La Malbaie – Pointe-Noire

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27-28 juin 2016
Séjour guidé par Dimitri Marguerat – Participants : Cathy, Jean-Louis, Pascal, Nicole, Laurence

De retour au point de départ, nous embarquons les bagages et reprenons la route en direction de la Gaspésie. Peu après, nous faisons halte dans le secteur de Cap-à-l’Aigle, près de La Malbaie, pour y pique-niquer. Nous observons dans le secteur un héron bihoreau, un plongeon arctique (emblème du Québec), des cormorans, des goélands à bec cerclé, des mouettes tridactyles. Le Saint-Laurent est ici très large, mais pas assez profond pour les baleines qui évoluent en amont de Tadoussac, à 76 km de là. – Photo : Lupin –

Des parterres multicolores de lupinsoffrent à Dimitri une nouvelle occasion de parler des plantes invasives. Toutefois, celui-ci n’est pas considéré comme tel au Québec. En effet, le principal lupin sauvage à l’origine des lupins hybrides modernes, appelé lupin à folioles nombreuses (Lupinus polyphyllus), vient de l’Ouest canadien et américain. D’ailleurs, la souche utilisée en hybridation vient spécifiquement de l’Alaska. C’est un Anglais, George Russell, qui créa le lupin des jardins qu’on connaît à partir du début du XXe siècle. Il croisa Lupinus polyphyllus, aux fleurs bleu-violet, avec d’autres espèces de lupin, comme L. arboreus, L. sulphureus et L. nootkatensis, dans le but de développer une lignée aux fleurs plus densément serrées et aux couleurs plus variées. Pendant 40 ans, il sélectionna soigneusement les meilleurs spécimens et rejeta les plantes qui n’étaient pas à la hauteur, créant une lignée aux tiges épaisses, solidement dressées et offertes en différentes teintes de rose, rouge, jaune, blanc, orange, bleu et violet. Ses “hybrides de Russell”, produits par semences, sont toujours disponibles plus de 75 ans après leur lancement officiel en 1937. D’ailleurs, on lui a offert un honneur posthume en reconnaissance de ses travaux : le lupin des jardins, l’espèce hybride que Russell a créée, s’appelle depuis peu Lupinus x russellii. Comme il est développé à partir d’une plante venant de l’Alaska et sélectionné dans le frisquet Nord de l’Angleterre, à environ la même latitude que la baie James, il a un point faible, son intolérance à la chaleur. Dans l’est et le nord du Québec, ou en altitude plus au sud, là où la température estivale tend à être modérée, il prolifère, se ressemant à tous les vents. Ainsi, on peut trouver des champs de lupins un peu partout dans le Bas-du-Fleuve et sur la Côte-Nord ainsi que dans les Maritimes. Ils se sont tous échappés de jardins, à l’origine, car aucun lupin n’est indigène dans l’est du Canada. – Photos : Lupin –

A ne pas confondre avec le lupin : le faux indigo, faux indigotier ou encore lupin indigo, dont le nom scientifique est baptisia. Ses épis floraux ressemblent beaucoup à ceux du lupin, mais n’attirent pas les pucerons. On compte une quinzaine d’espèces de baptisias (certains auteurs parlent d’une trentaine selon la classification utilisée), tous originaires de l’est et du sud des États-Unis et de certains États du Midwest. Plantes de la famille des légumineuses, elles forment des cosses noires à maturité, semblables à celles des pois, des tiges qui peuvent alors enjoliver des bouquets de fleurs séchées. Au Québec, les baptisias et leurs cultivars sont habituellement en fleurs vers la mi-juin. Un des premiers baptisias utilisés à des fins décoratives, Baptisia australis, donne une profusion de fleurs bleu foncé. Il porte le nom de faux indigotier, car on a utilisé ses feuilles pour obtenir la teinture bleue qui provenait jusqu’alors de l’indigotier (Indigofera tinctoria), une plante originaire d’Asie, notamment de l’Inde où on s’en sert en teinturerie depuis des millénaires. Il était beaucoup moins coûteux d’obtenir la teinture d’une plante qui poussait un peu partout à l’état sauvage comme une mauvaise herbe, que de faire venir le produit de contrées plus éloignées. À une certaine époque, les Européens ont même engagé des Américains pour produire la plante. D’origine grecque, le terme baptisia signifie d’ailleurs immerger, tremper, une allusion au processus de teinture, tandis qu’australis évoque son origine méridionale. – Photo : Lupin indigo (baptisia australis) –

