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Vivre intensément – Lescun

13 min - temps de lecture moyen
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Digitale

Lescun

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Au gîte de Lescun

Quel plaisir de retrouver Lescun ! Nous reconnaissons chaque virage et redécouvrons les crêtes au fond du cirque avant de rejoindre la chaleur amicale de nos compagnons déjà arrivés au gîte Géorgie dans le village. C’est toujours un peu galère de circuler dans ces ruelles étroites aux contours irréguliers, nous montons pour décharger les bagages et les provisions de quelques jours et repartons nous garer plus bas. J’ai amené mon ordinateur, comme cela, nous pourrons vider la mémoire de l’appareil photo numérique chaque soir et ne serons pas limités par la capacité de sa mémoire. J’affiche en diaporama les photos de notre précédent voyage à Nocito pour ceux qui ne les ont pas vues, puis John nous montre quelques finesses du programme de retouche de photos Photoshop et Richard explique un peu le fonctionnement du programme d’animation Flash.

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Accous, vers le col d’Iseye

Enfin, je retourne à mon texte sur la sphère armillaire que je veux terminer. Nous nous gelons : Jean-Louis, le spécialiste, allume un feu dans la cheminée et Max, prudent, branche également le chauffage central. Bientôt, nous récupérons quelques calories, dont la circulation s’accélère avec un petit verre de sangria dans laquelle nagent des fruits frais, pendant que le repas mijote dans la cuisine à l’américaine.

Le lendemain dimanche, nous formons deux groupes : avec une unanimité touchante, les enfants conviennent de rester au gîte tranquilles, à jouer et revoir dans le village les copains de la dernière fois, et nous, les adultes, partons au col d’Iseye après avoir fait nos recommandations d’usage et laissé les consignes pour le repas, le rangement et la sécurité. Après Accous, nous prenons à droite jusqu’à une altitude de 400 mètres environ, au bout d’un chemin de terre et de cailloux.

Le col d’Iseye

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Lis martagon

Il ne fait pas très chaud pour un mois de juillet, et le ciel est nuageux, c’est la raison pour laquelle nous préférons ne pas aller trop haut afin de ne pas nous retrouver en plein brouillard. Le sentier est raide dès le départ : il serpente d’abord au milieu de buissons de buis odorant, de noisetiers et de genévriers, puis dans un bois de hêtres aux branches étagées. Nous longeons un canyon creusé par un petit torrent. J’observe la paroi opposée aux larges alvéoles rondes creusées dans la roche par l’action des galets au cours des millénaires passés et les strates dénudées aux stries colorées, plissées par la poussée de la plaque africaine il y a des millions d’années, au moment de la formation de la chaîne des Pyrénées. Si j’étais géologue, je pourrais lire dans ce canyon l’histoire de la Terre… Nous grappillons des fraises des bois à peine mûres à cette altitude et surtout des myrtilles délicieusement douces et juteuses. Max et Richard en ont les mains noires à force d’en manger par dizaines en nous attendant !

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Une empreinte d’ours ?

Richard, lors de la classe verte à Peyranère avec ses élèves, a appris que des ours fréquentaient ce col et qu’on pouvait en déceler le passage aux traces de griffes sur les troncs d’arbre. Comme il a plu et que le sol est détrempé, nous croyons reconnaître l’empreinte d’une patte de plantigrade sur notre sentier : il serait donc passé peu de temps auparavant ?! Nous regardons autour de nous et laissons passer Élisabeth devant, dans le doute, pour occuper un moment le fauve pendant que nous fuirons ! Nous ouvrons une barrière et débouchons sur les estives, vallée encaissée couverte de prairies fleuries et parcourue de ruisselets. Des moutons dorment encore dans un enclos près d’une bergerie sur notre droite. Quelques cochons fouinent alentour. Tandis que nous progressons vers le col, très haut entre les crêtes, je guette parmi les rochers épars, espérant découvrir des marmottes. A la place, je distingue, immobiles, trois paires d’oreilles. Affûtant mon regard, je découvre étonnée trois ânes blottis en une masse grise semblable à une roche informe. A l’écart, une tâche blanche attire l’attention de Jean-Louis B. : en voilà un quatrième, il est albinos ! Comme quoi, les ânes aussi sont racistes…

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Une vue sur la vallée d’Aspe

