Ursuya

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Dimanche 6 avril 2014
Pascal, Cathy et Jean-Louis

uP1320929Je ne pensais pas qu’une simple balade dominicale au Mont Ursuya m’amènerait à approfondir tout un pan de notre histoire. Répondant à la proposition de Pascal, nous avons convenu de le rejoindre à la Croix de Mouguerre. Là, nous avons décidé d’un commun accord de nous rendre à Urcuray. Il a pris la Route impériale des Cimes qui offrait ce jour-là une vue superbe sur la campagne en pleine effervescence printanière et les Pyrénées encore un peu enneigées. Pascal avait récemment profité d’un travail sur un chantier situé dans les parages pour repérer les départs de sentiers depuis le village. ursuya carte reliefRépondant à mon souhait d’observer l’éveil de la nature en suivant le cours d’un ruisseau, il nous a donc emmenés dans la vallée de Lapeyreren où nous avons constaté avec étonnement que le chemin était balisé d’un grand nombre de regards placés au-dessus de conduites d’eau parfois apparentes et dont nous trouvions aussi des débris en terre cuite de facture ancienne. Pourtant, ils avaient fait l’objet d’une réhabilitation récente car le dessus des ouvrages était flambant neuf. C’était un équipement totalement disproportionné pour un hameau rattaché à Hasparren depuis la Révolution française (sa station d’épuration des eaux usées, construites en 2007, a seulement une capacité de traitement pour 350 équivalents-habitants). Parfois, l’emplacement du réseau était simplement marqué d’une borne dont je comprendrai la signification après de nombreuses recherches sur mon encyclopédie préférée, la Toile : Source (S.) numéro 11 de la vallée de Lapeyreren (L) qui se divise en amont en deux branches, la vallée les Carnets et la vallée Errerabeltz qui culmine juste au pied du sommet du Mont Ursuya. – Photo : Un des regards du réseau de captage de sources de la ville de Bayonne sur l’Ursuya –

ursuya fr3 regarduP1320925Alors, ce captage, à qui bénéficie-t-il ? Aux communes voisines d’Hasparren ou de Cambo-les-Bains ? Non, à la ville de Bayonne ! Et en plus, il s’agit d’un des plus anciens réseaux français d’adduction d’eau potable ! Dans le dossier de presse préparé en vue de l’inauguration du château d’eau du Prissé à la fin décembre 2010 se trouvait une petite rétrospective que je reporte ici.

“Toutes les grandes civilisations antiques sont nées grâce à la maîtrise de l’eau, sur le bassin de grands fleuves : Nil, Indus, Tigre, Euphrate, Mékong… 3000 ans avant J.-C., l’Égypte offre le premier exemple d’une gestion globale et centralisée de l’eau, avec notamment l’existence d’un Office de l’Eau assurant la maîtrise d’ouvrage des travaux hydrauliques, les arbitrages entre les usagers, etc. Des siècles plus tard, Rome élabore un modèle de gestion urbaine de l’eau. En l’an 100 de notre ère, Rome compte 19 aqueducs, 250 châteaux d’eau et 1352 fontaines qui apportent l’eau courante à la ville. S’en suivra une longue éclipse de ces techniques dans la civilisation européenne, qui ne verra réapparaître le château d’eau qu’au XIXe siècle. urcuray fr3 1Du Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle, la distribution d’eau en France est uniquement assurée par les fontaines publiques et les porteurs d’eau. Sous l’Ancien Régime, recevoir l’eau à domicile est, pour l’essentiel, l’apanage de quelques hauts personnages ou d’institutions religieuses. Les monarques français se soucient surtout de l’alimentation en eau de leur capitale. Le règne d’Henri IV (roi de France de 1589 à 1610) sera toutefois marqué par l’apparition de la pompe hydraulique à la Samaritaine* et par un encadrement plus strict de l’utilisation de l’eau.

urcuray fr3 2C’est sous Louis XVI (1777) qu’intervient la première réelle expérience de mise en place d’un service de distribution d’eau à domicile. Le coût élevé de l’abonnement fait que le système rencontre peu de succès et que l’expérience prend fin. En 1850, la distribution d’eau à domicile à Paris est encore inexistante et c’est le cas aussi dans les grandes villes jusqu’en 1880. Des fontaines publiques à poussoir apparaissent à cette date, ainsi que des robinets d’eau dans certaines cours d’immeubles. À l’initiative du Baron Haussmann, un programme de modernisation du système d’eau et d’assainissement est mis en place à Paris. C’est aussi dans cette seconde moitié du XIXe siècle que naissent les premières sociétés de distribution d’eau. Le développement du service de l’eau à domicile s’accélère au XXe siècle. En 1930, seulement 23 % des communes disposent d’un réseau de distribution à domicile et en 1945, 70 % des communes rurales ne sont toujours pas desservies. L’arrivée de l’eau courante dans la totalité des communes de France est réalisée grâce à une intense activité de construction de châteaux d’eau durant les années 1950, 1960 et 1970. Il faudra attendre la fin des années 1980 pour que la quasi-totalité des habitants bénéficient de l’eau courante à domicile. À la fin du XXe siècle, environ 99 % de la population française a l’eau potable à domicile. Seule une très faible part des Français continue d’utiliser des ressources privées pour leur alimentation en eau (sources, puits).” – Photos : Julien Dubos, Directeur de la Régie des Eaux de Bayonne, guide l’équipe de télévision de France 3 Aquitaine à l’intérieur d’un regard pour montrer une des sources de l’Ursuya –

