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Vivre intensément – Mâture et Anie

14 min - temps de lecture moyen
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Le chemin de la mâture (vallée d’Aspe)

Le chemin de la mâture

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Hôpital des pèlerins de St Jacques de Compostelle, Borce.

Le temps ne s’améliore pas : Lescun est en plein dans les nuages. Richard, Max et Eric partent faire les courses à Oloron tandis que nous nous reposons de notre excursion aragonaise. Les enfants font la grasse matinée et les adultes lisent, jouent au Master Mind ou font la cuisine. Quant à moi, je suis à mon ordinateur et j’écris. Dans l’après-midi, nous partons en petit comité à Borce pour visiter l’hôpital des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle nouvellement restauré. Il s’agit d’une ancienne petite chapelle à laquelle est accoté un bâtiment servant encore de gîte pour les pèlerins actuels. L’intérieur, très dépouillé, comporte des panneaux explicatifs suspendus aux murs que l’on peut parcourir en écoutant des chants grégoriens. L’enregistrement commence par le son d’une cloche auquel se superposent progressivement les chants, comme si les pèlerins étaient en train d’arriver de très loin. On s’y croirait, et d’ailleurs nous pensons un moment qu’un office se déroule dans les environs. Puis les chants prennent du volume et nous réalisons qu’ils émanent de hauts-parleurs invisibles. Ils sont très prenants et je resterais bien plus longtemps ici, tant je suis saisie par la magie de l’ambiance de ferveur recréée pour nous. Le sol, pavé de galets de rivière harmonieusement disposés, s’ouvre à un endroit pour laisser voir les restes du moule qui a permis de fabriquer la cloche de bronze.

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Sur le chemin de la mâture

Ensuite, comme Jeannot et Christine ne le connaissent pas, nous nous promenons de nouveau sur le chemin de la mâture, toujours aussi spectaculaire, en amont du village en direction du col du Somport. Max et Eric traînent derrière, car ils repèrent à l’aide de leur “bréviaire” les voies d’escalade dont les noms gravés dans la roche sont évocateurs comme par exemple “Astérix et péryl”. Jean-Louis B. progresse lentement et vérifie de temps à autre en y passant la main la présence rassurante de la muraille de roche grise à sa gauche pour ne pas se laisser entraîner dans le vide vertigineux dont émane le grondement du torrent qui dévale très loin en contrebas. Nous sommes au-dessous du plafond nuageux qui enfouit Lescun dans son opacité cotonneuse et le ciel se déchire par moment pour laisser passer quelques rayons de soleil. Richard répète, comme une antienne : “Demain, s’il fait beau, nous irons tous au pic d’Anie !”.

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Fort du Portalet, Etsaut

Pendant que nous effectuons ces deux petites excursions, Jean-Louis fait un footing avec les trois ados, John, Mikel et Cédric. Ils se perdent un peu et courent au total deux heures (un peu plus pour J-L, un peu moins pour les jeunes) et accourent à notre rencontre pour nous dire qu’ils ont fait 20 kilomètres ! Nous sommes incrédules, d’autant qu’ils sont tous douchés et paraissent frais comme des gardons. Nous songeons à une supercherie, ou, au moins, à une large surévaluation de l’exploit (car il ne s’agit pas d’un parcours sur du plat, mais tout en montées et descentes et J-L n’a jamais parcouru pareille distance puisqu’il s’était inscrit au demi-marathon de Béhobie-Saint Sébastien et n’avait pu le faire à cause d’une déchirure musculaire). Max et Eric prennent la carte et tâchent de retrouver leur itinéraire pour l’évaluer : étude faite, il semblerait que ce ne soit “qu’une douzaine” de kilomètres (ce qui n’est déjà pas si mal). En tout cas, John aura dépassé ses capacités car il a trop mal aux genoux le lendemain pour participer à la balade et restera seul à garder le gîte.

Le mage

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Richard fait le mage.