Un autre troupeau s’écoule de la deuxième bergerie située plus en altitude comme une lave blanche qui progresse le long d’une sente invisible, se resserrant en file indienne dans les passages étroits. Puis, après s’être égayé sur un méplat, il disparaît derrière la montagne. Des cris déchirants éclatent dans le vallon, accompagnés des hurlements du berger. Nous sommes le 14 juillet : s’agirait-il du sacrifice d’un porc pour la fête nationale ? Il a une sacrée défense sonore : nous l’entendons protester encore longtemps, pendant que nous progressons en nous retournant de temps à autre pour admirer le paysage. La vallée est moins isolée et plus riante que celle que nous avions découverte l’an passé après le chemin de la mâture vers le col d’Ayous, et nous apercevons dans le lointain le village et la plaine. Max photographie les fleurs les plus remarquables, et nous progressons dans des senteurs humides parfois embaumées d’effluves de serpolet écrasé sous nos semelles épaisses.

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Myrtilles

Richard nous avait “vendu” cette balade en nous disant qu’il s’agissait d’une petite Rhune, à peine 900 mètres de dénivelé. En fait, si nous y ajoutons le petit sommet après le col d’où nous pourrons admirer les vues plongeantes de part et d’autre des vallées d’Aspe et d’Ossau, cela fait bien 1 163 mètres de dénivelé, je le sens dans les jambes (et Élisabeth à son souffle). Nous passons notre temps à enlever puis remettre nos sweatshirts et k-ways en fonction des bourrasques de vent irrégulières et des apparitions fugitives du soleil entre les nuages. Au sommet, je manque de tomber, bousculée par les rafales, et j’apprécie mes deux bâtons qui me stabilisent tandis que j’escalade l’éperon rocheux pour rejoindre le groupe de tête confortablement installé à l’abri du vent au milieu de buissons de rhododendrons ferrugineux. Nous partageons des figues sèches en surveillant la progression d’Élisabeth, encouragée et soutenue moralement par Jean-Louis B., puis les rejoignons au col pour une photo commémorative avant d’entreprendre la longue descente.

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Au col d’Iseye
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Rhododendron

A l’approche de la bergerie, de nouveaux cris de souffrance emplissent l’air et me dérangent profondément. Ce n’est pas possible que ce soit toujours le même cochon que ce matin, on dirait qu’on torture des animaux. Je pense tout d’un coup qu’il s’agit peut-être d’une ânesse qui peine à mettre bas. Comme c’est très isolé ici, peut-être que personne ne peut lui faire de césarienne pour la soulager ? Je souffre rien que d’y penser et tâche d’observer les alentours de la bergerie afin de détecter une agitation. Les moutons sont sortis de l’enclos et ils ont été emmenés sur les hauteurs voisines. Effectivement, en nous rapprochant, nous voyons des silhouettes se déplacer autour d’un cabanon. C’est bien un cochon qui hurle et se défend, et les gens équipés de longs bâtons le dirigent avec prudence tandis qu’il tâche de s’esquiver. Il semblerait que les animaux soient pris les uns après les autres pour leur faire je ne sais quoi, puis relâchés à l’extérieur de l’enceinte. Jean-Louis B. suggère qu’il s’agit d’une opération de castration des porcs. En tout cas, ils n’apprécient pas le traitement qu’on leur inflige et protestent bruyamment. – Le 1er janvier 2022 sera promulguée l’interdiction en France de la castration à vif des porcelets. – Près de notre voiture est garée une bétaillère : il y a donc bien un spécialiste qui est venu aider le berger à s’occuper des porcs. Nous faisons halte à Accous pour nous renseigner une nouvelle fois sur la possibilité d’effectuer un baptême de parapente avec des moniteurs en binôme et prenons rendez-vous pour le lendemain matin de bonne heure : les enfants seront contents, ils attendent cela avec impatience et m’avaient déjà interrogée pour savoir comment cela se passerait.

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Rosier des Alpes

El monasterio de San Juan de la Peña

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El monasterio de San Juan de la Peña, coupole

Malheureusement, à 7 heures et demie du matin, il pluvine et le temps est très couvert. Je laisse un message sur le répondeur de l’association de parapente Abélio pour avertir que nous ne viendrons pas et nous décidons de passer le col du Somport pour aller chercher le soleil en Aragon de l’autre côté des Pyrénées. Richard a envie de voir “los Mallos de los Riglos”.

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Un monastère troglodyte

Cela ne rate pas, peu après la frontière, le ciel s’éclaircit à l’horizon, et les nuages s’effilochent, chassés par un vent violent (et pas si chaud que ça). Nous n’avons pas de carte d’Espagne et descendons sur Jaca, où j’aperçois le panneau “San Juan de la Peña” qui me rappelle de bons souvenirs. L’an dernier, nous étions passés devant le monastère à moitié troglodyte du XIe siècle, mais il était trop tard pour le visiter. Il me semble qu’il est sur la route des Riglos, et je propose de suivre cette direction. Je n’avais pas pensé aux virages : la route de montagne est très sinueuse, Élisabeth et Richard ne se sentent pas bien.

