhône. Mais la Commission créée en 1965 pour réactualiser les objectifs de la Compagnie nationale du Rhône conclut à la réalisation complète du dessein initial. Ainsi sont équipées successivement les trois chutes du Bas-Rhône.

Un toit transparent pour mieux se connecter à la nature

Canaux et endiguements réduisent les risques d’inondation sur plus de 25 000 hectares dans les plaines du Bas-Rhône et permettent de récupérer des terrains pour l’agriculture ou pour l’urbanisation et l’industrie. Les effets néfastes pour l’agriculture de la construction des canaux de dérivation ont pu être corrigés. La parade à la double variation du niveau de la nappe phréatique a consisté dans la construction de contre-canaux en amont pour contrôler par pompages le niveau de la nappe, et à l’aval en injection de 10 m³/s pompés dans le Rhône ou ses affluents pour le maintenir.

Des lis martagon en grand nombre

Dérivations et retenues, conjointement avec l’approfondissement du lit, ont ralenti le courant, améliorant la navigabilité. Elles ont également permis de moderniser les réseaux d’irrigation pré-existants, permettant le passage à la technique de l’aspersion, et de les étendre. L’agriculture bénéficie à un autre titre de la mise en valeur du potentiel hydroélectrique du fleuve puisque, comme l’a prévu la loi de 1921, 10 % au maximum de la puissance installée des chutes lui sont réservés à un prix préférentiel.

Lis martagon

La clé de voûte de l’entreprise de régularisation est fixée à Serre-Ponçon au confluent de l’Ubaye. En amont de la digue trapézoïdale, épaisse de 650 m à la base et de 10 au sommet, haute de 123 m, s’étend un lac artificiel de 3200 hectares contenant 1200 millions de m³ d’eau, dont 900 utilisables, 700 pour la production hydroélectrique, 200 pour l’alimentation des canaux d’irrigation anciens de Basse-Durance. L’usine souterraine mise en service en 1960 utilise la plus forte chute et se classe au deuxième rang des centrales de la Durance avec 700 millions de kWh/an. Si le lac a détruit le potentiel agricole et industriel local et a exigé le déplacement d’un millier de personnes, ainsi que la reconstruction du village de Savines, il faut porter à l’actif de l’ouvrage la régularisation du débit, source d’un gain de productibilité pour les usines d’aval qui peuvent ainsi fonctionner en hiver, et la réduction des risques de pénurie estivale pour les irrigants de Basse Durance à deux années sur dix.

Orchidée

Serre-Ponçon a aussi permis à la vallée moyenne de bénéficier d’un accroissement des disponibilités en eau en même temps que d’une modernisation des vieux canaux de Ventavon et de Manosque, ainsi que d’une extension possible de l’irrigation par aspersion sur 8000 nouveaux hectares. Mais l’essentiel de l’aménagement dans cette section réside dans l’édification de sept centrales entre Serre-Ponçon et le confluent du Verdon. La forte pente de la Durance (3,2 m/km) a été mise à profit pour créer un profil en marches d’escalier offrant un grand nombre de chutes moyennes ou basses. Comme dans le cas du Rhône, la solution adoptée pour éviter de noyer des secteurs peuplés a consisté à placer les usines sur des canaux dérivant la plus grande part du débit de la Durance, avec localement l’appoint du Buech et de la Bléone prélevés près de leur confluent.

Pétasite ?

En aval, l’aménagement a consisté à créer un canal unique dérivant plus des quatre-cinquièmes du débit annuel de la Durance pour actionner les turbines de cinq centrales de moyenne chute au fil de l’eau et alimenter par des prises d’eau réaménagées tous les anciens canaux d’irrigation des deux rives qui opéraient un prélèvement entre Mirabeau et Mallemort. Long de 85 km, ce canal, parallèle à la Durance au flanc de sa rive Sud, présente la particularité de détourner l’essentiel du débit de la rivière de son cours normal pour le diriger vers l’étang de Berre par le pertuis de Lamanon, son tracé pliocène.

Des papillons très nombreux et actifs sur cette grande astrance
Pétasite ?

Ce choix s’explique par le partage que la loi de 1955 a imposé en Basse-Durance. Sur les 6 milliards de m³ annuels qui passent au Pont-Mirabeau, 1 milliard de m³ doivent rester dans le lit de la Durance, les 5 autres reviennent par moitié aux utilisateurs agricoles (ou urbains : canal de Marseille) et à EDF. Pour compenser le débit qu’elle perdait, EDF a cherché à créer les plus grandes hauteurs de chute possibles. En déversant les eaux de la Durance vers l’étang de Berre en aval de Mallemort où les prélèvements pour irrigation se multiplient et où le débit turbinable en été diminue considérablement, elle obtenait une pente moyenne de 3,34 m/km contre 2,2 m/km en utilisant le cours naturel de la Durance jusqu’au Rhône, au prix d’une modification écologique radicale de l’Etang de Berre. Au total, la régularisation du débit de la Durance ne se traduit pas directement par une extension notable des surfaces irriguées. Les canaux de Basse-Durance voient leur capacité originelle, 114 m³/s désormais assurée alors qu’elle ne pouvait être atteinte auparavant même avec l’appoint du Verdon.

Après l’effort, le réconfort…

Épilogue

Orchis moucheron ?
??

Toutes ces recherches me rendent perplexes. Avec l’apparition d’un nouvel utilisateur jusqu’alors totalement ignoré, négligé et bafoué dans la plus grande indifférence: la nature et tout particulièrement la faune aquatique, c’est une énorme remise en cause qui s’avère nécessaire. En constatant l’importance des perturbations environnementales engendrées par ces travaux gigantesques et le développement des régions périphériques qui en a résulté, je me demande dans quelle mesure on peut parler en région PACA d’application de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques. Déjà en 1992, la loi donnait pour objectif la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides. En, une nouvelle loi transpose en droit français la directive cadre européenne sur l’eau d’. Toutefois, un tel niveau d’artificialisation des cours d’eau rend la reconquête de leur qualité écologique très illusoire à mon sens, que ce soit par exemple la restauration des migrations des espèces amphihalines (saumon, anguille…), le transit sédimentaire, la protection des frayères… Ce qui m’inquiète aussi, c’est l’incidence du réchauffement climatique sur cette ressource en eau que l’on a mis tant d’énergie à canaliser, exploiter et distribuer. En déployant une économie et une organisation sociale tellement dépendante de cette ressource, que ce soit pour l’énergie, l’agriculture ou pour les villes, la région PACA s’est terriblement fragilisée.

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