Il fait toujours un temps très gris et très frais pour un début d’été. Après le pique-nique, nous faisons halte pour nous réchauffer dans une petite supérette de La Malbaie qui fait également office de bar. Les uns boivent un café, tandis que d’autres achètent des douceurs chocolatées. Dimitri fait quelques emplettes pour les prochains repas sur le pouce, et moi, j’attends le groupe dans l’entrée. Près de la caisse, dans un cadre bordé d’un liseré vert et orné de deux fleurs de lis, on peut lire : “Hommage aux fondateurs”, suivi d’une liste de noms, “Merci aux membres de soutien”, “Niveau or, argent, bronze”, suivi d’autres noms. A part, un autre cadre mentionne “Desjardins”. Sur un guéridon, je trouve un cahier intitulé “Statuts et règlements – Magasin général St-Fidèle – Coop de solidarité – A jour le 17 juillet 2013”. Je le feuillette : “Objet : Exploiter une entreprise en vue de fournir des biens et des services à ses membres consommateurs dans le domaine de l’alimentation et toutes autres activités connexes.” Je profite d’un moment d’inactivité de la caissière pour lui demander des explications qu’elle me fournit bien volontiers. Dans ce quartier éloigné, l’activité a périclité, les habitants, obligés de travailler ailleurs, ne faisaient plus leurs emplettes sur place, ce qui a entraîné la disparition des commerces et des services : il était devenu une cité-dortoir. Quelques habitants s’émurent de cette situation et ils réunirent des fonds (avec l’aide de la banque Desjardins) pour créer une supérette coopérative. Un article relate le lancer de la première pelletée de terre en novembre 2013. “Le magasin a 4500 pieds carrés sous bannière Provigo, une caisse populaire, une quincaillerie de base, une boucherie, une SAQ (Société des Alcools du Québec), un petit restaurant et un poste d’essence Sonic ». Pour le secteur de St-Fidèle, la coopérative marquera le retour d’une épicerie après deux ans et celui de la vente d’essence qui ne se fait plus depuis au moins 6 ans. La coopérative compte plus de 400  membres. « Aujourd’hui le rêve devient réalité. Nous aurons à St-Fidèle notre magasin général qui va nous permettre de nous prendre en main, de créer des emplois et de la qualité de vie pour les citoyens. » Cette preuve du dynamisme local méritait d’être soulignée, même si la rentabilité de la coopérative risque d’être difficile à atteindre. – Photos : Lancement de la première pelletée de terre pour la construction du magasin coopératif St-Fidèle – Ci-dessous : Vue vers la baie du Saint-Laurent depuis le centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire –

Alors que nous reprenons notre trajet, la conversation porte sur l’huile de canola. Canola n’est pas le nom d’une plante naturelle, mais un mot inventé à partir des mots  “Canada oil low acid”, qui signifie huile canadienne faible en acide. Le canola est une plante génétiquement modifiée développée au Canada à partir du colza, une plante de la famille de la moutarde. En 1994, les chercheurs de l’Université du Manitoba ont produit, par sélection, une variété de colza à faible teneur en acide érucique, devenue ainsi comestible: le canola. Son raffinage est effectué par une chaleur élevée, la pression et des solvants pétroliers comme l’hexane. Ensuite elle subit un blanchiment et un désodorisant y est ajouté pour la rendre appétissante. Le traitement à haute pression provoquerait une transformation des oméga-3 et une diminution de son efficacité. Sur les revues Online Innovation, AgriAlternatives et Technology Magazine for Farmers (Magazine de la Technologie pour les Fermiers), on lit que “Ces huiles de colza, qui sont depuis longtemps utilisées à des fins industrielles, sont, par nature, …toxiques pour les humains et les animaux. L’huile de colza est un poison pour les êtres vivants et c’est un excellent insecticide. L’huile de colza est utilisée comme lubrifiant, carburant, savon, base de caoutchouc synthétique et illuminateur de couleurs dans les pages de magazines. C’est une huile industrielle. Ce n’est pas un aliment !” – Photo ci-dessous : Champ de canola au Saskatchewan, Canada –

La culture du colza, plante issue d’un croisement entre un chou et une navette, semble exister depuis 2 000 à 1 500 ans av. J.-C. L’origine de cet hybride n’est pas encore élucidée. Le croisement a pu se produire en pleine nature dans le pourtour du bassin méditerranéen (l’hybride qui a donné le colza y a été occasionnellement observé dans la nature), soit dans des potagers où étaient cultivés, côte à côte, des choux pour la consommation humaine et de la navette pour produire de l’huile d’éclairage. L’hybride aurait été sélectionné ensuite sous deux formes : le colza pour son huile, et le rutabaga pour ses racines. En France, la production d’huile de colza a pris une grande importance dans les années 1750-1850 dans les départements du nord de la France et notamment en Flandre. Selon l’ingénieur J. Cordier, en 1823 « On compte autour de Lille près de deux cents moulins à huile, appelés tordoirs, que le vent fait mouvoir et depuis 1814 on établit chaque année des machines à vapeur destinées au même usage ». L’augmentation des surfaces en colza en France et dans l’Union Européenne (environ 40 % sur les 10 dernières années) est essentiellement destinée à la production de biocarburants, les coproduits étant livrés à l’alimentation animale. Au Canada l’augmentation de production de canola (colza) est plutôt destinée aux exportations (surtout pour la consommation humaine). – Photo ci-dessous : La vue vers l’amont de l’estuaire au centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire –

Pour me distraire sur la route, je note à la volée des noms locaux qui attirent mon attention : Port-au-saumon, village situé sur les bords du Saint-Laurent dans la région de Charlevoix, Port-au-persil (hameau et rivière), à 25 km de la Malbaie, dont on dit que le village fut baptisé ainsi par Samuel de Champlain en 1626, car il y trouva beaucoup de persil…, alors que la localité fut fondée par Neil McLaren, un Écossais qui s’y installa avec sa famille au début du XIXe siècle ! St Siméon, un grand port de la région pour aller voir les baleines, qui se trouve dans l’enceinte de la Réserve Mondiale de la Biosphère de l’UNESCO et du Parc marin Saguenay/St-Laurent. Rivière-du-Loup, nom d’une ville ainsi que d’un affluent du Saint-Laurent… Nous suivons donc, depuis Montréal, la rive gauche du fleuve Saint-Laurent. Nous faisons une nouvelle halte pour visiter le centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire, face à la confluence du Saguenay et du fleuve Saint-Laurent. Il est situé sur la commune de Baie-Sainte-Catherine, comprise dans le parc marin. Nous voyons les eaux douces et sombres qui émanent du fjord du Saguenay glisser sur les eaux salées et plus pâles du fleuve Saint-Laurent. Ce fjord, le plus au sud du Québec, est l’un des plus longs du monde. A partir de Saint-Fulgence, il s’étire sur plus de 100 km jusqu’au Saint-Laurent. Sa largeur varie de 1 à 3,5 km. Un peu en amont de l’Anse-Saint-Jean, la profondeur d’une de ses fosses atteint 278 mètres. Ses parois escarpées, entre lesquelles s’engouffre le vent, culminent au cap Eternité à 457 mètres. – Illustrations ci-dessous : Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent – Panneau à l’entrée du centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire avec pour emblème le béluga –

