Ile de Ré – Citadelle-prison / Abbaye des Châteliers

Cet article fait partie d'une série de publications appelée Ile de Ré
Vois plus d'articles
19 min - temps de lecture moyen
29 mai au 1er juin 2015
Organisateurs : Mag et Jean-Jacques Delétré – Guide naturaliste : Hervé Roques – Participants du Groupe Dimitri : Viviane; Mylène; Jacques et Marie-France; Jean-François et Danièle; Jacqueline; Françoise R.; Françoise I.; Claudine; Cathy et Jean-Louis; Anita et Jean-Vincent

En arrivant sur Saint Martin, nous nous sommes garés sur un parking hors les murs, empruntant une piste piéton-cyclable pour pénétrer dans l’enceinte par la Porte de Thoiras. Ce faisant, nous avons longé la citadelle qui n’a donc jamais servi pour la guerre, mais qui est utilisée depuis fort longtemps comme prison. Je lis à ce sujet un article fort intéressant de Jean-Marie Renouard paru dans la revue trimestrielle Vacarme dont j’extrais quelques passages. “Aussi a-t-elle vu passer révolutionnaires, royalistes, prêtres réfractaires, opposants à Napoléon et soldats qui lui restèrent fidèles et, plus tard, Communards. Puis, préférée à Toulon, elle accueillit, à partir de 1873, les criminels condamnés aux travaux forcés (décret du 31 mai 1852) ainsi que les relégués, les criminels et les délinquants récidivistes (loi du 27 mai 1885), ensuite transportés dans les bagnes de Guyane. Mais il n’y eut jamais de bagne dans l’île de Ré ; seulement un petit dépôt, tenu par une trentaine de fonctionnaires, recevant deux fois par an pendant une vingtaine de jours des bagnards en partance pour Cayenne. Un article de Jean-Lucien Sanchez paru dans les Cahiers d’études pénitentiaires et criminologiques sous le titre “De colons à bagnards : la relégation des récidivistes en Guyane française” en offre un tableau impressionnant. – Photos : Aujourd’hui comme autrefois, les entraînements au tir se font face à la mer, pour ne pas mettre en danger la population citadine – Modillon du musée Ernest Cognac installé dans un ancien hôtel particulier de Clerjotte construit vers 1470-1480 dans le style gothique flamboyant –

“La loi sur la relégation des récidivistes, promulguée le 27 mai 1885, a entraîné pendant près de soixante-six ans l’envoi au bagne de délinquants et de criminels récidivistes… C’était l’époque où la civilisation se débarrassait outre-mer de ses criminels, “des individus gangrenés qui infestent nos rues et nos jardins publics”, termes proférés à la Chambre des députés au cours des débats préparatoires à la loi… 22 163 relégués subirent, de 1887 à 1953, leur peine de relégation au sein des bagnes coloniaux de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. De 1887 à 1897, près de 3800 hommes et 470 femmes furent internés en Nouvelle-Calédonie et la Guyane reçut quant à elle de 1887 à 1953 près de 17 375 hommes et 519 femmes. Cette loi est la première inscription dans le code pénal français de la notion de “dangerosité”. Néanmoins, cette mesure a essentiellement frappé des petits délinquants récidivistes condamnés pour des motifs de vol simple, de vagabondage et de rupture de ban. Elle demeure à ce titre une des lois les plus répressives et les plus sévères jamais contenues dans le code pénal français. Avant leur départ pour le bagne, les relégués étaient internés au sein de la citadelle de Saint-Martin de Ré où ils attendaient quelques semaines en moyenne le jour de leur embarquement. Ils étaient ensuite expédiés sur le territoire pénitentiaire du Maroni créé par décret en 1860, à Saint-Jean du Maroni, la partie la plus reculée et la plus malsaine. Des 3901 relégués arrivés à Saint-Jean à partir du mois de juin 1887, seuls 1608 étaient toujour en vie au mois de mars 1896 : 416 étaient portés disparus et 1877 étaient décédés, soit près de 59% de l’effectif total. De 1888 à 1918, leur espérance de vie ne dépassa pas six ans. Il sera qualifié de véritable “camp de la mort”. …La relégation n’est officiellement abolie qu’avec la loi tendant à renforcer la garantie des droits individuels des citoyens du 17 juillet 1970. Mais dans les faits, elle est simplement remplacée par une tutelle pénale des multirécidivistes. Celle-ci n’est abolie à son tour qu’avec la loi renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes du 2 février 1981. …La relégation, en éliminant des condamnés jugés incorrigibles, a surtout permis à une puissance coloniale de se débarrasser pendant près d’un demi-siècle d’une partie de sa délinquance.” – Photos : Deuxième modillon du musée Ernest Cognac qui fait pendant au premier – Phare de Saint-Martin –