urcuray fr3 3f1.highres(*) La Samaritaine était le nom d’une pompe à eau située sur le pont Neuf dont l’existence remontait à Henri IV qui en demanda les plans au flamand Jean Lintlaër. Ce fut la première machine élévatrice d’eau construite dans Paris. Elle fut reconstruite par Robert de Cotte entre 1712 et 1719, puis rénovée par Soufflot et Gabriel. Cette pompe était décorée d’une représentation de l’épisode évoquant la rencontre entre Jésus et la Samaritaine au Puits de Jacob (relaté dans l’Evangile selon St Jean) sculptée par Bernard et René Frémin (1672-1744). Le tout était surmonté d’une horloge munie d’un jacquemart, puis plus tard d’un carillon. Avant de créer le grand magasin la Samaritaine, Ernest Cognacq aurait installé son échoppe dans une corbeille du pont Neuf à l’emplacement même de l’ancienne pompe, démolie en 1813. – Schéma : Coupe et profil par le milieu du château de la Samaritaine, et de la pompe qui fait monter l’eau : [dessin] / [Agence Robert de Cotte] – Source Gallica, Bibliothèque nationale de France.

Qanat02J’ajoute à ces informations que les ingénieurs musulmans, en Espagne, n’ont pas fait que profiter des ouvrages hydrauliques bâtis par les Romains. Ils ont introduit de nouveaux savoir-faire, des techniques inédites et performantes, une diversification des usages de l’eau. L’analyse du circuit de l’eau dans la ville islamique laisse entrevoir une répartition liée à des besoins publics ou privés. L’eau est en effet nécessaire aussi bien à la vie religieuse que dans les quartiers où elle est la condition de la vie domestique, et plus encore en cas de siège. En al-Andalous, comme par exemple en Ifrîqiya, les musulmans ont su faire leurs les grands aqueducs antiques – dont celui de Ségovie est peut-être le témoin le plus célèbre – mais ils ont également su en réaménager le tracé pour leurs besoins propres. L’Islam a introduit une technique de captage de l’eau originale, le qanât. C’est une galerie souterraine qui permet de capter l’eau des nappes phréatiques et de l’amener par un conduit de moindre pente à la surface du sol. La galerie souterraine est régulièrement percée de puits d’aération bordés de déblais provenant de la réalisation de la galerie ; ces puits servent ensuite à équilibrer la pression à l’intérieur du qanât -, ils servent aussi de regard pour la surveillance et l’entretien de la canalisation. – Illustration : Les qanât, technique iranienne, conduisaient, de la nappe phréatique à la ville, l’eau qui apparaît ici au bassin du Corral del Carbon, caravansérail de Grenade –

Grenade Alhambra Cour Lions 55gEnfin, la roue hydraulique, la noria, peut sembler de moindre technicité. Si son existence est attestée dès l’époque antique, les ingénieurs musulmans vont la perfectionner; ils vont aussi développer de grandes roues hydrauliques comme celles que l’on peut voir encore à Hama, sur l’Oronte en Syrie; elles sont attestées dès le Xe s. à Cordoue ou à Tolède. Les deux variantes de ces grandes roues à godets – leur diamètre varie entre 6 et 15 m – permettaient de puiser l’eau du fleuve ou de la nappe et de la verser dans des canalisations pour alimenter des bassins ou des fontaines. Si ces grandes roues ont aujourd’hui disparu des rives des fleuves hispaniques – une des grandes roues de Cordoue perdura sur les rives du Guadalquivir jusqu’en 1936 – de nombreux exemples subsistent encore dans la campagne. Le mécanisme désormais réalisé en fer est motorisé et les godets sont en métal mais le processus et la technique sont les mêmes que jadis. La noria associée à un canal d’irrigation – une seguia – permet une élévation de l’eau issue de la nappe phréatique ou d’un fleuve et sa distribution par gravité.