Pendant les courses du matin, Richard a eu l’idée d’une animation pour la veillée. Sitôt avalé le dîner, nous poussons tous les meubles pour ménager un vaste espace, scène au centre de laquelle Richard, “le mage”, se place, avec son assistant Eric, derrière une table basse. Ce dernier nous a préalablement distribué des petits rectangles de papier sur lesquels nous avons dû inscrire “en majuscules et très distinctement” des noms de pays pendant que le mage se concentrait hors de la pièce. Nous les avons soigneusement pliés, il les a récupérés et maintenant, le mage doit, par télépathie, deviner leur contenu.

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Le mage se concentre, tandis qu’Eric tire un nouveau papier.

L’ambiance est électrique et la mise en scène parfaite. Petits et grands, dubitatifs, examinent suspicieusement tous les faits et gestes des deux protagonistes, tâchant de détecter la supercherie. Les questions fusent et les deux animateurs réfutent une à une les hypothèses émises : “C’est la lumière derrière ! On voit le texte par transparence ! Ce sont les gestes d’Eric, il y a un code entre eux quand il tend les papiers pliés vers Richard avec insistance, et qu’il avance le pied ! Du morse peut-être ? Montrez les papiers qui sont sur la table, ce ne sont pas les mêmes ! …”

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Encore une fois, le mage a deviné le nom !

Rien n’y fait, personne ne devine, même Jean-Louis qui s’est avancé tout près d’eux à l’angle de la cheminée pour mieux les surveiller. Chacun écoute, médusé, les réponses (presque) toutes justes du mage qui fait un cinéma pas possible pour montrer les difficultés à se concentrer : il joint les mains en une invocation muette aux esprits, saisit sa tête entre les mains et la secoue d’un air torturé, se penche en avant en se balançant puis tend les bras vers le ciel, soudain inspiré, tandis qu’il dévoile les réponses progressivement, pour faire durer le plaisir et laisser planer le doute sur la solution finale : “Je vois un pays situé très loin, sur le continent sud-américain, immense, très chaud, on y danse la samba, c’est… LE BRÉSIL !” Il se tourne vers l’assistance et demande : “Quelqu’un a-t-il bien marqué le Brésil sur sa petite feuille de papier ? Qui est-ce ? Qu’il lève la main !” Et, l’un après l’autre, nous confirmons la justesse de ses réponses – sauf Jean-Louis qui a écrit Zimbabwe avec une mauvaise orthographe et une calligraphie tellement tourmentée que le mage s’est trompé -.

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Invocation du ciel…
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Jean-Louis aimerait bien comprendre.

Comme personne n’a trouvé le “truc”, nous recommençons avec des noms d’animaux cette fois, mais rien n’y fait, leur spectacle est très bien préparé et nous devons nous coucher, l’esprit empli de doute. Les enfants discutent ferme entre eux, échangeant leurs hypothèses, et les adultes en font autant. Chacun se tourne vers Richard, imperturbable et goguenard, puis, en désespoir de cause vers Eric, jugé le maillon faible, mais ils nous laissent “mariner” et nous promettent de nous donner la solution le lendemain. Il faut donc dormir, et nous retrouvons nos lits. Sammy monte au dernier étage, suivi de près par sa sœur Anna, et se précipite vers son père : “Papa, je n’ai pas trouvé, mais je fais semblant de savoir !” Anna essaie de faire du charme à son père pour être la seule à détenir la solution. Enfin, tout le monde finit par se coucher et se calmer…

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L’assistance saisie au vif par Max.