Selon Jean-Marie-Renouard, le sort actuel des prisonniers de la citadelle serait nettement meilleur. “Elle héberge pourtant la plus vaste population de détenus en France. Des neuf maisons centrales, Saint-Martin de Ré offre en effet à elle seule près du quart des places disponibles, et c’était davantage en 1986, quand elle en proposait presque 600.” L’auteur souligne que “cette prison ne défraye pas la chronique carcérale. Depuis 1946, date de son ouverture, deux émeutes et un mouvement de protestation, c’est tout… Une seule évasion, pas de grèves du personnel : un record ! Jugée à cette aune, c’est une prison exemplaire. Le silence de cette centrale tient à une remarquable organisation de la détention fondée sur l’occupation des détenus, des activités sportives diversifiées, un large octroi de permissions de sortir… et beaucoup de libéralités. Par exemple, en 2000, les criminels de Saint-Martin ont bénéficié de plus de la moitié des permissions de sortir accordées par l’Administration pénitentiaire aux détenus en centrale. De nombreux criminels sortent de l’établissement, invisibles et discrets, fondus dans la masse des touristes. Ils ont donc intérêt à se tenir tranquille au risque sinon d’être transférés et de ne plus bénéficier de conditions de détention bien meilleures que partout ailleurs. Les pénitentiaires le leur accordent volontiers. Ils redoutent que des conditions de détention tendues ne fassent sortir la prison des coulisses. Ce qui pourrait réduire la demande touristique, nuisant ainsi à la valeur de leur patrimoine et à leurs investissements dans le tourisme. Des incidents fréquents nuiraient aussi à la carrière des directeurs : la direction de la plus grande centrale de France est, pour eux, un excellent tremplin. Des incidents spectaculaires poseraient la question de la fermeture de l’établissement, évoquée en sourdine car l’Administration pénitentiaire est le principal employeur de l’île avec 285 fonctionnaires, dont la majorité sont rétais et forment un puissant groupe de pression…” – Photos : Entrée de la citadelle-prison – Citadelle vue de l’extérieur – Graines de pavot –

“Depuis l’ouverture du pont en 1988 et la mise en service d’une ligne de TGV mettant l’île à trois heures et demie de Paris, la fréquentation touristique est considérable, le prix des terrains constructibles a quintuplé et celui de l’immobilier a été, en moyenne, multiplié par quatre… Bien sûr, principaux bénéficiaires de la valeur prise par le pays, beaucoup d’autochtones se sont considérablement enrichis, notamment les personnels pénitentiaires. Les plus anciens sont parfois propriétaires d’un important patrimoine, acquis quand le prix des terrains était bon marché et sur lesquels, en s’entraidant, ils ont construit des maisons. Aussi plusieurs pénitentiaires en activité ou à la retraite paient-ils l’impôt solidarité sur la fortune ! Toujours majoritaires à 65 %, parmi le personnel, ils ont intérêt à assouplir les conditions de détention pour maintenir la prison dans une discrétion qui assure la rentabilité de leurs investissements et ceux de leurs proches…” – Photos : Pavot (fleur) –