Hama 3 noriasUne fois captée et acheminée par des conduits en pierre ou en céramique, l’eau doit être distribuée. Les textes nous apprennent l’existence de bassins de stockage à l’endroit où les aqueducs arrivaient en ville. À Séville, le bassin le plus important se trouvait à la porte de Carmona. De ce bassin répartiteur, des conduites, le plus souvent en poterie, permettent ensuite d’acheminer l’eau dans les différents quartiers et dans les maisons particulières même si celles-ci disposaient souvent d’un puits pour l’eau potable. Un soin particulier est toutefois donné à l’alimentation des mosquées comme à la desserte de leur salle d’ablutions et des centres du pouvoir. Au XIIe siècle, des conduites particulières alimentent l’alcazar et la grande mosquée en eau. Dans les mosquées, de vastes citernes situées sous la cour, permettent de recueillir les eaux pluviales et de pourvoir en eau les lieux d’ablutions. Des conduites alimentent les bains et les fontaines publiques, éléments clés des aménagements des quartiers. Un véritable capillaire souterrain équipait ainsi la ville pour satisfaire aux besoins de chacun. Il ne fait par ailleurs guère de doute qu’un corps de métier était chargé de l’entretien des adductions d’eau. Enfin, aux côtés de ses usages utilitaires, l’eau servait à l’agrément et au plaisir. Elle était en effet très présente dans les demeures grâce aux fontaines privées ou aux bassins qui ornaient les cours et les jardins. L’Alhambra de Grenade témoigne de l’importance de l’eau dans l’architecture. Dans l’Albaicin morisque (un quartier de Grenade), une semblable hydraulique fut conservée après la reconquête de 1492. – Photos : La noria d’Hama sur l’Oronte en Syrie – Grenade, Alhambra, la Cour des Lions (l’eau s’écoule de l’intérieur vers l’extérieur) –

uP1320897Cette mise en perspective devrait nous rendre plus modestes et cet exemple montre bien, d’une part, que l’idée d’un progrès continu est un mythe, et d’autre part, que cet élément de confort qui nous paraît aujourd’hui incontournable est finalement bien récent dans notre pays. Pour revenir à Bayonne, pourquoi et dans quelles circonstances cet équipement très onéreux a-t-il été construit ? Jusqu’en 1850 environ et depuis environ cinq siècles régnait sur Terre un “Petit âge glaciaire”, caractérisé par une chute brutale des températures au XIVe siècle suivie de fluctuations chaotiques accompagnées de périodes froides, humides et venteuses, de violentes et fréquentes tempêtes, qui généraient famines et épidémies, conflits sociaux et exodes. C’est sans doute un raccourci bien réducteur, mais si l’activité agricole et la santé des populations étaient perturbées par ces rudes conditions climatiques dont la cause est encore un peu obscure (éruptions volcaniques ?), il n’est peut-être pas très étonnant qu’une réponse ait été apportée, du moins en Europe, par une reconversion des activités et une mécanisation des procédés pour pallier le manque de main d’oeuvre. A Bayonne, la première moitié du XIXe siècle était encore atone, mais la deuxième moitié voit un développement important de la ville.

uP1320900Le Second Empire, instauré à la fin 1852 lorsque Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française, devient Napoléon III, empereur des Français, est marqué par une politique volontariste de relance économique et de modernisation des infrastructures et du système financier bancaire et commercial. A Bayonne, la première gare en bois et métal est construite dès 1855 sur la ligne de chemin de fer construite par la Compagnie du Midi sous l’égide des frères Jacob et Isaac Pereire qui contribuent beaucoup à l’enrichissement du sud-ouest de la France. Elle est chargée de recruter le personnel et d’acquérir le matériel roulant sur des voies posées par elle (y compris le pont de fer sur l’Adour, démoli et remplacé en 2013). L’infrastructure est à la charge de l’Etat pour 1/3 et des collectivités locales pour les 2/3. La voie sera prolongée en 1864 jusqu’à Irun. Le quartier Saint Esprit est annexé par Bayonne en 1857, la zone comprise entre le pont Saint-Esprit et celui du chemin de fer est urbanisée. La reprise économique de la commune s’affirme avec la fondation des Forges de l’Adour en 1880. De 1890 à 1900, de nouveaux travaux sont entrepris (forme de radoub, dragage, raccordement ferroviaire de la rive sud de l’Adour (sur les Allées Marines). En 1900, la société St Gobain construit une usine de produits chimiques. De 1888 à 1948, la gare est desservie par le tramway Bayonne-Lycée-Biarritz et de 1922 à 1953 par le chemin de fer Bayonne-Anglet-Biarritz. C’est aussi à cette époque que s’opère la transformation de l’économie des Landes par la plantation de pins, générant l’exode d’une partie de sa population dépossédée de ses moyens d’existence. La démographie bayonnaise passe de 18 000 habitants en 1850 à 27 000 habitants en 1900. – Photo : Merisier en fleurs –

