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Vivre intensément – Parapente et Ossau

22 min - temps de lecture moyen
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Prêt à s’envoler

Parapente

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Un milan royal plane au-dessus du pré qui vient d’être fauché.
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La piste d’atterrissage

Nous ne devons pas trop lambiner : pour faire déjeuner 19 personnes en peu de temps, il faut de l’organisation, car nous voulons être ponctuels à notre rendez-vous à Accous. Depuis le temps que je rêvais de voler à côté des vautours, il ne s’agit pas de rater le coche. Les enfants sont impatients aussi. Nous avons de la chance, la vue est dégagée, l’air calme, les conditions sont réunies pour une découverte agréable et sans risque d’un sport qui n’en est pas totalement dépourvu (bien que le parapente soit plus sûr, à ce qu’on dit, que le delta plane).

Il y a déjà du monde sur la piste d’atterrissage (un simple pré). Des voitures sont garées en bordure de la clôture, un petit stand tenu par une Anglaise distribue sandwichs, boissons et glaces, qui sont consommés à deux tables de bois ombragées par des parasols. Des balançoires et deux cages de foot permettent aux enfants de patienter dans un pré voisin en toute sécurité. Des parapentes conduits en solitaires atterrissent, des gens s’agitent autour, supporters, compagnons de vol ou moniteurs. Nous patientons un moment, ne sachant à qui nous adresser. Enfin, un homme s’avance vers nous. Le problème, c’est que nous sommes une dizaine, et que nous nous ajoutons au programme de l’après-midi.

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Le moniteur avec les plus jeunes, Anna, Sammy et Jonathan.
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Cathy cherche par où enfiler le harnais-siège.

En outre, les plus jeunes, très légers, ne doivent passer en principe que le matin de très bonne heure ou, à la rigueur, et si les conditions météorologiques le permettent, après 5 heures du soir. Nous volons avec des parapentes bi-places, ce qui signifie qu’ils ont une taille supérieure aux monoplaces, donc plus de portance, et qu’il faut atteindre un poids suffisant pour descendre. Avec les poids-plume, il est nécessaire de voler avec une quasi-absence de vent, sinon ils resteront en l’air indéfiniment. L’autre raison, c’est qu’il n’est pas question de courir un seul risque avec des tout-jeunes, ni de les effrayer, ce n’est pas le but, donc un air très calme est recommandé. Nous comprenons, mais cela signifie qu’ils vont devoir beaucoup attendre, avec l’éventualité de ne passer que le lendemain matin si le vent tourne. Dur-dur ! Ils comprennent et acceptent : ils sont prêts à toutes les patiences pour s’initier à ce sport de rêve.

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Richard attend le top départ.
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Les enfants accourent à l’arrivée de Richard pour recueillir ses impressions.
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Départ de Cédric

Richard veut être le premier, Cédric monte avec lui dans la voiture du chauffeur qui les conduit avec les moniteurs et le matériel au sommet de la colline, invisible d’ici, à une demi-heure environ de route. J-L et moi nous précipitons dans notre voiture avec deux appareils photos, le numérique et le mien, et les suivons. La route est étroite, le chauffeur, habitué, va très vite et nous avons du mal à les suivre. En outre, nous faisons halte dans la côte pour prendre un parapentiste qui fait du stop et souhaite être emmené au même point d’envol. Il nous explique qu’ils ne vont pas sauter immédiatement, le parapente doit être préalablement mis en place, nous aurons le temps de les voir partir. La route se transforme en piste, creusée de rigoles transversales pour éviter le ravinement par les eaux pluviales, bonjour les suspensions !