Dans chaque centre d’interprétation que nous visiterons au cours de ce séjour, nous serons toujours accueillis de façon très avenante : “Bonjour, comment ça va ? Vous venez d’arriver ? C’est la première fois que vous venez ici ?”, etc. Et tout naturellement la conversation s’instaure sur un mode familier et détendu. Les guides sont à notre disposition pour nous fournir des informations si nous le désirons, libre à nous de simplement jouir du moment et du paysage, sans discours imposé. C’est vraiment très agréable. Nous nous installons donc à l’aise sur les rochers dans l’espoir d’apercevoir le petit rorqual et, éventuellement, le béluga. Mais ces animaux se déplacent librement au gré des bancs de crustacés et de poissons qui constituent leur alimentation et ils ne seront pas au rendez-vous cette fois-là. Dimitri nous explique que, pour le moment, les limicoles (ces petits oiseaux qui arpentent les berges vaseuses et l’eau peu profonde en marge des rivières, lacs et marais) sont encore au nord, dans la toundra, en train de nicher et de se reproduire. Leur migration vers le sud débutera prochainement, vers mi-juillet, mi-août, et ils passeront dans cette région du Québec. Nous entendons chanter le bruant à gorge noire, très commun en Gaspésie et répandu sur toute l’Amérique du Nord et le Nord de l’Amérique du Sud. Je réussis à photographier le bruant à gorge blanche, surnommé localement le Frédéric, dont le chant ressemblerait à : “Où es-tu Frédéric Frédéric Frédéric ?”, selon un message lu sur un forum québécois. J’ai du mal à différencier l’épicéa du sapin. Sur le site québécois de Rafale, un petit questionnaire ludique aide à s’y retrouver. Il y a donc au Québec trois sortes d’épinettes (épicéa) qui y poussent naturellement : l’épinette blanche, l’épinette rouge et l’épinette noire. Cette dernière est la plus répandue et elle domine la forêt boréale québécoise. Elle a une silhouette cylindrique, contrairement au sapin qui est conique. Il ne pousse qu’une seule espèce indigène de sapin :  le sapin baumier. Le Québec est un des plus grands producteurs d’arbres de Noël au monde et le plus grand au Canada. Chaque année, on y récolte plus de deux millions de sapins spécialement taillés pour avoir une silhouette parfaite. – Photos : Epinette noire (Epicea noir) – Ci-dessous : Bruant à gorge blanche (frédéric) dans un thuya –

Je reviendrai plus loin sur le thuya qui a été pour moi une véritable révélation. Jusque là, je trouvais cette espèce peu intéressante car elle abonde autour des jardins des villes côtières du Pays basque où elle forme des haies monotones, peu accueillantes pour la biodiversité des insectes et des oiseaux. Ici au Québec, c’est au contraire une essence majestueuse et l’un des plus beaux arbres de Gaspésie, tout spécialement dans les zones où l’eau ruisselle de toute part, creusant même sous les racines de ces géants qui ne semblent pas en avoir cure. Nous observons le merlebleu de l’Est richement coloré, à la poitrine rouge orangée, largement réparti sur toute l’Amérique du Nord et centrale. Je note sur mon petit carnet le nom Herbamiel dont les produits sont en vente dans un restaurant où nous déjeunons, étant donné la pluie battante. Sur le site Internet de cette société, je lis qu’elle a obtenu le grand prix du tourisme québécois. Créée en 2004, elle a construit une miellerie en 2010-2011, constituée de 5 pièces principales : la salle d’extraction du miel, la salle de transformation, la salle d’hivernement des abeilles, l’entrepôt et la boutique. Herbamiel élève actuellement 75 ruches et s’est donné pour objectif d’atteindre 125 ruches dans un avenir rapproché. La mortalité des abeilles freine ces élans d’expansion. Un service de pollinisation des petits fruits (bleuets et canneberges) est offert aux producteurs de la Côte-Nord. Par l’entremise d’un site web appelé wwoofing.ca, Herbamiel accueille depuis 2011 des bénévoles qui participent aux activités apicoles en échange d’un hébergement et des repas. Depuis 2012, Herbamiel propose une visite guidée afin de découvrir le monde de l’apiculture et les produits de la ruche. – Photos : Logo d’Herbamiel – Ci-dessous : Champ de canneberge –