La seconde visite de l’après-midi est pour l’écomusée du marais salant situé à Loix, en bordure du Fier d’Ars, dans une petite maison basse toute simple. Une jolie exposition retrace l’histoire, les métiers, les racines de mots et expressions dans la langue française qui évoquent cette collecte originale du sel. A l’origine de cette activité, deux phénomènes se conjuguent : l’apport par les courants marins d’alluvions argileux périodiquement découverts par la marée et un climat favorable à l’évaporation. Comme je l’ai évoqué plus haut, jusqu’au Moyen-Age, l’île de Ré était composée d’îlots dont les passes ont progressivement été comblées par le “bri”. Il en a été de même pour Saint-Michel-en-l’Herm, anciennement île de la Dive dans le golfe des Pictons qui fut ainsi peu à peu rattachée à la Vendée. Sur ses terres fut fondée en 682 par des moines de Noirmoutier une abbaye bénédictine qui essaima sur l’île de Ré, Châtelaillon, Le Langon, Sainte-Radegonde des Noyers, Saint-Benoît sur Mer, l’Aiguillon qui devinrent des prieurés dépendant des religieux. Elle fit de même dans tout le Bas-Poitou, certains de ces prieurés devenant parfois, à leur tour, des centres importants. Détruite à plusieurs reprises, notamment par les Normands, et à chaque fois renaissant de ses cendres, elle deviendra en 1516 une abbaye royale jusqu’à la Révolution qui sonnera son glas. Selon les informations sur le site de l’écomusée, c’est sans doute elle qui initiera la saliculture (récolte du sel dans les marais salants) sur Ars et Loix à partir du XIIe siècle, les premiers endiguements ayant débuté au siècle précédent. Je lis quelques détails plus concrets sur les ressources des moines dont les modalités d’attribution de terres et de biens divers figurent sur des Chartes de l’abbaye des Châteliers traduites du latin qui répertorient en 1498 les lettres de fondation et de donations faites par les prédécesseurs du seigneur de Ré (Archives départementales de la Charente maritime). Malheureusement, il n’y est fait aucune mention de marais salants, mais je remarque par contre que la vigne était déjà cultivée sur l’île et les raisins pressés pour en extraire le jus converti en vin bien avant la présence du monastère. A ce propos, la guide des fortifications de Vauban, native de la région de Cognac, parlera avec dédain de ce vin insulaire (aujourd’hui d’appellations cognac, pineau et vin de table) car, nous dit-elle, les terres amendées pendant des siècles par épandage d’algues brunes rejetées sur les plages par les fortes marées, faute de fumier puisqu’il y avait très peu d’élevage, donnent au breuvage une certaine amertume… Est-ce l’effet d’un petit chauvinisme ? Nous lui rapportons que nous venons justement de découvrir ce petit vin local lors de notre déjeuner au restaurant de Saint-Martin de Ré et que nous l’avons trouvé tout-à-fait honnête. – Photos : Réfection et égalisation du niveau du marais salant – Anciens outils du saunier, rouable et souvron (écomusée du marais salant) – Schémas : Coupe de marais salant – Processus des marais salants –

1. “Au nom de la Sainte et Indivisible Trinité et du Père et du Fils et du Saint Esprit. Moi, Eble de Mauléon, je veux qu’il soit connu tant des descendants que des contemporains que, lorsque vinrent à moi les abbés Isaac, de l’Etoile, et Jean, de Trizay, et autres, et que j’ai entendu leur saint désir et amour de la quiétude, avec joie et grande liesse je les ai reçus comme des envoyés de Dieu; et je leur ai donc donné, dans l’île de Ré, et à leurs successeurs, à perpétuité, pour construire une abbaye, le lieu qui est dit Breuil du Châtelier (actuellement sur la commune de La Flotte en Ré), en délimitant pour eux du bois et de la terre, en libre et absolue possession, autant qu’ils voulaient et demandaient, de sorte que ce qui est contenu dans leurs limites et bornes, bois, terre, chasse et toutes choses, soit de leur droit et volonté et libre propriété… Cependant, parce que, par amour de la paix et de la sainte pauvreté, ils décidèrent de n’avoir au dehors ni granges, ni animaux, pour assurer leur nourriture et leur habillement je leur ai donné ma part de pain et de vin de toute la paroisse Sainte-Marie, libre de toute exaction, intégralement, sans aucune retenue ou service de seigneurie, avec la concession de mon neveu Aimeri, qui a donné tout son pain de la même paroisse. De plus, nous avons donné, moi et Aimeri, selon la même teneur, autant que cela puisse nous appartenir, toutes les vignes dans le fief des chevaliers de Villeneuve et Sainte-Eulalie, et Sainte-Eulalie, et à Sainte-Eulalie toute la terre jusqu’au port Chauvet (interprétation difficile). Je leur ai donné entièrement mes fèves de Saint-Michel, à perpétuité, recueillies par mon sergent. De plus, je leur ai donné, pour leur habillement, les ventes de toutes mes venaisons de toute l’île, autant qu’ils voudront et pourront les vendre. De même, nous avons donné ensemble, moi et Aimeri, un homme probe et fidèle, Hoscelin, avec ses héritiers, qui serviront les moines, dégagés et libres envers nous et nos héritiers. De plus Aimeri leur a donné sa part d’Arnaud Robert. Moi, Eble, j’ai approuvé les dons d’Aimeri. Témoins : Guillaume de Brant, Guillaume de Saint-Paul, Rainaut Gareama, Joscelin. Après cette donation, le jour (?); Savari de Mauléon, après avoir visité les lieux et entendu la donation, approuva toute la donation des susdits, et la confirma en déposant un livre sur l’autel, ainsi qu’avaient fait Eble et Aimeri. De ceci ont été témoins Eble et Aimeri, Guillaume de Brant, Guillaume de Saint-Paul, Aimeri Geoffroy, Thébault de Montfaucon, Etienne Raoul, qui intervint pour le don d’Eble ci-dessus. Eustachie, femme d’Èble, concéda toute cette donation et fit son don dans la main d’Isaac, abbé, en présence de Jean, chapelain de Pissotte, Guillaume Pruvost, Aimeri de Mauléon, Joscelin, Orenjarth, fille de Raoul d’Exoudun. Afin que cette aumône soit confirmée aux moines à perpétuité, moi, Èble, j’ai ordonné qu’elle soit écrite sur une charte que, après l’avoir entendue, j’ai munie de l’autorité de mon sceau. – Schéma : Processus du marais salant – Photos : Planche empêchant le passage de l’eau – Pompe alimentée par panneau solaire pour humecter l’argile et la racler pour l’aplanir – Réfection des bordures des marais salants –