uP1320901Du fait de la croissance de la population, du développement économique tourné vers les métiers de la mer (d’où un besoin de nettoyage important) et du souci de se prémunir des incendies éventuels, le besoin d’alimenter Bayonne en eau potable se fait sentir. La distribution est déléguée à un opérateur privé par un contrat qui court sur 60 ans. En 1890, des canalisations en fonte sont posées depuis les sources du mont Ursuya jusqu’à la ville côtière, sur 21 kilomètres. En 1894, 49 fontaines sont installées dans la ville. En 1900, on voit apparaître sur les murs des maisons des panneaux indiquant: “Eau de source à tous les étages. “Mais dès les années 20, un manque de rentabilité met l’entreprise à mal et la municipalité choisit de racheter la concession, une décision délicate à prendre car le prix en est élevé (2 millions de francs), mais qui s’avèrera judicieuse. Ainsi, cette gestion originale, assurée par une Régie depuis 1924, perdure encore aujourd’hui. L’augmentation des besoins l’obligera en 1937 à compléter l’approvisionnement par le captage de trois sources de l’Artzamendi dont les eaux confluent au Laxia, sur la commune d’Itxassou. Moins pures que celles de l’Ursuya, elles contiennent plus de calcaire et quelques colibacilles. Depuis peu, le réseau de Bayonne peut également être alimenté par l’usine de potabilisation des eaux de la Nive, notamment pendant les périodes de faible production de certaines sources. Les proportions actuelles sont respectivement d’un tiers, 60% et 5% du volume d’eau distribué annuellement. – Photos : Campanule ? – Ci-dessous : Arum d’Italie qui constitue visiblement un mets de choix pour les limaces –

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Un rapport du Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM), rédigé en 1992, explique les raisons du choix de l’Ursuya. Le massif occupe une position particulière dans la chaîne des Pyrénées dans une zone de transition liée à la présence d’un accident transverse majeur : la faille de Pampelune. Apparue dès l’orogenèse hercynienne (des montagnes antérieures aux Pyrénées actuelles), elle est en partie responsable de la complexité structurale de cette fraction de la chaîne pyrénéenne. Ces massifs occupent une position avancée vers le Nord par rapport à la chaîne axiale et ont subi des rotations post-hercyniennes relativement importantes. Le massif cristallin de l’Ursuya culmine à 678 m et se présente sous la forme d’un demi-disque d’un diamètre d’environ 15 km. Vers le Nord, les gneiss sont en contact direct avec les terrains du secondaire ; vers le Sud, ils sont chevauchés par les schistes et quartzites paléozoïques du Baïgoura et de l’Arrokagaray. Ce complexe cristallophyllien de l’Ursuya présente une schistosité ou une foliation relativement peu pentée vers le Sud. De nombreux phénomènes ont contribué à fracturer le socle du massif de l’Ursuya, permettant ainsi la constitution d’un réseau dense de fissures. La pluviométrie importante permet une recharge du massif de septembre à mars qui a varié, de septembre 1979 à mars 1991, de 480 mm à 1429 mm, soit une pluviométrie moyenne de 1153 mm. Le remplissage des nappes phréatiques est évalué selon la notion de “pluie efficace”, soit le volume de pluie tombé, diminué de la fraction reprise par évapotranspiration. Le pourcentage d’infiltration dans le massif, compte tenu de la pente, du couvert végétal et des terrains géologiques, est évalué à 38% de la pluie efficace. Pour l’Ursuya, le bilan hydrique se répartit ainsi : pluie, 1163 mm, pluie efficace, 653 mm, ruissellement, 403 mm, infiltration 250 mm.

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Selon ce rapport, la ville de Bayonne gérait 109 sources réparties le long de quatre vallées : Petchoenea, Ipharrager, Lapeyreren et Arquetce. – Dans l’émission de France 3 de décembre 2013, il n’est plus mentionné que 77 sources -. Il établit une carte de vulnérabilité au 1/10 000 permettant de préciser l’extension possible des futurs périmètres de protection et les mesures à prendre pour conserver ou améliorer la qualité. Le contexte géologique particulier du massif de l’Ursuya permet d’espérer obtenir des débits intéressants et de l’eau de bonne qualité par la recherche de zones aquifères fissurées par forages. Cette démarche réduirait considérablement le nombre de points d’eau à protéger. En effet, le BRGM préconise d’acquérir en pleine propriété les périmètres de protection immédiats des captages et, chaque fois que cela sera possible, de les clôturer, ce qui nécessitera vraisemblablement le déplacement de servitudes et de passages. Les regards de ligne devraient être munis de capot étanche à joint interdisant toute infiltration directe. Sur les zones à vulnérabilité importante, il suggère d’interdire l’ouverture, l’exploitation et le remblaiement de carrières, l’installation de dépôt d’ordures ménagères, d’immondices, de détritus, de produits radioactifs, l’implantation d’ouvrage de transport des eaux usées d’origine domestique ou industrielle, ainsi que des canalisations réservoirs ou dépôts d’hydrocarbure ou autre produit chimique, l’établissement de toutes constructions superficielles ou souterraines, les épandages de fumier, engrais organique ou chimique et de tous produits ou substances destinés à la fertilisation des sols ou à la lutte contre les ennemis des cultures, ainsi que le pacage des animaux. Pour les quatre vallées, il invite à éliminer l’ensemble des points de pollution existants, et en particulier les rejets et les nombreux tas de fumiers, notamment pour la vallée de Petchoenea. De même pour les rejets de lisiers provenant des élevages, ceux-ci devraient être soumis à un plan d’épandage agréé. Le périmètre de protection éloigné devrait être étendu jusqu’en limite des bassins versants. En raison du coût prévisionnel de ces mesures de protection, il pourrait être envisagé d’abandonner les captages de très faible débit, soit 3 sources sur Petchoenea, 7 sources sur Ipharrager, 20 sources sur Lapeyreren et quelques sources sur Arquetce, ce qui réduirait le débit d’eau distribuée à Bayonne (qui est de l’ordre de 4 400 m3/jour). La réalisation de forages de 40 à 50 m de profondeur devrait permettre d’augmenter à la fois la capacité de production d’eau potable, d’améliorer la qualité et surtout de simplifier la protection des captages. Aucune des sources situées sur le massif de l’Ursuya ne possède de périmètre de protection immédiat clôturé, laissant ainsi les troupeaux stationner directement sur les captages. – Schémas ci-dessous : Carte de vulnérabilité des eaux souterraines du massif de l’Ursuya (partie ouest) et zoom sur la vallée de Lapeyreren –