Je m’interroge sur la provenance de ces abeilles. Les premiers ancêtres d’Apis mellifera sont originaires d’Afrique d’où ils ont essaimé deux fois : une première vague de migration vers l’ouest en Europe, une seconde (voire plusieurs) vers l’est, l’Asie et l’Europe orientale. La transhumance des abeilles se pratiquait déjà sur le Nil à l’époque des pharaons ou, plus près de chez nous, à dos d’âne, pour les monter sur les estives pyrénéennes. Selon Apiservices, quelle que soit la distance, les abeilles supportent très bien ces déplacements dans la mesure où l’on respecte leur comportement et que l’on limite le stress. Dans bien des régions, pour les apiculteurs professionnels ou pluriactifs, la transhumance est devenue vitale. Rares sont les régions qui offrent aujourd’hui plusieurs miellées en sédentaire. La transhumance permet de produire plus avec la même ruche, de louer les colonies en pollinisation des fruitiers ou toutes autres cultures grainières. Comme bien d’autres animaux d’élevage, ces abeilles domestiques ont été exportées par les Européens vers toutes les colonies à partir du XVIe siècle. Mais dans le monde entier, les apiculteurs déplorent une mortalité de 20% à 70% des abeilles domestiques, celles-ci font donc l’objet d’un commerce international. Ainsi, le Québec renouvelle son “cheptel” en les faisant venir d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Hawaï, de préférence aux Etats-Unis ou au Mexique, où une grande partie des abeilles est attaquée par un parasite, le varroa. Un article très complet de l’université Laval pointe l’effet pernicieux de ces pratiques agricoles. En voici un extrait. – Photo ci-dessous : Coléoptère (Sentier ornithologique de Pointe-à-la-Croix, Québec) –

Quand apiculture rime avec agriculture
“Ironiquement, c’est l’avènement des monocultures qui pousse les agriculteurs à payer le prix fort pour importer des abeilles, alors que la nature regorge d’insectes qui peuvent polliniser gratuitement. “Les territoires réservés aux monocultures sont toujours plus grands, et les insectes indigènes, comme les abeilles sauvages, butinent dans un rayon limité de 400 mètres”, explique Pierre Giovenazzo, professeur au Département de biologie et titulaire de la nouvelle Chaire de leadership en enseignement en sciences apicoles. “Les abeilles domestiques couvrent plus de terrain: elles n’hésitent pas à voler sur des distances de 3 à 5 km pour faire le plein de glucides (dans le nectar) et de protéines (dans le pollen). Pourtant, les bourdons et les abeilles sauvages remportent haut les pattes la palme des meilleurs pollinisateurs.” Selon une étude à laquelle a participé Valérie Fournier, professeure au Département de phytologie, ces deux types d’insectes sont très efficaces pour décrocher et pour récolter le pollen en induisant des vibrations dans la fleur. Certains individus peuvent ainsi transporter jusqu’à 100 000 grains de pollen en une fois! “Mais ils n’ont pas la force du nombre”, précise Pierre Giovenazzo. “Une ruche, elle, libère dans le champ plusieurs dizaines de milliers d’abeilles mellifères.” C’est cet “effet de gang” que recherchent les producteurs horticoles afin d’obtenir le plus de fruits possibles. Le problème, c’est qu'”en misant sur les cultures intensives d’une seule plante, l’humain prive les pollinisateurs d’une alimentation équilibrée”, soutient Pierre Giovenazzo. “Les insectes, qui ont besoin d’un garde-manger diversifié, souffrent de carence alimentaire, ce qui affaiblit leur système immunitaire et les expose à toutes sortes de maladies.”

“Pour Nicolas Derome, professeur au Département de biologie, la solution idéale serait d’abandonner les grandes cultures et d’adopter des stratégies d’agriculture intégrée, notamment cultiver simultanément plusieurs espèces de plantes. Valérie Fournier propose dans un premier temps de mieux aménager les alentours des champs afin d’attirer les populations de pollinisateurs indigènes plutôt que de miser uniquement sur l’abeille domestique: “Il faut augmenter la diversité d’habitats autour des zones agricoles. Par exemple, en plantant des espèces végétales qui fleurissent abondamment avant et après la période de floraison de la plante cultivée. Ainsi, les bourdons et les abeilles auraient accès à différentes sources de pollen.” En outre, en exportant leurs ruches près de champs agricoles traités aux pesticides, les apiculteurs risquent gros. “La mortalité d’abeilles domestiques est quadruplée lorsque les ruches sont situées à proximité de champs de maïs traités avec des néonicotinoïdes”, confirme Valérie Fournier. Cette classe d’insecticides mise au point dans les années 1980 est abondamment utilisée à travers le monde. Au Québec, la quasi-totalité des semences de maïs et plus de la moitié des semences de soja sont enrobées de ces produits. Les molécules chimiques agissent sur le système nerveux central des insectes pour les paralyser et les tuer. En ce qui concerne les espèces sauvages, il est difficile de connaître précisément leur sort puisque leur abondance est très peu étudiée. Néanmoins, une baisse du nombre de bourdons a été signalée sur quatre continents depuis 1990. “Sur les 3500 espèces d’abeilles sauvages en Amérique du Nord, ce qui inclut les abeilles solitaires et les bourdons, certaines sont en déclin et d’autres ont complètement disparu”, souligne Valérie Fournier.”– Photo : Insecte minuscule – Chaetosiphon fragaefolii ? (Sentier ornithologique de Pointe-à-la-Croix, Québec) – Illustration ci-dessous : Panneau à l’entrée du centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire –

Depuis 1973, un grand nombre de chercheurs se sont succédé à Pointe-Noire. Ils viennent étudier les déplacements et la composition des groupes de bélugas (étym. issu du russe “beloye“, blanc) à l’embouchure du Saguenay. Après un premier été à observer les bélugas, Leone Pippard, journaliste torontoise accompagnée de la photographe Heather Malcolm, tire la sonnette d’alarme : la très petite population de ces mammifères marins est soumise à diverses menaces. Après une dizaine d’années d’observation, elle publie un rapport en 1983 qui montre qu’ils sont en danger de disparition. Un premier forum international sur l’avenir du béluga a lieu à Tadoussac à l’automne 1989. Leone Pippard devient la figure de proue du projet du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Il est créé par les gouvernements du Canada et du Québec en juin 1998. C’est le premier parc à protéger un milieu marin au Québec. Pourquoi le béluga fréquente-t-il les eaux de la confluence ? Pour se nourrir. De quoi ? Majoritairement de petits poissons pélagiques comme le capelan car, comme 70 espèces sur les 80 que comptent les cétacés, sa mâchoire est dotée de dents. Il mange aussi des céphalopodes (pieuvres, calmars…), des crabes, ainsi que de petits crustacés vivant dans la colonne d’eau (krill, copépodes). Ces crustacés sont entraînés du golfe du Saint-Laurent vers l’estuaire par le courant des eaux profondes. Leur voyage dure environ deux ans. Quant ils atteignent la région de la tête du chenal Laurentien, des conditions océanographiques uniques* favorisent leur rassemblement en de grandes concentrations. Cette source de nourriture est aussi convoitée par les phoques et les oiseaux marins. – Photo : Panache à la confluence des eaux du Saguenay et du Saint-Laurent –