Nous aboutissons dans un champ qu’occupaient visiblement des vaches récemment. C’est un sommet arrondi et débonnaire, pas de falaise ni de pente vertigineuse. Richard et Cédric finissent d’ajuster leur harnais qui leur servira de siège, le moniteur étale consciencieusement la toile et vérifie l’ordonnancement des câbles qui ne doivent pas être emmêlés, fixe le parapente à son harnais qu’il attache à celui de Cédric. Quelques consignes simples : il faut courir jusqu’au bout, jusqu’à ce que les pieds pédalent dans le vide, tenir le harnais au niveau des clavicules un moment, pour ne pas avoir la poitrine comprimée au moment du départ et pour pouvoir imprimer une traction au parapente afin qu’il s’élève, et se pencher légèrement en avant. Tu n’as pas peur ? Bon, c’est parti !

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Jean-Louis se prépare.
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Cédric court déjà dans le vide.

En un rien de temps, Richard s’en va et Cédric le rejoint un instant plus tard dans les airs. Les deux parapentes s’éloignent de nous à toute vitesse pendant que nous entendons Richard pousser un Hourra! de plaisir et Cédric un You-Ou!. Cela n’a vraiment pas l’air très sorcier ni très impressionnant. Ils évoluent vers l’avant, tournent et virent et, au moment de l’atterrissage, disparaissent à notre vue, cachés par une colline basse. Nous attendons que les moniteurs nous rejoignent avec Mikel et John qui prendront notre suite. Dans l’intervalle, d’autres parapentistes démarrent, en solitaires. Le parapente est fait de plusieurs toiles cousues ensemble de façon assez technique, elles sont très fines, en une sorte de nylon recouvert sur la partie supérieure d’un enduit imperméabilisant. Les câbles sont de deux diamètres différents mais paraissent individuellement très fragiles, même si l’ensemble peut supporter un poids de 200 kg, je crois (peut-être davantage pour un bi-place).

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Max fonce vers le vide.
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Adieu !

Ce qui est le plus étonnant, c’est qu’au départ, on ne tombe pas, comme on pourrait s’y attendre, mais on s’élève : c’est vraiment très différent de la sensation que l’on doit éprouver en parachute (que Richard et Eric ont pratiqué au service militaire). Je dirais même, sans exagérer, que cet envol donne une impression de liberté extraordinaire, d’autant que seuls deux à trois pas suffisent pour élever toute cette toile à la verticale au-dessus de nos têtes, et qu’il faut simplement un peu de force, de poids (et de technique) pour ne pas se laisser entraîner pendant ce court laps de temps intermédiaire en arrière (tant que le parapente n’est pas encore bien positionné et qu’il s’est légèrement élevé au-dessus du sol où il gisait, aplati). Cet instant crucial, j’en prends conscience en voyant des parapentistes moins expérimentés démarrer, dépend énormément pour sa réussite des conditions atmosphériques : une rafale de vent dans un sens ou dans l’autre, et c’est le risque de se voir rabattu ou emporté de façon incorrecte. Pour la plupart d’entre nous, pas de problème, le temps était calme et nous nous sommes envolés sans encombre. Par contre, Eric a vu quelqu’un avant lui qui a couru quelques mètres sans pouvoir s’envoler et a dû rabattre sa voile in extremis et remonter la pente. Eric a dû également attendre un moment que le vent se calme.

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Observation des autres parapentistes
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Jonathan D. très concentré.
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Jonathan prêt à recueillir les impressions d’Anna.

Ensuite, une fois dans les airs, lorsque nous sentons un vent fort sur notre visage, le moniteur nous dit de nous asseoir bien au fond sur le siège (il fait partie intégrante du harnais qui nous soutient et constitue une sorte de sac à dos volumineux mais très léger) : il est d’un confort extrême et enveloppe presque tout le corps (sauf les jambes et les bras) d’une coque douce et ferme à la fois. J’ai la chance de m’envoler juste au moment où un couple de vautours percnoptères plane au-dessus de la colline. Le moniteur m’explique comment les différencier des vautours fauves, plus solitaires ou qui volent en troupe. Nous retournons vers la colline pour mieux les voir. Le parapente obéit aux injonctions des manettes avec une grande finesse. Cela semble très facile et je demande à essayer.