ursuya bassins versants

lapeyreren vulnerabilite

urcuray fr3 4L’émission de télévision France 3 Aquitaine sur ce réseau d’adduction d’eau potable de Bayonne met discrètement l’accent sur la perception des agriculteurs de l’Ursuya qui, bien qu’ils comprennent la nécessité de ne pas polluer la ressource, vivent ces prescriptions multiples plutôt comme une contrainte supplémentaire imposée dans leur travail. 19 exploitations agricoles voient leur activité étroitement réglementée, soit une superficie de 780 hectares classés en zone sensible autour des sources. A l’ordre du jour du conseil municipal du 31 mai 2012 se trouve le compte-rendu de la Régie des Eaux de Bayonne. Elle rapporte qu’elle procède à l’instauration de périmètres de protection des captages qu’elle exploite sur le massif de l’Ursuya. Des enquêtes publiques conjointes se sont tenues en mairies de Cambo-les-Bains, Hasparren et Macaye du 24 novembre au 15 décembre 2011. uP1320909Les réserves formulées par la commission d’enquête étaient les suivantes : modifier le projet d’arrêté de la vallée d’Arquetce sur les autorisations de coupes de bois, assouplir les prescriptions de l’arrêté sur l’écobuage en associant la commission d’écobuage aux autorisations, harmoniser les dispositions de l’arrêté relatives aux produits phytosanitaires. Conserver les possibilités d’extension des bâtiments d’habitation autorisées par les documents d’urbanisme en vigueur. Compenser les charges inhérentes à l’entretien des chemins, clôtures et fossés en raison de l’interdiction d’utilisation de produits désherbants ou débroussaillants. L’interdiction d’utilisation de produits phytosanitaires est une servitude essentielle à la prévention des risques de pollution des nappes phréatiques dont la qualité est surveillée par l’Agence régionale de santé Aquitaine (ARS). Elle a procédé à un appel d’offres (date limite de dépôt : 22 novembre 2011) pour les travaux de mise aux normes des ouvrages de captage d’eau du massif de l’Ursuya préconisée par l’hydrogéologue en charge du dossier : réhabilitation de 123 regards, démolition de 24 regards, déconnexion de 5 sources, réhabilitation de 117 échelles d’accès, travaux de terrassement.– Photo : Arrivée de toutes les sources à Marracq : par cette tulipe jaillissent 400 000 litres d’eau toutes les heures –

uP1320910Voici la description technique de ces quatre vallées, en commençant par celle que nous parcourons. La vallée de Lapeyreren occupe un bassin versant de 3,03 km². 58 sources sont captées depuis l’origine (1893), sauf S10 qui a été captée en 1909. Il y a 19 regards. Le débit probable en tête de vallée est de 80 m3/heure et il représente 43% du débit total des vallées. Seules trois sources ont des débits importants pour ce type d’aquifère (supérieur à 4 m3/h). La température des sources varie entre 10°2 et 13°5C pour des mesures effectuées en décembre 1991 : cette anomalie de chaleur est attribuée à des venues d’eau plus profondes issues de fracturations. Le pH acide, de 5,63 à 6,33, est caractéristique des roches où transite l’eau. Le potentiel d’oxydo-réduction (Redox)* est toujours de valeur élevée. La vallée de Lapeyreren s’étend d’Urcuray jusqu’au sommet d’Iramalda et se découpe en deux sous-bassins entourant le lieu-dit Le Pilotachilo. Le bassin versant n’est traversé que par des chemins de pacages ou menant à des zones de cultures. Le haut de la vallée culmine à 392 m et le ruisseau de la vallée conflue avec celui d’Urcuray à la cote 79 NGF. Il est recouvert en majorité de fougeraies et de pacages. Dans la zone aval les vallons deviennent boisés. Quelques zones de cultures spécialisées (maïs, colza) parsèment le bassin versant. Les habitations sont peu nombreuses et très éparses. Les seuls points de pollution potentiels sont (en 1992) : une petite décharge le long d’une carrière à Haizabia (au-dessus du réservoir), un dépôt de ferraille après la confluence d’Errekabeltz et des Carnets, quelques zones de cultures (maïs, vigne) à l’amont des captages S1L et S5L. Les teneurs en ammonium deviennent élevées à proximité des chemins où les passages et concentrations d’animaux sont fréquents. – Photo : Euphorbe (Euphorbia serrata ?) –