2. (Vers 1150) …lorsque, par la grâce de Dieu, le seigneur Guichard, abbé de Pontigny, vint avec nous dans l’île de Ré, nous avons mis en sa main tout le don contenu dans une autre charte scellée de notre sceau, que nous avions concédé d’abord à ses moines, Isaac, abbé de l’Etoile, et Jean, abbé de Trizay, et ensuite, à sa demande, nous l’avons déposée dévotement sur l’autel, et nous avons accepté que l’abbaye et ses dépendances suivent la coutume de l’ordre de Cîteaux (abbaye cistercienne). Mais comme le lieu de l’abbaye est apparu insuffisant à l’abbé, nous avons ajouté une terre et un bois hors de leurs fossés, délimités par le vieux chemin qui vient du Port Chauvet, près des essarts des Morins, jusqu’à la terre cultivée vers Sainte-Eulalie. Moi, Aimeri, je leur ai donné 10 setiers de rente annuelle, 4 de froment, 3 de seigle, 3 d’orge. Nous avons concédé aussi ce qui sera donné dans nos fiefs, sauf notre service….

3. Sachent tous… que le seigneur Èble de Mauléon et le seigneur Aimeri de Mauléon, son neveu, ont donné à Dieu et à Sainte-Marie et aux moines de l’abbaye de Ré la liberté de faire du charbon de brandier où ils voudront, à leur propre usage, sans en donner ni en vendre… – Photos : Réfection du marais salant – Sel récolté –

10. Moi, Raoul, seigneur de Mauléon et de Ré, je donne à Dieu et à la Bienheureuse Marie et aux religieux de l’abbaye de Ré, mon droit seigneurial dans toutes les choses que les dits religieux ont acquises et acquerront, sans faire aucun devoir à moi ni aux miens. De plus, je donne aux dits religieux un quart de tous les poissons royaux pris dans ma terre de Ré, d’Ars et de Loix, sans aucune retenue pour moi et les miens. Scellé de son sceau.

– Une charte de 1199 issue d’une autre source relate que les habitants de l’île de Ré avaient résolu d’abandonner leur île par suite des tribulations que leur faisaient subir les daims, au point qu’ils ne pouvaient ni recueillir leurs moissons ni faire leurs vendanges. Alphonse, l’abbé de Notre-Dame de Ré vint, accompagné des habitants éplorés, supplier le sire de Mauléon, seigneur de l’île, de renoncer à son droit de chasse, ce que Raoul de Mauléon, de l’avis de sa femme Alix, de son fils Savari et de sa fille Eustachie, leur accorda gracieusement, pour le salut de son âme, et moyennant le paiement de dix sous par chaque quartier de vigne, et de pareille somme pour chaque setier de terre. Il s’engagea à ne souffrir dans l’île d’autre gibier que les lièvres et les lapins. A cette faveur il en joignit une autre spéciale à l’abbaye de Chasteliers, nom que portait aussi l’abbaye de Notre-Dame de Ré ; il promit de n’élever aucune forteresse ou autre construction militaire sur une éminence située près du monastère. –