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En bas, il y a de l’ambiance !
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A vos marques, prêt, …
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… Partez !!!

Lorsque nous sommes suffisamment éloignés du relief et que nous planons au-dessus de la vallée, il me laisse les commandes. Pour s’arrêter, il faut tirer ensemble les deux manettes vers le bas : la voile s’incurve, prend moins d’air, nous perdons un peu d’altitude et n’avançons plus (pour le voir, il faut prendre des repères en bas, sur le sol), et l’air ne fouette plus la peau du visage. Pour tourner vers la droite, je tire vers le bas la manette de droite et relève celle de gauche, en douceur ; vers la gauche, c’est la manœuvre inverse : ce sont des mouvements simples et naturels. Les moniteurs expliquent aux hommes un détail supplémentaire : pour éviter de perdre de l’altitude en virant, plutôt que de trop tirer sur les manettes, il est préférable d’aider le mouvement en se penchant, comme sur une moto, afin de continuer à profiter des mouvements ascendants et ne pas trop incurver la toile. Les enfants ne s’embarrassent pas de tous ces détails, ce qu’ils veulent, c’est de la vitesse et du mouvement : Jonathan demande au moniteur de le faire descendre en spirale, préférant “faire des 360” que de voler longtemps.

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Suspendu au ciel
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Vérifier toutes les attaches…
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Cathy décolle.
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Planer avec les vautours…

En milieu d’après-midi, le vent s’est levé. Le moniteur doit s’occuper de jeunes qui effectuent un stage et il va avec Max au-dessus de la forêt qui recouvre la montagne voisine pour vérifier les conditions atmosphériques. Malheureuse initiative : le pauvre Max en a l’estomac tout barbouillé et profitera moins de son séjour dans les airs que nous. Je pense que le passage entre les deux montagnes et la présence des arbres créent des perturbations, des mouvements de l’air courts ascendants ou descendants qui malmènent les intérieurs. Pourtant c’est là que plane très longtemps tout un groupe de parapentistes. Ils évoluent sous le contrôle du moniteur au sol qui communique avec eux par radio. L’un d’entre eux n’arrive pas à maîtriser son parapente, il se rapproche trop de la montagne et se scratche entre les arbres : il s’en sortira avec des égratignures et un corps maculé de boue ! D’autres ne parviennent pas à sortir de cet espace et, au lieu d’atterrir dans notre champ, se posent à “l’hôpital”, un champ voisin de la route. Ils devront être récupérés en voiture par le moniteur ! En fin d’après-midi, nous voyons évoluer un parapentiste super-équipé, avec un fourreau pour garder ses jambes à l’horizontale et une barre de manœuvre au lieu des manettes habituelles. Il se dirige vers notre prairie mais il descend trop vite, manœuvre mal et atterrit en catastrophe et fort brutalement à quelques centaines de mètres de nous. Nous craignons qu’il ne soit sur la route, mais non, il se trouve tout près de la clôture barbelée dans un champ voisin. Quel manche !

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Cédric atterrit presque sur le parapente de Richard.
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Eric photographie pendant son vol.
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Gare à ne pas tomber dans la station d’épuration !

En ce qui concerne mon atterrissage, je demande au moniteur qu’il se fasse en douceur. Ma seule appréhension dans cette histoire était de me refaire une entorse. Richard demande la même chose à son accompagnateur. Résultat, il atterrira carrément assis, tandis que moi, je me pose comme une fleur, sans une secousse. Il suffisait de demander ! Anna et Sammy lèveront leurs jambes à l’horizontale pour laisser leur guide faire tout le travail, et Jonathan s’étalera de tout son long, entraîné par son élan…

C’est l’heure du stage. Les moniteurs doivent s’absenter et reviendront plus tard pour s’occuper de la jeune classe. Nous sommes désolés de devoir tant attendre (ils ne m’ont pas expliqué ces contraintes lorsque je les ai appelés pour la réservation) et il reste encore un adulte à passer. C’est Eric, qui va faire finalement l’objet de l’envie générale car il volera avec un membre du club non moniteur qui lui fait faire un grand tour de la vallée pendant près d’une demi-heure (nous, c’était un quart d’heure – vingt minutes) tandis qu’il mitraille avec son appareil photo et ne demande même pas à piloter.