uP1320917(*) La référence du potentiel d’oxydo-réduction est celui de l’eau pure, conventionnellement fixé à zéro. Application : Si un lac est pollué par une source inconnue, il est parfois nécessaire d’étudier les « zones d’accepteurs d’électrons », qui sont un véritable traçage de gradient de pollution. En effet, selon l’éloignement de la source polluante, on observe une succession de paliers de pollution différenciés par les micro-organismes présents et pouvant être mesurés par le calcul du potentiel redox dans chacun de ces paliers. Le potentiel redox est fonction des micro-organismes présents ; plus on s’éloigne de la source de pollution, plus on détecte la présence d’accepteurs d’électrons : le potentiel redox augmente en s’éloignant de la source polluante (ou diminue en se rapprochant de la source polluante). – Photo : Milan noir –

Le bassin versant de la vallée de Petchoenea fait 2,35 km². 21 sources sont captées depuis l’origine, assorties de 7 regards. Le débit est de 70 m3/h en tête de bassin et il représente 36% du total des vallées. La température des sources varie entre 12 et 14°2C, le pH est acide, à l’exception de S17, de pH 7,7 qui est peut-être dû à une origine plus profonde de l’eau confirmée par la température de 13°5C et le potentiel Redox négatif, c’est-à-dire une eau réductrice. La vallée d’Ipharrager est la plus petite, avec 0,635 km², mais elle comporte tout de même 16 sources depuis l’origine, sauf le captage S10 réalisé en 1909, et il y a 5 regards. Le débit est estimé à 25 m3/h à l’exhaure, avec une température comprise entre 10°7 et 13°9C. Le pH acide varie entre 5,50 et 6. Enfin la vallée de l’Arquetce est la troisième en taille : 2,21 km². 13 sources y sont exploitées depuis 1926. Le débit probable en tête de vallée est de 15 à 20 m3/h et représente 8% du débit total des vallées. La température des sources varie entre 12° et 12°7C, sauf une à 13°3C. Le pH est moins acide que dans les autres vallées et le potentiel Redox faible. La vallée d’Arquetce s’étend d’Urcuray au Nord au massif de l’Ursuya au Sud. Elle est traversée par plusieurs routes goudronnées et de nombreux chemins. Le haut de la vallée culmine à 678 m et le ruisseau collecteur des eaux du bassin versant arrive à Urcuray à la cote 79 m NGF. Le bassin versant est recouvert en majorité de fougeraies, de bois (pour la partie basse) et de prairies. Quelques parcelles cultivées en céréales se localisent à l’Est. Les habitations (fermes) se concentrent le long des axes routiers. – Photo ci-dessous : Scille lis-jacinthe –

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À l’occasion de la campagne pour les élections municipales et communautaires, la Confédération syndicale des Familles (CSF) interpelle les candidats sur le logement et l’eau. Voici la réponse de BAIONA 2014, liste menée par Jean-Claude Iriart sur Bayonne : “Bayonne est dotée d’une régie municipale directe des eaux depuis 1924, ce qui satisfait en partie notre souhait de gestion directe par la collectivité des services et des outils publics pour la satisfaction de besoins aussi fondamentaux que l’accès à l’eau. Cette régie assure le captage, le transport et le traitement de l’eau potable, ainsi que le service à la clientèle. Nous appelons de nos voeux que la régie actuellement en place devienne une régie intercommunale « ACBA » qui serait alors dotée d’une personnalité morale et à autonomie financière, seule garante du contrôle par les usagers. A Bayonne, l’alimentation en eau est assurée à 40% par les captages d’eau souterraine du massif de l’Ursuya (79 sources et 2 forages situés sur la commune d’Hasparren), et à 60% par le captage d’eau souterraine du Laxia (une source située sur la commune d’Itxassou). Cette alimentation en eau de source limite les besoins d’assainissement mais nous impose de réfléchir à des économies d’eau et des affectations de l’eau potable à des besoins humains. Nous ne pouvons pas constater sans agir que des voitures soient lavées, des jardins arrosés, des WC alimentés avec de l’eau du robinet alors que notre territoire bénéficie d’une pluviométrie permettant la construction de réserves destinés à ces usages domestiques de façon à économiser l’eau de source qui est précieuse. Sur Bayonne, sur l’ACBA comme sur tout le territoire du SCOT, il conviendra d’engager une réflexion sur les économies possibles et les usages domestiques et humains en eau ainsi que les problématiques particulières des golfs et des piscines. La proposition sur la tarification progressive de l’eau est l’une des revendications fortes de notre liste qui préconise le développement de la gratuité. Dans le cadre de l’eau, cela consisterait en une gratuité de l’eau pour les besoins vitaux, financée par une augmentation significative de la tarification pour le mésusage (piscine, lavage de voiture, etc).”