* La pente à la tête du chenal Laurentien provoque une accélération des courants de marée, propulsant les masses d’eau vers la surface à la confluence. Celles-ci rencontrent les eaux de l’embouchure du Saguenay et de l’estuaire moyen qui s’écoulent en sens inverse. Résultat : front, turbulence, mélange des eaux, infiltration d’eaux froides et salées dans les profondeurs du fjord et de l’estuaire moyen. Le panache apparaît à la confluence lorsque les masses d’eau du Saguenay et du Saint-Laurent se heurtent. D’un côté, l’eau froide, salée et verdâtre du Saint-Laurent est poussée vers l’amont du Saguenay par les courants de marée. De l’autre, l’eau plus douce et sombre du Saguenay coule en surface vers l’estuaire du Saint-Laurent. Cette remontée des eaux profondes heurtant les eaux du Saguenay et de l’amont du Saint-Laurent crée un clapot, une succession de vagues courtes et irrégulières allant en tout sens. – Illustration ci-dessous : Fresque dans le centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire –

La dernière glaciation (dite “de Würm”, de 115 000 B.P. – Before Present, années avant le présent – à 10 000 B.P.) aurait incité les bélugas de l’Arctique à migrer vers les côtes atlantiques du Canada et du nord-est des Etats-Unis. Lorsque le climat s’est réchauffé, les bélugas ont suivi le retrait des glaces vers le nord. Alors que plusieurs sont retournés vers l’Arctique, d’autres ont élu domicile dans l’estuaire du Saint-Laurent. Ils sont une véritable “relique glaciaire“* et ne migrent qu’entre l’embouchure (pour la mise bas) et l’amont du fleuve. Côté température et salinité, les courants d’eau glaciale provenant de l’Atlantique ont recréé un milieu semblable à celui de l’océan. Des espèces atlantiques comme le crabe des neiges, la crevette nordique et les phoques du Groenland profitent aussi de la richesse des eaux glaciales de la confluence. Gérard Drainville a été le premier chercheur québécois à s’intéresser aux caractéristiques océanographiques du Saguenay. A l’été 1959, ce jeune prêtre se rendit au fjord et fit équipe avec les naturalistes du Camp des jeunes explorateurs. L’échouage d’un requin du Groenland et la capture d’une petite étoile de mer arctique dans le fjord suscitèrent l’intérêt du chercheur : la mer se cacherait-elle sous la rivière ? En effet, après 9 ans d’études, il montra qu’une nappe superficielle d’environ 20 m, chaude et très peu salée, recouvrait une nappe profonde, épaisse, très froide et presque aussi salée que la pleine mer. Quant à l’océanographe François Saucier, il collecte avec son équipe des données dans les eaux de la confluence afin de simuler les courants et les masses d’eau à la tête du chenal Laurentien et ainsi prévoir leurs mouvements. – Photo ci-dessous : Bélugas vus lors de notre traversée du Saint-Laurent –

* En France, le Lagopède alpin, encore appelé perdrix blanche ou perdrix des neiges, est également une “relique glaciaire“. Il a la particularité de changer de coloration de plumage en fonction des saisons et il vit toute l’année en montagne au-dessus de la limite supérieure de la forêt. C’est aussi lors du réchauffement qui suivit la dernière glaciation qu’il colonisa l’étage alpin de nos montagnes, un étage où il retrouve de nombreux éléments de sa distribution circumboréale d’origine. Deux sous-espèces habitent notre pays : Lagopus mutus helveticus dans les Alpes et Lagopus mutus pyrenaicus dans les Pyrénées. Une étude démographique menée sur le massif du Canigou et publiée en 2004 a mis en évidence que son aire de répartition diminuait et que ses taux de reproduction étaient nettement inférieurs à ceux de ses cousins du Nord de l’Europe ou d’Alaska. Trois facteurs y contribuent : la chasse, la faible pluviosité en juillet au moment de la reproduction et le dérangement dû au développement des activités touristiques sur les grands espaces où l’oiseau effectue ses déplacements. – Photo ci-dessous : Bélugas vus lors de la traversée du Saint-Laurent –