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Jonathan et Anna rejoignent Cédric à son atterrissage.
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A gauche ou à droite ?
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Non, pas en face !

Finalement, les enfants passent tous en fin d’après-midi, même Sammy, ultra-léger, par autorisation spéciale (il n’y a vraiment plus de vent). Depuis le sol, nous entendons hurler de joie les filles tant elles sont surexcitées : Anna et Manon nous hèlent du plus loin qu’elles nous voient pour que nous admirions leurs évolutions. Chacun raconte ses impressions à l’arrivée. Tous (à part Max) sont enthousiastes et prêts à recommencer. A la question “Avec ou sans moniteur ?”, les avis sont cependant partagés, les jeunes (et moi-même) ont envie d’un véritable apprentissage pour arriver à l’autonomie tandis que Richard et J-L montrent clairement leur désir de la sécurité du vol accompagné.

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Enfin c’est notre tour !
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Les héros du jour.

Pic du Midi d’Ossau

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Cédric
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Mikel

Suivant une suggestion de J-L, Richard est passé à la Maison de la Montagne réserver un guide pour faire l’ascension du Pic du Midi d’Ossau. Heure du rendez-vous en bas, à Bedous (à 10 min de Lescun) : 5 h 30 du matin ! Cela signifie un lever à 5 heures moins le quart, J-L se le fait répéter 3 fois, tant il n’en croit pas ses oreilles ! Il est vrai que nous devons sortir de la vallée d’Aspe, passer par le col de Marie-Blanque puis remonter totalement la vallée d’Ossau jusqu’au col du Pourtalet, c’est un trajet d’une durée d’une heure et demie en voiture.

Nous voilà à pied d’œuvre : le soleil se lève à peine, il effleure de ses rayons les cimes tandis que les cloches de troupeaux innombrables, brebis, vaches et chevaux, résonnent dans l’air glacé du petit matin. Il est 7 heures. Jean-Baptiste, notre guide, plutôt spécialisé dans l’escalade, marche d’un pas long et régulier, d’une lenteur trompeuse, dont le rythme ne change pas quelle que soit la déclivité. A part moi, tout le monde semble s’en accommoder. Eric fait même du rab’, traînant derrière pour prendre des photos du paysage et des iris superbes fraîchement éclos, puis courant à l’avant pour saisir le groupe en plein effort dans la montée.

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Parfaitement frigorifiés !
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Le guide
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Le soleil se lève à peine.

Nous croisons de nombreux marcheurs, 7 heures, c’est sans doute l’heure normale pour les grands randonneurs. Nous avons rapidement chaud et nous nous découvrons progressivement. Bientôt nous dominons les estives et les sonnailles s’estompent. Nous passons côté soleil, où un berger trait des brebis sous un abri sommaire de tôle tandis que les autres, le pis gonflé, attendent d’être soulagées en se bousculant sous l’oeil attentif du chien noir. Que pense cet homme de randonneurs tels que nous, qui marchons pour le plaisir et non une nécessité alimentaire ? Il ne jette pas un regard derrière lui et poursuit sa tâche quotidienne.

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De nombreuses petites sources
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Abri pour la traite des brebis

De la montagne sourdent de multiples sources, abreuvant une végétation minuscule et précieuse. Dans la pureté de l’air une cascade de quelques centimètres chante la vie qui s’écoule. Eric essaie d’en capter la musique, souvenir fugace d’instants inénarrables. Au détour du chemin, le Pic du Midi d’Ossau se dresse, ses aspérités paraissent plus aiguës et le névé dans la combe plus gelé sous cette lumière crue. Dieu merci, nous n’allons pas l’affronter de face, mais le contourner pour prendre la “voie normale”, bien assez raide pour nous.