Pic d’Anie

aDSC02833 aDSC02836Richard veut retourner au pic d’Anie depuis des mois, puisque nous avons manqué de chance et n’avons eu aucune vue depuis le sommet la dernière fois que nous en avons fait l’ascension. Ce matin, on aperçoit par intermittence les montagnes du cirque de Lescun qui font face au village et quelques trouées de ciel bleu. Branle-bas de combat ! Nous réveillons les enfants, préparons pique-nique et petit déjeuner, montons dans les voitures et nous rendons au centre de vacances L’Abérouat, point de départ de la balade. Le pic d’Anie est le point culminant du Pays basque, que les Béarnais revendiquent, laissant l’Auñamendi aux Basques. Bref, c’est une haute montagne, et en plus, il faut faire une longue marche d’approche par un très joli sentier boueux à souhait à travers la forêt. Élisabeth a du mal ce matin, et nous l’attendons un long moment pour la soutenir et la distraire : en couple ou en famille, chacun s’écoute davantage et l’ambiance en pâtit parfois. Par contre, quand on bavarde entre amis, on prend moins de peine et le rythme s’accélère sans y prendre garde car on sent moins la fatigue. C’est la magie du groupe…

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Le troupeau s’écoule lentement sur les alpages.
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Cédric, Jean-Louis et Mikel marchent d’un bon pas.
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Cathy avance prudemment. Gare à la chute !

Les enfants n’ont pas de problème et Richard les mène, loin devant. Ils sont déjà à la bergerie à nous attendre en observant un groupe de vautours perchés sur une colline toute proche. Nous traversons la terre piétinée et malodorante du lieu de rassemblement des moutons, cerclé de barbelés, et évitons les orties dans le pré voisin en passant entre les vaches. Un jeune berger à lunettes chaussé de hautes bottes de caoutchouc avance à grands pas pour mener les moutons aux alpages supérieurs, aidé de son chien. Nous le suivons et comprenons bientôt pourquoi les vautours sont posés en si grand nombre : un mouton est mort et sa dépouille gît dans un creux du terrain. Nous nous éloignons un peu et nous postons sur une éminence pour les observer. Ils prennent l’un après l’autre leur envol, planent un moment en larges courbes silencieuses et s’abattent sur la charogne.

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Les vautours accourent de toutes parts.
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Vautour fauve
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Curée de vautours fauves sur une brebis morte.

C’est alors que nous voyons un spectacle comme nous n’en avons encore jamais vu. C’est la curée. Les vautours poussent des cris et se donnent des coups de becs en se disputant la place près de leur repas. L’un attaque la dépouille par le ventre et les parties tendres, l’autre par les yeux afin d’extraire le cerveau. Bientôt, il n’y en a plus qu’un qui mange, ce doit être le “chef”, il s’est battu en agitant largement ses ailes afin d’affirmer sa suprématie. Les jeunes, quant à eux, ne se sont même pas encore avancés et ils patientent sur les hauteurs voisines jusqu’à ce que les adultes soient rassasiés. Un promeneur accompagné d’un chien les dérange et les vautours s’envolent. Nous nous installons un peu plus en amont, toujours en vue des vautours, pour continuer à les observer tout en déjeunant. Le chien, attiré par l’odeur, goûte également au mouton et se met à tirer sur les tripes, déplaçant la bête. Mis à part quelques jeunes, les vautours ont disparu. Lorsque le chien s’en va, un moment s’écoule avant qu’ils ne reviennent, surgis de nulle part.

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Les plus faibles doivent patienter.
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Sortie du train d’atterrissage.
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La silhouette fine d’un isard sur la crête.

Nous les laissons à leur curée et continuons notre progression vers le sommet encore invisible en laissant les filles (Ana, Manon et Nora) qui prendront tranquillement le chemin du retour. Le sentier devient plus escarpé, la montagne est couverte de fleurettes, même au milieu du chaos de roches grises au pied de l’Anie, dans chaque anfractuosité, dans les graviers, accrochées à la rocaille. Le temps n’est pas trop désagréable, suffisamment frais pour ne pas rendre la progression trop pénible, avec une vue dégagée et des nuages mobiles qui laissent apparaître par instants de larges pans de paysage. Le vent souffle de plus en plus au fur et à mesure que nous montons, mais, rendus au sommet, nous avons moins froid que la dernière fois. Nous réussissons à voir le fond de la vallée, avec Lescun, les montagnes environnantes (par fragments intermittents) et une mer de nuages au-dessous de nous comme si nous étions en avion : c’est magnifique et magique, beautés fugaces que nous guettons pour les perdre aussitôt.