La population mondiale des bélugas s’est stabilisée aux environs de 100 000 individus. Bien que ce nombre soit plus important que celui d’autres cétacés, il est bien moins important qu’il y a des décennies, avant la chasse au béluga. On estime qu’il y a 40 000 individus en mer de Beaufort, 25 000 dans la baie d’Hudson, 18 000 dans la mer de Behring et 28 000 dans les eaux arctiques canadiennes. Vers 1850, la population de l’estuaire du Saint-Laurent était estimée entre 7 800 et 10 000 individus. Il y en avait encore 2 000 il y a 30 ans, 1000 il y a 15 ans. Avec l’interdiction de la chasse dans les années 1970, la population aurait dû augmenter, mais c’est plutôt le contraire qui se produit. En 2012, il n’y en avait plus que 889 et en 2014 le beluga a été inscrit sur la liste des espèces en voie de disparition. Il est plus petit que ses congénères de l’Arctique, de 3 à 4,50 m (max. 5 m), soit un bon mètre de moins de longueur. Dans son livre “Evolution et extinction dans le règne animal”, le paléontologue Louis de Bonis évoque le syndrome d’insularité. Lors de l’alternance de glaciations et de réchauffements qui a marqué le Quaternaire, certains mammifères de grande taille (éléphants, hippopotames) ont été “insularisés” par une transgression (lors des réchauffements, hausse du niveau de la mer qui recouvre les terres basses). Coincés dans un espace écologique étroit, ces herbivores, qui nécessitent une nourriture abondante récoltée sur de larges espaces, ont vu leur taille décroître rapidement de façon drastique, jusqu’à ne plus dépasser un mètre de hauteur (exemple : fossiles d’éléphants nains de Sicile ou de Malte). Ce nanisme insulaire est une adaptation à la réduction de la superficie de l’habitat, permettant de loger un plus grand nombre de couples reproducteurs dans un espace donné et favorisant la survie de l’espèce. Pareillement, le béluga s’est retrouvé “coincé” dans l’estuaire du Saint-Laurent, les conditions dans l’Atlantique ne lui permettant pas de migrer vers l’Arctique pour y rejoindre ses congénères. – Photos : Marsouin – Ci-dessous : Bélugas vus lors de la traversée du Saint-Laurent (Le dos sombre sans aileron est peut-être un jeune suivant sa mère) –

Le béluga cherche une partie de sa nourriture en fouillant la vase, il est aussi en bout de chaîne alimentaire de son écosystème et vit dans l’estuaire qui réunit tous les polluants déversés dans les Grands lacs et sur le parcours du fleuve Saint-Laurent. Par conséquent, il a le triste privilège de compter parmi les mammifères marins les plus contaminés au monde par des polluants. Ils s’accumulent dans sa graisse, mais également dans le lait maternel qui contient de 40 à 60% de matière grasse. Voici ce qu’en dit Stéphane Lair, vétérinaire en charge du programme de nécropsie des bélugas : « Au cours des années 1970, les scientifiques ont révélé de graves problèmes liés aux contaminants chimiques comme les HAP et les BPC, ce qui a entraîné des changements règlementaires. On commence à voir les effets bénéfiques de ces mesures : certains de ces contaminants, présents en concentrations record chez les bélugas dans les années 1980, ont diminué. Les cancers, qui étaient la principale cause de mortalité chez les adultes dans les années 1980-1990, sont aussi à la baisse. Aucun béluga né après 1971 n’est mort du cancer. Mais, finalement, la population est frappée par d’autres problèmes, vraisemblablement en lien avec les changements climatiques. C’est très inquiétant. » Animal emblématique, le béluga a été le moteur d’une mobilisation très large pour assainir et protéger le Saint-Laurent au début des années 1980. Décontamination, réglementation plus stricte des rejets industriels, création du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, interdiction des activités d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans l’estuaire, beaucoup d’initiatives ont pour origine le signal d’alarme que nous lançait le béluga sur l’état du Saint-Laurent, sa richesse et sa fragilité. – Photo ci-dessous : L’île aux Basques vue depuis le traversier du Saint-Laurent –

Véronique Lesage, “chercheure” mammifères marins à l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada ajoute : « Même si la population du béluga du Saint-Laurent était considérée stable ou augmentait légèrement avant les années 2000, il faut se rappeler que son taux de croissance était bien en dessous de ce qui est normal pour une population de bélugas en (bonne) santé. La population était donc déjà soumise à des pressions qui limitaient sa croissance, et ces pressions n’ont pas disparu aujourd’hui. Le déclin amorcé au début des années 2000 coïncide avec des changements importants dans l’écosystème, des changements qui créent des conditions environnementales défavorables. On n’a peut-être pas de contrôle direct ou immédiat sur ces conditions, mais on peut agir sur les stresseurs qui résultent de nos activités, comme le trafic maritime, le dérangement dans les aires sensibles pour les mères et les jeunes, la contamination, les atteintes aux habitats et la compétition avec les pêcheries. » Si certains contaminants sont en baisse depuis une dizaine d’années (ex. BPC, DDT), les composés polybromés (PBDE)** ont augmenté de façon exponentielle au cours des années 1990. Interdits depuis une quinzaine d’années, les PBDE sont encore très présents dans l’environnement, ils sont connus pour leur effet sur la glande thyroïde et pourraient affecter la survie des jeunes ou la capacité des femelles à en prendre soin. En effet, le bilan 2015 des décès de bélugas du Saint-Laurent affiche qu’une majorité des 14 carcasses retrouvées sont des femelles qui étaient en couches (3) et des nouveau-nés (6), une tendance qui se poursuit depuis plusieurs années (en 2014, 11 bélugas dont 6 veaux, en 2013, 17 bélugas dont 4 veaux). Les chercheurs ont également de nouveau retrouvé un béluga à deux sexes mort sur les berges. Selon Stéphane Lair, ces décès sont inhabituels pour des animaux sauvages et l’hermaphrodisme est une condition rare chez les mammifères. L’abandon du projet de port pétrolier à Cacouna ne suffira pas à sauver les bélugas. Le béluga est un baromètre de la santé du fleuve. Selon Robert Michaud, le président du GREMM (Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins), “s’il disparaît, ça n’aura pas nécessairement d’impact sur l’écosystème, mais ce sera le signal d’une faillite, d’un échec.” – Photo ci-dessous : “Pouponnière” d’eiders à duvet (femelles et jeunes) –