Chemin faisant, nous observons un petit groupe d’isards qui paissent paisiblement, habitués aux promeneurs mais demeurant à distance respectable. Dans les eaux du lac de Pombie tout proche se mire le pic, ébloui par sa propre majesté. Nous faisons halte au refuge du même nom qui héberge des randonneurs, puis nous nous engageons sur un lit de roches éboulées. Il faut être attentif, les cassures sont vives, la stabilité incertaine, et nous sommes soulagés lorsque le sentier se reforme plus loin.

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Isards
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Lac de Pombie
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La masse énorme du pic

Nous sommes enfin à la base de la voie normale. Le regard plonge sur l’autre versant du pic. C’est maintenant que les choses vont se corser. Ce n’est pas la différence de dénivelé par rapport au Pic d’Anie qui fait la difficulté de l’Ossau (1091 m par rapport à 1054 m depuis le refuge de l’Aberouat), mais plutôt la forme de la pente : nous venons de faire une longue marche d’approche de plus de 3 heures, et à partir de maintenant, il y aura une grande partie d’escalade ou de marche sur un flanc très raide de 400 mètres de dénivelé environ. L’altitude aussi n’est pas sensiblement supérieure (2885 m pour 2504 m), mais l’important effort fourni met à rude épreuve les capacités de notre coeur et de nos muscles. En dernier lieu, c’est peut-être la conscience du danger permanent qui nous stresse un peu et nous oblige à une attention constante. Nous ne serons encordés dans la montée qu’à trois reprises, aux passages des “cheminées”, mais le reste du temps, un pied qui dérape sur les gravillons, une roche qui bascule et fait trébucher le marcheur (ou tombe sur ceux d’en-dessous), et ce peut être l’accident grave, car le précipice est vertigineux.

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C’est maintenant que ça se corse.
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Passage d’un éboulis de pierres
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Cédric dans les pas du guide

Étonnamment, vu de la base, le rocher ne paraît pas sa hauteur car sa masse énorme écrase les proportions : nous aurions dit 100 mètres de grimpette. Eh bien, non! Ceux sont bien 400 mètres que nous escaladerons en presque 3 heures qui n’en finissent pas car nous avons faim (plus qu’une Tour Eiffel, en moins élancé). Encore une petite demi-heure jusque là, dit le guide, et une autre jusque là… Grimper avec son déjeuner sur le dos, inaccessible car nous n’y aurons droit qu’au sommet, c’est inhumain. Le guide monte toujours de son pas régulier, mains dans les poches, sifflotant ou chantant, la voix calme. L’Ossau ne présente pas de difficultés particulières, dit-il, c’est juste qu’il faut “mettre un peu les mains”.

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Au milieu de la paroi, deux hommes font de la varappe.
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Pour le passage des cheminées, nous sommes assurés par une corde.
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Il y a même un piton métallique pour s’accrocher.

Voilà l’heure de vérité : nous sommes devant la première cheminée. Il s’agit d’un passage en creux, une fente verticale aux parois suffisamment rapprochées pour que nous puissions trouver des prises, jambes et bras écartés, de part et d’autre de l’interstice. La théorie, c’est qu’il faut se soulever en appui sur les pieds plutôt que de se hisser par la force des bras, et qu’il ne faut pas céder à la tentation de s’insérer vers le fond où le pied risque de se coincer et où nous n’aurons pas assez de prise pour nous en dégager. La pratique, c’est qu’on fait comme on peut, et même qu’il faut tout pour grimper (la tête, les épaules, les genoux, et même les fesses…). Évidemment, c’est moins élégant que l’ascension souple et rapide du guide : un, deux, trois, hop! il a disparu derrière l’escarpement pour fixer la corde. Vous pouvez y aller ! Nous sommes encordés tellement court que les pieds de l’un frôlent le visage du suivant et que nous devons nous attendre mutuellement, liés au même sort, lorsque l’un d’entre nous tarde à trouver une prise. Eric, juste devant moi, me tire galamment lorsque ma petite taille et mon manque de souplesse me mettent en difficulté. Au fur et à mesure, nous débouchons sur un méplat, le guide nous décroche et nous envoie un peu plus haut nous reposer. Nous soufflons un peu sur les roches inégales et les herbes piquantes. – Ce sont des graminées appelées Gispet, Festuca eskia, une plante endémique des Pyrénées. – Et d’une ! Restent deux !