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uP1320924Pour terminer cette rétrospective sur ce réseau d’adduction d’eau de la ville de Bayonne en provenance de l’Ursuya, voici comment il est contrôlé pour se prémunir des fuites. Les 40 employés de la Régie des eaux de Bayonne se consacrent chaque jour à la préservation de la ressource, car l’ensemble des conduites représente une longueur totale de 260 kms, dont 2 à 3 sont remplacés chaque année. Afin d’éviter tout gaspillage, des micros aimantés sont plaqués sur les tuyaux, parfois à plusieurs mètres sous la route, de point en point, et l’inspection du réseau se fait d’abord à l’oreille au moyen d’un casque muni d’écouteurs, puis l’affinage du diagnostic est réalisé à l’aquaphone, à l’écoute au sol. Auparavant, on creusait là où l’eau sortait, mais ce n’était pas forcément le lieu d’origine de la fuite. Ce nouvel équipement évite ainsi de faire des tranchées inutiles ou plus longues que nécessaires, et permet de faire l’économie de travaux très coûteux. – Photo : Anémone sylvie –

Ces considérations montrent à quel point l’opposition villes-campagnes est factice. La pression sur les campagnes est d’autant plus grande que le déséquilibre démographique en faveur des villes s’accroît. En réalité, les activités agricoles sont conditionnées depuis bien longtemps par les citadins qui n’hésitent pas à donner des directives sur les procédés à employer pour obtenir une production plus régulière et plus importante. Cette tendance s’est accrue avec le développement de la chimie minérale au XIXe siècle qui a engendré la production de pesticides minéraux à base de sels de cuivre, de fongicides avec du sulfate de cuivre, de la bouillie bordelaise (mélange de sulfate de cuivre et de chaux) pour protéger la vigne et la pomme de terre. Dès le début du XXe siècle, des sels de mercure sont employés pour le traitement des semences. Marche mondial 2008 chiffres clesL’ère des pesticides de synthèse débute vraiment dans les années 1930, profitant du développement de la chimie organique de synthèse et de la recherche sur les armes chimiques durant la Première Guerre mondiale. Le DDT, commercialisé dès 1943, domine le marché des insecticides jusqu’au début des années 1970. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle se sont développées des recherches sur des gaz de combat est mise au point la famille des organophosphorés qui voit un développement considérable à partir de 1945. Les quantités de pesticides utilisées dans le monde augmentent régulièrement depuis soixante ans. Elles semblent diminuer dans certains pays d’Europe, mais à dose ou poids égal, les matières actives d’aujourd’hui sont généralement beaucoup plus efficaces que celles des décennies précédentes. Les molécules commercialisées évoluent, pour contourner les résistances (des insectes, champignons ou végétaux), pour remplacer des produits interdits en raison de leur toxicité, ou quand des molécules a priori intéressantes viennent en remplacer d’autres. Les pesticides les plus utilisés (en termes de quantité) sont les désherbants. Au niveau mondial, selon une des sources consultées, ce seraient les pays producteurs de riz (Japon, Corée du Sud, etc.) qui consommeraient le plus de pesticides par hectare, quatre fois plus que la moyenne européenne, elle-même supérieure à celle des États-Unis.

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uP1320980Pourtant, dans le même temps, des critiques naissent contre l’agrochimie, mettant en avant les dangers pour la santé humaine ainsi que :

  • L’abandon d’une vision holistique de la Nature (comprise dans sa globalité) et de la croyance en une Nature bienveillante ;
  • Le rejet des pratiques traditionnelles et du rôle prépondérant de l’humus (notamment chez Howard et Fukuoka) ;
  • La dégradation des liens sociaux et des libertés paysannes, à la suite des restructurations du XIXe siècle et du développement des grands groupes agro-industriels (Müller) ;
  • Le développement d’une vision réductionniste du monde et l’instrumentalisation de la nature aux dépens d’une relation plus spirituelle avec celle-ci, et le désenchantement qui accompagne ce rapport au monde (Steiner, Fukuoka) ;
  • L’autorité d’une science agronomique confinée au laboratoire et détachée des réalités du terrain (Howard, Fukuoka) ;
  • La prédominance des intérêts financiers et commerciaux dans la conception des exploitations agricoles et dans les développements technologiques, généralement aux dépens de la fertilité du sol (Howard, Müller, Fukuoka).