** Composés polybromés : En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a été saisie le 4 juin 2009 par la Direction générale de la santé (DGS) afin d’évaluer les risques sanitaires liés à l’exposition à des substances reprotoxiques et/ou perturbatrices endocriniennes présentes dans des produits ou articles de consommation. Une liste d’une trentaine de molécules chimiques, incluant notamment deux composés polybromés, a été annexée à la saisine. La présente note d’appui scientifique et technique concerne le volet hydrique de quatre groupes de composés polybromés : les polybromodiphényléthers (PBDE), les polybromobiphényles, l’hexabromo-cyclododécane et le tétrabromobisphénol A, utilisés comme retardateurs de flamme (pour les meubles, les rideaux, les vêtements…) et agents ignifuges. Elle vise à documenter la présence de ces composés dans les eaux continentales et les eaux destinées à la consommation humaine. Les polybromobiphényles (PBB) ont également été classé en février 2013 comme “probablement cancérogènes pour l’Homme” par le Centre International de Recherche sur le Cancer.

Dimitri nous explique que, parmi les cétacés à fanons (mysticète), c’est la baleine bleue (ou rorqual bleu) qui est la plus grande. Trois espèces de cétacés mangent exclusivement du plancton (composé de krill, semblable à une crevette, 4 à 7 cm de long, et de copépodes, jusqu’à 5 mm de long) : la baleine franche, la baleine franche de Biscaye (ou baleine des Basques) et le rorqual bleu, leurs fanons sont très serrés et filtrent l’eau. Les autres mysticètes y ajoutent des poissons (petit rorqual et rorqual à bosse : capelan, lançon, hareng, maquereau ; rorqual commun : harengs, capelans). Le cachalot est le plus grand des cétacés dotés de dents (odontocètes). Les autres sont le béluga, l’épaulard ou orque, le dauphin et le marsouin (qui est le plus petit). Après la visite du petit musée, nous empruntons le sentier qui descend en direction de la côte rocheuse battue par les vagues. Un cormoran à aigrette, américain, étire ses ailes pour se sécher comme ses cousins qui fréquentent la côte basque. Un bruant familier sautille d’un rameau à l’autre dans les buissons. Les parterres de cornouiller du Canada, une herbacée, sont constellés de larges fleurs blanches. Depuis Pointe-Noire, on peut apercevoir en principe le petit rorqual et le rorqual commun. Autour de la Gaspésie s’y ajoutent le rorqual à bosse et la baleine bleue (ou rorqual bleu) en fin d’été. – Photos : Copépode – Krill (source : Pêches et Océans Canada) –

Le 15 septembre 2016, un globicéphale noir (de la famille des dauphins) s’est échoué sur une plage des îles de la Madeleine, le 30 juin 2014, un globicéphale mort était rejeté par le courant sur une plage de Saint-Georges de Malbaie, il en était de même le 13 novembre 2012 à Cloridorme en Gaspésie, et un échouage collectif eut lieu aux îles de la Madeleine en octobre 2009. En principe, le globicéphale est seulement un résident estival du golfe du Saint-Laurent. Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins a été créé en 2004 pour mettre en place un ensemble de réponses adaptées à ce type de situations. Le mandat du Réseau est d’organiser, de coordonner et de mettre en œuvre des mesures visant à réduire les mortalités accidentelles de mammifères marins, à secourir des mammifères marins en difficulté, et à favoriser l’acquisition de connaissances auprès des animaux morts, échoués ou à la dérive, dans les eaux du Saint-Laurent limitrophes du Québec. Les baleines peuvent s’échouer suite à une maladie, après avoir été blessées ou simplement suite à une erreur de navigation. Le Réseau choisit habituellement une approche non ou peu interventionniste, laissant le plus souvent la nature suivre son cours, bien que ce choix soit parfois déchirant. Si un incident découle directement d’une cause humaine, des efforts seront toutefois déployés pour venir en aide à tout animal en difficulté. De même, si l’incident implique un individu appartenant à une espèce menacée ou en voie de disparition, le Réseau évaluera si le sauvetage de l’animal pourrait contribuer au rétablissement de la population. D’autres contextes particuliers peuvent aussi justifier une intervention. Dans le cas des globicéphales, une espèce grégaire et sociable, la remise à l’eau d’un individu échoué vivant peut éviter que d’autres membres du groupe s’échouent aussi sur la plage. – Photos : Cornouiller du Canada – Bruant familier –

Quant à la baleine des basques (baleine franche noire), étant donné la lenteur de ses déplacements effectués à une faible profondeur, elle fait souvent l’objet de collisions en raison du trafic maritime dense. On en voit plus de mortes que de vivantes et, très souvent, leur corps est marqué de cicatrices. Avec un seuil critique d’une population estimée à moins de 500 individus, cette espèce est la plus en péril dans le monde à cause d’une chasse intensive pratiquée pendant plusieurs siècles. Aujourd’hui, chaque naissance représente un mince espoir pour sa survie. Cette baleine toute en rondeurs, à la tête énorme ornée d’excroissances, est peu réactive au passage des bateaux. Entre 1991 et 2007, 50% des mortalités chez cette espèce étaient dues à des collisions avec les bateaux. De plus, les femelles adultes semblent être plus susceptibles d’être heurtées que les mâles. En outre, plus de 75% des individus ont des cicatrices imputables aux prises accidentelles dans les engins de pêche. Malgré les mesures de conservation prises au Canada et aux États-Unis, d’autres causes pourraient freiner son rétablissement: faible diversité génétique, maladies, contaminants, problèmes de reproduction et diminution de la ressource alimentaire. Les orques croisent plutôt dans les environs de Terre-Neuve, cela fait plusieurs années qu’elles n’ont pas été vues dans le Golfe et l’estuaire du Saint-Laurent. – Photos : Iris – Ci-dessous : Pêche à la morue (Musée de Gaspé) –