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Il a eu moins de peine à arriver jusque là !

aDSC02326 aDSC02319Nous grignotons une pomme ou un quartier d’orange, buvons un peu, et c’est reparti ! La marche est lente car l’effort est rude. Nous ne sommes pas seuls, loin de là, c’est même un endroit très couru. Des gens nous dépassent, plus rapides car plus expérimentés ou en plus petit groupe. A deux ou trois, cela va plus vite, et si on n’a pas besoin d’être encordé, c’est encore ça de gagné sur le temps d’ascension. Peu importe, quels que soient le temps et la manière, c’est déjà bien d’y être ! Nous trouvons agréable d’être guidés. Il y a bien quelques cairns, mais la voie n’est pas toujours très évidente. Les passages au milieu d’éboulis alternent avec un sentier de gravillons glissants, puis ce sont des roches où mains et pieds adhèrent très bien mais qu’il faut escalader à quatre pattes. Rares sont les passages où l’on avance tranquillement, mis à part Eric, vraiment très à l’aise partout, qui feint l’effort pour la photo. Il y a deux autres cheminées, plus difficiles que la première, où des pitons de fer ont été enfoncés dans la roche aux endroits stratégiques.

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aDSC02303aDSC02301Nous avons l’impression d’être presque au sommet : la pente s’adoucit et s’arrondit. Fausse alerte, il y en a encore pour une demi-heure. La fin est vraiment impressionnante : fatiguée comme je suis, avec les jambes qui flageolent et la tête qui tourne un peu, j’avance presque en rampant sur l’arête vive qui mène au sommet, bordée de précipice de part et d’autre. Enfin, c’est gagné ! La vue est formidable avec ce temps clair : nous voyons distinctement tous les pics que nous nomme le guide, ainsi que les sept lacs dispersés dans cette vallée superbe.

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Encore pas mal de névés qui persistent en été.
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Au sommet !
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Cathy aussi…

Je ne figure pas sur la première photo parce qu’il me faut un petit temps de récupération indispensable pour entamer la descente dans de bonnes conditions. Mis à part cette faiblesse toute féminine, je suis aussi fière qu’eux d’être arrivée là. Néanmoins, pour plus de sécurité, comme je suis vraiment très fatiguée, je demande au guide d’être encordée pour la descente. Cédric se moque de sa mère et dit que je suis “en laisse”. Je m’en fiche, je préfère ça plutôt que de risquer une chute si je me trouve mal ou que mes jambes se dérobent sous moi… Il faut ajouter un détail, c’est que nous ne descendons pas face à la paroi, mais face à la pente, il ne faut pas avoir froid aux yeux. Dans les cheminées, seuls Cédric, Mikel et Jean-Louis s’encordent avec moi, Max, Eric et John dédaignent cette béquille. Finalement, plus nous descendons et mieux je me porte, je retrouve bientôt mon indépendance de mouvement et j’avance tranquillement avec le guide tandis que les autres progressent à un rythme plus soutenu. Nous les retrouvons au bord du lac de Pombie, les pieds dans l’eau, en train de jeter des miettes aux petits poissons affamés. La fin de la randonnée n’est qu’une formalité. Nous sommes à 6 heures du soir de retour à la fourgonnette du guide qui nous ramènera dare-dare à Bedous : quelle journée !

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Les jambes un peu flageolantes pour le début de la descente.
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Descente des cheminées face à la pente !

Richard

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