Ces craintes sont partiellement prises en compte dans le Grenelle de l’environnement (2007) qui vise une réduction de 50 % des quantités de matière active utilisées, si possible avant 2018. Selon l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes), avec 63 700 tonnes de matière active vendues dans l’année, le marché a chuté de 19 % en volume, en 2009. Les fabricants invoquent les hausses de prix, une moindre pression parasitaire, de bonnes conditions climatiques (dont un printemps froid) ou la chute des revenus des agriculteurs exploitant de grandes cultures. En 2012, le ministre de l’Agriculture officialise la reconnaissance du lien entre une maladie neurodégénératrice (la maladie de Parkinson) et les pesticides chez les agriculteurs. – Photos : Le carabe (une famille dont plusieurs espèces sont en danger de disparition à cause des insecticides) se cache la tête sous une feuille et s’immobilise, pensant ne plus être visible – Ci-dessous : une ancolie –

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uP1320991Enfin, Dieu merci, la nature sauvage n’a pas encore été totalement asservie ou éradiquée. Durant notre promenade, la vallée de Lapeyreren montre son visage le plus enchanteur. Les tendres feuilles encore toutes frippées, aux couleurs de salade fraîche, font éclater les bourgeons des arbres et s’offrent timidement au soleil vif de ce début avril. Le ruisseau gazouille entre les plantes des berges éclaboussées près des cascades. Les oiseaux s’affairent, et Pascal reconnaît quelques espèces à l’oreille, car ils sont petits, vifs et sans cesse en mouvement, impossibles à fixer aux jumelles, et encore moins à l’appareil photo : la fauvette noire, le tarier-pâtre, l’accenteur mouchet, la mésange charbonnière, le troglodyte mignon, le pouillot véloce. Deux oiseaux un peu plus gros, à peu près de la taille de merles, montrent un ventre et une gorge d’un jaune verdâtre, avec des ailes et un dos beige clair. Il n’arrive pas à les trouver sur sa “bible” qu’il a emportée dans son sac à dos. Serait-ce des verdiers ? A moins que ce ne soit des bruants ? Sur Internet, je trouve une photo de Bruant zizi qui se rapproche de l’oiseau que nous avons vu. J’en ai fait une photo, très floue car ils étaient très mobiles, que j’insère ici juste aux fins d’identification. En redescendant, des alouettes nous narguent, semblant toujours à la même distance, comme les grillons en été qui se taisent à notre approche et recommencent à striduler dès que notre pas s’éloigne. Tandis que je les cherche dans les herbes, Pascal regarde en l’air. Une fois, un vol désordonné de petits oiseaux jaillit puis se repose : ce n’est pas ce que nous cherchons. Une autre, un oiseau un peu plus grand s’élève, mais il ne chante pas et il est trop loin pour vraiment l’identifier. En désespoir de cause, Pascal essaie de les faire sortir de leurs cachettes en mettant en marche son enregistreur numérique, mais peine perdue. Il me rappelle le nom du plantain lancéolé, de l’euphorbe aux fausses fleurs vertes, et surtout de la cardamine des prés (à vrai dire, il en fait la photo qu’il envoie à son neveu pour qu’il l’identifie…). Elle attire un unique papillon Aurore, aux ailes scintillantes, orange vif et blanc, toujours pressé. Sitôt posé sur une corolle, il s’envole de nouveau et longe le ruisseau. – Photos : un oiseau à identifier – Ci-dessous : un pré de “mauvaises herbes” (des pissenlits très en retard par rapport à ceux de mon jardin qui sont déjà fanés et ne demandent qu’à ce que leurs graines s’envolent au premier souffle du vent) –

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Dans le ciel, les vautours semblent tous se diriger en un point bien précis. Alors que nous sommes encore assez éloignés, nous les entendons crier, ce qui est plutôt rare, et nous apercevons bientôt un grand groupe agité, posé en haut d’un pré. Il y a sûrement une carcasse à dépecer. Ils se sont tous donnés le mot et sont bien trop nombreux pour cette unique dépouille, invisible sous la masse froufroutante et caquetante des oiseaux énervés. Tout d’un coup, nous voyons de grands battements d’ailes, les ajoncs s’agitent, ils sautent et se disputent au milieu même des buissons piquants. Ils vont se déchirer les plumes ! Pour ne pas les déranger, nous ouvrons un portail et entrons dans un pré. Malgré tout, nombre d’entre eux s’envolent, effarouchés. Ceux qui restent ne se précipitent pas pour autant vers la masse laineuse blanchâtre qui doit être parfaitement évidée de l’intérieur. Il n’y a plus rien à grappiller. Nous sommes tellement bien là, assis au soleil, que nous décidons de manger nous aussi, face à la chaîne pyrénéenne enneigée.

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Eglise d’Urcuray

 

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