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Prêts pour l’ascension
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Au-delà des plus hauts alpages
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Un paysage minéral

Nous restons un long moment, envoûtés, puis Richard sort le ballon de Sammy (qui a emporté également d’autres trésors, comme le frisbee et la play-station, poids qui l’encombrent rapidement et dont son père devra se charger), et des passes sont échangées au risque d’envoyer le ballon dans le précipice qui nous cerne de toute part : Sammy est très inquiet. Enfin, nous entamons la longue descente. Une petite marmotte dresse son museau derrière des rochers. Christine a mal au genou et, lors d’un moment d’inattention dû à la fatigue, elle trébuche et dévisse, roulant sur plusieurs mètres en se cognant aux rochers. Heureusement, il y a plus de peur que de mal : elle s’en sort avec quelques contusions et un gros hématome au ventre. Jeannot, affolé, est remonté en un éclair et respire avec difficulté. Christine, au lieu de vérifier qu’elle n’a rien de cassé, le rassure d’une voix tranquille. Après une pause, nous reprenons la descente et Richard accélère avec les enfants, pressé de retrouver les trois filles. Cédric, avec l’énergie de ses 14 ans, termine le trajet en courant et arrive 20 minutes avant Richard à la voiture, très fier de son exploit. Quant à Eric, il préfèrera parcourir en courant les six kilomètres de route qui séparent l’Abérouat de Lescun, “afin de détendre ses muscles”, et il arrivera avant nous au gîte ! L’arrière-garde ne rentrera par contre cahin-caha que vers neuf heures du soir : quelle journée !

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Cathy, Jean-Louis, Cédric et Jonathan
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Lancer de ballon au sommet de l’Anie !
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Gentiane de Koch – Anthyllide des montagnes – Doronic à grandes fleurs
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Pédiculaire des Pyrénées – Gentiane printanière – Joubarbe des montagnes
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Ibéris spatulé -Anémone à fleur de narcisse

Les crêtes d’Ourtasse

aDSC03018  aDSC03051 Le démarrage est lent ce matin, nous sommes tous en pleine récupération de notre ascension du Pic d’Anie. A la demande générale, j’appelle à tout hasard l’association Abélio pour savoir s’ils pourraient nous “caser” dans la journée, bien que j’aie bien conscience de les prévenir tard (il est déjà 9h30, et certains n’ont pas encore pris leur petit déjeuner). Je leur rappelle que notre séance d’initiation du début de semaine a été annulée pour cause de mauvais temps. Après réflexion, on me répond que nous pourrons être pris en charge à partir de 13 h. Impeccable !

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Jean-Louis

aDSC03017Pendant que les autres émergent tranquillement, nous décidons de partir en petit groupe à pied depuis le gîte vers les Crêtes d’Ourtasse, que nous connaissons déjà, mais que nous ne dédaignons pas de revisiter car on y jouit d’une vue imprenable sur le cirque et la vallée. Pour changer, nous partons en sens inverse (nous aimons bien faire des boucles plutôt que des allers-retours). Il fait vite chaud. Nous admirons la vue sur les montagnes qui se découvrent enfin et nous nous séparons. Jean-Louis se met sur une roche plate à la lisière du bois pour lire, Richard préfère s’allonger au milieu des hautes herbes, Max part aux champignons de même que J-L B., quant à moi, munie de mon appareil photo, je guette les vues insolites tandis qu’Eric fait des gros plans sur les petites bêtes et les fleurs. Finalement, Richard fait de même, et nous ramenons une moisson de photos superbes.

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Cirses – Faux-bourdon, criquet des roseaux (?) et zygène

 

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