La conséquence logique de tous ces signaux d’alarme, c’est qu’il est également dangereux pour les humains de consommer du poisson vivant dans ces eaux contaminées. Le ministère québécois du développement durable, environnement et lutte contre les changements climatiques en a bien conscience. Dans son site sur le suivi de la contamination toxique de la chair de poisson, il publie ainsi en collaboration avec le ministère de la santé un guide de consommation du poisson de pêche sportive en eau douce qui répertorie 1126 sites de pêche et 40 espèces de poissons. Il s’adresse aux plus de 700 000 adeptes québécois qui, à raison d’une quinzaine de jours par an en moyenne, récoltent environ 41 millions de poissons (60 poissons/an/adepte). “Le poisson constitue un aliment de choix à cause de ses grandes qualités nutritives. Au Québec, on observe depuis quelques années un accroissement de sa consommation. Pourquoi avoir préparé ce document ? Parce que la pollution par diverses substances – potentiellement toxiques pour l’être humain – contamine les poissons de nos cours d’eau. La contamination varie beaucoup selon la nature des contaminants, les diverses espèces de poissons et les lieux. Hydro-Québec fournit également certaines données sur les teneurs en mercure dans la chair des poissons… Le nombre de repas tolérables pour demeurer en bonne santé est évalué sur une base mensuelle en calculant qu’un repas équivaut à une portion de 230 grammes de poisson d’eau douce pêché au Québec. Les principaux facteurs pour déterminer le degré de contamination de la chair de poissons pêchés à un endroit donné sont l’espèce et la taille. Pour les personnes vulnérables, les jeunes enfants, les femmes qui planifient une grossesse, les femmes enceintes et celles qui allaitent, on recommande d’éviter de consommer souvent les espèces les plus sujettes à contamination, telles que le doré, le brochet, le touladi, l’achigan et le maskinongé. Elles doivent leur préférer les espèces correspondant à la règle “sans restriction (8 repas/mois)” comme le grand corégone, l’omble de fontaine et les autres truites à l’exception du touladi et certaines espèces marines. Toutefois, la consommation de thon frais, de requin ou d’espadon doit être limitée à un repas par mois.” – Photo ci-dessous : Poisson en bois sculpté à l’entrée du musée de Gaspé –

“Le risque encouru est fonction de la quantité moyenne de contaminants ingérés quotidiennement, de la durée de la période de consommation et de la vulnérabilité de la personne. Les espèces piscivores (doré, brochet…) présentent davantage de risques de contamination que les espèces insectivores (omble de fontaine…). La limite de consommation doit tenir compte de toutes les espèces consommées durant le mois. Par exemple, la limite pour des gros spécimens de doré jaune, de perchaude et de meunier noir pêchés dans le Petit lac Saint-François est de deux, quatre et huit repas par mois respectivement. Dans ce cas, un repas de doré jaune équivaut à deux repas de perchaude et à quatre repas de meunier noir. Donc, pour une période d’un mois, un pêcheur respecte la limite de consommation lorsqu’il prend un repas de perchaude, deux repas de meunier noir et un repas de doré jaune.” Je suis effarée de cette façon de procéder. Combien de pêcheurs lisent (et appliquent) ces prescriptions ? En ce qui concerne la pêche commerciale, voici ce qui est dit sur ce même site ministériel. “Des contrôles de contamination des poissons destinés à la vente sont effectués en vertu de la Loi fédérale sur les aliments et drogues et la loi provinciale sur les produits alimentaires. Le Ministère, dans le cadre de la surveillance de la contamination du milieu aquatique, évalue le niveau des contaminants dans la chair des poissons d’eau douce. Des suivis sur les teneurs en mercure dans la chair des poissons sont également réalisés par Hydro-Québec dans le cadre de ses activités. – Photo ci-dessous : Poisson en bois sculpté à l’entrée du musée de Gaspé –

Les données recueillies grâce à ces programmes instaurés au fil des années (1978 à 2014) ont permis de tracer un portrait relativement précis de la contamination de la chair de divers poissons. Les poissons anadromes, c’est-à-dire les poissons migrateurs en provenance de l’océan qui viennent se reproduire en eau douce, tels que le saumon atlantique, l’éperlan, le poulamon atlantique (poisson des chenaux) et l’alose savoureuse, ne montrent, du moins dans l’état actuel de nos connaissances, qu’une contamination très faible. Ils peuvent donc être consommés sans restriction.” Ce texte est en contradiction avec les prescriptions relatives au thon frais, au requin et à l’espadon signalées plus haut. Par ailleurs, du moment que les eaux sont contaminées, comment les poissons du commerce pourraient-ils ne pas l’être ? Si la vente est autorisée malgré un certain pourcentage de contaminants, y a-t-il l’obligation pour les poissonneries et rayons de supermarchés d’afficher les quantités mensuelles tolérables pour limiter les intoxications pernicieuses ?… Je m’étonne de voir que la lutte contre la pollution de l’environnement obtient plus de résultat par la mobilisation et la sensibilisation sur le sort d’animaux emblématiques comme le béluga qu’en prônant la préservation de la santé humaine. Quand on voit les effets de ces pollutions sur ces pauvres bêtes, il devrait y avoir un branle-bas de combat général pour stopper immédiatement toute source de pollution ! – Photo ci-dessous : Poisson en bois sculpté à l’entrée du musée de Gaspé –

 

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