15. (Année 1223) Moi, Savari de Mauléon, je fais savoir que, comme une chasse appelée la chasse de la Motte était commune entre moi et l’abbaye de Sainte-Marie de Ré, de laquelle j’avais coutume de percevoir chaque année 200 lapins de rente, et comme ladite maison avait un pré près de mon pont que j’avais construit au port des pêcheurs, de ma volonté et de la volonté de Guiffred, abbé, et des frères de ladite maison, je fis un échange avec les religieux, leur abandonnant ma part de cette chasse tant en bois qu’en plaine, de sorte que les dits religieux et leurs serviteurs auront le droit d’aller et venir librement par mon pont. Cependant mes hommes tiendront les terres qu’ils ont dans les limites de cette chasse, ainsi qu’ils avaient coutume de le faire, mais ce que je percevais de coutume de leurs terres, ces religieux le percevront désormais. Comme ladite moitié que je possédais dans la chasse valait plus que le dit pré, je donne le surplus à l’abbaye et aux religieux. – Photos : Marais envahi par la végétation halophile (qui supporte ou nécessite de fortes concentrations de sel) à remettre en état (essentiellement de la salicorne) – Crottes de lapins (il en reste encore aujourd’hui malgré la chasse évoquée dans ces chartes médiévales) –

La charte suivante montre que les moines, ayant une propriété strictement définie sur l’île, cherchent à accroître les terres cultivables dans le secteur des Marattes (marais) en construisant une digue qui empêche la mer d’y pénétrer.

20. (Septembre 1237) Moi, Amable du Bois, dame de Ré, autrefois femme de noble… [points de suspension dans le texte] Mauléon, je fais savoir que, comme les terres des Marattes de Ré n’avaient pas un bon écours par lequel elles puissent être délivrées des eaux survenantes, parce que l’abbé et le couvent et mes hommes de Ré supportaient les plus grands dommages, perdant leurs blés semés à cause de l’inondation des eaux, desquelles ils ne pouvaient facilement se libérer, moi, voulant pourvoir à mon utilité et … … [points de suspension dans le texte] de Raoul de Mauléon, mon fils, et du conseil des probes hommes de l’abbé et du couvent de Ré et des autres hommes qui avaient des terres et des vignes dans les dites Marattes, je leur ai donné licence de faire un essef par lequel les dites terres et vignes puissent être libérées des eaux survenantes, lequel essef doit s’étendre des Marattes, c’est-à-dire de la terre de Guillaume Girard, jusqu’aux mates Lebaud, tant par terres que par voies en longueur, et que les possesseurs des dites terres le fassent aussi large qu’ils jugeront nécessaire. Nous avons concédé, moi et mon fils Raoul, que les possesseurs des dites terres tiennent cet essef à perpétuité, librement et tranquillement, et qu’ils le refassent, réparent comme ils voudront, afin que par lui ils aient un écours des eaux libre et exempt de charges. – Photos : Marais salants prêts à l’usage – Ancien moulin à vent –

Pour clore ce florilège, voici pour ceux qui seraient nostalgiques de ces époques médiévales, en quels termes charmants débutait la charte suivante (les nobles faisaient des donations, certes, mais ils avaient bien des méfaits à se faire pardonner).

25. (Juillet 1270) Acte de Guy de Thouars, valet, seigneur de Talmond et de Ré, fils de feu Aimeri, vicomte de Thouars. …nous ne pouvons ni ne devons, moi ni mes hoirs ni mes successeurs ni autre, faire dresser des fourches, ni pendre ni défaire homme ni femme, ni brûler ni couper les membres, ni autrement justicier dans leurs fiefs dessusdits… – Photos : Clocher bicolore d’Ars-en-Ré (amer pour les marins) – Abbaye des Châteliersclassée Monument Historique en octobre 1990 (photo aérienne extraite du site Internet de La Flotte en Ré) –

L’abbaye des Châteliers est démolie en 1294 par les Anglais, puis reconstruite. Pendant la guerre de Cent Ans, en 1388, elle est partiellement démolie. Et à nouveau en 1462, siècle où l’activité salicole prend son essor sur l’île. Pendant les guerres de religion, en 1574, les Huguenots – nombreux dans la région puisque l’Ile de Ré fait face à La Rochelle – sonnent le glas de l’abbaye. Ils ravagent les bâtiments et les moines s’enfuient. En 1625, les pierres servent à la construction du fort de la Prée tout proche. Il ne reste plus grand-chose de l’édifice initial qui est alors rattaché aux Oratoriens. Le chœur de l’ancienne abbatiale devient une chapelle dédiée à saint Laurent – jusqu’en 1793. L’édifice, qui domine les falaises voisines, sert d’amer aux marins. Un côté sera même peint en noir et blanc (comme le clocher de l’église Saint-Etienne à Ars-en-Ré). Les restaurations vont se succéder jusqu’à nos jours.

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de