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Art roman

Les visites étant à l’heure espagnole, nous décidons de retarder notre pique-nique et empruntons un sentier au milieu d’un bois de pins qui fleure bon le soleil et la résine. Des cigales cachées dans les branches cymbalisent vaillamment, nous donnant l’impression d’être sur les rives de la Méditerranée. Je propose à trois Français de se joindre à nous pour atteindre le nombre fatidique de 20 qui permet de bénéficier d’un tarif de groupe. Carolina, une mignonne guide espagnole qui a étudié à l’école de tourisme d’Oloron, nous initie à l’histoire navarro-aragonaise, elle nous apprend à distinguer l’architecture mozarabe de l’art roman et nous fait apprécier les quelques rares vestiges rescapés d’incendies et de destructions successifs. Elle sait mettre en valeur le patrimoine de l’ancien monastère et nous communique son enthousiasme pour ces époques révolues de ferveur religieuse.

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Le monastère du XVIIe siècle désaffecté

Nous partageons nos victuailles sur une aire de pique-nique située non loin du “nouveau” monastère du XVIIe siècle, construit au sommet de la montagne pour plus de commodité (la falaise incurvée maintenait une humidité propice aux rhumatismes) à une époque où l’insécurité n’était plus le problème majeur. Cependant, les moines n’avaient pas prévu que toutes les richesses amassées grâce aux dotations des fidèles seraient confisquées au bénéfice de l’état espagnol. Privé de toutes ressources, le monastère s’est effondré et seule l’église est restaurée à l’heure actuelle. Une dizaine de moines résident encore dans une dépendance, deux ou trois d’entre eux étant affectés à l’ancien monastère.

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Los Mallos de los Riglos

Los Mallos de los Riglos

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Vautour percnoptère

Richard est décidément mal en point et déçu de ce temps maussade. Il repart au gîte avec ses enfants tandis que nous nous dirigeons vers los Mallos de los Riglos. Nous ne regrettons pas : le site est petit mais superbe. Les roches aux couleurs chaudes s’élèvent vers le ciel, masses imposantes autour desquelles planent les percnoptères, vautours bicolores à la tête jaune et la queue largement étalée, et les corneilles noires et criardes. Le petit village de los Riglos est blotti à leur pied, un peu délabré, plusieurs maisons étant consacrées à l’hébergement des marcheurs et grimpeurs. J’y aurais bien vu des balcons fleuris et des pots de fleurs au pied des façades blanches ou ocres, comme au Périgord. Dommage que les habitants n’en aient pas le goût. Avec un cadre de vie pareil, ils auraient dû mettre leur village à l’unisson. Je pense que, là encore, la population vieillit et l’attrait de la ville (et du travail) vide les maisons. La rivière en contrebas dévale avec énergie, offrant des rapides attrayants pour les adeptes du rafting. Il n’y a pas grand monde, et nous nous garons sans problème dans le petit parking de terre à l’entrée du village.

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Vautour percnoptère planant le long de los Mallos de los Riglos

Le vent s’est atténué et, en cette fin d’après-midi, le soleil commence réellement à percer. Nous avons presque chaud et laissons pulls et coupe-vent dans les voitures. Des Français rentrent de balade : ils ont marché toute la journée autour de la montagne rouge, un chouette circuit avec une bonne montée et une vue panoramique au sommet. Cela nous donne envie de revenir une autre fois, plus tôt, pour en faire autant. Étant donné l’heure, nous nous contentons de gagner le pied de la montagne et nous nous séparons. Un groupe la longe un peu vers le haut et redescend pour tenter une escalade, assuré par la corde de Max. Quant à moi, j’explore une des anfractuosités à la base, puis contourne un pan de montagne et m’assieds à l’ombre d’un romarin pour observer les vautours percnoptères qui planent majestueusement. A la jumelle, je suis leurs évolutions et garde l’appareil photo branché, dans l’éventualité où l’un d’entre eux me survolerait suffisamment bas pour que je puisse le prendre en photo : ce n’est pas gagné. Avec le vent qu’il y a et la forme du relief, les ascendances sont fortes et régulières et ils volent à une grande hauteur, parcourant de grandes distances sans un battement d’aile.

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Taches blanches aux emplacements des nids de vautour

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